L’église Saint-Jean-Baptiste de Diusse
Cette église ainsi que les six suivantes
des Pyrénées-Atlantiques ont été visitées et photographiées
par Alain et Anne-Marie Le Stang lors d’un séjour dans ce
département.
Comme nous l’avons dit précédemment, le département des
Pyrénées-Atlantiques est pauvre en monuments romans ou
préromans. Il ne faut donc pas s’attendre à de grandes
découvertes au sujet de ces églises, qui, pour la plupart,
sont estimées postérieures à l’an mille. Cependant, il nous
a semblé nécessaire de commenter certaines de leurs
particularités.
Les sites Internet sont très peu prolixes sur cette église
de Diusse. Fort heureusement, un panneau explicatif placé à
l’intérieur de l’église en fournit une description très
détaillée. En voici quelques extraits : «
(L’église) aurait été donnée à la fin du XIesiècle
au monastère de Larreule. En 1104 , sur l’autel de
l’église, le vicomte de Béarn et le comte d’Armagnac
jurèrent avec leurs nobles de se garder la paix et la
trêve de Dieu ... »
Bien sûr, ces informations ne signifient pas obligatoirement
que cette église date du XIesiècle. Elle peut
être bien antérieure (plus on remonte les siècles et plus
les textes deviennent rares) ou bien postérieure (si
l’église a été détruite entretemps).
Extérieurement (images
1 et 2), l’église apparaît dépourvue de
décorations qui pourraient permettre de la dater.
Cependant, un examen plus détaillé fait découvrir sur le
chevet des restes de piliers adossés à la paroi (images
3 et 4). En fait, c’est un peu plus compliqué :
de hauts massifs quadrangulaires portent un socle sur lequel
reposent des colonnes cylindriques jumelles. Les colonnes
sont brusquement interrompues au niveau du toit. Comme ces
deux colonnes devaient normalement porter des chapiteaux,
qui à leur tour portaient la corniche du toit, on doit
envisager que ce toit a été abaissé.
Revenons à l'image 4
: on y voit deux corniches à décor de billettes. La corniche
du dessous contourne le massif rectangulaire et se poursuit
sur le mur du chevet de part et d’autre du pilastre pour
s’arrêter brutalement. Nous estimons qu'à l’origine, cette
corniche, actuellement très endommagée, faisait le tour du
chevet en contournant les massifs rectangulaires (plusieurs
devaient exister à l’origine). Cette corniche a été
brutalement coupée à cause de l’ouverture de fenêtres de
part et d’autre du massif.
Passons maintenant à la deuxième corniche située au dessus.
Cette corniche devait passer au dessus d’une fenêtre
protégée par un arc en plein cintre. On constate que, à
l’inverse de la corniche précédente, la corniche ne
contourne pas les piliers, mais bute contre la première des
deux colonnes alors que, logiquement, pour des raisons
esthétiques, elle aurait dû contourner ces deux colonnes.
Deux possibilités s’offrent à nous. Soit cette deuxième
corniche n’existait pas lors de la construction initiale.
Elle aurait été introduite lors du percement de la fenêtre.
Les maçons n’auraient pas voulu lui faire contourner les
colonnes à cause de la difficulté d’exécution de
l’opération.
Il existe une deuxième possibilité : la corniche existait à
l’origine mais elle passait derrière les colonnes. Ce qui
signifierait que, à l’origine, ces colonnes étaient
détachées des parois.
Nous avons déjà rencontré des caractéristiques analogues :
colonnes simples ou doubles détachées des parois et
installées sur des massifs rectangulaires. C’était dans des
églises comme Nant ou Sant Pere de Rodes ou encore
Saint-Jacques de Béziers, églises que nous estimons
préromanes, voire même wisigothiques.
Un autre élément très intéressant se
trouve être le tympan du portail (images
5 puis 6).
Voyons ce que nous apprend le panneau signalé ci-dessus : «
Tympan formé de 6 pierres
rubéfiées calées au mortier, et soutenu par un linteau
vraisemblablement mis en place en 1471 (porte la date),
lors de restaurations consécutives à un incendie.
L’étude de ce tympan permet d’avancer quant à son origine
quelques hypothèses. Le découpage en 5 morceaux de la
partie inférieure est sans conteste accidentel ; il
s’agissait à l’origine d’une seule et même pierre,
surmontée d’une autre rectangulaire où sont sculptés des
oiseaux aux cous enlacés et qui ne garnit pas complètement
l’espace sous l’intrados de l’arc (blocage). Si le chrisme
et les mots LUX et REX ne sont en rien étonnants au
portail d’une église, par contre l’organisation du décor à
motifs végétaux en un regitre horizontal est mal adaptée
au schéma d’un tympan ; sa hauteur et son décor
l’apparentent plutôt aux faces antérieures de sarcophages,
dont par ailleurs la pierre sculptée au-dessus du chrisme
pourrait fort bien constituer une face latérale ... ».
Les images 7, 8, 9, 10
sont celles de chapiteaux ainsi décrits : « Chapiteaux
détériorés, sculptés dans un grès local ; tailloirs
prolongés en bandeaux à la base des rouleaux. De gauche à
droite : Balaam arrêté par l’ange, 2 chimères affrontées
(griffées), animaux (détériorés), 2 personnages sur les
faces, sur l’angle, un ange (?) dont subsiste l’aile. Ces
chapiteaux permettent de dater l’ensemble du portail de
deuxième quart du XIIesiècle. »
Hormis la derrière phrase qui ne peut que conduire à
interroger son auteur de la façon suivante : « Sur
quoi vous basez vous pour obtenir une telle précision et
avec un tel ton de certitude ? », nous sommes
d’accord avec ce texte qui dénote une analyse poussée.
Même si ce tympan utilise des panneaux récupérés sur des
sarcophages plus anciens, sa conception même est romane, du
XIeou XIIesiècle.
Il est difficile d’évaluer le gros-œuvre, l’intérieur (image 11) étant
illisible sous les peintures et les ajouts du XVIIesiècle.
Datation envisagée pour l’église
Saint-Jean-Baptiste de Diusse : an 1050 avec un écart de 150
ans.