Divers édifices de Gironde susceptibles de dater du Ier millénaire (page 3/5)
Les quatre édifices étudiés dans cette page sont : l’église
Saint-Jean-Baptiste de Monprimblanc, l’église
Saint-Georges de Montagne, l’église
souterraine de Saint-Émilion, l’église
Saint-Étienne de Tauriac.
Église
Saint-Jean-Baptiste de Monprimblanc
Peu de choses à dire sur cette église
dont nous ne connaissons pas d’image de l’intérieur. Le site
Internet qui la décrit insiste surtout sur les modillons
sculptés du chevet. De notre côté, nous avons écarté l’étude
systématique des modillons. Nous pensons en effet que les
modillons font partie des éléments les moins sûrs pour la
datation d’un édifice du Moyen-Âge : exposés aux
intempéries, supports de toits, ils sont susceptibles d’être
changés lors des travaux de restauration de ces toits,
travaux qui peuvent avoir lieu tous les deux cent ans.
Notre attention s’est surtout portée sur deux chapiteaux de
l’abside (images 2 et 3). Comme ceux étudiés précédemment, ils se révèlent
énigmatiques.
À première, vue le personnage central de l'image
2 semble être une femme aux cheveux longs portant
une robe ou une jupe très évasée. Un examen plus attentif
montre qu’il s’agirait plutôt d’un homme portant une
auréole. Il est debout entre deux lions. On songe à la scène
biblique de « Daniel entre les deux lions ». Sauf qu’en
disant cela, on n’a pas tout dit. De fait on n’a rien dit.
On n’a fait que donner un nom à cette scène sans expliquer
sa signification profonde ou détailler la légende qui lui
est attachée. En particulier, on ne comprend pas pourquoi
des oiseaux sont représentés aux pieds de l’homme. La scène
de « Daniel entre les deux lions ». est fréquente dans le
dernier tiers du premier millénaire.
Le chapiteau de l'image 3
est encore plus énigmatique. Reconnaissable à sa
barbe, un homme vêtu d’une sorte de kilt est encadré par
deux hommes nus cachant leur sexe. À leurs pieds,
apparaissent là encore, des volatiles.
À cause de ces deux chapiteaux, nous proposons pour l’abside
de Monprimblanc une datation analogue à certaines vues
précédemment : an 950 avec un écart de 150 ans.
Église
Saint-Georges de Montagne
A priori, cette église Saint-Georges ne
semble pas présenter un grand intérêt. C’est une église à
nef unique dotée d’un transept débordant (plan en image
5). La nef n’est pas voûtée mais charpentée. On
aurait presque tendance à dire « la nef n’est même pas
voûtée », tant cette absence de voûtement apparaît comme une
tare. On aurait pourtant tort de le dire, car le voûtement
de nefs uniques apparaît peu avant l’an mille. À partir de
cette date, les églises de cette dimension étaient presque
systématiquement voûtées. De plus, on a voûté des églises
plus anciennes auparavant charpentées. En conséquence, il y
a de bonnes chances que cette nef charpentée soit antérieure
à l’an 1000.
Ajoutons à cela que l’abside principale a un plan légèrement
outrepassé à cause des piliers porteurs de l’arc triomphal
qui se détachent du mur. Ces piliers sont à section
circulaire alors que dans l’art roman les colonnes adossées
aux murs sont à section demi-circulaire. On songe ici à
certaines églises à nefs uniques de l’Hérault,
Saint-Pierre de Lespignan, Saint-Félix de Bayssan, que nous
avons estimées de peu antérieures à l’an mille.
Installé sur la façade Sud, le porche
d’entrée (image 7)
porte des bas-reliefs très dégradés. L’arc qui protège le
seuil d’entrée est soutenu par deux chapiteaux massifs.
Celui de droite est représenté dans les images
8 et 9. Un
petit personnage aux bras levés orne la face avant (image 8). Du côté
gauche, un personnage nu, de plus grande taille que le
précédent, est dévoré par un lion à queue feuillue (image 9). On songe à
l‘épisode biblique de Samson et de Goliath. Mais un épisode
qui aurait été réinterprété.
Les images 13 et 14 révèlent
les chapiteaux de l’arc triomphal. Le chapiteau de gauche de
l'image 13 , à
décor de feuillages, devait être endommagé. Il a été
restauré grâce à la pose de petits boudins verticaux. La
même réparation est visible sur un chapiteau de Saint-Pierre
de Lespignan. Le chapiteau de droite représente deux
monstres enlacés. Cette image, présente à tout moment de
l’art roman ou préroman, ne permet pas de dater ce
chapiteau.
On a un peu plus de chance avec le chapiteau de droite de l'image 14. La
représentation d’un serpent dévorant un individu hybride à
corps d’homme et ailes d’oiseau est inusitée dans l’art
roman et témoigne d’un certain archaïsme.
Notons enfin la présence de sarcophages, témoins d’une
occupation du site durant le premier millénaire (image
15).
Nous proposons cette fois encore une datation antérieure à
l’an mille pour cette église Saint-Georges de Montagne : an
950 avec un écart de 100 ans.
Église
souterraine de Saint-Émilion
Les images ci-dessus ne nous apprennent
pas grand-chose sur les monuments de Saint-Émilion. La
raison en est que les édifices les plus intéressants sont
souterrains, à savoir : l’ermitage de Saint-Émilion,
l’église monolithe, les catacombes.
