L’église paroissiale de Saint-Désiré (Allier)
Au premier abord, l’église Saint-Désiré n’apparaît pas d’un
grand intérêt. Certaines parties comme la façade Ouest,
restaurée récemment, (image 4) donnent l’impression que l’on est en présence
d’une église du XIXesiècle.
Le chevet (images 7 et 8
) est plus que surprenant, d’une forme toute
nouvelle, avec une accumulation incompréhensible d’absides
(5 en tout). Il ne ressemble en rien aux chevets à
déambulatoire et chapelles rayonnantes. Durant un certain
temps, nous avons envisagé que ce pourrait être un chevet de
type « clunisien » dont un modèle est visible à proximité à
Châteaumeillant dans le Cher (bientôt sur ce site). Mais, à
Châteaumeillant, toutes les absides sont situées sur le même
niveau alors que, comme on peut le constater sur les images 7 et 8, à
Saint-Désiré, toutes les fenêtres sont à des hauteurs
différentes.
Les plans des images
3 et 6 font apparaître la multiplicité des niveaux
et la complexité de la réalisation. Nous tenterons une
explication à la fin de cette page.
Les images 9, 10 et 11 de
l’intérieur de la nef nous apprennent qu’elle est à trois
vaisseaux. Les piliers sont rectangulaires de type R1111
(ou R1212 comme
on le verra par la suite). Première surprise : on
s’attendrait à ce que les arcs reliant ces piliers soient
doubles. Or ils sont simples. Les trois vaisseaux sont
voûtés en berceau plein cintre sur doubleaux plein cintre.
Regardons de plus près l'image
11. Au
milieu de l’image, un grand arc simple est porté par deux
chapiteaux adossés à des piliers. Que remarque-t-on ? Ces
piliers ne sont pas identiques !
Observons par exemple celui de l'image
12 : les arcs et le mur gouttereau du vaisseau
central forment un plan sur lequel se détachent, tout
d’abord un grand pilastre vertical et, sur ce pilastre, une
colonne demi-cylindrique.. On observe la même chose sur l'image 13 sauf qu’ici
... il n’y a pas de pilastre.
On pourrait penser à un pur hasard, mais à présent, tournons
notre tête vers le sol. en examinant les bases de ces
piliers. La base de l'image
14 correspondrait à celle du pilier de l'image
12 : une grande plaque rectangulaire permet de
porter simultanément le pilastre et la colonne
semi-cylindrique. À gauche, une autre plaque supporte la
colonne semi-cylindrique destinée à porter le chapiteau
soutenant l’arc.
L'image 15, quant à
elle, doit être associée à l'image
13 : on y voit une plaque analogue à la plaque de
gauche de l'image 14,
mais au milieu aucune plaque pour soutenir un pilastre ou
même la demi-colonne adossée.
Dans la nef primitive, il devait y avoir
alternance des piliers. Il y avait d’abord les piliers de
type R1212. Sur un
noyau à section rectangulaire, étaient greffés côtés Est et
Ouest, des colonnes semi-cylindriques porteuses des
chapiteaux. Et côtés Nord et Sud, étaient greffés deux
éléments successifs, un pilastre et une colonne
semi-cylindrique porteurs des doubleaux supportant les
couvertures des vaisseaux. En alternance avec ces piliers,
il y avait d’autres piliers de type R1010
sur lesquels étaient greffées les seules colonnes
semi-cylindriques côtés Est et Ouest.
Donc, sur ces piliers, il n’y avait pas les colonnes
semi-cylindrique adossées aux côtés Nord et Sud. Et donc pas
de doubleau. Et donc très probablement pas de voûte en
pierre mais peut-être une voûte en bois ou une charpente
s’appuyant sur les doubleaux des piliers R1212.
Plus tard, on aurait décidé de voûter entièrement la nef. On
aurait alors adossé des colonnes demi-cylindriques aux
piliers de type R1010
(qui seraient ainsi devenus de type
R1111) destinés a porter les doubleaux soutiens de
la nouvelle voûte.
