Divers édifices des Landes susceptibles de dater du Ier millénaire (page 1/2)
Hormis l’abbaye Sainte-Marie d’Arthous, nous n’avons visité
aucun des édifices étudiés dans cette page et la suivante.
Nous nous fions aux seules images extraites d’Internet pour
évaluer ces édifices. En conséquence, nos hypothèses ne
peuvent être qu’entachées d’une forte incertitude. Compte
tenu de cette incertitude, il n’est pas impossible qu’un
édifice que nous datons de l’an 1050 soit en fait antérieur
à l’an mille.
Les six églises que nous étudions dans cette page sont : l’abbaye
Sainte-Marie d’Arthous à Hastingues, l’église
Notre-Dame de l'Assomption de Baigts, l’église
Saint-Vincent-de-Xaintes de Belhade, l’église
Saint-Christau de Benquet, l’église
Sainte-Marie de Bostens, la
crypte de Saint-Girons de Hagetmau.
Hastingues : Abbaye
Sainte-Marie d’Arthous
La page du site Internet Wikipedia
consacrée à cette abbaye nous apprend ceci : «
C’est vers 1160 que les chanoines de l’ordre des
Prémontrés essaiment de l'abbaye de la Case-Dieu dans le
Gers pour fonder l’abbaye d’Arthous, sous l’autorité de
l'abbé Bernard III. L’obituaire mentionne Martin Sanche de
Domezain, noble du pays de Soule, comme le fondateur par
les termes « fundator hujus ecclesiae ». Dédiée à
Notre-Dame, l'abbaye porte le nom de Sainte-Marie
d'Arthous, signalée vers 1200 dans le cartulaire de Dax.
»
De plus, à l’intérieur même de l’abbaye, un panonceau
intitulé « À
la frontière du roman et du gothique » donne ces
explications : « Consacrée
en 1167 à Sainte-Marie, l’église est à la frontière du
roman et du gothique. À l’époque où on assiste dans le
Nord de la France au développement du gothique, on en est
ici aux balbutiements comme le prouvent les différents
voûtements de l’abside et de la nef. »
Nous avons écrit à plusieurs reprises sur ce site qu’une
date d’inauguration ne correspond pas forcément à une date
de fin de travaux. Dans de nombreux cas, c’est un autel qui
est consacré et non une église. Il faudrait connaître plus
en détail le texte relatant la consécration de 1167 (s’il
existe) ou l’historique de vie de Martin Sanche de Donnezain
pour se faire une meilleure idée.
Malgré notre manque de connaissances sur cette abbaye, nous
contestons fondamentalement la seconde partie du texte écrit
sur le panonceau : « À
l’époque où on assiste dans le Nord de la France au
développement du gothique, on en est ici aux balbutiements
comme le prouvent les différents voûtements de l’abside et
de la nef .». D’une part les « différents
voûtements de l’abside et de la nef » ne prouvent
pas en aucune façon qu’il ait pu y avoir des «
balbutiements », c’est-à-dire des hésitations ou
des erreurs de la part des architectes de l’époque. Ces
différents voûtements ont très bien pu avoir été effectués
en différentes époques, chaque époque apportant ses
innovations.
Mais il y a plus grave : la première partie de la phrase, «
À l’époque où on assiste
dans le Nord de la France au développement du gothique, on
en est ici aux balbutiements » laisse entendre
qu’il y avait à cette époque là une région évoluée située au
Nord de la France et une autre, inculte, située dans le
département des Landes, et sans doute, plus généralement,
dans le Sud de la France, ou ailleurs en Bretagne. Selon
nous, cette idée relève d’une opération de dénigrement qui
n’a rien à voir avec la réalité. En cette période du
Moyen-Âge, et même longtemps avant, il y avait suffisamment
de relations entre les régions d’Occident pour que chacune
d’entre elles soit rapidement au courant des innovations des
autres. Dans le cas d’Arthous, même si les arcs sont brisés
comme des arcs gothiques, l’œuvre est globalement romane. Et
on trouve des églises analogues, tout aussi romanes dans le
Nord de la France. Il faut bien comprendre que ces églises
appartenaient à une époque antérieure à l’époque gothique.
Il a pu certes exister des différences entre régions, mais
ces différences sont souvent liées à des questions de
richesses ou de développement dûs à des circonstances
particulières. À titre comparatif, doit-on, sous prétexte
que le gratte-ciel construit récemment à Dubaï est nettement
plus élevé que le plus haut bâtiment de Paris, en déduire
que la « civilisation » de Dubaï est nettement plus évoluée
que celle de Paris ?
Cette église a été récemment restaurée.
Elle est surtout célèbre par ses modillons sculptés
installés en bordure de toit (images
1 et 3). Remarquer en particulier celui de l'image 3 portant deux
personnages assis, celui de droite tenant une croix de
procession pattée. Ce type de croix est, pour nous,
caractéristique d’une datation aux alentours de l ‘an 800.
