La Gaule et les Gaulois : essai de synthèse
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Rappelons tout d'abord la démarche que nous avons développée
dans les trois pages précédentes.
Dans la première page intitulée, Les
gaulois et la Gaule : à l'an 1 de notre ère, nous
avons parlé des Gaulois ou, plus exactement des Celtes, qui
ont occupé une vaste zone en Europe. Nous avons envisagé que
les gaulois, battus par les romains vers l'an -50, avaient
cessé d'exister en tant que nation, mais n'avaient
probablement pas cessé d'exister en tant que peuple, et ce,
au moins jusqu'aux débuts du Premier Millénaire. Nous avons
essayé de repérer des traces d'implantion gauloise en France
par l'étymologie des noms des communes (noms en «
dunum »). La répartition s'est révélée un peu
surprenante dans la mesure où de vastes régions, pourtant à
l'origine peuplées, semblaient être totalement dépourvues de
forteresses gauloises.
Dans la deuxième page intitulée, Les
gaulois et la Gaule : les cités à la fin du IVe
siècle, nous avons principalement utilisé l'ouvrage,
établi sous l'empereur Théosose,
Le Catalogue des Provinces Romaines, pour
identifier les principales villes et les provinces romaines
situées entre les Pyrénées et le Rhin.
Dans la troisième page intitulée, Les
gaulois et la Gaule : les routes, nous avons eu
recours à divers Itinéraires et à la carte de Peutinger.
Nous avons ainsi pu montrer que le territoire de l'actuelle
France avait été quadrillé par un réseau routier assez
dense. Nous avons aussi mis en évidence l'existence de
frontières entre provinces, voire même à l'intérieur de
provinces.
Il est temps à présent d'opérer une synthèse de ce qui a été
fait, une synthèse qui sera éventuellement complétée
par de nouvelles observations ; une synthèse en trois
paragraphes : les celtes
appelés gaulois, la
Gaule, les
habitants de la Gaule.
1. Les celtes appelés
gaulois
Nous avons dit que le peuple celte avait probablement
survécu au désastre de l'an 50 avant Jésus-Christ. Mais pour
combien de temps encore ? Traditionnellement, les historiens
désignent du nom de « gallo-romains » les habitants de la
Gaule sous occupation romaine. On devine qu'il y a eu durant
cette période postérieure à l'an -50 un passage progressif
du « gallo » au « romain ». Mais combien de temps ce
transfert progressif a-t-il duré ?
L'étude étymologique des noms de lieu nous a permis
d'envisager que les villes fortifiées gauloises (noms de
lieux en «
dunum ») ont pu subsister jusqu'aux débuts du
Premier Millénaire. Mais ces noms de lieux en «
dunum », on ne les voit pas apparaître (du moins
pour de nouveaux noms de lieux) dans les documents
ultérieurs. Seul l'Itinéraire
d'Antonin, daté de la fin du IIIe
siècle, en cite quelques uns :
Augustodunum (Autun), Noviodunum
(Nevers), Augusta
Suessonum prius Noviodunum (Soissons), Ebroduno
(Embrun), Caesaroduno
(Tours), Acitodunum
(Ahun), Naedunum
postea Diablintes (Jublains). On doit pouvoir
ajouter à ces villes Brivodurum
(Briare), Augusto
Veromondorum (Saint-Quentin),
Breviodurum (Brionne), Ernodurum
(Saint-Ambroise?), Divodurum
(Metz). Certainess de ces localités ont déjà été citése dans
la page 1. D'autres ne l'ont pas été parce qu'elles
n'avaient pas été repérées dans la recherche systématique,
mais elles devraient faire partie de la liste. Les seules
cités en «
dunum » qui auraient pu avoir été créées après l'an
1 ne pourraient être que les Noviodunum
ou Naedunum.
On ne peut que constater la rareté des villes portant un
toponyme dérivé de «
dunum » sur
l'Itinéraire d'Antonin. Et par contre, l'importance
plus grande attachée aux localités en «
mago » ou en «
condate » (trouvées sur les divers
itinétaitres et la Table de Peutinger).
