L’église Notre-Dame d’Étretat 

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La petite ville d’Étretat est bien connue pour ses célèbres falaises de craie. Son église, quant à elle, est beaucoup moins connue. Peut être parce que la beauté du site a porté ombrage à la qualité de l’édifice, qui, il faut le dire, est entouré d’un cimetière peu harmonieux.

C’est la visite d’Alain et d’Anne-Marie le Stang qui nous a permis de découvrir son grand intérêt.


La façade occidentale (image 1) présente le profil caractéristique des basiliques romaines à trois vaisseaux. La forme de ces façades dépourvues d’ouvrage Ouest reproduit le plan vertical transversal de la nef. Cependant, cette façade n'est pas purement romaine, mais romane. Le portail d’entrée (image 2) est bien roman. Le tympan (image 3) est même plus récent : la finesse des traits du symbole de Saint Mathieu (l’ange) ou de Dieu le Père fait plutôt penser à la période gothique. Les chapiteaux du portail (images 4 et 5) semblent quant à eux, romans, du XIeou XIIesiècle. Cependant, nous ne sommes pas sûrs de cela, le chapiteau de l’homme combattant le dragon de l'image 5 pouvant dater du XIIIesiècle.


Sur les images 6, 7, et 8, on distingue nettement deux phases de construction. Tout d’abord une grande partie de la nef avec ses trois vaisseaux facilement identifiables. Puis l’ensemble formé par le transept et le chevet. On voit d’ailleurs, à la hauteur des toits qui entourent la tour centrale de croisée, que cet ensemble contient aussi une travée de la nef. On remarque par ailleurs les fenêtres en arc plein cintre de la nef et les fenêtres en arc brisé de l’ensemble transept-chœur. Chacune des deux parties semble très homogène. À condition toutefois d’associer la seule façade de la nef (image 1) à la deuxième campagne de travaux. Cette façade aurait remplacé une façade plus ancienne.


Venons-en à présent à l’intérieur de la nef (images de 9 à 12 ). Cette nef présente les caractéristiques suivantes :

- Le vaisseau central est soutenu par des piliers cylindriques portant des arcs doubles.

- Ce vaisseau central est voûté en croisées d’ogives, les ogives étant portées par des consoles.

- Les collatéraux (image 13) sont, eux aussi, voûtés en croisées d’ogives sur consoles.

- Les baies inférieures et supérieures sont centrées. C’est-à-dire positionnées sur le plan vertical médiateur de chaque travée.

Cette dernière remarque permet d’envisager que la nef a été très peu modifiée depuis sa construction à l’époque romane. La seule modification notable concerne le seul couvrement. La nef primitive devait être charpentée. Elle a été très probablement construite aux alentours de l’an mille, après l’invention de l’arc double mais avant la généralisation du voûtement. Le dit voûtement en croisée d’ogives des trois vaisseaux a dû être réalisé après le XIIIesiècle. On sait en effet que l’accrochage au mur des ogives par l’intermédiaire de consoles insérées dans les murs a suivi la pose de ces ogives sur des pilastres adossés aux murs.

La voûte nervure de la croisée du transept (image 14) est elle aussi plus tardive : XIVe, voire XVesiècle.

Nous voudrions toutefois ajouter un petit « bémol » à cette étude : les chapiteaux de la nef (images 10, 11 et 12)  nous semblent un peu neufs et manquer de décoration à l’inverse de celui de l'image 15 décoré d’un entrelacs imitant la vannerie. Certains de ces chapiteaux auraient-ils été remplacés ?

Datation envisagée pour la construction initiale : an 950 avec un écart de 100 ans.

Petite remarque : c’est la première fois que nous rencontrons en Normandie une nef à piliers cylindriques (de type C0000). Une nef qui semble imiter les basiliques romaines. Serait-ce un effet de la « Renaissance Carolingienne » ? On sait que Charlemagne, désireux de se démarquer de l’empereur de Constantinople, a voulu se rapprocher de Rome en introduisant ou réintroduisant une esthétique romaine.