L'église San Tomaso in Lomine d’Almenno San Bartolomeo
Nous n'avons pas visité cette église. Les images de cette
page ont pour source Internet.
Elle a fait l'objet d'une description détaillée écrite par
Sandro Chierici dans l'ouvrage « Lombardie
Romane » de la collection Zodiaque.
Sandro Chierici range cet édifice, ainsi que deux autres, le
Duomo Vecchio de Brescia et Saint-Laurent de Mantoue dans un
chapitre spécial intitulé : « Églises
à plan circulaire ». C'est un peu surprenant car
cet édifice ressemble fortement à des baptistères comme
celui d'Agliate étudié dans la page précédente, ou plusieurs
autres que nous aurons l'occasion de décrire un peu plus
loin. En conséquence, cette classification spécifique à ces
trois monuments signifie qu'ils ne peuvent être considérés
comme des baptistères. Sandro Chierci les considère comme
des cas à part des autres. Voici les termes qu'il emploie :
« S'il est vrai que le
schéma à plan circulaire n'est pas une invention de la
culture qui engendra l'art roman lombard, cependant la
présence de ces trois églises en Lombardie est
significative et mérite d'être signalée comme quelque
chose de plus qu'une simple anomalie. [...] Le principe a été apporté en
Europe par les premiers croisés à la fin du XIesiècle
et le fait qu'il ait trouvé des échos dans le monde
européen prouve la merveilleuse capacité de l'homme du
Moyen-Âge à tirer parti de tout ce qu'il trouvait sur son
chemin. [...] »
Tout en étant en phase avec l'auteur en ce qui concerne
toute l'attention et l'intérêt que l'on doit apporter à ces
monuments, nous sommes moins d'accord avec lui sur d'autres
points. D'une part, ces œuvres ne sont pas aussi
exceptionnelles qu'il semble dire « quelque
chose de plus qu'une simple anomalie. ». Un
décompte récent de celles décrites sur notre site à permis
d'en identifier 105 réparties en Europe et dans le bassin
méditerranéen. Quant à ce qu'il nous apprend sur l'origine
de cette forme architecturale, « Le
principe a été apporté en Europe par les premiers croisés
à la fin du XIesiècle », cela nous
laisse un peu rêveurs : la première croisade s'est terminée
par la prise de Jérusalem en 1099. Il a fallu que les
croisés manifestent une rapidité extraordinaire pour ramener
en Occident avant l'an 1100 le modèle des nefs à plan
circulaire. D'autant que ce modèle qui aurait servi de copie
à San Tomaso n'existait pas en Orient. Il y a bien le dôme
du Saint Sépulcre à Jérusalem mais son plan est différent de
celui de San Tomaso. Cette histoire des chevaliers, qui de
retour de Terre Sainte, reproduisent chez eux les édifices
vus en Palestine, a été maintes fois répétée, mais ne repose
sur aucune base solide. Par contre, le modèle architectural
de San Tomaso existait en Europe bien avant le XIesiècle
: à Aix-la Chapelle, par exemple. Mais aussi en bien
d'autres endroits d'Europe. Nous avons étudié ces édifices
très particuliers dans la page de notre site intitulée
: Les
nefs à étage, à plan circulaire ou polygonal : des
Parlements au Premier Millénaire ?
Sandro Chierici effectue par la suite
une description très détaillée de monument. En voici des
extraits : « [...] Comme
cela nous est souvent arrivé, l'origine de cette église
est enveloppée de mystère : la première mention certaine
qui en soit faite remonte à 1346, c'est-à-dire à environ
deux siècles après son érection présumable. Les fouilles
qu'on fit à l'occasion des restaurations de la fin du XIX
e siècle ont révélé des traces d'édifices
préexistants, eux aussi à plan circulaire, dont la
présence est en outre confirmée par le fait que nombre de
colonnes et chapiteaux de l'intérieur datent d'une époque
antérieure à l'église et sont donc des remplois.
[...] ». Fait relativement rare et qui mérite d'être cité :
Sandro Chierici étudie avec soin l'architecture de l'édifice
et s'efforce de détecter des étapes de construction. Il note
en particulier l'anomalie que nous constatons sur l'image
2 : les décors de sommets des murs latéraux de la
rotonde et l'abside sont différents. Celui de la rotonde (détail en image 4)
est dit d'arcatures lombardes. Celui de l'abside et de son
avant-chœur rectangulaire est formé d'arcs entrelacés (détail en image 5).
