Églises de Lot-et-Garonne susceptibles de dater du Ier millénaire (page 2/2) 

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Les cinq églises étudiées dans cette page sont : L’église Saint-Pierre de Saint-Pierre-de-Buzet, l’église Sainte-Bazeille de Sainte-Bazeille, l’église Saint-Martin de Mourrens de Sainte-Colombe-en-Bruilhois, l’église Saint-Jean-Baptiste de Savignac-sur-Leyze, l’église Saint-Christophe de Vianne.




Saint-Pierre-de-Buzet : Église Saint-Pierre (images 1 à 9)


La page du site Internet Wikipedia relative à cet édifice est très succincte : « L'église date du XIIe siècle. Ses dimensions remarquables sont probablement dûes au fait qu'elle était rattachée à un couvent de prémontrés, La Grange Notre-Dame-de-Fonclaire, qui se trouvait à 1 km, dans la vallée du Lavizon. »

La datation du XIIesiècle n’est pas pour nous une grande nouvelle. Nous avons dénoncé à de nombreuses reprises l’attitude consistant à affirmer péremptoirement qu’une église antérieure à l’an 1200 est du XIIesiècle. Certes, ce n’est pas l’auteur du texte Internet qui doit être mis en cause. Il n’a fait que copier l’information sur un auteur précédent. Lequel auteur l’avait copiée sur un autre. Et ainsi de suite. Au fur et à mesure des transmissions, l’information qui, à l’origine, n’était peut-être qu’une simple hypothèse, est devenue une certitude inébranlable. Une certitude qui évite de se poser des questions. En particulier sur l’évolution du bâtiment.

Or, dans le cas présent, on ne peut que constater qu’il y a bien eu évolution du bâtiment. Elle est visible sur l'image 2. De droite à gauche, on repère l’abside précédée d’un avant-chœur. Puis la nef suivie d’un bâtiment plus élevé, probablement un ouvrage Ouest. Et enfin le clocher-peigne. Les fenêtres, de dimensions différentes et à des hauteurs différentes, sont révélatrices de transformations. Quant au clocher-peigne, l'image 1 permet de penser qu’il a été accolé à la façade Ouest. Ce que nous avons appelé l’ouvrage Ouest pourrait être un reste de travée Ouest de l’ancienne nef. Les trois travées précédant cet ouvrage Ouest feraient aussi partie de cette ancienne nef mais, précédemment charpentées, elles auraient été rabaissées durant leur voûtement. Ce voûtement tardif est apparent sur l'image 4 montrant l’intérieur : en toute logique, les deux arcs, l’arc triomphal, et l’arc des voûtes de la nef, devraient se superposer et non être sécants.

Le portail Sud (image 7) est selon nous bien antérieur aux classiques portails romans à colonnettes, chapiteaux et voussures. Nous les datons des alentours de l’an mille. La seule décoration de ce portail est un chrisme placé dans la partie supérieure. Nous avons conservé l’image de ce chrisme (image 9) afin de procéder ultérieurement à une évaluation chronologique de ce type de représentation. Nous ne pensons pas cependant qu’il permette de dater ce type de portail. Il a sans doute été utilisé en remploi.

L'image 8 montre des oiseaux affrontés picorant un feuillage (arbre de vie ?). Il s’agit là d’une scène détournée de celle, classique, des « oiseaux au canthare ». La forme très stylisée des animaux, le décor presque géométrique de leur corps, font penser à des œuvres d'inspiration barbare : datation aux alentours de l’an 1000.

Datation : dans l’attente d’une meilleure connaissance de cette église Saint-Pierre, nous proposons la date de l’an 1025 avec un écart de 75 ans.




Sainte-Bazeille : Église Sainte-Bazeille (images 10 et 11)


Peu de choses à dire sur cette église qui semble constituée d’une nef à trois vaisseaux (image 10). Le chevet (image 11) montre de nombreuses traces de réparations. Le mélange de pierres et de briques pourrait témoigner d’une construction antique si toutefois il y a alternance de lits de pierres et de briques. Mais nous ne disposons pas d’images permettant de prouver une telle alternance. Si tel était le cas, nous pourrions faire remonter la datation de cet édifice que, pour le moment et par souci de sécurité, nous estimons à l’an 1050 avec un écart de 100 ans.




Sainte-Colombe-en-Bruilhois : Église Saint-Martin de Mourrens (images 12 à 15)


Nous n’avons pas eu l’occasion de visiter cette église. Selon l’article qui lui est réservé sur le site Internet Wikipedia, la nef actuelle serait charpentée alors que le chœur est voûté en cul-de-four.

