L’abbatiale Saint-Georges de Saint-Martin-de-Boscherville
Extérieurement, l’église Saint-Georges de
Saint-Martin-de-Boscherville donne l’apparence d’une église
romane de grandes dimensions.
La façade occidentale (image
2) s’apparente à celles vues à Caen (la Trinité,
Saint-Étienne), si on fait abstraction des parties
supérieures (absence des deux tours situées sur les
bas-côtés, les deux tourelles situées de part et d’autre du
pignon datant sans doute du XIXesiècle).
Le transept est de hauteur inférieure à celle de la nef (image 5). Cela
signifie pour nous que les deux constructions ont été faites
à des périodes différentes. On le voit d’ailleurs sur la
même image au niveau de la tour de croisée du transept.
Alors que le faîte du toit du transept respecte la colonnade
de la tour, le faîte du toit de la nef la recouvre en
partie. On en conclut que le toit de la nef est postérieur à
la tour de croisée, laquelle tour est contemporaine du
transept. Attention ! cela ne signifie que la nef, dans son
ensemble, est postérieure au transept. Elle peut très bien
être antérieure, son toit ayant été refait ultérieurement.
L’avant-chœur (image 6)
est de même hauteur que le transept. Il semble donc que le
chevet et le transept soient contemporains.
Nous pensons qu’une datation de ce chevet par l’étude des
textes est possible. Voici un texte extrait du Livre : « L’Angleterre Romane 1
» de la collection Zodiaque
p. 173. Auparavant, l’auteur nous avait appris que la
cathédrale de Canterbury avait été totalement reconstruite
par son archevêque Lanfranc (vers 1070-1083), fidèle
compagnon de Guillaume le Conquérant . « Les
travaux rondement menés s’achevèrent en 1077… Cette
cathédrale certainement remarquable ne vécut pas
longtemps. Dès la génération qui suivit, son chœur sans
déambulatoire fut trouvé étriqué et incommode pour la
liturgie. L'ancien écolâtre du monastère sous Lanfranc,
Ernouf, devenu prieur, décida d’accord avec le nouvel
archevêque, Saint Anselme, une reconstruction de toute la
partie orientale : elle fut prolongée et reçut un
déambulatoire avec trois chapelles rayonnantes… Ces
travaux furent terminés en 1130. »
Selon la page du site Wikipedia consacrée à Saint Anselme,
celui-ci aurait été nommé archevêque de Canterbury en 1093
et, en 1096, il aurait donné mission à Ernouf de « faire
de la cathédrale le bâtiment le plus remarquable du
royaume ». Les travaux auraient duré 10 ans.
Nous sommes, en règle générale, très circonspects face à des
documents qui ne donnent pas le contenu strict des textes
anciens. Bien souvent, en effet, l’interprétation de ces
textes anciens s’est révélée trop superficielle. Par
exemple, une église mentionnée à la date
x devient
une église construite à cette date.
Mais dans le cas de la cathédrale, les informations, très
précises, ne peuvent avoir été inventées. Elles s’inspirent
de textes réels comme la correspondance de Lanfranc.
Assurément, il faudrait reprendre la lecture de ces textes.
Cependant, on peut d’ores et déjà envisager que la
construction des chevets à déambulatoire a commencé à se
généraliser aux environs de l’année 1100.
La construction de chevets de grandes dimensions mais sans
déambulatoire, analogues à celui de la cathédrale construite
par Lanfranc, serait donc antérieure d’au moins une
génération. Le chevet de Boscherville serait de ce type là (image 6 et plan en
image 1). Sa
datation serait donc : an 1075 avec un écart de 25 ans.
Les modillons du chevet se révèlent très
suggestifs. Nous ne les avons cependant pas reproduits dans
ce site consacré au premier millénaire. Étant placés à
l’extérieur et près du toit, les modillons sont soumis aux
intempéries. Ils font partie des sculptures susceptibles
d’être modifiées ou remplacées. Leur datation, déjà
postérieure à l’an 1100, peut être donc encore rehaussée.
Les voussures du portail (image
4) décorées de zigzags, de créneaux ou d’arcs
entrecroisés, constituent un élément sculpté intéressant.
Nous ne sommes cependant pas certains de leur authenticité
vu leur état de fraîcheur. Cela peut d’ailleurs être le
résultat d’une restauration à l’identique.
On retrouve à l’intérieur le même type d’ornementation (image 10).
