Bari, San Sabino : groupe cathédral, baptistère, cathédrale, vestiges d'églises
Nous étudierons dans cette page le
groupe cathédral San Sabino de Bari comprenant le
baptistère et la
cathédrale San Sabino. Dans un dernier paragraphe,
nous parlerons des vestiges
d'églises des sous-sols de la cathédrale.
Le groupe
cathédral San Sabino de Bari
Nous avons effectué une visite rapide, de moins d'une heure,
de cet ensemble en avril 2015. Des images de cette page ont
été prises lors de cette visite. Les autres images sont
issues des galeries d'Internet.
La page du site Internet Wikipédia consacrée à la cathédrale
de Bari nous apprend ceci :
« Histoire
:
La présence documentée d'un évêque à Bari remonte à
Gervais, qui a assisté au concile de Sardica en 347, et à
son successeur Concordius, qui était présent au Concile de
Rome.
L'évêque a été élevé au rang d'archevêque au VIe
siècle, et la présence d'une cathédrale de Bari est
établie pendant la même période. Sous la nef actuelle, se
trouvent des traces d'une ancienne église à abside d'avant
le premier millénaire (l'an mille). Elle avait trois nefs
et des pilastres carrés, et des fondations sur un axe
légèrement hors de l'alignement avec celui de la
cathédrale actuelle. L'un des pavements de mosaïque porte
une inscription avec le nom de Mgr Andrea (758-761) et il
semble très probable que ce sont les restes de la première
cathédrale, qui a été détruite au IXe ou au Xe
siècle.
Dans la première moitié du XIe siècle,
l'archevêque ordonna la construction d'une nouvelle église
épiscopale, qui a été achevée sous ses successeurs Nicola
I (1035-1061) et Andrea II (1061-1068). Cette église a été
détruite par Guillaume Ier de Sicile avec le
reste de la ville (alors que la Basilique Saint-Nicolas a
été épargnée) en 1156. À la fin du XIIe siècle,
l'archevêque Rainaldo engage la reconstruction de la
cathédrale, la réutilisation des matériaux de l'église
précédente et d'autres bâtiments détruits. Consacrée le 4
octobre 1292, la nouvelle cathédrale a été édifiée dans le
style de la basilique Saint-Nicolas, qui avait servi de
siège épiscopal dans l'intervalle.
Au XVIIIe siècle, la façade, la nef et les
bas-côtés, le Trulla (l'ancien baptistère, aujourd'hui la
sacristie) et la crypte sont rénovés dans le style
baroque, sous l'archevêque Muzio Gaeta, selon le projet de
Domenico Antonio Vassaro. Plus tard, le bâtiment a subi
une série de travaux de rénovation, de démolition et
d'extensions. L'aspect d'origine romane de l'intérieur est
restauré dans les années 1950. Les deux dernières
restaurations ont été celles d'une part, la fin du XXe
siècle, qui a restauré la clarté des structures romanes,
et d'autre part, le XXIe siècle, qui a rénové
l'intérieur. »
Il est difficile de démêler le « vrai » du « faux » dans les
affirmations du texte ci-dessus. De fait, il ne faudrait pas
parler de « faux » mais de conclusions hâtives faites à
partir de la lecture de documents probablement authentiques.
Malgré ce, on peut tomber sur des renseignements
intéressants. Il en est ainsi de la phrase apparemment
anodine : « L'évêque
a été élevé au rang d'archevêque au VIe
siècle ». Elle nous conduit à envisager que le
titre d'« archevêque » a été attribué aux alentours du VIe
siècle. Avouons tout d'abord que nos connaissances en
Histoire de
l'Église Catholique sont très insuffisantes. Cependant, la
recherche effectuée grâce à notre site nous a permis
d'envisager la situation suivante. D'une part, l'importance
du rôle des évêques dès les premiers siècles du
christianisme. Ces évêques avaient la charge de communautés
relativement petites, semblables à nos chefs-lieux de
canton. Et ils disposaient d'une grande autonomie. Parmi ces
évêques, ceux des anciennes cités romaines prennent plus
d'importance. Les petits évêchés sont absorbés par les gros.
Néanmoins il y a des résistances. Le regroupement s'avérant
nécessaire, des solutions sont adoptées comme les
cathédrales ou l'archevêché. Quand cela a-t-il eu lieu ? On
le sait pour Bari au VIe siècle. En ce qui
concerne les diocèses de France, nous n'avons pas
connaissance qu'il y ait eu des archevêques au VIe
siècle. Grégoire de Tours n'en mentionne pas alors qu'il est
très prolixe pour les évêchés de Tours, Poitiers,
Clermont-Ferrand.
Notre site nous a permis de découvrir une autre notion : le
groupe cathédral. Il s'agit d'un groupe de plusieurs églises
réunies dans un même enclos. Avec, au minimum deux églises :
la cathédrale et le baptistère. Il peut y avoir, en fonction
de l'importance du diocèse, 5 ou 6 églises. Dans le cas
présent, nous en avons au moins 3 : le baptistère et deux
autres églises découvertes lors de fouilles, dont
probablement l'ancienne cathédrale.
