L’église Saint-Julien de Brioude
Nous conseillons tout d’abord au lecteur
désireux de mieux connaître cette église de consulter les
pages Internet «Brioude» et «La basilique Saint-Julien de
Brioude» du site Wikipedia. Il y trouvera des
renseignements très intéressants sur l’histoire de Brioude
et celle de son saint patron, Saint Julien. Ainsi qu’une
analyse qui rejoint la nôtre, en plusieurs occasions. Telle
celle-ci : « Il ne faut
pas considérer qu'un “style roman auvergnat” existe de
manière formelle : c'est une dénomination réalisée par les
anciens auteurs : la recherche, aujourd'hui, ne propose
plus ce genre de lecture. En effet, l'art roman dépasse
les frontières des régions et ne prend pas véritablement
un seul caractère : les écoles régionales d'art roman ont
été remises en cause. Pour approfondir le sujet, on pourra
se reporter aux études récentes. »
L’histoire de Brioude est liée à celle de la vie de Saint
Julien racontée par Grégoire de Tours. Grégoire de Tours
vivait à la fin du VIesiècle. Ayant lu sa
description du culte rendu à Saint Julien (il nous apprend
que le signe de la croix fait sur les yeux d’un aveugle par
Publianus, archiprêtre de l’église de Saint-Julien, a rendu
la vue à celui-ci), nous étions impatients de visiter son
église, espérant découvrir des restes de cette période.
Nous avouons avoir été un peu déçus par
cette visite. Nous nous attendions à découvrir un ensemble
simple à l’architecture facilement lisible. Or tout
apparaissait complexe.
À l’extérieur tout d’abord, nous observons sur le chevet (image 2) deux décors
de fenêtres différents entre les parties hautes et basses.
En particulier, la partie haute possède uene très belle
décoration de marqueterie de pierres (image
4). Mais c’est le transept, en arrière-plan et
sur l'image 5, qui révèle le plus de
différences. La façade occidentale (image
6) est, elle aussi, un peu déroutante. Le clocher
qui la surplombe semble incongru mais on découvre vite, par
la différence de couleur des pierres, qu’il s’agit d’un
ajout ultérieur. Si on fait l’effort de supprimer ce clocher
et de le remplacer par un toit en pignon en décrochement par
rapport aux deux autres, on obtient une façade apparentée à
celle de l’église de Châtel-Montagne dans l’Allier.
Cette façade (image 7)
nous semble un peu trop neuve. Elle a été probablement très
fortement restaurée. C’est le cas des portes latérales (image 8). Le modèle
de ce type de porte est, selon nous, antérieur à l’an mille.
Mais on a ici le résultat d’une restauration relativement
récente. Probablement en imitation d’un modèle qui existait
auparavant. Mais une mauvaise imitation : l’arc devrait
s’appuyer sur les côtés du linteau en bâtière et non hors de
ceux-ci.
De même, les images 9 et
10 des façades Nord et Sud présentent une
architecture différente.
On retrouve la même complexité de
constructions à l’intérieur de la nef. Ainsi, sur les images 16 et 17,
les travées de droite semblent plus anciennes que
celles de gauche.
Cette complexité, elle est aussi devenue évidente pour tous
ceux qui, avant nous, ont précédé dans l’étude de cette
église. Ainsi les images
13 et 22 sont celles de plans, le premier étant un
plan au sol, le second, en élévation. La multiplicité de
couleurs différentes, 12 pour le premier, environ 9 pour le
second, sont là pour prouver la multiplicité des
transformations.
Disons-le tout de suite : nous ne sommes pas d’accord avec
le premier des deux plans (image
13). Il y a deux raisons pour cela. La première
de ces raisons n’est pas spécifique à cette image, mais elle
est commune avec beaucoup d’autres images du même type. Les
historiens de l’art ou les archéologues du bâti ont
l’habitude de colorier ou de hachurer leurs plans au sol
pour indiquer la présence de murs ou de piliers porteurs.
Chaque période est identifiée par une couleur ou une hachure
qui lui est spécifique.. Cette méthode peut se révéler
valable si le bâtiment a été construit par blocs successifs
placés côte à côte sur un plan horizontal. Mais dans bien
des cas la construction du bâtiment a pu se faire par blocs
verticaux. C’est même sûr pour des bâtiments très anciens
dont les couvertures peuvent avoir été refaites à de
multiples reprises. Et c’est bien le cas en ce qui concerne
la basilique Saint-Julien de Brioude : le plan de l'image
13 fait apparaître une progression horizontale
d’Ouest en Est alors que, pour celui de l'image
22, la
progression est verticale de bas en haut. Ce dernier nous
semble plus proche de la vérité que le premier : si les
parties basses peuvent être qualifiées de « romanes », les
partie hautes sont, quant à elles, gothiques..