Nous n’avons malheureusement pu télécharger d’image Internet
de la partie souterraine la plus remarquable : l’église
monolithe. Le livre « Guyenne
Romane » de la collection Zodiaque
nous la décrit avec une bonne précision et en fournit de
belles images. Il s’agit de l’église troglodyte la plus
grande d’Europe.
Le plan fait apparaître une nef de type basilical à trois
vaisseaux, le vaisseau central étant à peine plus large que
les collatéraux. Les piliers sont à plan rectangulaire de
type R0000. Ce
plan ainsi que les images du livre « Guyenne
Romane » font immédiatement penser à d’autres
églises, celles-ci aériennes, comme la Madeleine et
Saint-Aphrodise de Béziers. L’imitation de ces dernières
églises va jusque dans les impostes. On sait en effet que
dans l’église Saint-Aphrodise de Béziers, les arcs reposent
sur les piliers par l’intermédiaire de grandes pierres
plates appelées impostes. Ces impostes ont un chanfrein :
elles débordent vers l’extérieur. Et pour Saint-Aphrodise de
Béziers, le chanfrein déborde sur chacune des quatre
directions. Eh bien ! il en est exactement de même pour
l’église monolithe de Saint-Émilion. Sauf que dans ce cas,
le chanfrein n’a pas de raison d’être : pilier, imposte et
même voûte sont taillés dans une seule pierre. Il est
manifeste que l’église monolithe de Saint-Émilion est la
copie d’une église aérienne analogue à Saint-Aphrodise de
Béziers. La comparaison ne s’arrête pas là : une des
impostes de Saint-Émilion a été taillée en forme de
billettes (ou damiers). Il en est de même à Saint-Aphrodise
de Béziers.
Au vu de cela, nous serions tentés de donner de cette église
une datation analogue à celle de Saint-Aphrodise. Soit l’an
600 avec un écart de 200 ans. La page du site Internet
Wikipedia consacrée à cet édifice fournit une autre date
avec les justifications suivantes : «
La date de construction de l'église n'est pas connue avec
précision. Une inscription sur le 3e pilier
sud de la nef indique que l'église fut dédicacée à saint
Émilion le septième jour des ides de décembre. Cette
inscription peut être datée de la fin du XIe
siècle ou du début du XIIe siècle. Elle
correspond peut être à la consécration du lieu comme lieu
de culte. Cette période correspond à la période de
creusement de l'édifice qui est sans doute mené sous le
contrôle des moines bénédictins installés sur le site, et
par influence orientale au retour de la première croisade.
En effet, on peut rapprocher l'église monolithe de
Saint-Émilion des églises paléochrétiennes du
Moyen-Orient. L'église monolithe d'Aubeterre-sur-Dronne en
Charente est peut-être creusée à la même période et par le
même commanditaire, Pierre de Castillon, vicomte
d'Aubeterre, lors de son retour de croisade. »
Malgré ces informations, nous maintenons notre point de vue.
D’une part, une date de consécration n’est pas
obligatoirement une date de construction. D’ailleurs,
l’auteur de ce texte nuance son affirmation : « Elle
correspond peut-être... ». D’autre part, nous avons
constaté que la plupart des monastères troglodytes ont été
fondés durant le premier millénaire, vers le VIeou
VIIesiècle, et se sont agrandis tout en restant
souterrains. Mais peu d’entre eux sont restés souterrains
après l’an mille. On en trouve surtout en Grèce ou au
Proche-Orient, mais il en existe aussi en France, en Espagne
ou en Italie. Certains ont pris une grande importance comme
Subiaco en Italie, San Juan de la Pena en Espagne, ou
Rocamadour en France. Il semblerait que les moines
fondateurs et leurs émules aient voulu se réfugier sous
terre le plus près possible du Créateur. Plus tard, cette
tradition aurait disparu.
Datation proposée pour l’église troglodyte de Saint-Émilion
: an 600 avec un écart de 200 ans.
Église
Saint-Étienne de Tauriac
L’église Saint-Étienne de Tauriac ne
semble pas très ancienne. Hormis le clocher qui la
surplombe, la façade Ouest apparaît romane du XIe,
voire XIIesiècle (image
19). La nef, quant à elle, est peut-être
d’origine romane mais ses murs ont été recouverts d’un
enduit qui la rend illisible. Son vaisseau est, quant à lui,
protégé par une voûte en anse de panier de tradition
classique (image 20).
Le portail de la façade Ouest (image
21) apparaît homogène. Cependant, un examen
attentif permet de découvrir que cet ensemble n’est pas si
homogène qu’il paraît à première vue : les chapiteaux ne
sont pas adaptés aux colonnes.
Nous avons les images de deux de ces chapiteaux. Celui de l'image 23 représente un
homme tenant prisonniers deux volatiles. Peut être une scène
déviée de celle des
« oiseaux au canthare ». Sur celui de l'image
24, on
peut voir des entrelacs. Bien que ces chapiteaux semblent
relativement primitifs, nous ne pensons pas qu’ils soient
antérieurs à l’an mille. Par contre, le tympan de l'image
22 pourrait être quant à lui antérieur à l’an
mille. Il représente l’Agneau de Dieu portant une croix
pattée. Il est encadré par deux oiseaux. Là encore, on songe
à la scène des « oiseaux au canthare » mais on est plus
proche de la tradition ancienne. Le fait que l’Agneau ait un
cou démesuré est lui aussi signe d’ancienneté. Nous le
datons de l’an 900 avec un écart de plus de 100 ans.
Quant à l’église, nous la datons de l’an 1100 avec un écart
de 75 ans.