Pour les «
mago » : Rotomago
(Rouen), Ritumago
(Écouis), Noviomago
(Lisieux), Argantomago
(Argenton), Sostomago
(Castelnaudary ?), Eburomago
(Bram), Condatomago
(Saint-Rome), Juliomago
(Angers), Carantomago
(Villefranche d’Aveyron?). On peut leur ajouter Noviomago
(Nyons) et Noviomago
(Noyon) qui ne sont pas indiquées sur les itinéraires ou la
carte de Peutinger. Par contre, on trouve dans ces derniers
documents des «
mago » situés hors de France. Tout particulièrement
dans l'ancienne Germanie : Noviomago
(Neumagen, Nimègues, Spire), Magontiaco
(Mayence), Borbitomago
(Worms), Brocomacus
(Brumpt).
Pour les «
condate » : Condate
(Cosne), Condate
(Montereau), Condate
(Condé-sur-Iton), Condate
(Rennes), Condate (Saint-Arcons-de-Barges). On peut ajouter
à ceux-là :
Condate (Condat) et d'autres Condé-
(en-Normandie, sur-Noireau, sur-Vire, en-Brie). Et il y en a
sans doute encore d'autres.
Les «
mago » auraient désigné en langue celtique les
surfaces plates, plaines ou plateaux. Ils auraient servi à
l'installation de marchés. Le mot «
mago » signifierait donc à la fois «
plaine » et «
marché ». À la suite de leur victoire sur les celtes,
les romains auraient établi leur « pax
romana ». Durant cette période de paix, les anciens
«
dunum » auraient été au fur et à mesure désertés au
profit des «
mago ». Il est bien sûr resté quelques «
dunum ». En particulier de nouveaux «
dunum », fondés par les romains. Nous pensons que
la désertion des «
dunum » et la création des «
mago » a été relativement rapide. Une période qui a
pu durer pusieurs siécles. Une période cependant courte par
rapport à celle de la conservation du parler breton (près de
1500 ans) ou basque (plus de 2000 ans).
Il y aurait eu plusieurs étapes successives. La première
d'entre elles découle de la Pax
Romana qui suit de peu la conquête romaine. Les
anciens sites fortifiés gaulois sont désertés au profit de
nouvelles agglomérations situées dans les plaines ou aux
frontières des anciennes cités-états. Cependant, les langues
celtiques sont conservées pour désigner ces nouvelles
agglomérations. Ainsi les noms de «
eburo », qui signifierait «
if » ou « frontière », de «
rando » qui signifierait aussi « frontière », ou du
déjà vu
«
mago », seraient tous d'origine celtique. Cette
transformation aurait eu lieu dans les tous premiers siècles
de notre ère. C'est du moins ce qui est envisagé en ce qui
concerne la Germanie (pour les bords du Rhin où l'on
retrouve beaucoup de noms de lieux gaulois en «
mago »), qui aurait été colonisée au premier siècle
de notre ère.
Mais une deuxième transformation se réalise aux alentours du
troisième siècle. Regardons de plus près certains
itinéraires.
