La crypte de la cathédrale Saint-Bénigne de Dijon 

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Première étude de 2018

Cette crypte constitue un monument exceptionnel. C’est, à notre connaissance, la seule crypte dont la partie centrale est entièrement à plan circulaire (image 3). On distingue sur ce plan trois cercles concentriques. Le premier cercle est formé de 8 colonnes cylindriques. Le second de 16 colonnes. Le troisième est constitué d’un mur à plan circulaire sur le quel sont accolées 24 colonnes semi-cylindriques coté intérieur. Côté extérieur, il existe aussi des demi-colonnes adossées. Mais en nombre réduit, car la plupart ont disparu par suite des transformations de ce mur extérieur et de son enfouissement. Primitivement, il devait y en avoir 24 disposées en ordre régulier.

Mais il existe d’autres salles enterrées jouxtant cette rotonde. Ainsi, à l’Est (en haut du plan), un espace que nous avons appelé « sanctuaire » (mais qui est appelé
« oratoire Sainte Marie »), formé d’une abside et d’une salle rectangulaire (image 33). À l’Ouest, un autre espace que nous avons appelé « chevet » (image 34).


La page Internet du site Wikipedia consacrée à cet édifice nous révèle ceci : « Une première église fut commencée vers 510 et consacrée en 535. La translation des reliques à la crypte de l’église eut lieu en 511 ... Une nouvelle basilique carolingienne fut construite et achevée en 877. La réformation clunisienne de 989 fut organisée par Mayeul, abbé de Cluny, et Brun de Roucy, évêque de Langres. Douze moines arrivent de Cluny avec Guillaume de Volpiano qui devint leur abbé en 990. L’illustre italien est considéré comme constructeur de l’énorme église lombarde érigée au début du XIe siècle par des ouvriers d’Italie. Commencée le 14 février 1001, la basilique fut consacrée le 30 octobre 1016 par l’évêque Lambert. La rotonde orientale dédiée à Sainte-Marie fut consacrée le 13 mai 1018 et la basilique fut largement achevée vers 1025-1030 ...

Cinq basiliques se sont succédées depuis le VIe siècle sur le lieu du tombeau de Saint-Bénigne. On ne sait pas grand-chose des deux premières églises. La basilique mérovingienne, construite au VIe siècle par Grégoire, était dédiée à Saint Maurice et à Saint Bénigne ... La basilique carolingienne fut construite vers 870 par Isaac. Elle comprenait la crypte dédiée à Saint Bénigne et intégrait l’oratoire Sainte-Marie situé à l’Est, dont des parties du IXe siècle ont encore été conservées. La grande basilique lombarde de Guillaume de Volpiano était la troisième église abbatiale. C’était un édifice colossal, construit en grande partie entre 1001 et 1026, dans le style italien du premier art roman.

... La rotonde était dédiée à Sainte Marie et ses trois étages vénéraient Saint Jean-Baptiste, la Vierge et les apôtres, et la Trinité. Les deux premiers étages avaient des déambulatoires doubles et de multiples colonnes, tandis que le dernier étage n’avait qu’un seul déambulatoire. Son architecture s’inspirait peut-être du Panthéon de Rome avec ses coupoles à lunette (oculus, opaion ou trou Saint-Bénigne) qui faisaient communiquer les trois étages. Des tourelles d’escaliers avec bandes lombardes et baies géminées flanquaient la rotonde au Nord et au Sud. Une chapelle ou martyrium à trois étages, en partie encore carolingienne, mais rehaussée d’un étage avec tour, terminait la basilique à l’Est. Des mosaïques présentant un bestiaire faisaient partie du décor de la basilique.

