Saint-Bertrand-de-Comminges
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La ville de Saint-Bertrand-de-Comminges n’a certainement
pas livré tous les secrets de son passé. Il subsiste
trois monuments issus de ce passé :
• La basilique Saint Just de Valcabrère décrite dans une autre page
du présent site.
• La basilique en ruines située en contrebas de la ville (images 1 et 2). Elle
daterait du IVeou Vesiècle de
notre ère.
• Et enfin, la cathédrale dédiée à Notre-Dame. Cette
cathédrale presque entièrement gothique contient quelques
restes plus anciens que nous anous sommes efforcés de
découvrir à partir de ces quelques photographies prises en
mai 2012.
Selon Grégoire de Tours, la ville haute
de Saint-Bertrand-de-Comminges, autrefois appelée Lugdunum
Convenarum, fut prise et détruite par les troupes franques
en l’an 585.Les blocs de grandes dimensions situés à la base
du mur nord (image 4)
proviennent sans doute des monuments détruits. On y repère
des « trous de louve », petites cavités creusées dans la
pierre pour permettre l’accrochage des instruments de
levage.
L’ouvrage occidental est un grand clocher-porche (image
5) . Ce clocher a été très probablement installé
sur la première travée d’une nef construite antérieurement.
En effet si, par la pensée, on fait abstraction de la partie
verticale de ce clocher qui nous fait face, on voit
apparaître l’image du mur pignon de la façade d’origine. Le
mur ouest du clocher recouvre l’ancien mur pignon.
En fait il ne le couvre pas tout à fait puisqu’il laisse
apparents à l’intérieur des arcades un oculus (image
6) et portail de l’église sur lequel se trouve le
tympan de l'image 7 .
L’oculus
Il s’agit là d’une pièce intéressante. Il semblerait qu’elle
ait été taillée dans un seul bloc. Le motif de décoration
est dit « à billettes ». On a longtemps cru que ce motif
avait été crée au XIesiècle mais il serait
bien antérieur, directement issu des motifs de décoration
antiques. Facile à reproduire, il a très bien pu être
utilisé jusqu’au XIe siècle.
Cependant la pièce que l’on voit ici semble plus ancienne.
Peut-être du IXesiècle ?
Le
tympan du portail ouest
Ce tympan se révèle encore plus intéressant que l’oculus
précédent. Observons le attentivement.
On s’aperçoit tout d’abord qu’il est fait de plusieurs
pièces soigneusement emboîtées.
En partant du dessous on voit d’abord le linteau horizontal
et rectiligne. Puis au-dessus et de gauche à droite la scène
de l’Adoration des Mages, un évêque levant 3 doigts et un
panneau dont le tracé sculpté a disparu. Enfin, au-dessus
encore, deux panneaux représentant des anges encensant la
scène inférieure de l’adoration des Mages.
Par sa composition ce tympan fait l’effet d’un patchwork, un
assemblage hétéroclite de scènes différentes. Pourtant
l’ensemble a un sens : l’évêque qui, par ses 3 doigts levés
révèle la Trinité, nous invite à honorer comme le font les
anges du Ciel l’Adoration des Mages.
Remarquons ensuite que les deux panneaux des anges sont de
facture romane. Ils s’adaptent très bien au portail. Au
point même que les nuages d’où sortent les anges épousent
parfaitement les contours du portail. Par contre on voit que
le panneau de l’Adoration des Mages qui devait être
rectangulaire a été coupé en biseau pour s’adapter au
portail. Au point même d’entamer le dos et la chevelure d’un
des mages.
La conclusion à tirer de tout cela c’est que les deux
éléments principaux : l’Adoration des Mages et l’Evêque sont
des pièces de « récupération ». Elles ont été reprises sur
un monument plus ancien et remontées sur ce tympan qui a été
complété par les scènes des anges encensant.
Attention ? le fait de récupérer ces pièces ne signifie pas
forcément que les bâtisseurs n’avaient pas les moyens de
s’en procurer d’autres, de réaliser « un monument digne de
ce nom ». Il est fort possible que, au contraire, ces pièces
aient été placées là parce qu’elles faisaient l’objet d’une
vénération.
Mais il y a mieux encore ! Observons la scène de l’Adoration
des Mages. C’est une scène bien connue que l’on retrouve
souvent : la Vierge Marie portant l’Enfant Jésus dans ses
bras et recevant les Rois Mages qui s’inclinent en
présentant leurs cadeaux.
Sauf que, il semblerait bien que la Vierge soit … barbue,
l’Enfant Jésus soit … barbu, et les Rois Mages ne soient pas
… des rois.