Il faut comprendre que de telles opérations prennent du
temps. Avant de les lancer, il faut d’assurer que cela a
marché ailleurs. Notre estimation pour la datation de la nef
initiale, qui selon nous devait être charpentée, est l’an
950 avec un écart de 100 ans.
Les images
16 et 17 nous montrent l’abside principale. Un
escalier mène à l’autel majeur rehaussé par rapport au reste
de l’église (image 17).
En dessous de cet autel majeur, on distingue derrière une
grille, la crypte (image
20).
Sur l'image 18, on repère à gauche
l’entrée de l’absidiole Nord et au milieu un couloir
nettement moins élevé situé en face du collatéral Nord. Il
mène à une petite salle qui n’est autre que la partie
inférieure de l’absidiole située ente l’absidiole Nord et
l’abside principale.
L'image 19 montre
le couloir situé entre le collatéral Nord et le transept. On
observe au sommet, non pas un, mais deux arcs nettement
distincts. Preuve qu’il y a eu dans ce secteur deux
campagnes de travaux. L’arc le plus proche serait porté par
des impostes.
Un bel ensemble de chapiteaux décore la
nef.
On observe successivement des figures géométriques aux
formes inusitées (images
22 et 25), des scènes devenues désormais
classiques : les lions adossés sur l'image
23, le Péché Originel sur l'image
27, les deux mammifères (ânes ?) dévorant une tête
humaine sur l'image 28,
les entrelacs sur l'image
30. Mais outre le fait que nous n’arrivons
toujours pas à comprendre le symbolisme attaché à ces
scènes, nous en découvrons de nouvelles : têtes humaines
encadrant un Arbre de Vie sur l'image
24, orants encadrant un Arbre de Vie sur l'image
26, scène énigmatique sur l'image
29.
Terminons enfin cet examen des chapiteaux par ceux desimages 32 (deux
chapiteaux de l’arc triomphal. Les deux autres situés en
face sont semblables) et
33 (un chapiteau représentant un masque crachant
des feuillages). Ces chapiteaux (surtout celui de l'image
33) nous ont posé problème. En effet, ils font
beaucoup plus penser aux figures dites « grotesques « du 17
eou du XVIIIesiècle qu’à des
chapiteaux romans. Il est possible qu’il y ait eu une
restauration de l’édifice au XVIIesiècle avec
remplacement de certains chapiteaux.
Revenons en à présent au problème des
absides que nous avions abordé au début de cette page. Notre
hypothèse est qu’une église à précédé cet édifice et que les
restes de cette église sont inclus dans l’actuel chevet.
Ce devait être une église formée d’une nef à trois vaisseaux
prolongés par trois absides. L'image
34 permettrait de reconstituer le plan de cette
église. Les tracés en
rouge feraient apparaître les parties subsistantes,
soit apparentes comme les absidioles encadrant l’abside
principale, soit insérées dans les murs actuels. Les parties
en
vert seraient les parties disparues (partie haute
de l’abside principale, piliers de soutien du vaisseau
central, partie Ouest de la nef).
L'image 35 permet
de reconstituer une coupe transverse de l’édifice. À noter
que les paliers séparant en deux les absides n’existaient
probablement pas à l’origine.
L’existence de cette église ayant précédé l’actuelle permet
de faire remonter la datation de l’ensemble à l'an 850 avec
un écart de 200 ans.
La chapelle Sainte-Agathe
: Elle est située sur le territoire de la commune. Nous ne
l’avons pas visitée, mais son aspect extérieur (image
36) nous fait penser au plan vu précédemment :
nef à 3 vaisseaux prolongés par trois absides accolées. Dans
le cas présent, la nef triple aurait été remplacée par une
nef unique. Nous serions là encore en présence d’une église
du premier millénaire.