Pour l'itinéraire
d'Antonin qui daterait de la fin du troisième
siècle (par ordre alphabétique) :
Beauvais | Caesaromago | |||||
Bourges | Avaricum(postea Bituriges) | |||||
Limoges | Augustoritum (postea Lemovicca) | |||||
Orléans | Cenabum (al. Genabum postea Aurelianos) | |||||
Paris | Luticia (sive Lutecia postea Parisii ) | |||||
Périgueux | Vesuna (postea Petrocoriis) | |||||
Reims | Durocortoro (postea Remis) | |||||
Senlis | Augustomago | |||||
Sens | Agredicum (leg. Agedincum,postea Sennones) | |||||
Soissons | Suessonas (al. Augustam Suessionum prius Noviodunum) | |||||
Troyes | Augustobona (postea Tricasses) |
Pour la Table de
Peutinger : datation incertaine, la carte ayant été
complétée au cours des siècles entre le Ieret le
IVe siècle (par ordre alphabétique) :
Amiens | Sammarobriva (al. Samarobriva postea Ambiani) | |||||
Angers | Juliomago (postea Andecavis) | |||||
Arras | Nemetaco (postea Atrebatibus) | |||||
Beauvais | Casaromago (al. Caesaromago, postea Bellovacis) | |||||
Cahors | Bibona (al. Divona, postea Cadurci) | |||||
Clermont-Ferrand | Aug. Nemeto (leg. Augustonemeto, postea Arvernis) | |||||
Langres | Andemantunno (al. Andemantuno, postea Lingonibus) | |||||
Limoges | Matricora (leg. Mediomatricum) | |||||
Nantes | Portunamnéto (sive Condivicno) | |||||
Rennes | Condate (postea Redones) | |||||
Poitiers | Lemuno (al. Limono, postea Pictavis) | |||||
Pontoise | Bruussara (al. Briva Isara) | |||||
Rodez | Segodum (leg. Segodunum postea Rutenos ) | |||||
Rouen | Ratumagus (sive Rotomagus ) | |||||
Saintes | Mediolano Saneorum (al. Mediolano, postea Santonibus) | |||||
Senlis | Aug. Magus (leg. Augustomagus postea Silvanectes) | |||||
Sens | Agetincum (al. Agedincum, postea Senones) | |||||
Tours | Casaroduno (al. Caesaroduno, postea Turonibus ) | |||||
Troyes | Aug. Bona (leg. Augustobona, postea Tricasses) |
Rappelons que ces renseignements sont extraits du livre Recueil
des Itinéraires Anciens, publié par M. le Mis
de Fortia d’Urban. Les annotations entre parenthèses ont été
rédigées par l'auteur. À titre d'exemple, la ligne «
Poitiers : Lemuno
(al. Limono , postea Pictavis) » signifie que la
ville de Poitiers s'appelait primitivement
Lemuno sur la carte de Peutinger (ou
Limono sur un autre document). Elle a été appelée
plus tard Pictavis
(du nom de la tribu des Pictons) qui est devenu Poitiers.
On constate sur cette liste que dans la plupart des cas,
lorsqu'un nom de cette liste a été remplacé par un autre nom
(le nom qui suit « postea
»), ce dernier était celui d'une tribu gauloise
citée par Pline l'Ancien, historien du premier siècle. Les
noms ce des tribus gauloises ont été inscrits sur la carte
de l'image 2 dans
la page Les gaulois et
la Gaule : à l'an 1 de notre ère.
Lisons à présent le Catalogue
des Provinces Romaines, daté de la fin du IVe
siècle (règne de Théodose)
La Province Aquitaine Première comprend huit villes : La
métropole Bourges (Bituricum),
Clermont (Arvenorum)
, Rodez (Rutenorum),...,
Cahors(Cadurcorum),
Limoges (Lemovicum),
…
La Province Aquitaine Deuxième comprend six villes : la
métropole Bordeaux (Bordegalensium),
... Saintes (Santonum),
Poitiers (Pictavorum),
Périgueux (Petrocororium)...
La Province Belgique Deuxième comprend douze villes : La
métropole Reims (Remorum),
Soissons (Suessionum),
Châlons-sur-Marne (Catahurorum),...,
Arras (Atrebatum),...,
Senlis (Silvanectum),,.,
Beauvais (Bellovacorum),
Amiens (Ambianensium)....
On retrouve à peu de différences près les mêmes villes que
celles de
l'Itinéraire d'Antonin et de
la table de Peutinger. Sauf que cette fois-ci, les
villes ont pris leurs noms définitifs, celui des tribus «
gauloises » citées par Pline l'Ancien au premier siècle. Les
anciens noms de villes sont d'origine celte (Divona,
Noviodunum)
ou romaine (Juliomagus,
Augustomagus).
Il y a là quelque chose de paradoxal que nous pouvons
cependant expliquer. Les tribus « gauloises » décrites par
Pline l'Ancien n'étaient probablement pas gauloises !