L’ensemble qu’on visite actuellement comprend l’église gothique, la crypte romane située derrière le chœur, et les bâtiments monastiques situés au Nord de l’église et abritant le musée archéologique. La crypte, seule partie conservée de la grande abbatiale de Volpiano, était l’étage inférieur de la grande rotonde. Elle date de 1001-1018 et n’était pas souterraine à l’origine. Comblée à la Révolution, elle fut dégagée et restaurée au milieu du XIXe siècle. Des vestiges du portail sont la seule partie conservée de l’église romane du XIIe siècle. Les autres parties de l’église datent de la reconstruction gothique de la fin du XIIIe siècle au début du XIVe siècle. Le grand bâtiment monastique abrite la salle capitulaire et le scriptorium du XIe siècle et le dortoir gothique à l’étage.
»

Nous reviendrons à la fin de cette page sur la datation de cette crypte. Mais d’ores et déjà, nous pouvons faire part de nos convictions : la rotonde dont nous voyons l’étage inférieur est nettement antérieure à l’an 1001.


Notre visite, effectuée en avril 2007 (donc bien avant que nous commencions notre recherche systématique sur le premier millénaire), a été trop rapide pour que nous puissions faire une analyse exhaustive. Aussi les commentaires suivants ne permettent que donner des indications et non des preuves formelles. De toute façon, la datation de la rotonde aux années 1001-1018 n’est très probablement pas, elle aussi, associée à une preuve formelle.

Observons tout d’abord les images de 5 à 10. Ces images représentent toutes la même scène : un visage d’homme vu de face encadré par deux bras dressés. Le visage est disposé sur une sorte de corps très stylisé et de dimensions réduites. Les bras de l’homme sont eux mêmes encadrés par des sortes d’ailes. Des images 5 à 10, les scènes deviennent de plus en plus stylisées. Bien qu’un peu différent, le chapiteau de l'image 10 s’apparente fortement aux chapiteaux précédents. Il en est de même pour les chapiteaux des images 11 et 12.

Ces chapiteaux présentent un caractère archaïque. L’iconographie ne ressemble à aucune autre. Hormis peut-être à certaines scènes vues sur des chapiteaux datés des environs du XIesiècle, comme les sirènes à deux queues ou les hommes accroupis aux jambes dressées vers le haut. Mais s’il y a filiation des images, elle ne peut être que très éloignée dans le temps.

Il existe une autre particularité qui rend ces chapiteaux différents des habituels chapiteaux romans. Dans une église romane, les chapiteaux dits historiés représentent des thèmes tous différents entre eux. Et ce, à l’inverse des temples romains, où les chapiteaux sont tous identiques.


Il reste à comprendre ce que peut signifier cette image d’homme aux bras levés (images 5,6 et 7). Il existe dans l’iconographie la représentation de l’orant, l’homme (ou la femme) aux bras dressés. Mais cet homme est debout dressé sur ses jambes, alors qu’ici les jambes sont absentes.

Il reste aussi à comprendre l’évolution du modèle. Car les images suivantes 8 et 9 présentent une différence notable au niveau de la tête, qui ne ressemble pas du tout à la tête initiale. La réponse se trouve selon nous dans l'image 10. La tête a été remplacée par l’image très stylisée de deux oiseaux opposés dont la tête est plongée dans un vase très allongé. Et on retrouve la même scène dans ce qui est censé être le corps de l’homme situé juste en dessous. C’est la scène devenue désormais très classique des « oiseaux au canthare », une représentation religieuse de l’élévation des âmes vers le ciel.

L'image 11 pourrait nous aider à résoudre la totalité de l’énigme. Nous voyons dans cette succession de représentations une évolution du figuratif vers l’abstraction. Cette image 11 (et aussi l'image 14) serait le modèle initial. L’homme y est représenté presque en entier (il manque les jambes). Il émerge de palmes, symboles de sa gloire. Sa tête elle-même est entourée de palmes. Cet homme pourrait représenter l’Ancêtre Fondateur observé dans les tribus primitives. Sur les images 5, 6 et 7, la représentation devient plus abstraite, probable symbole de l’appartenance, non à la filiation d’un seul homme, mais à une collectivité humaine. Les images 8, 9 et 10 révèlent la dimension religieuse de cette communauté. Enfin, dans l'image 12, la présence d’une croix à l’emplacement de la tête pourrait signifier l’adhésion de cette communauté à la religion chrétienne (ce n’est pourtant pas certain : la croix a pu être utilisée par d’autres religions que la religion chrétienne).