Les images
de 1 à 10 permettent d'avoir une vue de l'extérieur
de l'édifice. Celui-ci ne ressemble pas à l'image que l'on
se fait d'un édifice roman ou préroman. Certes, les images
1, de la vue par satellite, et
3, de la façade Ouest, permettent de reconnaître
les trois vaisseaux d'une nef. Mais le fait que les
collatéraux soient couverts d'une galerie constitue pour
nous une nouveauté (images
5 et 10), particularité que l'on retrouve dans
d'autres églises des Pouilles. Il en est de même pour le
chevet entièrement plat (images
8 et 9).
L'absence d'arcs brisés fait cataloguer cet édifice parmi
les édifices romans. Cependant, la grande rosace de l'image 4 daterait selon
nous de la période gothique. Il faut comprendre qu'une
rosace constitue une prouesse architecturale. Sa réalisation
fait appel à plusieurs corps de métiers hautement
spécialisés (maître maçon, tailleur de pierre, verrier). On
doit pouvoir trouver une chronologie de construction des
rosaces en fonction de leurs dimensions, de la simple
claustra aux grandes rosaces des cathédrales. Ajoutons une
remarque : il y a une « faute de goût » sur la façade Ouest
(image 3). On peut
voir sous le pignon de la partie centrale deux corniches
horizontales. Celle du dessus est intacte. Celle du dessous,
par contre, est interrompue par la rosace. C'est là la «
faute de goût », car il y a une rupture de continuité.
Normalement, la corniche devrait s'enrouler autour de la
rosace, ou aboutir à un anneau circulaire de même style. Il
n'y a là rien de tel. On est en présence de deux styles
totalement différents (image
4). D'où l'idée que la rosace a été construite
après la façade.
Celle-ci daterait d'un art roman tardif (XIIe
siècle). On le voit aux arcatures lombardes de deuxième
voire troisième génération.
Cela ne signifie pas que l'église date aussi du XIIe
siècle. Le mur de façade peut avoir été refait.
Autre particularité des églises des Pouilles : la grande
fenêtre située sur le chevet (à gauche sur l'image
9 côté extérieur, derrière le baldaquin sur l'image 18, côté
intérieur). Cette fenêtre s'apparente à un portail tel qu'on
en voit dans d'autres régions d'Italie : portail précédé
d'un porche soutenu par de graciles colonnes portées par des
lions. Nous ignorons la signification de cet ouvrage.
Véritable portail ? Auquel cas il aurait permis d'accéder à
un étage côté intérieur, invisible actuellement. Portail
symbolique ? Mais quel est le symbole ?
Le baptistère
Nous n'avons que peu d'images de ce baptistère (images
11 et 13), et aucune de l'intérieur. Il aurait été
transformé en sacristie au XVIIIe siècle. Le
baptistère actuel est à l'intérieur de l'église (image
14). La cuve baptismale est selon nous préromane.
La datation s'avère délicate. Nous avançons l'idée selon
laquelle les grands baptistères italiens (Florence, Pise,
Parme, …), en général datés du XIIIe ou XIVe
siècle, pourraient avoir des structures beaucoup plus
anciennes, préromanes, voire romaines. Il s'agit là d'une
idée apparemment farfelue mais qui mériterait d'être étudiée
de plus près. Nous pensons même qu'à l'origine, certains de
ces monuments pouvaient être autres que des baptistères mais
des « parlements », c'est-à-dire des endroits où l'on se
parle, où on palabre.
Le plan de l'image 12 ne
nous aide pas trop. Nous pouvons seulement remarquer que le
baptistère et la cathédrale empiètent l'un sur l'autre. Mais
il faudrait un examen minutieux de l'intérieur pour voir
lequel des deux a précédé l'autre.
On remarque sur l'image 13
des séries d'arcades qui font penser à celles (plus
grandes) que l'on trouve à Saint-Donat
de Zadar (Croatie), une église qui était initialement
cylindrique comme celle-ci. Nous avons estimé Saint-Donat de
Zadar comme étant préromane.
Datation envisagée
pour le baptistère : an 850 avec un écart de 150 ans.
La cathédrale San Sabino
Les principaux éléments qui caractérisent cet édifice sont
les suivants :
1. Sa nef est formée de trois vaisseaux charpentés.
2. Le vaisseau central est porté par des piliers
cylindriques de type C0000.
3. Les arcs reliant les piliers sont à deux rouleaux.
4. Le vaisseau central est haut et une galerie (ou triforium)
court au-dessus des collatéraux.
5. Il existe un transept haut et débordant.
Ce plan d'édifice est typique de celui des églises des
Pouilles : nef à trois vaisseaux, le vaisseau central étant
charpenté ; vaisseau central porté par des colonnes
monolithes cylindriques, arcs doubles, transept haut et
débordant terminé par trois absides insérées dans la
maçonnerie ou peu apparentes extérieurement. Pour ce dernier
point, voir la vue par satellite de l'image
1, le plan de l'image
2, les images 8
et 9 du chevet, la vue intérieure du transept (images 18 et 19).