L’intérieur (images 7 et
8) est tout à fait analogue à ce que nous avons
déjà remarqué à de multiples reprises en Normandie : le ou
les premiers étages de la nef sont romans, les étages
supérieurs sont gothiques. Observons l'image
8 : l’étage inférieur aux grandes arcs en plein
cintre est roman. Les arcs sont doubles, caractéristiques de
la fin du premier millénaire ou des débuts du second. Nous
aurons l’occasion d’étudier ci-dessous les chapiteaux
supportant les arcs inférieurs.
Sur cette image 8,
nous pouvons voir, adossés aux piliers et face à nous, des
demi-colonnes engagées. Ces demi-colonnes, grimpant le long
des piliers, supportent de grands chapiteaux qui à leur tour
supportent les doubleaux porteurs eux-mêmes de la voûte en
croisée d’ogives. Nous estimons que l’invention de la
croisée d’ogives pourrait dater de la fin du douzième
siècle. Il y aurait environ 150 ans d’écart entre le haut et
le bas du bâtiment. Primitivement, celui-ci n'était
probablement pas voûté mais charpenté, comme à Bernay. Pour
la voûter, les architectes auraient adossé contre les
piliers les demi-colonnes précédemment décrites. Cette
opération aurait entraîné la destruction d’une partie de la
corniche-tailloir qui passe au-dessus des chapiteaux (étage
1). Puis pareillement de la corniche séparant l’étage 1 de
l’étage 2. Puis encore du tailloir de la colonnade de
l’étage 2 (au dessous des petits arcs). Mais pas de la
corniche passant sur le chapiteau supérieur. Ce qui amène à
penser que les étages 1 et 2 faisaient partie de la
construction primitive.
Nous allons à présent étudier les
chapiteaux de la partie romane. Anne-Marie Le Stang qui a
photographié ce bel ensemble a pris soin de prendre aussi
des clichés des panonceaux explicatifs associés à ces
chapiteaux. Nous reproduisons ci-dessous ces explications
sans les modifier. Nos propres commentaires seront affichés
un peu plus loin.
Image 13. Chapiteau
intitulé : « Les grandes eaux ». Indications données par un
panneau explicatif : « Les grandes eaux. Il semble
que des traits de pluie tombent de nuages. Tombent-ils sur
des personnages à peine ébauchés ? Dans le symbolisme
biblique, l’eau est germinale, fécondante et vivifiante.
»
Image 14. Chapiteau
intitulé : « Le cheval et l’oiseau ». Indications données
par un panneau explicatif : « Le
cheval et l’oiseau. La dualité intérieure. L’oiseau-esprit
s’élève au-dessus de la branche. Le cheval, noble-conquête
de l’homme symbolise le moi impulsif. La crinière est
tressée = le cheval est dompté. »
Image 15. Chapiteau
intitulé : « Les amphisbènes ». Indications données par un
panneau explicatif : « Les
amphisbènes (serpents à deux têtes). De chaque côté du
visage central : le serpent à sa gauche en 8 inachevé
comporte un nœud. Le serpent à sa droite en forme de 2
couché n’a pas de nœud à dénouer ; il est dans la lumière
de la nef. Le progrès va toujours de la gauche vers la
droite, de l’ombre vers la lumière. »
Image 16. Chapiteau
de la nef : Visage souriant sortant du chapiteau.
Image 17. Chapiteau
de la nef : Nous ne connaissons pas le commentaire associé à
cette scène. À chaque coin du chapiteau, deux personnages
sont assis dos à dos dans la même attitude : ils semblent
souffler dans une sorte de cor. Leur visage se présente face
au spectateur. Peut-être s’agit-il des trompettes du
Jugement Dernier ? Mais dans ce cas, pourquoi les
personnages seraient-ils assis ? Entre les deux personnages
de la face avant, un arbre pousse : l’Arbre de Vie ?
Image 18. Chapiteau
de la nef : lion et aigle. Nous ne connaissons pas le
commentaire local associé à cette scène. Le lion et l’aigle
s’affrontent dans une attitude très expressive. Nous n’avons
pas rencontré cette scène auparavant. Par contre, il est
fréquent de rencontrer séparément des lions et des aigles,
voir des lions affrontés entre eux ou des aigles affrontés.
On remarque que le lion est à queue feuillue. Cet élément
caractéristique, vu ailleurs, pourrait servir de critère de
comparaison.