À remarquer que l’évolution que nous venons d’évoquer n’est pas forcément temporelle. Ces images peuvent traduire des différences de convictions au sein de populations désireuses d’exprimer ces convictions tout en continuant à vivre dans une même communauté.

On est en droit de penser que l’analyse ci-dessus de ces chapiteaux est complètement farfelue. Mais qu’il nous soit permis d’affirmer que nous trouvons encore plus farfelue l’idée qu’ils aient été sculptés dans la période 1001-1018 sans envisager les mille ans qui ont précédé cette période.


L'image 13 est celle d’une partie de ce que nous avons appelé le « chevet », qui n’est autre que ce qui reste du chevet de l’ancienne église romane. Nous pensons (sans en être tout à fait certains) que les chapiteaux des images 15 à 25 appartiennent à ce chevet. Leur facture semble nettement plus évoluée que celle des précédents.

L'image 27 est celle d’un sarcophage paléochrétien. Il est décoré d’un chrisme.


Nous devons à présent étudier l’évolution de ce bâtiment. Comment l’indique le texte d’Internet, l’édifice primitif n’était pas enterré mais aérien. La crypte actuelle n’est que le rez-de-chaussée de cet édifice primitif. Cet édifice primitif devait être constitué de diverses constructions qui ont dû se succéder dans le temps.

La première construction devait être la rotonde. L'image 26 extraite d’Internet visualise cette rotonde telle qu’elle devait être avant la Révolution de 1789. Les images 28 et 29 permettent d’appréhender le plan de la rotonde initiale. À remarquer qu’il existe deux plans différents induits par deux hypothèses différentes sur l’édifice initial. Ces deux hypothèses sont liées au fait que les huit colonnes du petit cercle central portent des chapiteaux non décorés. D’où l’idée que ces colonnes et chapiteaux pouvaient ne pas exister primitivement et qu’ils ont été ajoutés ultérieurement afin, par exemple, de supporter le plafond de ce rez-de chaussée devenu crypte. L'image 29 entérine cette idée. Inversement, l’hypothèse selon laquelle ces huit piliers existaient bien à l’origine est exprimée dans l'image 28. Nous serions plutôt favorables à cette dernière idée, car si nous connaissons de nombreux édifices à plan centré octogonal (8 colonnes), nous n’en connaissons pas à plan à 16 colonnes. Cela ne signifie pas pour autant qu’il n’y a eu aucune modification à cette partie centrale.

Sur l'image 30, nous avons indiqué en marron la partie appelée « oratoire Sainte-Marie ». Selon nous, cette partie aurait été ajoutée ultérieurement à la rotonde. Si nous émettons cette hypothèse, c’est parce qu’un tel ajout côté Est (Orient) a été effectué sur des rotondes similaires à Aix-la-Chapelle, Ottmarsheim, Saint-Donat de Zadar, Neuvy-Saint-Sépulchre, et ce, dans le but probable de donner un sens religieux à un édifice purement civil.

L'image 31, en bleu, visualise la partie située à l’Ouest de la rotonde. Elle est donc à l’Ouest. Mais si on l’examine bien, on s’aperçoit que ce plan n’est autre que la partie Est d‘un autre édifice. Il s’agit du chevet de cet édifice. On voit bien la présence de quatre absidioles disposées deux en deux en dégradé. Il ne manque que l’abside centrale. Mais on réalise que cette abside centrale n’est autre que la rotonde.

L’évolution de l’ensemble se présente ainsi : la première construction est celle de la rotonde, édifice à plan centré, un plan idéal. Dans un second temps, on décide de donner un sens religieux à cet édifice en ajoutant côté Est, un sanctuaire. Dans un troisième temps, on décide de transformer en église cet édifice devenu pleinement religieux. La rotonde devient le sanctuaire de cette église nouvelle. On y ajoute des chapelles latérales pour former un chevet. Et on prolonge ce chevet vers l’Ouest par une nef. L'image 32 est le plan de cette église nouvelle. Plan dans lequel la nef est absente, à jamais disparue.

