Autres églises romanes ou préromanes de Dordogne (page 2/2) 

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Les trois édifices étudiés dans cette page sont : le prieuré Saint-Jean-Baptiste de Merlande, l'abbatiale Saint-Amand de Saint-Amand-de-Coly, l’abbatiale Sainte-Marie de Souillac.



Merlande : Prieuré Saint-Jean-Baptiste


Voici ce que dit sur ce prieuré la page qui lui est consacrée sur le site Internet Wikipedia :

« L’évêque de Périgueux Geoffroi Ier de Cauzé (1138-1142) a donné à l’abbaye de Chancelade les terres situées au lieu-dit Merlande.

En 1143, l'abbé de Chancelade, Élie Audoin (Élie de La Garde), décide d’y construire une chapelle dédiée à saint Jean-Baptiste. Elle est décorée par onze chapiteaux. L'arc triomphal de l'entrée a deux chapiteaux.

Rapidement, la chapelle est transformée en prieuré. La chapelle devenue église prieurale est agrandie par l’adjonction de deux travées couvertes par des coupoles à l'ouest.

La chapelle est en partie détruite en 1172 quand des soldats amenés par Henri II et son fils Richard Cœur de Lion doivent parcourir la campagne pour faire le siège du
« bourg du Puy-Saint-Front » (Périgueux). La chapelle est restaurée rapidement et la première travée de la nef est remplacée par une voûte en berceau
. »


N’ayant pas visité ce prieuré (images 1 à 5), il nous est difficile d’en faire une analyse détaillée. Cependant, nous devons noter une apparente contradiction entre ce que nous dit le texte et ce que nous racontent les images. Ce texte nous raconte que la chapelle a été construite après 1143. Peu après, il y a construction de deux travées couvertes par des coupoles à l’0uest. Puis cette chapelle est en partie détruite en 1172. Ceci signifie que l’ensemble a été construit entre 1143 et 1172, soit en 29 ans.

Regardons à présent les images. L'image 4 nous fait découvrir l’intérieur du chœur. On constate déjà une originalité : il est à plan carré. Il est entouré d’une arcade formée d’arcs en plein cintre retombant sur des chapiteaux historiés (images 5 et 6). Il est couvert d’une voûte en plein cintre. Cet ensemble est typiquement roman.

Passons maintenant à l'image 3 qui concerne la travée précédant immédiatement le chœur visible à travers la porte du fond. Arrêtons nous un instant pour constater que cette porte est bien petite pour constituer un arc triomphal permettant le passage de la nef au chœur. Mais ce n’est pas là le plus important. On constate que cette salle contient une coupole portée par des arcs brisés. Hormis la porte du fond, cet ensemble est typiquement gothique. Nous pensons que ces deux ensembles fondamentalement distincts ne peuvent avoir été réalisés dans un laps de temps aussi court que 29 ans. La copie est donc à revoir.

Les chapiteaux des images 5 et 6 nous semblent aussi nettement plus anciens que la période (1143-1172) qui nous est proposée.

Datation envisagée pour le chœur du prieuré de Merlande : an 1100 avec un écart de 50 ans.
Datation envisagée pour la première travée de la nef du prieuré de Merlande : an 1225 avec un écart de 50 ans.





Saint-Amand-de-Coly : Abbatiale Saint-Amand


Un panonceau situé à l'entrée de l'abbatiale donne des précisions sur l'historique de l'abbaye :
« Selon les légendaires, c'est au milieu du VIe siècle, à l'époque du roi mérovingien Clotaire Ier, qu'Amand, un jeune noble d'origine limousine, suit Sore l'Arverne et Cyprien pour embrasser avec eux la vie monastique. Après avoir longtemps séjourné parmi les serfs de la villa mérovingienne de Genouillac qui deviendra Terrasson, ils prononcent leurs vœux et décident de se séparer, préférant la vie solitaire des ermites.

Amand, pour sa part, trouve une grotte à sa convenance en un lieu qui deviendra Saint-Amand-de-Coly. Il y apporte la parole de l'Évangile à une population asservie qui fait de lui un Saint. Il meurt à la fin du VIe siècle. Selon un chroniqueur du XIe siècle, “ Saint Amand, natif de la Meysse, près de Saint-Yriex, repose dans le bourg qui porte son nom. ”. Ainsi, à Saint-Amand, comme dans bien d'autres localités, l'humble abri d'un ermite et le tombeau d'un Saint sont les commencements d'un monastère et d'un village.

