La basilique San Miniato al Monte de Florence 

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Nous avons visité cette église en novembre 2009. La plupart des images de cette page ont été prises lors de cette visite. Les autres sont issues de galeries d'images d'Internet.

Dans le livre « Toscane romane » de la collection Zodiaque, I. Moretti et R. Stopani la décrivent ainsi (extraits) :

« [...] La dévotion des Florentins à San Miniato est très ancienne, bien que les témoignages d'un culte à lui rendu ne remontent qu'au VIIIe siècle. Au-delà de la légende qui le veut fils d'un roi arménien, Miniato fut selon toute vraisemblance l'un des membres de la communauté orientale, martyrisé à Florence en 250 durant les persécutions ordonnées par Dèce.

Il existait déjà sous Charlemagne une église dédiée à San Miniato : dans un document du 30 avril 783, l'empereur, pour le salut de l'âme de son épouse bien-aimée Hildegarde, morte âgée seulement de vingt-six ans, concède à l'abbaye de San Miniato, où repose son corps vénérable, maisons et terres sises à Florence et sur le territoire de la ville. Dans un document postérieur du 1er mars 971, par lequel l'empereur Othon 1er prend sous sa protection l'église et ses biens et privilèges, il apparaît que le monastère est habité par une communauté de moniales bénédictines. Il semble qu'ensuite l'établissement soit tombé en ruine : dans un parchemin de 1013, on dit en effet que l'évêque florentin Hildebrand entreprend la construction de l'église et du monastère, l'une et l'autre presque détruits, avec la faveur et l'aide financière de l'empereur Henri II et de son épouse Cunégonde. Le nouveau bâtiment est solennellement consacré le 27 avril 1018 par le même évêque. [...] Dans un autre acte de l'empereur Henri IV (vers 1062), le monastère est dit convenablement construit et tel qu'on le voit aujourd'hui convenablement restauré, ce qui vraisemblablement doit faire allusion moins à la restauration survenue cinquante ans auparavant qu'à un agrandissement postérieur ou à une réédification partielle.

Dans la deuxième moitié du XIe siècle et plus spécialement au siècle suivant, les nombreux legs des particuliers et les fréquentes donations épiscopales ont dû amener la radicale transformation de l'édifice à la suite de laquelle on est parvenu à la construction de l'église actuelle ; de l'église primitive due à l'évêque Hildebrand, celle-ci ne garde que de restes de murs près de la crypte et peut-être les chapiteaux remployés à l'intérieur. C'est probablement au XIIe siècle que fut inauguré l'organisme des Consoli dell'Arte di Calimama [...] qui contribua efficacement à l'achèvement de l'église. [...]

Tant le mobilier sacré que la majeure partie du revêtement de marbre intérieur et extérieur (si l'on excepte peut-être la partie inférieure de la façade) remontent en effet à la deuxième moitié du XIIe siècle et aux premières décennies du XIIIe siècle. [...] »


Premiers commentaires de ce texte extrait du livre « Toscane romane »

Sur l'histoire de l'Europe

Nous reconnaissons avoir été très surpris de découvrir que Charlemagne avait des possessions en Toscane. Et si vous êtes français (Un « bon français », ami lecteur, vous devriez l'être aussi. Car vous avez appris à l'école primaire que Charlemagne avait été roi de France, qu'il avait combattu les arabes au delà des frontières de la France, qu'il avait inventé l'école, l'école de la France. Et que la France a toujours été la France... donc avec les frontières actuelles. Il est cependant possible que vous sachiez qu'un palais de Charlemagne était situé à Aix-la-Chapelle, hors de France, et que Charlemagne a été aussi considéré comme roi (ou empereur) par les allemands. Mais de là à imaginer qu'il aurait pu être roi (ou empereur) en Italie, il y a un grand pas. Ce pas, nous ne l'avions pas franchi. Nous savions qu'il y avait eu durant la période dite « carolingienne » des relations très étroites entre les pays germaniques et l'Italie du Nord (remarque : l'expression « relations très étroites » est un probable euphémisme traduisant une mainmise des Francs sur une partie l'Italie du Nord). Mais nous pensions que l'ingérence des Francs en Italie était postérieure à Charlemagne. L'empire dit « carolingien » aurait commencé à l'an 800 avec le sacre de Charlemagne et se serait achevé en l'an 924. Charlemagne étant mort en 814, l'ingérence des Francs sur l'Italie nous apparaissait peu probable. En conséquence, la présence des Francs en Toscane est presque certaine en l'an 783. Et probablement avant même cette date, car il est écrit que Charlemagne a procédé à une vente ou échange de terres qu'il possédait auparavant sur le territoire de Florence.

