Conclusions après l'étude des monuments d'Autriche
Dans notre introduction à l'étude des
monuments d'Autriche, nous avions mis en évidence deux
problèmes.
Le premier d'entre eux concernait la
répartition des monuments d'Autriche. Certaines
régions telles que la Carinthie et la Basse-Autriche
semblaient riches en monuments alors que d'autres, d'égale
importance, en étaient privées.
La carte interactive ci-dessous témoigne de cet état de
fait. Elle représente l'Autriche, coincée entre Le
Liechtenstein à l'Ouest, Bratislava à l'Est, l'Allemagne et
la République Tchèque au Nord, l'Italie et la Slovénie. Deux
grandes zones de monuments sont apparentes : la
Basse-Autriche au Nord et la Carinthie au Sud. Ces deux
zones n'occupent que le tiers de la superficie de
l'Autriche. La densité des monuments situés grâce à des
drapeaux colorés en bleu marine et violet y est forte.
Encore plus forte si on observe que la grande majorité des
drapeaux en bleu marine situent, non seulement des
ossuaires, mais aussi tes églises situées dans le même
enclos que l'ossuaire.


Nous n'avons pas résolu le problème lié à cette répartition non uniforme.
S'il est normal qu'il y ait absence de monuments dans les régions de haute montagne, ce l'est beaucoup moins dans les régions de plaine ou de moyenne montagne. Et dans le cas présent, la haute montagne ne couvre que le cinquième du territoire de l'Autriche.
Nous avons aussi envisagé que cette répartition inégale était liée à la compétence ou au dynamisme des historiens locaux. Mais nos propres recherches – il faut dire bien restreintes – ne nous ont pas permis de découvrir de nouveaux monuments dans les zones pauvres en ces édifices. Il semblerait que l'auteur du site Internet
http : //romanische-schaetze.blogspot.com/ ait fait un excellent travail de recherche exhaustive.
D'autres explications sont envisageables. Ainsi, pour certaines régions, l'utilisation du bois comme matériau de construction : ce matériau biodégradable, aurait disparu au cours du temps. Pour d'autres régions, des conflits religieux ou ethniques auraient conduit à la destruction des bâtiments. Il y a aussi la possibilité d'une occupation tardive d'autres régions. Mais toutes ces raisons, pour être crédibles, doivent être assorties de justifications et, ne vivant pas sur place, nous ne sommes pas en mesure de les fournir.
Le deuxième problème concernait les ossuaires.
Nous avons été surpris de découvrir l'existence d'ossuaires dans ce pays d'Europe. Nous connaissons, bien sûr, d'une façon générale, les dépôts d'ossements humains. Certains d'ailleurs peuvent être décrits sur ce site Internet. Mais ceux rencontrés jusqu’à présent sont rares et isolés. En Autriche, nous en avons dénombré 39, nombre relativement important et, qui plus est, ces ossuaires sont plus concentrés en Basse-Autriche et en Carinthie. Pour mémoire, en France, il n'existe qu’une région où l'on trouve une concentration importante d'ossuaires : en Bretagne, au sein d'enclos paroissiaux. Mais ces ossuaires de Bretagne n'ont pas été étudiés dans notre site car ils datent principalement du XVIe ou XVIIe siècle, alors que ceux d'Autriche sont plus anciens : le site « Trésors romans » les date postérieurs à l'an mille, mais nous les pensons plus anciens.
Cependant, l'exemple de la Bretagne, aux terrains granitiques, peut être de nature à comprendre l'utilisation des ossuaires. Il faut savoir que ces ossuaires bretons sont situés sur des terrains granitiques. Les sols, très acides, accélèrent la décomposition des cadavres. Et donc, on peut conserver plus longtemps les restes d'un défunt en retirant ses ossements de terre après décomposition des chairs et en les plaçant dans un ossuaire (il s'agit là d'une hypothèse personnelle).