En 1048, un monastère existe à Saint-Amand. Cette année-là, un moine de l'abbaye catalane de Ripoll fait le tour des abbayes et églises de la région pour y lire l'éloge d'Oliba, ancien allié de Ripoll et évêque de Vich. Le rouleau de parchemin relatant ces visites cite “ Saint Amand dit de Genouillac ” parmi les différents lieux parcourus.

Dès la fin du
XIe siècle, la règle augustinienne régit la vie de l'abbaye.

Commencée au début du
XIIe siècle, la construction de l'abbatiale est achevée au début du siècle suivant. Sont édifiés successivement : chapelle et transept Nord, chapelle et transept Sud, puis l'imposant clocher-porche et les bases des murs de la nef. L'achèvement des murs de la nef se fit ensuite en pleine période gothique, ce qui permit l'ouverture de grandes fenêtres, mais interrompit la coursière intérieure de circulation.

Au
XIVesiècle, après le désastre de Poitiers, sur édit du roi Charles V, furent mis en place les systèmes de défense qui font de Saint-Amand l'église la plus solidement fortifiée et la mieux conservée du Périgord. »

Par ailleurs, au même emplacement, un autre panneau, reproduit sur l'image 14, donne un plan de l’abbatiale et fournit les explications suivantes :
« Les phases de construction de l'église abbatiale. La construction de l'église abbatiale s'est étalée sur plusieurs siècles : entre le XIIe et le début du XIVe siècle. Un chantier de cette envergure nécessite des fonds importants, ce qui implique plusieurs phases de travaux. En règle générale, on débute par la partie sacrée : le chœur. De cette manière, la communauté de chanoines peut célébrer les offices avant même que l'église soit terminée. ». Ce texte est accompagné d'un tableau des légendes du plan. Sont ainsi légendés avec les indications de datation (en italique) :

En marron foncé : le chœur (1120-1130).

En noir : le croisillon Sud du transept (1130-1150).

En marron un peu plus clair : la croisée et la chapelle Nord du transept (1150-1175).

En gris clair : le croisillon Nord du transept (fin du XIIe siècle).

En ocre: la nef (début du XIIIe siècle).

En blanc : la tour-porche (fin du XIIIe siècle - début du XIVe siècle) .



Commentaires sur les textes ci-dessus

Concernant l'historique de l'abbaye : nous aimerions savoir en quoi consiste le « légendaire » qui raconte la vie de Saint Amand. Dans de nombreux autres cas, le support documentaire est une « Vie de Saint ». Ces vies de saints sont souvent recopiées sur le même modèle, écrites plusieurs siècles après la mort du saint vénéré et, en conséquence, sujettes à caution. Cependant, la plupart sont très anciennes, voire antérieures à l'an mille. Et donc, même si on peut émettre des doutes sur certains épisodes de la vie du saint, on ne peut faire abstraction du culte qui lui a été rendu. Il faut par ailleurs accepter l'idée qu'une mémoire ne peut exister que si elle est entretenue. Or, dans le cas d'un saint, la mémoire ne peut être entretenue que par des célébrations et des pèlerinages. Et donc, si Saint Amand est décédé à la fin du VIe siècle, il a fallu entretenir sa légende peu après sa mort en construisant un ou plusieurs lieux de culte à proximité de son tombeau : quelque chose de plus important que « l'humble abri d'un ermite et le tombeau d'un Saint ». Les « commencements d'un monastère et d'un village » pourraient donc être plus proches du VIIe siècle que du XIIe siècle.

Concernant le plan de l'image 14 et la datation des diverses parties de l'église : nous ne sommes pas du tout d'accord avec le texte intitulé « Les phases de construction de l'église abbatiale ». Plus exactement avec la phrase suivante : « Un chantier de cette envergure nécessite des fonds importants ce qui implique plusieurs phases de travaux. ». Cette phrase doit être, selon nous, traduite en langage clair : lorsque les concepteurs du projet se sont réunis afin de décider sa réalisation, ils ont dit ceci : « En fonction de nos finances, nous allons en premier construire le chœur. Et ce, pendant 10 ans. Puis durant les 20 ans qui suivront, nous construirons le croisillon Sud du transept. Après cela, nous construirons la chapelle Nord pendant 25 ans. Durant les 20 ans suivants, nous finirons le transept. Nous continuerons ensuite par la nef durant 20 ans. Et nous attendrons une centaine d'années pour construire la tour-porche. En résumé nous pourrons lancer les invitations pour l'inauguration de l'ensemble dans 185 ans ! D'ores et déjà, il nous faut décider ce que l'on compte faire à cette occasion : banquet ? Ou apéritif dînatoire ? ». Voilà donc la traduction en langage clair de la phrase ci-dessus. Ce discours apparaît totalement loufoque ! Il ne fait cependant qu'exprimer la critique, sous une forme humoristique, de la phrase initiale et exprimer la conviction suivante : lorsqu'un projet, même de grande envergure, est envisagé, les concepteurs veulent assister à la complète réalisation de ce projet, si toutefois il est adopté. Cela signifie que le financement et l'aspect technique sont dès le début assurés pour l'ensemble du projet. Il peut certes exister des événements imprévus qui empêchent l'achèvement des travaux dans les délais initialement prévus, mais ces accidents de parcours n'engendrent, en général, que des retards de quelques années. Or, à quoi ressemble, pour une église nouvelle, un projet considéré comme achevé : un chœur et une nef. L'un ne va pas sans
l'autre ! C'est une question de doctrine religieuse chrétienne. Le reste (transept, ouvrage Ouest, clocher, sacristie, crypte aménagée) est accessoire.