Image
19. Chapiteau de la nef. Nous ne connaissons pas le
commentaire local associé à cette scène. Il semblerait
qu’elle soit analogue à celle de l’image précédente :
l’animal de droite, en partie tronqué, pouvant être un
oiseau. Le « lion » de gauche ressemble plutôt à un chat.
Mais comme le lion précédent, sa queue est feuillue et passe
entre ses pattes arrière.
Image 20. Chapiteau
intitulé : « Le basilic et la belette » . Indications
données par un panneau explicatif : « Le
basilic et la belette. Le basilic (= le malin tentateur),
animal chimérique. La belette (elle est en dessous du bras
de l’homme de gauche), symbole celtique irlandais de
l’affection et de la vigilance. Le personnage de gauche
résiste, étire son long cou vers le ciel et reste vigilant
comme la belette, étend ses bras comme le Christ, écarte
le couteau dangereux, tire une langue moqueuse au basilic,
s’élève vers le ciel (voir ses pieds). À droite, ni cou ni
bras, pieds coincés, dents serrées … il fallait veiller
comme la belette. Veillez
et priez pour ne pas entrer en tentation.»
Image 21. Chapiteau
intitulé : « L‘âne rétif ». Indications données par un
panneau explicatif : « L‘âne
rétif. La conversion de notre âne intérieur. Un âne aux
longues oreilles fermées veut sortir. Un personnage le
tire par la queue vers l’autel. Ce personnage a les mains
croisées sur la queue= pour se convertir et tenir bon, il
faut prier.
« Revenez
à moi, détournez vous de vos pêchés, dit le Seigneur, …
convertissez-vous et vivez. » (Ezéchiel 18 , 32) ». »
Image 22. Chapiteau
intitulé : « La femme aux nattes ». Indications données par
un panneau explicatif : « La
femme aux nattes. Elle marche allègrement vers l’autel ; 2
nœuds sur sa natte gauche dans une demi-ombre ; 1 nœud sur
sa natte droite dans la lumière ; les nœuds symbolisent
les blocages intérieurs. Elle a réussi à dénouer un nœud
intérieur. Elle progresse donc sur son chemin de
conversion. »
Image 23. Chapiteau
intitulé : « Le sanglier ». Indications données par un
panneau explicatif : « Le
sanglier. Chez les celtes, le sanglier symbolisait
l’autorité sacerdotale. Solitaire dans la forêt, il
fouille le sol pour se nourrir. Symbolise-t-il aussi le
moine qui fouille les Saintes Écritures pour nourrir son
esprit ? »
Image 24. Chapiteau
intitulé : « La colombe ». Indications données par un
panneau explicatif : « La
colombe. Du terrestre au céleste ; la croissance
spirituelle. Les oiseaux= les forces spirituelles. La
colombe= l’âme du juste qui s’élève vers le ciel. Les
rameaux latéraux rappellent la dynamique de la vie. Ils
comportent plus de feuilles à droite qu’à gauche. »
Image
25. Chapiteau intitulé : « Le monstre à cou doublé
». Par suite d’un mauvais reflet, nous n’avons pu lire la
légende de ce chapiteau. Deux corps adossés de quadrupèdes
(des lions ?) se rejoignent pour former une seule tête.
Image 26. Chapiteau
intitulé : « Abraham et Isaac ». Indications données par un
panneau explicatif : « Abraham
et Isaac. Par obéissance à Dieu Abraham est monté sur la
montagne pour offrir et immoler son fils Isaac. L’ange
arrête le bras d’Abraham armé du couteau. Abraham et Isaac
portent la ceinture, symbole de l’obéissance. Ils arborent
un sourire, signe du bonheur d’avoir fait confiance à
Dieu. L’offrande de
soi. L’obéissance avec confiance. »
Image 27. Chapiteau
intitulé : « Jésus et les deux moines ». Indications données
par un panneau explicatif : «
Jésus et les deux moines. Monté sur un ânon, les bras en
croix, Jésus tient dans sa main droite une vigne qui court
autour du chapiteau. Les rameaux rappellent son accueil à
Jérusalem. Le moine obéissant sourit : ses sarments
portent du fruit. L’autre tient à sa gauche un sarment
desséché. Ceinture = obéissance. Bâton= préceptes du
maître. Jésus dit :
« Je suis la vigne et vous êtes les sarments. Celui qui
demeure en moi et en qui je demeure, celui-là porte
beaucoup de fruits ». »
Image 28.