Nous repérons par ailleurs dans ce texte une pratique caractéristique : celle, pour un prince, de fonder une abbaye et de la doter. Souvent cette abbaye était confiée à une communauté féminine. Nous pensons que cette façon de faire avait plusieurs objectifs. D'une part, mettre à l'abri de cette abbaye (ou en exil dans cette abbaye) des personnes susceptibles d'être exécutées par une autorité (ou de se mutiner). D'autre part, les abbatiales pouvaient accueillir les sépultures des princes (ce qui n'était pas le cas des cathédrales). Nous pensions auparavant que cette deuxième pratique s'était déroulée durant le deuxième millénaire avec des abbayes comme Saint-Denis pour les rois de France et Fontevrault pour les rois d'Angleterre. Elle pourrait être plus ancienne.


Autres commentaires du texte extrait du livre « Toscane romane »

Sur l'architecture de cette église

Dans la phrase « Dans la deuxième moitié du XIe siècle et plus spécialement au siècle suivant, les nombreux legs des particuliers et les fréquentes donations épiscopales ont dû amener la radicale transformation de l'édifice à la suite de laquelle on est parvenu à la construction de l'église actuelle », nous retrouvons un vieux poncif maintes fois dénoncé dans ce site Internet. À savoir que toutes les églises antérieures à l'an 1200 sont des églises romanes. Elles ont été construites « Dans la deuxième moitié du XIe siècle et plus spécialement au siècle suivant, ». Il n'y a pas d'église préromane et si une église est citée avant l'an mille, elle ne peut être qu'à l'état de ruine non identifiable ou a totalement disparu. Remarquons par ailleurs que si, dans le cas présent, les textes témoignent de faits précis et bien datés (783, 971, 1013, 1018, 1062), ceux qui se seraient produits durant le douzième siècle ne sont pas solidement étayés : « les nombreux legs... ont dû amener... », et imprécis : on nous raconte en effet sur le ton de la certitude qu'il y a eu une « radicale transformation de l'édifice à la suite de laquelle on est parvenu à la construction de l'église actuelle ». Dire qu'il y a eu une « radicale transformation » doit signifier qu'on a pu la repérer et qu'on sait comment était l'église avant la transformation, sachant qu'on a sous les yeux le résultat de cette transformation.

Notre opinion en ce qui concerne l'architecture de cette église

Il faut tout d'abord faire la distinction entre l'architecture générale de cet édifice et son décor. Celui-ci est principalement obtenu par une marqueterie de pierre, aussi appelée opus sectile. C'est le style dit cosmatesque employé dans la péninsule italienne pour décorer de riches églises. Comme l'indique le texte ci-dessus, il pourrait dater de l'an 1200 avec un écart de 50 ans, période de transition entre l'art roman et l'art gothique. Il faut cependant ajouter, ce que le texte de Wikipédia laisse entendre, que ce décor a pu être posé sur des structures préexistantes. Ce serait le cas de la façade Ouest (image 1), de la clôture de chœur (image 18), et du pavement (images 24, 26, 28 et 31),