En conséquence de ce raisonnement, il faut admette que. pour l'église Saint Amand, à l'origine, il y a eu construction d'un chœur et d'une nef. Quand cette église a-t-elle été construite ? Nous l'ignorons. Il y a eu très certainement une église construite moins de 50 ans après la mort de Saint Amand, afin de perpétuer sa mémoire. Mais nous ne sommes pas sûrs de la date de cette mort. Et il est possible que cette première église ait été détruite et remplacée par l'église actuelle. Ou plutôt par les bases (ou l'ossature) de l'église actuelle.

Car il est un point sur lequel nous sommes en accord avec les auteurs du plan de l'image 14 : cette église a connu une grande multiplicité de phases de travaux. C'est d'ailleurs cette multiplicité qui nous fait envisager une plus grande ancienneté. Revenons à l'origine de la construction. Les concepteurs ont, selon nous, voulu élaborer quelque chose de parfait, à l'image des demeures célestes qui attendent chacun d'entre nous. Cette perfection s'exprimait alors dans la symétrie des formes. Une symétrie qui n'apparaît pas tout à fait dans la construction actuelle. Que s'est-il donc passé ?

Nous voyons le déroulement suivant : une première église, possiblement à nef unique et chevet carré. Elle remplit parfaitement son usage pendant plus de 50 ans. Puis des contraintes nouvelles apparaissent (grand développement de la communauté, plus grande nombre de célébrations religieuses, plus grande importance accordée au clergé). Ces contraintes engendrent la nécessité de nouvelles constructions. Et donc d'un projet différent du projet initial. Par exemple, on décide de construire un transept et des chapelles greffées sur celui-ci. Et ce, à l'emplacement, d'une ou plusieurs travées de l'ancienne nef, soit en détruisant ces travées, soit en les modifiant. On peut aussi, à une période différente, décider de voûter une partie de l'édifice. Il y a enfin, au cours d'une autre période, la nécessité de fortifier l'édifice. Toutes ces modifications ont pu être effectuées au fur et à mesure des besoins, détruisant progressivement la symétrie initiale.

Venons-en à présent à certains détails relevés dans l'architecture de construction.

Examinons tout d'abord l'image 11. On peut voir face à nous, dans la partie supérieure, deux grandes baies rectangulaires et, en dessous de chacune des baies, une rangée de trois corbeaux. Ces corbeaux constituent ce que l'on appelle des mâchicoulis. Chacun de ces mâchicoulis devaient porter un ouvrage en bois (une bretèche), sorte de verrue en avancée sur l'édifice. On constate que ces bretèches sont placées au-dessus des grandes fenêtres. Les bretèches sont des ouvrages de défense. Ces bretèches constituent une réponse à une question que nous nous étions posée pour d'autres églises fortifiées : comment se fait-il que ces églises, apparemment fortifiées, aient leurs murs percés de grandes fenêtres sans protection apparente. Pour certaines, l'apparence fortifiée n'était qu'une mise en scène théâtrale (exemple : la cathédrale de Béziers). Mais pour d'autres, il n'y avait pas de mise en scène. Dans le cas précédent, la présence d'une bretèche au-dessus de la fenêtre témoigne d'une protection. On peut jeter du haut de cette bretèche toutes sortes d'objets permettant d'empêcher une intrusion par la fenêtre. On retrouve la présence de bretèches sur les images 12 et 13. Nous n'avons malheureusement pas d'image de la façade Est qui permettrait de savoir si les grandes fenêtres de l'abside étaient aussi protégées d'une intrusion.