À la Révolution, l’église disparaît. Ses restes sont enfouis et on construit au dessus. Mais pour pouvoir construire au dessus, il faut des assises solides. Ces assises apparaissent en jaune sur le plan de l'image 33.


Datation envisagée

Il nous faut d’abord admettre que la ville de Dijon est une ville de création relativement récente (mais tout de même durant la période du premier millénaire). Elle serait citée comme « castellum » au IVesiècle. La formule, différente de « civitas », désignerait une sorte de ville-frontière, non organisée en cité, mais abritant sans doute une garnison. On assiste à son développement au cours des siècles suivants. Nous pensons que la rotonde date de cette période primitive : an 500 avec un écart de 200 ans. Ce serait l’église dite « mérovingienne » (nous n’aimons pas ce mot qui fait croire à l’existence d’un peuple, les « mérovingiens »). Nous comptons étudier ce type d’église dans la page « La nef centrée à étage et déambulatoire » du chapitre « Les évolutions dans l’architecture des monuments du Premier Millénaire/Datation ». Mais d’ores et déjà, nous pouvons dire que ce type d’édifice à plan centré devait être un monument civil destiné à faire dialoguer ensemble les principaux dirigeants d’une communauté. C’était un « parlement ». C’est-à-dire un endroit où l’on se parle.

Plus tard, il y aurait eu ajout d’un autre édifice à l’Est. Cet édifice dédié à Notre-Dame pourrait avoir accueilli le siège de l’évêque (beaucoup de cathédrales primitives sont dédiées à la Vierge Marie). Ce serait la première cathédrale de Dijon. Nous ne sommes pas certains que ce bâtiment soit l’église « carolingienne » (même remarque que précédemment sur ce mot) dont parle le site Internet Wikipedia. Les textes anciens sont en général très sibyllins et difficiles à interpréter correctement.

La partie Ouest (le « chevet ») ne date pas, quant à elle, de cette période dite « carolingienne » (VIIIe ou IXesiècle). Nous pensons que ce chevet est roman. C’est-à-dire postérieur à l’an mille. C’est un exemple assez rare de chevet de type « clunisien ». Le plan de ce chevet est celui d’un escalier double : l’abside principale et les absidioles sont disposées en dégradé. Le plan type est celui de l’église de Châteaumeillant (Cher). Mais une autre église se révèle plus intéressante encore : la Charité-sur-Loire. En effet, dans cette église, le chevet clunisien a été remplacé par un chevet à déambulatoire. Nous estimons que les chevets à déambulatoire sont postérieurs à l’an 1100. L’exemple de la Charité-sur-Loire indique à penser que les chevets clunisiens seraient antérieurs d’au moins cinquante ans aux chevets à déambulatoire, donc à dater des environs de l’an 1050 (avec un écart de plus de 50 ans). Une telle estimation se révèle très intéressante dans le mesure où elle nous invite à penser que la fameuse construction de Guillaume de Volpiano consacrée en 1016, dont parle le site Internet Wikipedia, n’est pas la rotonde mais l’église romane dont il ne reste que la base du chevet (partie Ouest du plan).

Nous voyons par la présente analyse que le modèle institué, dès le démarrage de notre site Internet, commence à s’affiner.



Ajout de texte et d'images le 19 janvier 2025

Nous avons visité ce monument en juin 2024, en compagnie d’Alain le Stang. Les images suivantes de 34 à 60 ont été prises lors de cette visite. Les autres proviennent de galeries d'images d'Internet.

Cette visite, effectuée peu après la réouverture de la crypte, en été 2024, a été pour nous la redécouverte d'un édifice visité quinze ans auparavant. En particulier, nous n'avions pas le souvenir de la partie souterraine ayant probablement accueilli le sarcophage de Saint Bénigne.

La page de Wikipédia consacrée à la Cathédrale Saint-Bénigne de Dijon, nous apprend ceci :

« En 511, sous le règne du roi mérovingien Clovis Ier, l'évêque saint Grégoire de Langres fait construire la crypte pour y déposer le sarcophage de Saint-Bénigne de Dijon,(martyr chrétien du IIe siècle). Une basilique consacrée à saint Bénigne en 535, est construite sur la crypte.