Bas-relief intitulé : « Messie Christ Roi ». Par suite d’un
mauvais reflet, nous n’avons pu lire l’intégralité de la
légende de ce chapiteau. Selon le commentateur, le
personnage représenterait Jésus Christ dominant ses ennemis
qui servent, d’après le psaume 109, de marchepied à son
trône.
Image 29. Chapiteau
intitulé : « Le Christ ressuscité ». Indications données par
un panneau explicatif : «
Le Christ ressuscité. Il est entouré d’une mandorle de
gloire. Chapiteau éclairé 3 semaines, jusqu’au 25 avril,
dernière date possible de Pâques, par la lumière dorée du
soleil couchant. L’or symbolise la lumière et la royauté.
À droite, les feuilles verticales symbolisent la vie.
»
Image 30.
Bas-relief intitulé : « Le duel de chevaliers ». Indications
données par un panneau explicatif : « Le
duel de chevaliers. Deux chevaliers combattent. Les
chevaux= leurs instincts, leurs idées à dompter. Les
chevaux ont leur patte avant retournée. Le retournement
est signe de conversion.
Le combat intérieur de tout homme qui veut grandir
spirituellement. »
Nous interrompons notre étude
systématique, image après image, pour apporter une analyse
critique sur les indications données par des panneaux
explicatifs situés à l’intérieur de l’église (images de 13 à 30).
Il est manifeste que l’auteur de ces explications interprète
ces scènes comme une leçon de catéchisme. Nous avons indiqué
en bleu les
leçons de morale. Du moins une partie d’entre elles, car il
y a une leçon pour chaque chapiteau décrit. Toute la
difficulté est de savoir si les explications correspondent à
la réalité ou si elles travestissent cette réalité.
Le chapiteau dit « d’Abraham et Isaac » (image
26) semble bien décrire la scène du Sacrifice
d’Abraham. Et ce, bien que la scène traditionnelle du
Sacrifice d'Abraham soit un peu différente : absence d’ange,
présence d’un animal dans un buisson.
Mais pour d’autres sculptures, l’interprétation nous semble
beaucoup moins crédible. Prenons le cas du chapiteau de l'image 27 : « Jésus et
les deux moines ». Le personnage censé être Jésus est
nettement plus petit que les deux moines. Ce qui est tout de
même paradoxal. De plus, il ne porte pas d’auréole. Quant
aux deux moines, ils ressemblent à tout sauf à des moines.
Cependant la distinction entre le bon « moine » obéissant et
le mauvais « moine » réticent semble crédible.
De même l’explication du « Duel des Chevaliers » (image
30) selon laquelle le retournement des pattes des
chevaux est signe de conversion, est peut-être bonne, mais
alors, pourquoi les chevaliers combattent-ils entre eux ?
L'image 28 serait
le Christ Messie Roi. Mais que penser d’un Christ qui ne
porte pas d’auréole ? Cette plaque sculptée se trouve placée
entre deux arcs. Exactement comme les plaques vues à la
cathédrale de Bayeux . On a ici une représentation, non du
Christ, mais d’un évêque repérable à sa crosse.
Pae contre le personnage de l'image
29 semble bien être le Christ repérable à son
auréole caractéristique.
Poursuivons notre étude image par image :
Image 31.
Chapiteaux de la nef. Le chapiteau du milieu porte un décor
de palmier, motif très inusité.
Image 32. Chapiteau
de la nef. Il est difficile d’interpréter cette scène qui
fait penser aux décors des grottes préhistoriques (auroch et
bouquetin), mais ces grottes ornées n’ont certainement pas
servi de modèles. Il faut chercher ailleurs une autre
explication.
Image 33. Chapiteau
de la nef. Ce motif fait penser à une toile d’araignée ou
une nasse permettant de piéger le gibier.
Image 34. Chapiteau
de la nef. On retrouve ici les corps de lion qui se
rejoignent dans les coins pour former une tête unique. Ici
aussi, les queues passent entre les pattes arrière pour
s’épanouir en feuilles.
Image 35 :
Chapiteau de la nef : Femme aux nattes. L'image
22 est intitulée « La femme aux deux nattes » .
Cependant nous ne sommes pas certains que ce soit une femme.
Car les seins ne sont pas représentés. Sur cette page par
contre, les seins du personnage aux deux nattes sont bien
représentés. Cette femme porte une longue jupe droite.
Image 36 :
Chapiteau de la nef : Masques crachant des feuillages.