Cependant, cette datation entre en contradiction avec le
fait que la scène est gravée sur un modillon, pièce
d’architecture que nous évaluons du
XIIesiècle. Il est possible que le symbole de
la croix pattée ait survécu jusqu’au XIIesiècle.
Mais nous croyons plutôt que le sculpteur du modillon, à
court d’imagination, a cherché à imiter un modèle antérieur
qu’il avait à sa disposition.
Nous n’avons pas l’habitude d’étudier les modillons
sculptés, car nous estimons que d’une façon générale ceux-ci
datent du douzième siècle. Ils sont donc de beaucoup
postérieurs à la période que nous étudions.
Après examen de l’ensemble des images que nous possédons,
nous ne pensons pas que cette église puisse remonter à une
période antérieure à l’an mille. Cependant, nous ne pensons
pas non plus que l’édifice initial ait été construit après
1160.
Datation envisagée : an 1100 avec un écart de 50 ans.
Baigts :
Église Notre-Dame de l'Assomption
Les images
10 et 11 de cette église ne permettent pas de
conclure à une ancienneté. L’intérieur de l’édifice (image 12) montre
qu’il existe sur la droite un collatéral séparé de la nef
par une arcade portée par des piliers rectangulaires de type
R0000. Nous
estimons que ce type de pilier, associé à des arcs simples
et des vaisseaux charpentés, peut être daté des alentours de
l’an 800.
Il existe cependant une nuance à apporter à ce raisonnement.
Les murs sont recouverts d’un enduit qui les cache et
interdit de les dater. Il est donc possible que cette nef
soit plus tardive, du XVIIesiècle.
Nous ne sommes pas certains que cette église soit au moins
romane. Mais elle est citée comme église romane sur la page
« églises romanes des Landes », du site Internet Wikipedia.
Les rédacteurs de cette page ont très probablement découvert
dans cette église des détails permettant de qualifier cette
église de « romane ».
Datation envisagée : an 750 avec un écart de 200 ans.
Belhade :
Église Saint-Vincent-de-Xaintes
Concernant cette église, nous disposons
de très peu d’images. Le chevet qui devait être
primitivement très sombre pourrait être roman (image
13). Le chapiteau de l'image
15 est nettement roman. Il s’agit d’un chapiteau
historié au thème difficilement compréhensible. Peut-être
une scène de la Pêche Miraculeuse ?
Nous pensons que ce chapiteau date du XIIesiècle.
Le tympan de l'image 14 est
décoré d’un chrisme. Nous essayons de faire un catalogue des
chrismes afin de déterminer une chronologie. Les chrismes
ont été répandus en Occident depuis le IVesiècle
jusqu’au XIesiècle. Peut-être arriverons nous
un jour à les dater ?
Datation envisagée : an 1075 avec un écart de 75 ans.
Benquet :
Église Saint-Christau
Extérieurement, l’église Saint-Christau
de Benquet ne semble pas témoigner d’une grande ancienneté (images 16 et 17).
Par contre, on voit à l’intérieur que la nef est constituée
de trois vaisseaux charpentés. La nef centrale est séparée
des collatéraux par des arcs portés par des piliers à
section rectangulaire (image
18). Seul bémol : les piliers sont en brique et
non en pierre.
Datation envisagée : an 750 avec un écart de 200 ans.
Bostens :
Église Sainte-Marie
Cette église présente des aspects qui
nous semblent intéressants. Il y a tout d’abord la présence
de deux absides à chevet plat (image
19). Ces deux absides possèdent une unique
fenêtre axiale très étroite. Ces éléments sont
caractéristiques d’églises remontant au premier millénaire.
On retrouve d’un côté et de l’autre des Pyrénées des chevets
ayant la même forme (mais 3 absides accolées au lieu de 2
comme ici).
Extérieurement, le clocher (image
20) présente aussi certaines des caractéristiques
de clocher datés des alentours de l’an mille (fenêtres
géminées, murs légèrement inclinés vers le centre). Mais
c’est surtout la vue intérieure (image
21) avec, à droite, la rangée de piliers
soutenant le clocher, piliers reliés par des arcs simples
qui nous fait envisager une haute datation.
Datation estimée : an 850 avec un écart de 200 ans.
Hagetmau
: Crypte de Saint-Girons
Un sarcophage déposé dans cette crypte (
image 27) donne à
penser que le site en lui-même pourrait être antérieur à
l’an mille.
Cette crypte possède de très beaux chapiteaux que l’on peut
dater du XIIesiècle (image 26). Bien souvent, on a considéré que les cryptes
pouvaient être antérieures aux églises situées au dessus.
Dans bien des cas, la crypte a été aménagée à l’intérieur
d’une église construite auparavant.
C’est ce qui semble être le cas ici. En effet, le plan de l'image 25 montre que la
crypte a été créée à l’intérieur d’une partie intitulée «
réfection gothique » (en haut sur le plan). On peut voir sur
le même plan et en bas les restes de deux absidioles. Il y
avait là une église à trois absides : une abside et deux
absidioles.
Datation envisagée pour cette église : an 950 avec un écart
de 150 ans.