On retrouve des traces de fortification, mais côté intérieur de l’abbatiale, principalement dans l'avant-chœur et le chœur (images 16 et 17) . Sur l'image 16, on voit tout au fond et au-dessus des grandes fenêtres, une coursière bordée par deux ouvertures qui permettent de traverser le mur derrière les ogives. On retrouve la coursière sur l'image 17, sur la gauche. Elle passe au-dessus des deux grandes fenêtres du mur Sud du chœur, puis pénètre derrière le mur de l'avant-chœur. Au milieu de ce mur, une porte permet d'accéder à une autre coursière installée sur des mâchicoulis.

On a donc là, à l'intérieur comme à l'extérieur, un système de fortification qui pourrait être qualifié de « basse intensité » : peu de dispositifs tels que créneaux ou archères destinés à causer des dommages importants à des ennemis. On cherche plutôt à protéger des ouvertures et à empêcher à ces agresseurs de pénétrer dans les parties supérieures, refuges de ces moines peu armés.

Les images suivantes font apparaître un art de transition entre le roman et le gothique, avec des voûtes en plein cintre et une majestueuse coupole (image 18), un arc brisé (image 19) et un chapiteau, de style roman tardif, représentant l'Enfer sous la forme de deux dragons dévorant chacun un être humain (image 20).


Datation

Comme nous l'avons écrit ci-dessus, une église a probablement précédé l'église actuelle et a constitué l'ossature de celle-ci. Mais que reste-t-il de l'église primitive ? Elle était probablement charpentée et les diverses opérations de renforcement des murs pour le voûtement ou la fortification ont contribué à cacher les parties anciennes. Celles-ci, si elles existent, ne peuvent être identifiées que dans les coursières ou les passages à travers les murs.

Concrètement, nous ne pensons pas que ces parties anciennes (antérieures au XIIe siècle) puissent être identifiées dans le transept dont la construction nous semble relativement homogène avec une coupole d'art roman tardif. Nous ne pensons pas non plus qu'elles se trouvent dans la nef.

Quand au chœur, avec ses grandes fenêtres il apparaît typiquement roman. La seule partie qui, selon nous, pourrait révéler une plus grande ancienneté, serait l'avant-chœur. À la différence du chœur, voûté sur croisée d'ogives , il est doté d'une voûte en berceau plein cintre dont la construction a probablement précédé celle du chœur. Cet avant- chœur pourrait être le chœur carré de l'église primitive , à l'image de ce que l'on peut voir à Saramon ou Peyrusse-Grande, dans le Gers. Primitivement charpenté, il aurait été par la suite surélevé, voûté et fortifié. Le chœur roman aurait été ajouté ultérieurement.

Mais ce ne sont là que des hypothèses susceptibles d'être mises en défaut par une visite approfondie du monument. En conséquence, la datation envisagée pour cette abbatiale ne peut être établie (provisoirement ) que sur les parties visibles : an 1175 avec un écart de 50 ans.





Souillac : Abbatiale Sainte-Marie


Nous avons visité l’église Sainte-Marie de Souillac et avons pris suffisamment de photographies pour pouvoir mieux étudier son architecture. Ceci étant, on ne prend jamais assez de photographies : pour une étude vraiment approfondie, un tel monument exigerait qu’on y consacre plusieurs jours.

Disons-le tout de suite avant que l’objection n’arrive : ce monument ne devrait pas faire partie de notre étude consacrée aux édifices du premier millénaire. Il daterait du deuxième millénaire.

Nous pensons d’une part que le premier millénaire ne s’arrête pas au premier janvier de l’an mille mais que cet arrêt est progressif et continu jusqu’à l’an 1100. De plus, pour bien comprendre l’architecture du premier millénaire, il faut aussi comprendre l’architecture des deux siècles qui l’ont suivi.

Le mur latéral Nord de la nef est visible sur l'image 22. Hormis la différence de couleur entre les pierres, qui fait penser qu’une travée a été faite avant l’autre, nous ne décelons pas sur ce mur de trace montrant qu’il y a eu plusieurs campagnes de travaux.