Il faut savoir que les Évangiles ne parlent pas de Rois
Mages mais de Mages venus d’Orient. Et ce n’est que beaucoup
plus tard que la tradition a transformé les mages en rois.
Sans doute pour signifier que les grands de ce monde
devaient être soumis à Dieu.
Au VIIesiècle encore, sur une mosaïque de
Ravenne, le Mages portent une sorte de bonnet phrygien mais
pas de couronne. La plaque que l’on a ici pourrait
correspondre à cette période.
Quant aux deux personnages barbus, ils représenteraient non
pas la Vierge Marie et Jésus, mais le Père et le Fils. Dieu
le Père serait symbolisé tenant le Fils représenté à la fois
comme un enfant par la taille et comme un adulte par la
barbe.
Remarque : nous avons déjà vu en Espagne, sur un autre
tympan, ce type de représentation. Nous pensons qu’il est au
moins en partie lié à l’hérésie arienne qui reconnaissait la
primauté du Père sur le Fils.
L'image
8 du plan de la cathédrale ne révèle en réalité
que le plan au sol. L’indication des parties romanes ne
concerne que les parties basses. Donc, sur l'image 9, tout ce qui est au-dessus de chapiteaux est
gothique. Et sur l'image
10, il ne faut tenir compte que des arcs en plein
cintre.
Un chapiteau étonnant : revenons à l'image 9. Nous y voyons
sur le mur du fond (mur sud du collatéral sud) deux arcs
joints (une fenêtre est inscrite dans celui de gauche). A la
retombée de ces deux arcs on découvre un unique chapiteau
adossé à la paroi. Ce chapiteau est sans doute de facture
récente. Mais celui qui lui est opposé (sur le mur nord du
collatéral nord) semble ancien. C’est le chapiteau de l'image 11. En fait il
ne s’agit pas d’un chapiteau mais d’une imposte. C’est-à
dire une seule pierre. Le bas de cette pierre a les mêmes
caractéristiques que le pilier qu’elle surplombe. Alors que
le haut va en s’évasant.
Nous n’avons pas vu dans la région d’imposte dont le profil
s’inspire de ce modèle. Par contre, il existe ailleurs des
œuvres qui s’en rapprochent, à Saint-Martin-de- Volonne, en
Provence (prochainement sur ce site), ou, mieux encore, à
Lautenbach, en Alsace (voir la page
de Lautenbach sur ce site). La datation envisagée est
le
IXeou Xesiècle.
Il reste à examiner les images
12, 13, 14, 15. Il s’agit de détails de corniches
de chapiteaux et de tailloirs. Ainsi l'image
12 est un détail de l'image
9 (chapiteau et corniche du pilier central sud.
Sur le plan de l'image 8 c’est
le pilier du bas en grisé).
Observons d’abord cette image
12. Nous avons deux qualités de pierre : l’une en
gris bleuté, l’autre blanche. Le chapiteau et le tailloir
qui le surplombent sont taillés dans cette pierre blanche.
La corniche quant à elle est taillée dans la pierre grise.
Dans un premier temps, nous avions envisagé que la corniche
avec ses demi-boules proéminentes, datait du XIIIe
siècle. Le chapiteau quant à lui ne semblait pas poser de
problème : il s’agissait selon nous d’un chapiteau roman.
Seulement voilà ! le problème c’est que c’est le chapiteau
qui a succédé à la corniche et non l’inverse. Et on peut le
vérifier dans les images suivantes. L’installation des
chapiteaux a détruit des éléments de la corniche. Laquelle
d’ailleurs s’interrompt rapidement après les chapiteaux. Ce
qui laisse penser que des murs existaient auparavant. Sans
doute pour construire ou reconstruire l’église on a détruit
ces murs en ne conservant que les piliers permettant de
porter le clocher.
L’hypothèse est donc la suivante : il existait une église
avant l’an mil. Cette église était à plan basilical à 3
nefs. Ses dimensions en largeur étaient celles de l’église
actuelle. Elle devait être charpentée. Ses piliers étaient
de type R1010 et la corniche à bosses que l’on voit devait
faire le tour de ces piliers. Vers la fin du XIIesiècle
il a été décidé de réaliser le clocher-porche à
l’emplacement de la première travée. Pour cette opération
les murs de la façade occidentale ont été abattus. Mais les
piliers ont été conservés. Ils ont même été renforcés par
l’adjonction de colonnes demi-cylindriques. On a aussi
ajouté les chapiteaux. Puis, par dessus ceux-ci , les arcs
doubleaux brisés permettant de porter les murs latéraux du
clocher. Mais bien sûr ce ne sont que des hypothèses issues
d’un premier jet. Tout cela doit être soumis à vérification.