Monuments de l’Orne susceptibles de dater du Ier millénaire (page 2/2)
Les trois édifices étudiés dans cette page sont
successivement : L’église
Notre-Dame-sur-l’Eau à Domfront, l’église
Notre-Dame-de-la-Nativité à La Lande-de-Goult, l’église
Saint-Céneri à Saint-Cénéri-le-Gérei.
L’église
Notre-Dame-sur-l’Eau à Domfront
Nous n’avons pas visité cette église et
les quelques images trouvées sur Internet ne permettent pas
d’avoir des certitudes assurées.
Sur l'image 2, on
peut voir deux plans. Celui de gauche représente le plan au
sol. Une grande partie de la nef, primitivement à trois
vaisseaux, a disparu. Il ne reste que deux travées de la nef
centrale. Les piliers étaient cruciformes de type R1111.
Ce qui selon nous signifierait que la nef appartiendrait à
une phase terminale de l’évolution ayant conduit de la
basilique romaine à la basilique romane (XIeou
XIIesiècle). On voit d’ailleurs sur le plan situé
à droite sur l'image 2 une
vue en élévation de cette nef (deux premières travées à
gauche dans le plan) . Il faut cependant remarquer un petit
détail qui nous semble important. Une demi-colonne est
adossée sur le pilier de gauche. Mais il n’y a pas de
demi-colonne adossée sur le pilier de droite. Nous déduisons
de cette anomalie que l’église primitive n’était peut-être
pas voûtée, mais charpentée. Ultérieurement, les
demi-colonnes auraient été ajoutées dans la perspective d’un
voûtement. Si c’est le cas, l’église primitive serait
antérieure à l’an 1000.
Dans l’attente d’une étude plus détaillée, nous proposons la
datation suivante : an 1025 avec un écart de 100 ans.
L’église
Notre-Dame-de-la-Nativité à La Lande-de-Goult
Nous n’avons de cette église que des
vues de l’extérieur (images
4 et 5). Et nous ne savons même pas situer dans
l’espace les divers corps de bâtiments.
Tout l’intérêt se porte sur les chapiteaux du portail de l'image 5. Ces
chapiteaux (images 6, 7, 8
et 9) sont d’une réelle qualité artistique.
Certains de ces chapiteaux (les deux chapiteaux de gauche de
l'image 6, les
trois chapiteaux de l'image
7) sont sculptés en méplat. Ils représentent des
animaux fantastiques ou des scènes de chasse. Il ne faut pas
s’arrêter au caractère purement descriptif, mais s’efforcer
de comprendre que ces images peuvent avoir un sens
symbolique caché. La facture de ces chapiteaux nous fait
envisager qu’il s’agit d’une œuvre antérieure à l’an 1000.
Par ailleurs, certains de ces chapiteaux pourraient être des
œuvres de remploi. C’est le cas en particulier de celui de
l'image 9. Le corps
du lion de droite, taillé en arrondi, en partie coupé, la
tête d’un animal dépourvue de corps qui émerge au-dessous
font envisager que ce chapiteau a été retaillé afin d’être
adapté au porche.
Cette église mérite une attention toute particulière. Si le
remploi de chapiteaux s’avère réel, alors nous sommes
confrontés aux problèmes suivants : D’où proviennent ces
chapiteaux ? Quelle était leur forme ? Quelle était leur
fonction ? Quelle était l’origine du peuple qui les a
sculptés ?
Nous envisageons la datation suivante pour ces chapiteaux :
an 950 avec un écart de plus de 100 ans. Le peuple qui les a
sculptés serait d’origine nordique.
L’église
Saint-Céneri à Saint-Cénéri-le-Gérei
L’église de Saint-Céneri est selon nous
du type que nous avons défini comme étant « anglo-normand ».
Il est caractérisé par la présence d’une nef unique, d’un
chœur précédé d’un avant-chœur rectangulaire. Entre la nef
et l’avant-chœur, se trouve un clocher à plan carré. On
objectera sans doute qu’ici il y a un transept (images
10, 11 et 12). Nous répondrons à cela que dans le
cas présent, le transept ne devait pas être prévu à
l’origine. En effet, il s’agit d’un transept bas : les
croisillons du transept sont plus bas que la nef.
La datation de cette nef est délicate. Tout au plus peut-on
remarquer sur l'image 14 que
les piliers de croisée de transept sont dotés d’impostes. Et
non de chapiteaux et de tailloirs comme certaines églises
vues précédemment. Pour nous, l’imposte précède le couple
chapiteau-tailloir mais nous n’avons aucune certitude
là-dessus.
L’avant-chœur et le chœur sont décorés de fresques (images
15, 16, 17, 18). Ces fresques datent du XIVeou
XVesiècle ; tons ocres jaunes ou rouges,
existence d’armoiries sur l'image
18. Cette datation des fresques n’implique pas que
l’église date de la même période. Ces fresques ont pu
recouvrir d’autres plus anciennes.
Datation envisagée pour
l’église Saint-Céneri de Saint-Cénéri-le-Gérei : an 950 avec
un écart de 100 ans.
Ajouts du 17 décembre 2022
Le texte ci-dessus a été rédigé en septembre 2019.
Nous n'avions pas visité cette église et notre analyse était
principalement basée sur les images
de 10 à 18 extraites des galeries d'Internet.
Nous avons pu effectuer une courte visite de cette église en
septembre 2022. Les images
de 19 à 27 ont été prises lors de cette visite. Ces
nouvelles images nous permettent d'améliorer l'analyse que
nous avions effectuée précédemment.
Sur la même image, ainsi que sur l'image 20, un autre détail se révèle plus intéressant encore. Nous venons tout juste de parler de « l'arc d'entrée dans le croisillon
Nord » comme s'il n'y avait qu'un arc. Mais en réalité, il y en a deux successifs. Pour entrer dans le croisillon Nord, il faut traverser une sorte de couloir étroit, couvert d'un plafond plat. En fait, ce couloir a semble-t-il la même largeur que le « passage berrichon » Nord. Et donc l'idée qui vient à l'esprit est que ce couloir est le reste du collatéral prrimitif d'une nef à trois vaisseaux. Il faudrait bien sûr vérifier cette hypothèse mais si elle s'avérait cohérente, on pourrait remonter d'un siècle ou deux la datation de l'édifice.
L'image 23 a été prise du chœur en direction de la porte d'entrée, à l'Ouest. On constate que l'arc absidal est nettement outrepassé.
Les images 25 et 26 sont celles de cuves de sarcophages en pierre. La forme, rectangulaire pour l'un, oblongue pour l'autre, les range dans le Haut Moyen-Âge. Il en est de même, selon nous, pour la croix pattée qui se trouve dans le cimetière (image 27). Ces sculptures contribuent à prouver l'ancienneté du lieu. Nous avions proposé auparavant la datation à l'an 950 avec un écart de 100 ans. Nous ne changeons pas cette datation.