La datation de l'architecture nous semble plus délicate. L'auteur du texte du livre « Toscane romane » l'attribue au XIIe siècle, c'est-à-dire à la période romane. Mais il nous semble que par sa conception même, cette église est plus proche des basiliques paléochrétiennes que des églises romanes. Les premières ont des nefs à trois vaisseaux charpentés, le vaisseau central étant surélevé par rapport aux collatéraux. Par ailleurs, nous pensons que dans les premières basiliques, le vaisseau central était porté par des colonnes cylindriques monolithes. C'est le cas de cette église. Les églises romanes sont quant à elles voûtées et, par ailleurs, elles ont un plan plus complexe avec un transept, un ouvrage Ouest, une tour de croisée, un chevet plus étoffé (avec un avant-chœur, des chapelles à absides, et éventuellement un déambulatoire).

Il est possible qu'au XIIe siècle, en Italie, les architectes n'aient pas obéi à la mode de voûter les églises. Nous pensons cependant que ce n'était pas une mode mais une prouesse architecturale dans le contexte de l'époque. Et à cette époque, les architectes italiens étaient parfaitement capables de réaliser cette prouesse. Mais, toujours au XIIe siècle, les bâtisseurs d'églises nouvelles en France, en Allemagne, partout en Europe, édifiaient des églises avec transepts, chevets élaborés, clochers. Cela non plus n'était pas une mode mais répondait à une demande. Il nous semble impossible que cette demande ait existé en France et en Allemagne mais pas en Italie.

Ce qui est possible par contre, c'est que par esprit de conservatisme, les maçons qui se sont succédé au cours des siècles pour réparer, restaurer ou rénover la basilique San Miniato, aient voulu la conserver telle qu'elle était à l'origine, en ne faisant que des arrangements mineurs sans ajouter de transept ou de corps de bâtiment qui l'auraient dénaturée.

Nous pensons donc que la construction de l'évêque Hildebrand entre 1013 et 1018 pourrait être un acte mixte de construction-restauration : on conserve le plan d'ensemble hérité du passé ainsi que les murs extérieurs, et on remplace la colonnade qui porte le vaisseau principal. En effet, cette partie est probablement la plus fragile du bâtiment. Nous pensons qu'à ce moment-là, aux tous débuts du premier millénaire, certains canons caractéristiques de l'architecture et de l'art roman (espaces voûtés, piliers à plan rectangulaire, transepts, ouvrages Ouest,...) avaient été introduits en Europe. Mais probablement pas en Italie, berceau de la civilisation romaine. Il ne faut pas oublier que 200 ans auparavant, Charlemagne serait intervenu pour conserver les restes du passé romain : acte que l'on a appelé, la « renaissance carolingienne ». Selon nous cette « renaissance carolingienne » n'aurait pas eu trop d'effet dans les pays germaniques, il est probable qu'elle en ait eu davantage dans les pays latins qui, ayant d'importantes traces d'un passé romain, ont voulu le conserver et dans les restaurations et reconstructions, respecter les canons hérités de l'antiquité. Cela expliquerait, toujours selon nous, l'absence en Italie de monuments romans ou gothiques analogues à ceux que l'on voit en France ou en Allemagne.


Les décors romans

Bien que ces décors soient postérieurs d'au moins un siècle à la période que nous étudions, ils sont issus d'un héritage culturel. Ils sont donc révélateurs d'un continuum de représentations.

Image 2 : Cette croix n'est pas la croix pattée hampée, mais elle y ressemble beaucoup. Il y a d'ailleurs un petit reste de hampe au bas de la croix.

Images 3 et 5 : Cet animal hybride est une sorte de chimère (définition de la chimère : Animal mythique ayant une tête de lion, un corps de chèvre et une queue de dragon). Dans le cas présent, l'animal porte au-dessus du corps une tête prolongée d'un long cou, le tout étant en sens inverse du corps. Nous avons vu auparavant cette représentation en Italie. Nous ne savons pas l'interpréter.