Ces traces, nous pouvons les voir sur l'image 23 comparée à l'image 22. Sur cette image 23, apparait le transept Nord qui jouxte le mur Nord précédemment décrit. On constate sur cette image, par la différence de couleur et la taille des pierres, qu’il y a eu deux campagnes de travaux, la deuxième campagne pouvant être celle d’une restauration récente. On remarque surtout les différences entre les baies de la nef et celles du transept. Tout d’abord, elles ne sont pas à la même hauteur, ce qui suggère l’idée que la nef et le transept ont été construits à des dates différentes. De plus, ces baies ont des profils différents. En ce qui concerne le transept, ce profil est relativement simple, à double ressaut (deux arcs concentriques décalés aux bords taillés en angle droit à peine biseauté). Pour les baies de la nef, c’est plus complexe : l’arc inférieur est nettement ébrasé. Des colonnettes surmontées de chapiteaux et d’un tore bordent cet arc inférieur et soutiennent en partie l’arc supérieur.

Le premier type de baie (du transept) semble caractériser le premier art roman (XIesiècle), voire préroman (Xesiècle). Il est en effet présent à Conques ou à Saint- Sernin de Toulouse dans des pièces architecturales que nous attribuons à cette période. Le second type de baie serait nettement plus tardif, du deuxième art roman. Tout cela devant bien sûr être vérifié par de multiples autres observations.

L'image 24 montre l’intérieur de la nef. Celle-ci est voûtée de coupoles. Les deux coupoles successives de cette image 24 sont portées par des arcs brisés. Il faut savoir que l’art roman connaît l’arc brisé. Cependant l’absence de chapiteaux nous invite à penser qu’on se situe en période gothique.

Une question se pose : est-il possible que la couverture gothique de cette église ait été installée sur des bases intérieures romanes ? Il est difficile d’y répondre. L'image 25 montre que dans une travée couverte par une coupole, deux fenêtres se détachent à l’étage supérieur. On retrouve sur l'image 22, pour chacune des deux travées, ces deux fenêtres inscrites. Mais il y a, sur cette image 22, plus de quatre fenêtres ! Par la couleur blanche des pierres, on imagine qu’une fenêtre est cachée derrière le contrefort médian. Le rythme régulier de ces 5 fenêtres permet d’envisager qu’il y avait là primitivement cinq travées ayant chacune en son centre une fenêtre.

Il est donc possible qu’il y ait eu une nef primitive dotée de travées nettement plus étroites que les travées actuelles. Cette nef primitive de grande largeur devait être divisée en trois vaisseaux, le vaisseau central étant porté par des colonnes. Si notre scénario est le bon, lorsqu’il a été décidé de voûter en coupole, les piliers centraux ont été supprimés et probablement aussi la galerie ou triforium qui courrait au dessus de ces piliers. Une nouvelle galerie étant nécessaire, on a décidé de la faire courir le long des murs sous les grandes fenêtres (image 25). Pour cela, on a construit trois arcs (celui du milieu étant brisé pour porter la galerie). Et on a posé contre cette arcade les piliers permettant de supporter la voûte en coupole.


L'image 26 représente le croisillon Sud du transept. Ce croisillon Sud est recouvert d’une voûte en berceau brisé. Cette voûte a pu précéder les voûtes en coupole de la nef.

On constate sur cette image 26 que les galeries de la nef et du transept ne sont pas à la même hauteur. Cela signifie très probablement que le transept et la nef ne font pas partie du même programme de construction.

L'image 27 donne l’impression que nous sommes en présence d’un chevet à déambulatoire. Ce n’est pas le cas : on ne peut pas circuler autour des piliers.

Les fenêtres attribuées au premier art roman vues précédemment apparaissent aussi sur les images 29 et 30. Non seulement elles éclairent l’ensemble du transept, mais aussi du chevet. On note cependant que les fenêtres des chapelles accolées à l’abside centrale pourraient être plus récentes. Cela ne doit pas surprendre. Dans de nombreux cas, des chapelles rayonnantes ont été ajoutées à des absides circulaires (image 31).

Image 32 : Les sarcophages déposés dans l’église sont les témoins d’une occupation du site durant l’antiquité tardive. Cela ne prouve pas pour autant que l’église elle-même date de l’antiquité tardive.

On ne doit pas quitter cette église sans admirer les restes du magnifique portail, restes déposés contre la tribune au fond de l’église (image 33). Le trumeau de ce portail (image 34) témoigne d’une prodigieuse exubérance. L'image 36 permet de découvrir la finesse d’exécution du travail de l’artiste sur une dentelle de vêtement. Ce vêtement n’est qu’un détail de celui porté par le prophète de l'image 35. On se doute qu’il doit y avoir de multiples autres détails de ce genre. Il s’agit là de véritables œuvres d’art qui feraient la gloire de n’importe quel musée de province.

Datation envisagée pour l’abbatiale Sainte-Marie de Souillac : an 1050 avec un écart de 100 ans.