Il faudrait d'ailleurs plutôt dire : pas celtiques. Selon
nous, lorsque les celtes ont colonisé la Gaule à partir du
VIe siècle avant Jésus-Christ, cette colonisation
s'est faite progressivement, et probablement pas d'une façon
homogène. Un peu comme l'a été la colonisation de l'Afrique
Noire aux XIXe et première motié du XXe
siècle : par des français, mais aussi des anglais, des
allemands, des portuguais. Et des missionaires catholiques,
protestants, musulmans, … Mais aussi , toute comme l'était
la population africaine au XIXe siècle, les
peuples qui occupaient la Gaule avant la colonisation des
celtes ne devaient pas eux aussi constituer un groupe
homogène : ils avaient leurs langues, leurs coutumes, leurs
religions. La colonisation des celtes a eu très certainement
un rôle unificateur, mais pas assez pour imposer une langue
unique. Après leur victoire sur les celtes, les romains ont
pris le relais de la colonisation. Le changement de nom des
villes, dans la seconde moitié du IVe siècle, est
pour nous le signe qu'au cours de cette période, il y a eu
un processus de décolonisation. Les populations locales ont
essayé de retrouver leurs racines, tout en restant attachées
à certaines innovations apportées par les romains : le
latin, la religion chrétienne, l'art de bâtir.
En conclusion de cette première partie, nous pouvons dire
qu'à partir de la fin du quatrième siècle, il n'y a plus de
gaulois en Gaule ! Plus exactement, plus d'habitant
manifestant les traits caractéristiques issus de la
civilisation celte (langue, religion, moeurs). À vrai dire,
ce n'est paut-être pas tout à fait exact. Il a bien dû y
avoir des individus ayant conservé certains de ces traits
caractéristiques mais ils se sont fondus dans la masse.
2. La Gaule
Qu'est ce que la Gaule? La question semble totalement
stupide. Pourtant elle mérite d'être posée. La réponse est
simple au moment de la conquête de César : la Gaule est le
territoire occupé par les gaulois. Elle est moins évidente à
la fin du IVe siècle, puisque comme on vient de
le dire, il n'y a plus de gaulois en Gaule. Dans une page,
nous avions donné lecture d'un texte d'Ammien Marcellin,
historien de la fin du IVe siècle, sur la Gaule.
Poursuivons cette lecture : « Quand
la Gaule eut, de guerre lasse, fait sa soumission au
dictateur César, sa superficie entière fut divisée en
quatre gouvernements, savoir, celui de la Gaule
Narbonnaise, comprenant la Lyonnaise et la Viennoise;
celui de l'Aquitaine, qui embrassait tous les peuples du
nom d'Aquitains, et deux autres gouvernements par lesquels
étaient respectivement régies les Germanies, tant
supérieure qu'inférieure, et le pays des Belges.
Son
organisation, plus compliquée aujourd'hui, se compose, à
partir du couchant, des provinces ci-après : la seconde
Germanie, qui possède dans son sein les deux vastes et
populeuses cités de Tongres
et d'Agrippine
(Cologne) ; la
première Germanie, où l'on rencontre, entre autres villes
municipales, Moguntiacum (Mayence), Vangion
(Worms), les
Nemètes (Spire),
Argentoratum
(Strasbourg), célèbre
depuis par la défaite des barbares. Vient ensuite la
première Belgique, qui s'enorgueillit de Metz et de
Trèves, illustres résidences de souverains; la seconde
Belgique, limitrophe de la première, où se trouvent
Amiens, ville du premier ordre, Chàlons (sur
Marne)
et Reims. Au pays des Séquanais, on compte Besançon et Rauraque (Augst),
qui le cèdent à peu d'autres villes. Lyon, Châlons (sur
Saône),
Sens, Bourges et enfin Autun, par la splendeur séculaire
de leurs murs, font l'ornement de la première Lyonnaise.