Le deuxième des points sur lequel nous sommes en désaccord
tient aux légendes de ce plan. Lisons les : Phase 1 :
premier quart du XIIesiècle ; Phase 2 :
deuxième quart du XIIesiècle ; Phase 3 :
deuxième quart du XIIesiècle ; Phase 4 : vers
1160 ; Phase 5 : après l’incendie de 1163 ? ; Phase 6 :
troisième quart du XIIesiècle ; Phase 7 :
dernier quart du XIIesiècle. Soit 7 phases sur
un seul siècle, le XIIesiècle. On ne peut être
qu’admiratif ... ou franchement amusé. C’est mon cas. Il
faut dire que bien qu’ayant vécu pendant la moitié du
vingtième siècle, il nous est déjà difficile d’identifier un
immeuble du vingtième siècle au quart de siècle près. Il
l’est encore plus d’identifier un immeuble du XIXesiècle
au quart de siècle près. Et plus encore pour un immeuble du
XVIIIesiècle. Et ainsi de suite jusqu’au XIIesiècle.
Le plan de l'image
22, plus
cohérent que celui de l'image
13, a
pour nous un inconvénient : il ne montre pas l’évolution des
constructions. Nous trouvons qu’il y a trop de couleurs. Il
faut comprendre que les évolutions sont relativement lentes.
Un premier architecte réalise un plan de base. Un ou deux
siècles après, on ajoute un corps de bâtiment. Il peut y
avoir ensuite un voûtement. Puis des destructions et après
cela des reconstructions. Cela fait 4 constructions ou
reconstructions à ajouter à la construction de base, mais on
est encore loin des 9 couleurs différentes du plan. Certes,
ces couleurs doivent identifier des parties bien
différenciées, mais on ne discerne pas le fil directeur.
Nous pensons que l’église primitive était charpentée. Sur le
plan de l'image 22, les arcades soutenant
le vaisseau central de cette nef sont les 5 arcades à partir
de la gauche, colorées en marron, puis en
vert. Voire la sixième en bleu.
La nef devait s’arrêtait là. Après, il devait y avoir un
chœur de dimensions modestes.
La première des modifications du plan initial aurait été le
réaménagement de la première travée côté Ouest, qui sera
transformée en ouvrage Ouest (images
19, 20, 21). Il y aurait eu ensuite l’aménagement
du transept (image 18).
Le chevet à déambulatoire (image
15) aurait remplacé l’ancien chevet nettement
plus réduit qui devait être situé au niveau de la crypte,
c’est-à-dire au-dessous du transept.
La nef était primitivement charpentée. Elle aurait été
voûtée à l’époque gothique. Ce voûtement se serait fait
tranche par tranche, ou plus exactement travée par travée.
Ce qui expliquerait les différences de constructions.
Les images
23, 24 et 25 sont celles de fresques situées à
l’intérieur de l’église. Nous pensons qu’elles datent du XIIIesiècle.
Étudions à présent les chapiteaux :
Image 26 : deux
aigles affrontés.
Image 27 : deux
diables aux jambes retroussées (attitude vue dans d’autres
chapiteaux) encadrent un ange portant un livre. Thème
inconnu jusqu’à présent.
Image 28 : deux
chapiteaux. Celui de gauche présente un thème déjà vu
auparavant : un homme tenant un singe attaché par une corde.
Celui de droite nous est inconnu.
Image 29 : deux
anges chevauchent des lions : thème inconnu auparavant.
Image 30 :
affrontement de deux cavaliers. Nous avons déjà vu cette
scène dans une des pages précédentes.
Image 31 : deux
anges emportent deux hommes (ou plutôt deux âmes ?) vers le
ciel.
Image 32 : Scène
désormais classique des sirènes à deux queues. Mais toujours
difficilement compréhensible.
Image 33 : La
scène est aussi difficilement compréhensible. Deux hommes
semblent tenir des portes derrière lesquelles se trouvent
des chevaux.
Nous constatons d’abord que tous les
arcs, comme ceux par exemple de l'image
21, sont
doubles. Nous estimons que l’utilisation d’arcs doubles est
postérieure à l’an 800. Les arcs porteurs du vaisseau
central sont soutenus par des piliers de type
R1110. Ce qui caractériserait un type de nef plutôt
antérieur à l’an 1000.
Les chapiteaux seraient à ranger aux alentours de l’an 1000.
Un détail concernant ces chapiteaux. Les visages humains des
images 27, 29, 31, 32 et
33, aux caractères poupins, ne correspondent pas
tout à fait à ce qu’on connaît usuellement dans l’art roman.
N’oublions pas la façade Ouest qui, bien que très
probablement restaurée au XIXe siècle, est sans
doute la copie du modèle ancien antérieur à l’an 1000.
Datation envisagée pour la basilique primitive
Saint-Julien : an 950 avec un écart de plus de 100 ans.