Image 4. Animaux affrontés : des lions dressés sur leur pattes. Ce thème iconographique ne semble pas être présent dans l'antiquité. En tout cas, nous ne l'avons pas rencontré jusqu'ici. Par contre, il est très présent en héraldique.

Image 6 : Mosaïque représentant le Christ entouré de la Vierge et de Saint Miniat. Elle semble moderne.

Image 7 : Dans le fronton triangulaire au-dessus de la fenêtre, on peut voir la scène classique héritée de l'antiquité des « Oiseaux au canthare ».

Image 13 : Vue de la nef à partir du collatéral Nord. On remarque que le mur séparant le collatéral Nord du vaisseau central ne porte pas le décor de marquèterie de marbre. Il s'agit sans doute de l'état primitif de construction. On remarque aussi la présence de corbeaux qui devaient à l'origine soutenir un plancher. Il devait donc y avoir là à l'origine un couloir de circulation.

Image 14 : Sur le mur du fond, lui aussi non recouvert de décor, on peut voir de part et d'autre de la fenêtre les restes d'un arc. Il est possible que cet arc ait protégé l'accès à une absidiole.

Image 16 : Les dimensions, inférieure du chapiteau, et supérieure de la colonne, sont différentes. Ce qui suppose un réemploi du chapiteau, ou de la colonne, ou des deux.

Image 17 : Nous n'avons pas eu d'information sur cette mosaïque représentant le Christ Pantocrator entouré du tétramorphe. Nous ne sommes pas arrivés à lire le texte à côté du personnage, un saint, situé en haut et à droite du Christ. Ce personnage est très certainement un donateur qui offre la maquette de l'église. La mosaïque elle-même semble avoir été très restaurée.

Image 18 : Clôture du chœur.

Image 19 : Ambon de la clôture du chœur.

Image 20 : Élément de décor de la clôture du chœur. On peut voir de gauche à droite : un poisson dressé (le symbole du poisson est fréquent dans la période paléochrétienne. Sa présence dans un décor postérieur de plus de 800 ans signifie sans doute une volonté de se ressourcer aux origines), un drôle de bonhomme nu vu de profil avec un œil grand ouvert, qui défie un animal hybride pouvant être un dragon. Nous ne comprenons pas cette scène qui doit pourtant représenter un symbolisme connu des gens de l'époque.

Image 21 : Élément de décor de la clôture du chœur symétrique du précédent.

Image 22 : Élément de décor de la clôture du chœur ; autre vue.

Image 24 : Carreau de pavement aux griffons.

Image 25 : Carreau de pavement aux griffons ; détail aux griffons affrontés.

Image 26. Autre carreau de pavement : les lions.

Image 27 : Détail de l'image précédente : lions affrontés.

Image 28 : Pavement des « Oiseaux au canthare ».

Image 29 :  Pavement des « Oiseaux au canthare » ; aigle impérial.

Image 30 : Pavement des « Oiseaux au canthare ».

Image 31 : Pavement du zodiaque.

Image 32 : Détail du pavement du zodiaque ; mosaïque d'un angle. Tous les angles seraient identiques : des hybrides à corps et tête d'homme et queue de serpent soutiennent un disque contenant un griffon. Nous ne connaissons pas la signification de ce symbole.

Image 33 : On peut profiter de la cette visite de cette église pour admirer les fresques de la crypte. Elles sont l’œuvre de Taddeo Gaddi et datées de 1341.


Datation

Conformément à ce que nous avons écrit ci-dessus, nous proposons une date de restauration de l'édifice ancien par l'évêque Hildebrand : an 1025 avec un écart de 25 ans.

Remarque
: cette fourchette de datation ne correspond pas tout à fait aux dates 1013 et 1018, mais nous avons choisi de dater au quart de siècle. De plus, rien ne prouve que l'église était terminée en 1018, même si une consécration a été effectuée à cette date-là.