La seconde étale avec orgueil Rouen; Tours, Mediolanum
(Châteaumeillant?) et
les Tricasses (Troyes). Les
Alpes Grecques et Paenines, sans parler de cités plus
obscures, possèdent Avenches,
déserte aujourd'hui, mais ville de renom jadis, ainsi que
l'attestent encore de nos jours les ruines de ses
édifices. Toutes ces provinces et cités sont la fleur de
la Gaule. Dans l'Aquitaine, bordée par les Pyrénées et par
la mer qui baigne l'Espagne, la première Aquitanique se
fait remarquer par la grandeur de ses villes, parmi
lesquelles il faut citer de préférence Bordeaux, les
Arvernes (Clermont-Ferrand), Saintes et Poitiers. Auch et
Bazas sont l'honneur de la Novempopulanie. Euse (Eauze),
Narbonne et Toulouse priment entre les cités de la
Narbonnaise. La Viennoise n'est pas moins fière de la
beauté de ses villes, dont les plus remarquables sont
Vienne elle-même, dont elle tire son nom; puis Arles et
Valence. II faut y joindre
Marseille, puissante auxiliaire de Rome, suivant
l'histoire, en plus d'une circonstance critique. Non
loin de là sont Saluces (nous pensons qu'il y a
erreur de traduction : ce ne serait pas Saluces ville du
Piémont Italien trop éloignée de Marseille mais une autre
ville : Salon-de-Provence? une Saluces , disparue, enfouie
sous les alluvions du Rhône?),
Nice, Antipolis et les Staochades (selon nous, les
Stoechades seraient un groupe d'îles devenues presqu'îles,
Agde, Mèze, Sète).
Puisque l'enchaînement de mon sujet m'oblige à parler de
ces contrées, taire un fleuve aussi renommé que le Rhône
serait une impardonnable omission. Le Rhône, au sortir des
Alpes Poenines, précipite impétueusement vers les basses
terres une masse d'eau considérable, et, vierge encore de
tout tribut, roule déjà dans son lit à pleins bords. Il se
jette ensuite dans un lac appelé Léman, qu'il traverse
sans se mêler à ses ondes, et sillonnant à la sommité
cette masse comparativement inerte; s'y fraye de vive
force un passage. De là, sans avoir rien perdu de ses
eaux, il passe entre la Savoie et le pays des Séquanais,
poursuit son cours, laissant à sa droite la Viennoise, à
sa gauche la Lyonnaise, et forme brusquement le coude
après s'être associé l'Arar,, originaire de la première
Germanie, qu'on appelle dans ce pays la Saône, et qui perd
son nom dans cette rencontre.
C'est
ici que commence la Gaule,
et les distances se mesurent, à partir de ce point, non
plus par milles, mais par lieues. Grossi de cet affluent,
le Rhône peut alors recevoir les plus gros navires, ceux
même qui ne naviguent ordinairement qu'à voiles. Arrivé
enfin au terme marqué à sa course par la nature, il verse
son onde écumante dans la mer des Gaules par une vaste
embouchure, près de ce qu'on nomme les Échelles , à
dix-huit milles d'Arles environ. »
Ce texte apparemment très clair donne une idée de ce
qu'était la Gaule à la fin du IVe siècle. Il
existe cependant des ambiguités. Ainsi, dans la première
partie du texte Ammien Marcellin parle d'un partage en
quatre parties : l'Aquitaine, la Gaule Narbonnaise, la
Germanie et la Belgique. Il semblerait que, initalement,
seule la Narbonnaise (comprenant la Lyonnaise et
laViennoise) ait été considérée comme la seule Gaule. Les 3
autres provinces, l'Aquitaine, la Belgique et la Germanie,
auraient été ajoutées ultérieurement pour des questions de
gestion.