En 871, l'évêque de Langes Isaac fonde l'abbaye Saint-Bénigne de Dijon, régie par la règle de Saint-Benoît, avec pour abbatiale l'église Saint-Bénigne de Dijon.

En 990, l'évêque Brunon de Roucy fait venir Guillaume de Volpianno de l'abbaye de Cluny pour régénérer la vie monastique dans l'abbaye Saint-Bénigne et y introduire la liturgie clunisienne. D'après la
Vita Domi Willelmis abbatis divionensis que Raoul Glaber rédige peu de temps après sa mort, ce sont Brunon et Guillaume qui décident ensemble de reconstruire l'abbatiale. Ils se sont partagé la tâche : Brunon paie les dépenses et fait amener des colonnes de marbre sur le chantier, l'abbé Guillaume engage des maîtres et ordonne la construction de l'édifice sur le modèle de Cluny II.

On ne connaît les intentions de Guillaume de Volpiano et sa participation à l'édification de l'abbatiale que par ce qu'en dit Raoul Glaber : “Aussitôt, avec une très grande ingéniosité, il commença à concevoir un plan magnifique de reconstruction de l'église… sur un emplacement admirable, beaucoup plus long et plus large que le précédent”, car “comme nous l'avons dit et comme on peut le voir, il avait conçu une construction plus admirable que n'importe quelle autre basilique de la Gaule, et d'une situation incomparable”. Raoul Glaber indique que les reliques de saint Bénigne étaient au centre du projet architectural. […] La construction de la nouvelle abbatiale s'est déroulée dans un temps très court après la découverte des reliques de saint Bénigne. Le chantier s'est ouvert en 1001 et la basilique a été consacrée en 1016 et la rotonde deux ans plus tard. La communauté monastique s'était agrandie, passant de douze moines de Cluny venus avec Guillaume de Volpiano à environ quatre-vingt en 1016.

L'abbatiale avait deux fonctions : église abbatiale et église de pèlerinage. Le tombeau de saint Bénigne se trouvait dans la crypte, à l'aplomb de l'autel majeur dédié à saint Maurice et saint Bénigne. Raoul Glaber indique que la crypte à la forme d'un T dont les branches d'égale longueur mesuraient cinquante-trois coudées (25,90 m). Les fouilles faites en 1976-1978 ont permis d'en retrouver l'entrée située entre la quatrième et la cinquième travée de la nef. La rotonde dédiée à la Vierge et à tous les martyrs était une église en elle-même.

Les fouilles entreprises en 1976 ont montré que l’église préromane de Saint-Bénigne et sa rotonde étaient de tradition architecturale romaine, carolingienne, ottonienne, en utilisant des modes de construction lombards.

Entre 1280 et 1393, l'église Saint-Bénigne est reconstruite en style gothique sur la précédente basilique effondrée. La rotonde est conservée à l'est de l'église.
»

Une autre page de Wikipédia consacrée cette-fois-ci à l'abbaye Saint-Bénigne de Dijon (l'abbatiale décrite ci-dessus est l'église de cette abbaye) complète l'information :

« L'origine de l'abbaye est entourée de légendes, liées à la personnalité de saint Bénigne de Dijon, qui serait apparu à l'évêque Grégoire de Langres pour lui demander d’élever un oratoire sur son tombeau. Cette histoire, rapportée par Grégoire de Tours, petit-fils du précédent, [...] L'établissement religieux est donc attesté dès le VIe siècle. Il appartenait directement aux évêques de Langres. Une communauté de moines y est attestée dès le VIIIe siècle, mais pourrait avoir été présente dès le VIe siècle. Vers 870, le monastère est transformé : l'évêque de Langres Isaac et le roi Charles le Chauve y introduisent la règle bénédictine. [...] En 989, Guillaume de Volpiano est envoyé à Dijon par l'abbé Mayeul de Cluny avec douze moines pour réformer l'abbaye, à la demande de Brunon de Roucy, évêque de Langres. [...] Brunon et Guillaume, d'un commun accord, se lancent en 1001 dans une ambitieuse reconstruction de l'église abbatiale, avec une basilique doublée d'une rotonde. [...] En 1137, un important incendie ravage Dijon et l’abbatiale (seule la rotonde est épargnée par les flammes). L’abbé Pierre de Genève reconstruit l’église presque entièrement en architecture romane. Entre 1280 et 1393, l'église Saint-Bénigne de Dijon est construite en style gothique sur la précédente basilique effondrée en 1271. ».