Sur l'image 16, on peut voir la
variété des colonnes dont certaines sont cerclées. Tout cela
montre qu'il y a eu multiplicité des interventions et donc
une probable ancienneté. Inversement, sur l'image
17, les
chapiteaux apparaissent identiques. Leurs décors sont
différents de ceux observés dans l'art roman. Les diverses
réfections ayant eu lieu au cours du temps se seraient
soldées par une vigoureuse remise à neuf. Il serait heureux
qu'on ait connaissance de l'état des lieux avant les
restaurations des XXe et XXIe siècles.
L'image 19, et,
plus encore, l'image 20,
font apparaître la baie du triforium
de la dernière travée avant le transept. On constate que
cette baie a seulement deux ouvertures, alors que pour les
autres travées, les baies ont trois ouvertures. Qui plus
est, l'arc situé au-dessus de cette baie est en quart de
cercle alors que pour les autres travées, il est en
demi-cercle. La conclusion est identique à celle que nous
avions faite pour l'église précédente, San Nicola : l'église
primitive n'avait pas de transept. Un transept a été
construit à l'emplacement, soit d'une travée et demie, soit
à l'emplacement de l'ancien chœur et d'une demi-travée.
Datation de la cathédrale San Sabino
Revenons au texte de Wikipédia : « Dans
la première moitié du XIe siècle, l'archevêque
ordonna la construction d'une nouvelle église épiscopale,
qui a été achevée sous ses successeurs [...] Cette
église a été détruite par Guillaume Ier de
Sicile avec le reste de la ville (alors que la Basilique
Saint-Nicolas a été épargnée) en 1156. À la fin du XIIe
siècle, l'archevêque Rainaldo engage la reconstruction de
la cathédrale, [...] Consacrée
le 4 octobre 1292, [...] ». L'explication semble
claire : l'église actuelle aurait été construite entre la
fin du XIIe siècle et 1292. Cette explication
semble parfaitement cohérente si on reste dans le cadre
restrictif de Bari. Mais si on prend la peine d'aller un peu
plus loin et de chercher à faire des comparaisons, c'est
toute autre chose. Prenons par exemple la
cathédrale de Noyon (Oise/Hauts-de-France/France),
décrite sur notre site. Sur un panneau explicatif décrivant
cette cathédrale, on peut lire « 1145
: construction du chœur et du transept ».
Ami lecteur, regardez donc les images de cette cathédrale de
Noyon et comparez les à celles de la cathédrale de Bari. En
ce qui nous concerne, il n'y a pas d’ambiguïté : la
cathédrale de Noyon est beaucoup plus évoluée que celle de
Bari. Et elle aurait été construite cinquante ans auparavant
! Nous soulevons là une contradiction qui doit être résolue.
En fait, même si nous pensons que la construction de la
cathédrale de Noyon est postérieure à 1145, nous ne pouvons
accepter que la construction de la cathédrale de Bari
remonte à la fin du XIIe siècle.
Datation envisagée pour
la cathédrale San Sabino : an 950 avec un écart de 100 ans.
Les
vestiges d'églises des sous-sols de la cathédrale
La crypte (images 21 et 22)
a été restaurée durant la période baroque. Le décor ne
présente pas d'intérêt mais il est possible que le plâtre
qui recouvre les piliers cache des chapiteaux intéressants.
Grâce à l'image 23, on devine que la
crypte occupe tout le sous-sol du transept et du vaisseau
central de la nef.
Les images 2 et 24 font
apparaître le dessin des fouilles effectuées sous le
vaisseau central et les collatéraux de la nef. L'image
24 est particulièrement claire, car on y voit,
tracés en traits rouges, les vestiges des murs de la nef à
trois vaisseaux ayant précédé l'église actuelle.
L'orientation de ces murs est différente de 4 à 5° de celle
de l'église actuelle.
Sur la même image 24, on peut voir en
traits de couleur ocre la mosaïque des images
25 et 26 schématisée sur l'image
27. Une reconstitution de l'ensemble est proposée
sur l'image 28. Nous remarquons que
cette mosaïque a été endommagée dans la partie circulaire
par la pose de contreforts d'un mur. Ce mur correspondrait à
celui de la façade Ouest.
Cette mosaïque semble s'inscrire dans l'alignement du
vaisseau central. D'où l'idée qu'elle aurait été construite
en même temps que la cathédrale.
Les restes d'une autre église ont été dégagés au Nord de la
cathédrale, à proximité du baptistère. Cet église devait
avoir une nef à trois vaisseaux avec trois absides en
prolongement.
La datation de ces deux églises dont il ne reste que peu de
vestiges est délicate car nous ne disposons pas d'élément
tangible : nous proposons l'an 750 avec un écart de 200 ans.