Nous avons constaté qu'une partie des ossuaires de Basse-Autriche (environ 10) était située sur le plateau granitique d'Autriche. Nous ignorons si les autres ossuaires sont aussi situés sur des terrains acides. Et de toute façon, la corrélation entre les terres acides et la présence d'ossuaires sur ces terres est loin d'être prouvée. Il existe en France et en Europe beaucoup d’autres régions à terres acides sans qu'il y ait pour autant présence d'ossuaires. Il est cependant possible que l'un ait facilité l'autre.
Des ouvrages atypiques
Si la corrélation entre ossuaires et terres acides est difficile à prouver, il existe par contre d'autres formes de corrélation plus évidentes.
La corrélation des ossuaires entre eux
La ressemblance entre ossuaires est forte. Pour la quasi totalité, le plan est centré. Ce plan est circulaire ou, plus rarement, polygonal (octogonal ou hexagonal). Il y a en général une entrée située à l'Ouest et une abside à l'Est. Pour la plupart, l'ossuaire est à deux étages. L'étage inférieur en général semi-enterré, accueille les ossements des défunts. L'étage supérieur, en général surélevé de parfois un mètre par rapport au sol, est accessible par l'entrée Ouest. Cet étage supérieur contient une grande salle prolongée pat une petite abside. Cette grande salle peut être éventuellement voûtée. L'existence de ces voûtes et d'éventuelles fresques qui les décorent a probablement induit en erreur les historiens de l'art, car lorsque l'ossuaire n'est pas voûté, ils déduisent qu'il est du XIe siècle, voûté en voûtes romanes, du XIIe siècle, voûté en voûtes gothiques, du XIIIe siècle. Mais ce, sans envisager que l'église a pu être construite à une époque et voûtée beaucoup plus tard. C'est pourtant ce qui aurait dû être envisagé à cause des anomalies de construction observées sur la plupart des images.
Ce sont d'autres anomales de construction qui permettent d'envisager que l'insertion d'absides du côté Est est postérieure à la construction initiale.
La ressemblance entre ossuaires permet d'envisager qu'il y a eu un modèle initial à plan circulaire ou polygonal. Ce modèle fixé à l'origine a subi des modifications au cours du temps : embellissement du portail Ouest, ajout d'une abside, voûtement de la pièce centrale. Mais ce, sans grande modification du schéma d'ensemble. Les seules modifications correspondaient au style de l'époque : si au XIVe siècle, on demandait à un maçon d'édifier une voûte, il construisait une voûte gothique. Si le voûtement avait été effectué au XIIe siècle, la voûte aurait été romane.
Corrélation avec les autres édifices à plan centré
On retient de l'analyse précédente que le bâtiment d'origine, à plan parfaitement centré, circulaire ou polygonal, devait être antérieur à toutes des dates qui nous sont proposées, et, en particulier, à la plus ancienne, le XIe siècle.
On retient aussi l'idée d'une ressemblance avec d'autres édifices à plan centré. La ressemblance, nous la voyons plutôt avec les baptistères qui ne sont pas très loin de l'Autriche, principalement dans le Piémont Italien.
Et nous pensons que les ossuaires, les baptistères, ainsi que tous les autres édifices à plan centré, diversement interprétés par les spécialistes (imitation du Saint Sépulcre de Jérusalem, mausolée, …) procèdent tous de la même idée. Ce sont des « centres du monde » Ils sont là pour symboliser l'indépendance d'un « pays » par rapport à son voisin. Si le « pays » est petit, ce « centre du monde » est petit, mais la densité de ces centres est plus forte dans la région qui le contient, ce petit « pays ».
Pour en revenir aux ossuaires, nous pensons que les salles supérieures pouvaient servir de salles de réunion pour les divers responsables du pays. Nous ne sommes pas certains qu'à l'origine, ces établissements aient été des ossuaires mais, à l'époque, le symbolique, le religieux et le laïque étaient fortement mêlés et on peut très bien imaginer que les réunions politiques qui se déroulaient dans la salle supérieure sous la voûte représentant le Ciel aient été faites sous l'égide des ancêtres enterrés sous les pieds des protagonistes.