Commentaires sur les trois textes précédents de Wikipédia

Ces trois textes sont comparables et semblent s'accorder (ou se compléter) sur le principal. À savoir qu'il y aurait eu cinq églises successives sur ce site. Ainsi, pour le premier texte : « Cinq basiliques se sont succédées depuis le VIe siècle sur le lieu du tombeau de Saint-Bénigne. On ne sait pas grand-chose des deux premières églises. La basilique mérovingienne, construite au VIe siècle par Grégoire, était dédiée à Saint Maurice et à Saint Bénigne. [...] La basilique carolingienne fut construite vers 870 par Isaac. Elle comprenait la crypte dédiée à Saint Bénigne et intégrait l’oratoire Sainte-Marie situé à l’Est, dont des parties du IXe siècle ont encore été conservées. La grande basilique lombarde de Guillaume de Volpiano était la troisième église abbatiale. C’était un édifice colossal, construit en grande partie entre 1001 et 1026, dans le style italien du premier art roman. ». Ce texte est moins clair pour les deux dernières églises mais le troisième texte complète l'information : « En 1137, un important incendie ravage Dijon et l’abbatiale (seule la rotonde est épargnée par les flammes). L’abbé Pierre de Genève reconstruit l’église presque entièrement en architecture romane. Entre 1280 et 1393, l'église Saint-Bénigne de Dijon est construite en style gothique sur la précédente basilique effondrée en 1271. ».  En résumé, voilà ce qui nous est dit : une première église construite au début du VIe siècle, une seconde à la fin du IXe siècle, une troisième au début du XIe siècle, une quatrième au milieu du XIIe siècle, une cinquième à la fin du XIIIe siècle.

Nous estimons que cinq édifices construits en un même endroit, c'est beaucoup. En fait, par expérience, nous savons que dans de nombreux cas, les constructions nouvelles effectuées ne sont pas des reconstructions (c'est-à-dire des constructions opérées après destruction totale d'un édifice présent) mais des ajouts ou des modifications partielles de l'édifice précédent (ajout d'un ouvrage Ouest, remplacement d'un chevet, voûtement d'une nef). Ainsi, l'information qui nous est donnée ci-dessus, « En 1137, un important incendie ravage Dijon et l’abbatiale [...] L’abbé Pierre de Genève reconstruit l’église [...] », exige selon nous une justification détaillée. Par comparaison, en 2019, la cathédrale Notre-Dame-de-Paris a subi un très violent incendie : elle n'a pas été totalement reconstruite, mais restaurée.

Par ailleurs nous apprenons que « Entre 1280 et 1393, l'église Saint-Bénigne de Dijon est construite en style gothique sur la précédente basilique effondrée en 1271.». Si l'église s'est effondrée en 1271, il est tout à fait normal qu'elle soit reconstruite 9 ans plus tard, le temps de recueillir les capitaux. Il est par contre beaucoup moins normal que l'on mette 113 ans pour la reconstruire, entre 1280 et 1393 . En effet, s'il a été décidé de reconstruire l'église à partir de 1280, il est peu probable qu'on ait prévu qu'elle soit terminée 113 ans plus tard, par et pour les arrière-arrière-petits-enfants. Nous concluons de cela que si la date de 1280 correspond probablement à une campagne de travaux de reconstruction d'une église effondrée en 1271, celle de 1393 correspond à une autre opération différente de la précédente.