De cette différence de décors et de parements, Sandro
Chierici déduit une construction effectuée en deux temps : « À la
partie orientale de
la rotonde, est adossé un sanctuaire rectangulaire
qu'achève une abside semi-circulaire ; il appartient à une
phase de construction postérieure à celle du corps central
: on le déduit, soit des traces de pénétration de ses
parois longitudinales dans les surfaces courbes de la
rotonde, soit de ses éléments décoratifs certainement plus
tardifs que ceux de cette dernière. »
Cette observation est intéressante à plus d'un point. D'une
part, nous avions constaté auparavant l'existence de
plusieurs types de bandes de couronnement des murs latéraux
et parmi ceux-ci, deux bien différenciés : les bandes
lombardes faites d'arcs juxtaposés et les bandes d'arcs
entrecroisés. Les premières sont présentes plus
particulièrement en Europe Occidentale, au Nord du 42eparallèle,
les secondes, au Sud de la péninsule italienne. Nous avions
aussi envisagé que les secondes devaient être plus tardives
que les premières. L'observation ci-dessus confirme ce point
de vue. Autre remarque : pour la plupart des édifices à plan
polygonal ou circulaire, le plan n'est pas parfait à cause
d'un chevet plaqué côté Est. Nous avons constaté dans un
grand nombre de cas que ce chevet est un ajout tardif. Ce
qui est ici confirmé.
Les images suivantes suscitent beaucoup de questions
auxquelles il nous est difficile de répondre. Une de ces
questions est la suivante : l'église primitive
était-elle voûtée ? Nous pensons - sans certitude -
que cela a du être le cas pour l’avant-chœur et l'abside (image 6) ; mais par
contre, les déambulatoires et le centre de la rotonde
devaient être charpentés (images
7 et 8).
M Chierici signale la présence de nombreux chapiteaux ou
sculptures utilisés en remploi. Ce qui est normal, l'édifice
ayant très probablement subi des restaurations. Il ne dit
rien sur le portail d'entrée (image
9). Ce portail, situé face à l'abside, semble
parfaitement intégré dans la construction. Et donc
appartenir à la construction primitive. Le tympan de ce
portail (image 10)
semble lui aussi bien inséré dans la structure du portail.
Et donc non utilisé en remploi mais d'origine. Le thème est
surprenant. Un homme d'allure martiale, tenant une lance
vêtu d'une longue robe évasée, fait face au visiteur. Il est
encadré par deux plantes aux feuilles pendantes et une croix
à entrelacs. On dirait un gardien du lieu. La croix
entrelacée ne constitue pas un argument suffisant pour
affirmer le caractère chrétien du thème. Nous pensons plutôt
à une affirmation du caractère civil, non seulement de la
sculpture, d'apparence préromane, mais aussi du lieu que le
gardien est censé protéger.
Le chapiteau de l'image 11
représente le thème, fréquent au (Haut?)-Moyen-Âge,
de la sirène à deux queues (voir sur notre site la page : Les sirènes). Nous
pensons que ce thème pourrait être issu du thème de « l'homme
émergeant des feuillages » très présent dans un autre
édifice à plan circulaire, Saint-Bénigne de Dijon (voir sur
notre site la page :
La crypte de la cathédrale Saint-Bégnine de Dijon).
Sur le chapiteau de l'image
12, M.
Chierici donne une opinion nuancée. Ce serait, selon lui, «
l'histoire (présumée) de
Tobie et de Sara ». Nous distinguons, quant à nous,
dans l'angle qui nous fait face, une des nombreuses
variantes du thème du « lion protégeant » ou « lion dévorant » .
Datation
envisagée pour l'église San Tomaso in Lomine de
Almenno San Bartolomeo (partie à plan circulaire) : an 850
avec un écart de 150 ans.
Datation envisagée pour
l'église San Tomaso in Lomine (avant-chœur et abside) : an
1075 avec un écart de 75 ans.
Ajout du 1 Décembre 2020
Nous ajoutons aux images précédentes les images
de 13 à 18 qui permettent de compléter notre
argumentation.
Ainsi l'image 13 permet
d'avoir un aperçu de l'arcature de bord du toit (arcature
lombarde). Au centre de l'image, un chapiteau trapézoïdal
sert de modillon à l'arcature. Il est posé par
l'intermédiaire d'un autre chapiteau cylindrique sur une
colonne engagée ou lésène. Nous pensons que cette image
témoigne de deux phases de travaux (deux chapiteaux au lieu
d'un, léger décalage entre les deux, différences de styles).
Les arcatures lombardes seraient donc postérieures à une
première campagne de travaux.