La basilique Sant'Eufemia de Grado
Nous n'avons pas visité cette église.
Les images ci-après proviennent d'Internet.
Dans la page précédente, nous avons eu l'occasion de parler
du peu de renseignements dont nous disposions sur la ville
de Grado et ses monuments. Ceux-ci pourraient néanmoins se
révéler très intéressants. Ils méritent une étude nettement
plus approfondie que celle-ci.
La basilique Sant'Eufemia de Grado a le profil
caractéristique des basiliques paléochrétiennes héritées des
romains, avec sa nef à trois vaisseaux, le vaisseau central
étant plus élevé que les vaisseaux secondaires (images
3, 4, 5). La façade occidentale (images
1 et 2) est aussi typique de ce style
architectural. À l'origine, il y avait trois portes
permettant pour chacune l'accès à un vaisseau de la nef. Un
campanile cache celle qui était située côté Sud. Les
fenêtres trop grandes pour un édifice paléochrétien sont
probablement nettement plus récentes. Elles ont peut-être
été obtenues par un agrandissement des fenêtres antérieures.
Cependant nous envisageons plutôt qu'il y a eu une réfection
totale des parties supérieures. Ce que nous allons essayer
de démontrer.
Les trois vaisseaux sont charpentés.
Les piliers porteurs du vaisseau central sont cylindriques (images 3, 4 et 5).
Ce sont des colonnes monolithes en marbre. On remarque que
ces colonnes sont dépareillées. Certaines sont en marbre
noir. D'autres en marbre gris ou blanc. Elles sont de
dimensions différentes. Il en est de même pour les
chapiteaux qu'elles portent. Différents entre eux, ils
apparaissent souvent inadéquats aux colonnes qui les
soutiennent : le diamètre de leur base est différent du
diamètre du sommet de la colonne.
Colonne et chapiteaux ont été récupérés sur des monuments
anciens. Nous ne pensons pas cependant que c'était le cas à
l'origine. Nous estimons que l'architecte ayant conçu le
premier plan de construction a voulu que son œuvre présente
tous les signes de la perfection architecturale, et en
particulier, des colonnes identiques entre elles, des
chapiteaux identiques entre eux. Nous n'avons aucun argument
historique ou architectural pour soutenir une telle thèse,
mais un argument d'ordre psychologique. Et un argument fort
! Car tout architecte à qui l'on demanderait de construire
une œuvre dans un tel état ne peut que refuser de la
réaliser : « Je ne suis pas ici pour faire des cochonneries
». Comment alors expliquer l'existence de ces colonnes
dépareillées ? Comme toutes les constructions humaines, les
églises subissent des transformations, soit à la suite de
causes naturelles, soit du fait des humains. Et parfois,
face à une urgence, un maçon peut être contraint de
remplacer une colonne par une autre récupérée sur un
monument détruit.
Autre possibilité : à la suite des décisions du Concile de
Trente, les autorités ecclésiastiques se sont lancées dans
un gros effort d'embellissement des églises. Il y a eu
certes construction de nouvelles églises principalement pour
des collèges, des séminaires ou des hôpitaux, mais surtout
restauration d'édifices anciens. Et pour cela, l'accent a
été mis sur le décor d'aspect théâtral. Les piliers et murs
anciens ont été recouverts d'enduits qui ont camouflé les
imperfections. Parfois, des décors anciens tels que fresques
ou sculptures en bas-relief qui ne correspondaient pas aux
goûts du moment ont été supprimés. Nous envisageons que
c'est ce qui s'est passé pour la basilique Sant'Eufemia de
Grado : les colonnes cylindriques ont été remplacées tant
bien que mal et les piliers ont été recouverts d'enduits
donnant à la nef un aspect un peu plus présentable. Les
parois élevées au-dessus de ces colonnes ont été refaites
intégralement. Ce qui expliquerait l'apparente homogénéité
de construction.
Datation envisagée
pour la basilique Sant'Eufemia de Grado : an 500 avec un
écart de 150 ans.
Trois canthares sont identifiables sur la mosaïque de l'image 6.
De plus, une croix pattée est à peine visible sous le
banc de droite. En conséquence de ces observations, on
peut estimer que cette mosaïque est aussi paléochrétienne et
datant de l'édifice d'origine.