Cependant, il nous faut retenir de tout cela une information importante : la précédente basilique qui devait être romane se serait effondrée en 1271. La basilique actuelle est gothique. Donc si l'information concernant l'événement est exacte, nous pouvons en déduire que cette basilique gothique a été construite peu après 1271, probablement à partir de 1280 et pour une durée de temps limitée (maximum 20 ans). En fait la durée importe peu. Ce qui est important est le plan de base qui définit la construction de l'ensemble. En conséquence, si l'information est vraie, cela permet de définir le style architectural qui existait aux alentours de 1280. Une telle observation peut apparaître superflue. Mais de telles situations sont rares et les différentes méthodes utilisées pour dater les églises (actes de fondation, de consécration, de paiement de dîmes) se sont avérées inefficaces en matière de datation d'une construction.


Les images de 43 à 48 montrent diverses faces des deux chapiteaux de l'image 42. Pour celle de l'image 48, le personnage central de la face centrale est un oiseau au long bec crochu. On retrouve cette oiseau dans l'image 42 sur le chapiteau de gauche. Le chapiteau de droite est orné d'un centaure.

Pour les autres chapiteaux des images de 43 à 47, le personnage central est une sorte de monstre léonin. Dans les angles, on retrouve le thème du monstre dévorant (ou protégeant). Il s'agit là d'une représentation dont nous ne comprenons pas très bien la signification.

Les images de 49 à 52 présentent les quatre faces d'un même chapiteau. Le décor est sensiblement le même pour chaque face : dans la partie inférieure, une bande sculptée entoure une partie circulaire. Les deux brins de la bande se croisent en direction du haut et s'enroulent en volutes dans la partie supérieure. Entre les deux volutes, un cadre carré. Les seules parties différentes se trouvent à l'intérieur des cadres circulaires ou carrés. On y trouve :

Pour l'image 50 : un feuillage (arbre de vie ?) dans le cadre carré et une croix dans le cadre circulaire.

Pour l'image 51 : une pointe de diamant dans le cadre carré et une spirale dans le cadre circulaire.

Pour l'image 52 : un lion dans le cadre carré et des oiseaux dans le cadre circulaire.

Remarquons que le symbole du ciel est un cercle et que celui de la terre est un carré. Y-a-t-il un rapport avec les symboles inscrits dans ces cadres ?


Pour les images de 54 à 58, nous reprenons presque intégralement ce que nous avions dit auparavant.

L'image 54 représente sur chacune des deux faces un personnage aux bras levés dont le torse émerge des feuillages.

L'image 55 représente aussi sur chacune des deux faces un personnage aux bras levés dont le torse émerge des feuillages. Mais le personnage est plus stylisé. Il porte une sorte de jabot.

Sur l'image 56, le personnage, toujours aux bras levés, est encore plus stylisé. Son visage est strié verticalement d'une façon assez bizarre.

On réalise sur l'image 57 que les stries verticales ne définissent pas un visage mais une scène un peu semblable à celle des « oiseaux au canthare », les oiseaux ainsi que le canthare ayant un corps très effilé. Remarquer que ce personnage a des bras et des mains. Les deux feuilles qui encadrent ces bras font penser aux jambes des
« acrobates » que l'on voit sur des chapiteaux romans.

Image 58. Nous avons eu l'occasion de décrire ce chapiteau précédemment. L'image 10 plus claire que celle-ci permet de repérer deux scènes de l'oiseau au canthare, l'une à la tête, l'autre sur le ventre.

Images 59 et 60. Nous n'arrivons pas encore à dater ce modèle de sarcophage.


Datation

Nous reprenons l'argumentation évoquée en 2018. Le premier édifice construit aurait été la retonde, érigée aux alentours de l'an 500. Cette rotonde aurait été prolongée à l'Est par une abside. Puis, plus tard, par un ouvrage Ouest qui aurait abrité le sarcophage de saint Bénigne. Plus tard encore, au voisinage de l'an mille, on (Guillaume de Volpianno) aurait construit à l'Ouest une grande basilique. Cette basilique aurait été remplacée par l'actuelle basilique gothique à partir de 1280.