Le même article nous apprend que : « La voûte de la nef et du faux-transept ont disparu, remplacée par un plafond en bois. On ne sait pas si l'église est restée inachevée ou si la voûte s'est effondrée. Georges Tholin suppose que le faux-transept devait être couvert d'une coupole. »

Selon cet extrait de texte, une voûte de la nef existait auparavant ou était prévue dans le plan de construction. Bien que n’ayant pas visité cette église, nous nous permettons d’émettre une autre hypothèse : la nef initiale n’était pas voûtée mais charpentée. Cette nouvelle hypothèse est liée à un constat : pour de nombreuses églises à nef unique, la nef est charpentée alors que le chœur est voûté en cul-de-four. En fait, ce modèle d’église serait représentatif d’une étape dans la construction des églises à nef unique (nef et chœur charpentés, nef charpentée-chœur voûté en plein cintre, nef charpentée-chœur voûté en cul-de-four, nef et chœur voûtés). Nous partons du principe qu’une charpente est plus facile à construire qu’une voûte. Par contre, une fois la voûte construite et bien installée, elle est plus solide que la charpente.

L’abside (image 13) est percée d’une fenêtre axiale qui semble dater du XIesiècle (l’autre fenêtre côté Sud semble plus récente). Cette abside, déjà élevée, a été surélevée à deux reprises ultérieurement (différences d’appareils de pierres). Sans doute pour ménager une pièce au-dessus du sanctuaire.

L’auteur du texte parle d’un « faux transept ». Sans doute fait-il allusion à ce que nous-mêmes appelons un « transept bas », c’est-à-dire, deux pièces symétriques accolées à la nef coté Nord et côté Sud, et communiquant avec celle-ci. En général, ces deux pièces ont été ajoutées après la construction de la nef, voire longtemps après.

Datation : il faudrait effectuer une visite approfondie de cette église pour mieux l’évaluer. Elle pourrait être antérieure à l’an mille, mais par souci de sécurité nous l’estimons à l’an 1050 avec un écart de 100 ans.




Savignac-sur-Leyze : Église Saint-Jean-Baptiste (images 16, 17 et 18)


Selon la page du site Internet Wikipedia qui lui est consacrée, l’historique de cet édifice est le suivant : « Le chœur roman date du XIe siècle, avec sa voûte en berceau plein cintre soutenue par un arc-doubleau qui le sépare du cul-de-four de l'abside.

En décapant les murs du chœur, quatre croix rouges, gravées en creux ont été mises au jour sur les piliers. Ces croix peuvent être des symboles à la fois de l'ordre des Templiers et de l'ordre de Malte. Elles pourraient aussi correspondre à des croix de consécration.

Après l'arc triomphal, l'architecture est plus récente
. »

Nous sommes beaucoup moins sûrs d’une datation du XIesiècle pour le chœur roman. Si les murs du chœur sont probablement romans, le voûtement en cul-de-four de l’abside est probablement de beaucoup postérieur. En effet l’arc absidal est en anse de panier (image 18).

Nous avons surtout été attirés par le transept. Les croisillons sont terminés par deux absides en cul-de-four. Cela donne un plan tréflé ou un plan en croix. Les églises qui ont été servies par des Templiers ou des Hospitaliers ont souvent un plan en forme de Croix.

D’où vient l’affirmation : « Après l’arc triomphal, l’architecture est plus récente. » ? C’est en effet ainsi qu’elle apparaît sur l'image 18 mais il arrive souvent qu'au
XVIIesiècle des voûtes aient été construites sur des édifices plus anciens. Pour en être certains, il faudrait pouvoir analyser la structure des murs.

En fonction de ces incertitudes, la datation envisagée est fort large. Cependant, en attendant une meilleure information, par prudence nous l’estimons à l’an 1050 avec un écart de 100 ans.




Vianne : Église Saint-Christophe (images 19,20 et 21)


La page du site Internet Wikipedia consacrée à cette église ne signale pas de document antérieur au XIIIesiècle.

On peut voir sur l'image 19 sur la base du mur extérieur Sud de la nef des restes d’arcades. Ces arcs pourraient avoir porté les murs gouttereaux du vaisseau central d’une nef triple. Ce qui signifierait que l’édifice est plus antérieur à l’an mille.

L'image 21 de l’intérieur de l’église fait apparaître une nef sombre privée de fenêtres. Là encore on peut envisager que cette nef était le vaisseau principal d’une nef triple, un vaisseau principal primitivement charpenté.

Datation envisagée : an 900 avec un écart de 200 ans.


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