Image
37 : Chapiteau de la nef : Masques crachant des
pampres de vigne.
La salle capitulaire
Cette salle capitulaire est installée à côté de l’église.
L’entrée d’une salle capitulaire se fait en général à partir
du cloître. Dans notre recherche, nous n’avons pas envisagé
d’étudier les cloîtres. Ce parce que, selon nous, les
majestueux cloîtres tels qu’on les connaît auraient été
construits au cours du deuxième millénaire de notre ère.
Cependant il nous semble intéressant d’effectuer des
comparaisons iconographiques.
Image 38. Portail
d’entrée de la salle capitulaire. Cette entrée de la salle
capitulaire est très classique : trois baies successives.
Seule la baie centrale constituait la véritable entrée. Les
deux autres baies étaient des fenêtres qui permettaient aux
frères mineurs qui n’avaient pas « voix au chapitre »
d’écouter les délibérations du dit chapitre.
Image 39. Pilier du
portail d’entrée de la salle capitulaire. Ce pilier est
décoré de statues-colonnes typiques de la fin de la période
romane, aux alentours de 1200.
Image 40. Chapiteau
dit des « musiciens ». Ce chapiteau est décoré de 6
personnages portant des instruments de musique. Peut-être
ces 6 musiciens constituent-ils une partie du groupe des «
24 vieillards de l’Apocalypse » ?
Image 41. Chapiteau
double : le massacre des innocents et la présentation de
Jésus au Temple. Ce chapiteau a été facile à identifier. Les
deux scènes font partie du cycle de l’Enfance de Jésus.
Image 42. Chapiteau
de la salle capitulaire. Cette scène pourrait représenter la
« Femme de l’Apocalypse ».
Il est intéressant de comparer ces dernières sculptures avec
les sculptures précédentes. Les sculptures des images
13 à 36 donnent une impression d’archaïsme. Elles
sont par ailleurs difficiles à comprendre et à expliquer.
Alors que, inversement, les sculptures des images
37 à 42 sont plus fines et détaillées.
Par ailleurs, les scènes représentées sont en général des
scènes bibliques connues de tous.
Datation
Nous devons à présent avouer notre incompréhension. Comme
nous l’avons dit auparavant, l’architecture de cet édifice
s’apparente à celle de nombreux édifices de Normandie : la
Trinité, Saint-Étienne et Saint-Nicolas de Caen,
Saint-Gervais et Saint- Protais de Falaise, Saint-Sulpice de
Secqueville-en-Bessin, Notre-Dame de Bernay, Notre-Dame de
Bonport de Quillebeuf, Saint-Germain de Barneville, la
Trinité de Lessay, Saint-Vigor de Cerisy-la-Forêt. Toutes
ces églises ont en commun d’être des églises à trois
vaisseaux avec des arcs doubles, primitivement charpentées,
ultérieurement voûtées pour la plupart. Nous avons estimé
que la datation des églises primitives devait se situer aux
alentours de l’an mille. Cependant, l’importance réelle, ou
supposée telle, de Guillaume le Conquérant nous a amené à
modifier d’au moins un demi–siècle cette datation : an 1050
avec un écart de 50 ans.
La découverte de Boscherville change nettement la donne. En
effet, les chapiteaux de la nef sont eux très différents de
ceux que nous avons vus dans les autres églises. Ils sont
nettement plus archaïques. Qui plus est, le symbole attaché
aux scènes représentées nous est incompréhensible. Ces
scènes sont différentes de celles vues précédemment. Deux
causes peuvent expliquer le caractère incompréhensible de
ces scènes. Soit ces sculptures sont plus anciennes que
prévu. Soit elles interprètent des légendes d’un peuple
différent de ceux rencontrés auparavant.
La datation envisagée est l’an 1025 avec un écart de 75 ans.
Sous réserve de découvertes ultérieures permettant
d’expliquer la symbolique des chapiteaux de la nef.
Addendum du 14 décembre 2020
Nous venons d'apprendre l'existence de l'ouvrage « Au cœur de l’art roman normand. Abbatiale Saint-Georges de Boscherville » (Éditeur : Caravel), écrit par Madame Sylvie Dusanter (image 43).
C'est toujours avec un grand plaisir que nous informons nos lecteurs d'ouvrages ciblant des monuments particuliers. Une étude locale n'est pas concurrente mais complémentaire à l'étude globale que nous nous efforçons de faire.