L'église Saint-Didier de Semillac 

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Petite introduction à l'étude de ce monument de Saintonge


Cher ami lecteur attaché au patrimoine de la Saintonge, ce petit préambule s'adresse à vous. Notre site Internet a été créé dans le but d'identifier et de dater des édifices principalement antérieurs à l'an mille. Lire la suite...



L'église Saint-Didier de Semillac

Nous avons effectué une courte visite de ce monument, qui était fermé lors de notre passage. Nous n'avons pu photographier que l'extérieur. Les images de l'intérieur sont extraites de galeries d'images d'Internet.

La page du site Internet Églises en Charente-Maritime consacrée à cet édifice nous apprend ceci : « La façade de l'église de Semillac est à rapprocher de celle de Saint-Hilaire-du-Bois, de Nieul-Ie-Virouil, d'Échebune, ou de Fontaine-d'Ozillac, par sa composition constituée d'une superposition de deux registres.

Le registre inférieur tripartite se compose d'un porche flanqué d'arcatures aveugles. Le déploiement des archivoltes et la profondeur de l'embrasure du porche sont variables.

Le registre supérieur s'élève sur un entablement à mordions
(??). Une suite de petites arcatures en nombre impair peut mettre en évidence parfois un arc central percé d'une baie étroite.

Cette petite église du XIIe siècle a été maintes fois remaniée comme souvent. Elle a toutefois gardé de beaux vestiges, témoins d'un roman archaïque.

Dans le mur nord de la nef, on peut remarquer des petites fenêtres romanes dont le linteau échancré dans une seule pierre est gravé en méplat.

À l'intérieur de la nef, un grand arc brisé dans un épais mur diaphragme repose sur de hautes colonnes engagées dont les chapiteaux sont curieusement décorés de motifs géométriques simples et rares dans la région.

Le chœur reconstruit à l'époque gothique a conservé une double arcature superposée relevant d'un roman archaïque d'un réel intérêt que l'on peut rapprocher du chœur de Bougneau ou de Saint-Thomas-de-Cônac.

L’arcature inférieure a trois cintres dont ne subsistent plus que les tailloirs. Elle est surmontée de trois autres cintres inégaux dont le plus grand, au centre, sert de voussure à la fenêtre. Les colonnes légèrement galbées portent des chapiteaux à motifs géométriques d'une facture inhabituelle.
»



Commençons par un petit commentaire du texte précédent. Nous lisons : « Cette petite église du XIIe siècle a été maintes fois remaniée comme souvent. Elle a toutefois gardé de beaux vestiges, témoins d'un roman archaïque. [...] ». Il faut comprendre ceci : dans toute la littérature concernant les églises romanes, leur datation ne concerne que les XIe et XIIe siècles. Selon les historiens de l'art du Moyen-Âge, il y aurait deux périodes concernant l'art roman : le premier art roman (ou art roman primitif ou art roman archaïque) qui serait apparu au XIe siècle et un deuxième art roman plus achevé qui daterait du XIIe siècle. Il s'agit là d'un dogme que nous ne cessons de combattre. Mais pour une fois, essayons de rentrer dans le moule de nos prédécesseurs. On nous dit que cette église a « gardé de beaux vestiges, témoins d'un roman archaïque ». Donc des vestiges d'une église du XIe siècle. Mais alors ? Pourquoi dire qu'elle date du XIIe siècle ? Actuellement, en 2021, j'habite une maison construite en 1980. Cette maison date-t-elle du XXe siècle ou du XXIe siècle ? Nous voyons dans cette attribution au XIIe siècle la manifestation de ce qu'on pourrait appeler un déni d'ancienneté.

Les images 1 (vue par satellite), 2 (la façade occidentale) et 3 (le chevet vu du Sud-Est) font apparaître une église à nef unique et à chevet plat. Cela a-t-il toujours le cas ? Il est probable que la partie orientale (avant-chœur et chœur) est d'origine bien qu'elle ait été modifiée à l'époque gothique (percement de fenêtres à remplages). Nous en sommes moins sûrs en ce qui concerne la nef qui nous semble bien large pour une église qui devait être charpentée. Il faut donc envisager qu'à l'origine, cette nef pouvait être à trois vaisseaux. Mais de cela, nous ne pouvons être certains.

Dans la partie inférieure du mur Nord (image 4), l'appareil de maçonnerie est constitué de petits moellons taillés grossièrement et noyés dans un enduit de couleur ocre. Un autre appareil de couleur grise a été employé dans la partie supérieure et autour des fenêtres. Les murs en appareil irrégulier analogue à celui de couleur ocre sont considérés comme préromans. Les fenêtres étant entourées de l'appareil de couleur grise, on peut estimer qu'elles ont été percées ultérieurement. Ces fenêtres sont recouvertes de linteaux échancrés (images 5, 6, 7, 8). Or nous estimons que les linteaux échancrés peuvent être considérés comme archaïques (alentours de l'an mille). En résumé : le mur de couleur ocre serait antérieur aux fenêtres, qui elles-mêmes, pourraient être de peu antérieures à l'an mille. Toutes ces observations font remonter la datation. Revenons à présent au décor de ces linteaux : cercles entrelacés pour l'image 5, pointes de diamant et rayons imitant un arc pour l'image 6, corde pour l'image 7. Difficile à partir de cela de proposer une datation. Une autre piste : les linteaux des images 5 , 6, 7 pourraient avoir été taillés et sculptés dans des linteaux en bâtière, le linteau de l'image 8 étant, quant à lui, taillé dans un linteau droit.

À l'intérieur de l'église (image 9), l'arc triomphal est légèrement brisé. Il est cependant possible que cet arc ait été construit ultérieurement en remplacement d'un autre arc. Il semblerait en effet que, côté Sud, le chapiteau ne soit pas adapté au tailloir qu'il porte (image 10).

Le texte ci-dessus effectue un rapprochement du décor de l’avant-chœur avec ceux de de Bougneau ou de Saint-Thomas-de-Conac (image 11). Nous pourrions y ajouter ceux de Peyrusse-Grande et de Genens dans le Gers et celui de Mazères, dans les Hautes-Pyrénées. Les chapiteaux et tailloirs de cette partie, de hauteur conséquente, semblent eux aussi d'inspiration archaïque (image 12).


Datation envisagée pour l'église Saint-Didier de Semillac : an 900 avec un écart de 150 ans.