Cette nouvelle province contenait un certain nombre de
villes (marquées en caractères gras) situées hors de
l'actuelle France. Nous avons aussi souligné la phrase
parlant de Marseille, puissante auxiliaire de Rome, Nous
avions envisagé presque dès le début de notre étude que les
villes d'Agde et de Marseille, anciennes colonies grecques,
avaient gardé leur autonomie vis-à-vis de Rome, un peu comme
le sont actuellement des principautés comme Monaco et
Andorre. Et que leurs territoires étaient devenus les
évêchés d'Agde et de Marseille. Ce petit bout de phrase
confirme au moins en partie cette idée. Dernière remarque :
la phrase « C'est
ici que commence la Gaule » apparaît fortement
contradictoire avec ce qui vient d'être écrit précédemment.
En effet, l'auteur vient de décrire par le menu l'ensemble
de la Gaule. Il vient de décrire la Séquanaise, vaste
territoire situé au Nord du Rhône et à l'Est de la Saône, et
atteignant au Nord les Vosges. Il quitte cette province et
aborde le territoire situé à l'Ouest de la Saône et du
Rhône, englobant ce fleuve dans sa course vers la mer. Nous
pensons qu'en fait, il n'y a pas de contradiction dans
l'esprit de l'auteur. Il y aurait en fait deux Gaules : la
Gaule et les Gaules. Nous avons des recherches systématiques
du mot « gaule » dans les textes ultérieurs au IVe
siècle en particulier les écrits de Grégoire de Tours. Nous
avons remarqué l'absence presque totale du mot « gaulois »
(un seul mot trouvé et très probablement il ne s'agit pas
d'un celte mais d'un habitant de la Gaule). Le mot « Gaule »
est souvent cité mais tantôt au singulier (la Gaule), tantôt
au pluriel. Ce distinguo subtil pourrait définir deux
entités différentes : les Gaules pourraient désigner
l'ensemble des onze régions (ci-dessous) du Catalogue
des Provinces Romaines. La Gaule pourrait être la
partie de ce catalogue (en caractères gras) considérée comme
l'authentique Gaule (sans pièce rapportée).
La Province Viennoise, La Province Narbonnaise Première, La
Province Narbonnaise Deuxième, La
Province Aquitaine Première,
La Province Aquitaine Deuxième, La Province de
Novempopulanie, La Province des Alpes Maritimes, La Province
de Belgique Première, La Province de Belgique Deuxième, La Lyonnaise Première,
La Lyonnaise Seconde,
La Lyonnaise Troisième, La Lyonnaise Senonaise,
La Germanie Première, La Germanie Seconde, La Grande
Séquanaise, Les Alpes Grecques ou Pennines.
À remarquer que dans notre recherche de noms de pays, nous
n'avons vu que les mots de « Gaule » et éventuellement «
Germanie » et « Belgique ». Pas de mot « France », «
Mérovingie » ou « Carolingie ».
3. Les habitants de la
Gaule
On aurait tendance à dire que les habitants de la Gaule sont
les Gaulois. Nous n'avons rencontré ce mot qu'une fois dans
un texte daté de l'an 849 ; « … Un
certain Gaulois, nommé Gottschalk, prêtre et moine du
monastère d'Orbais dans la paroisse de Soissons, enflé de
sa science et adonné à de certaines superstitions, était
allé en Italie sous couleur de religion....
(Annales de Saint Bertin)»
C'est un peu au hasard que nous avons choisi pour mot de
recherche « citoyen
». Et à notre grande surprise, nous en avons trouvés. Ainsi,
dans ce texte de Grégoire de Tours : « Beaucoup
de gens, dans toutes les Gaules, désiraient alors
extrêmement être soumis à la domination des Francs. Il
arriva que Quintien, évêque de Rodez, haï pour ce sujet,
fut chassé de la ville. On lui disait : C’est parce que
ton vœu est que la domination des Francs s’étende sur ce
pays. Peu de jours après, une querelle s’étant élevée
entre lui et les citoyens,
les Goths, qui habitaient cette ville, ressentirent de
violents soupçons ; car ces citoyens
reprochaient à Quintien de vouloir les soumettre aux
Francs ; et, ayant tenu conseil, ils résolurent de le
tuer. L’homme de Dieu, en ayant été instruit, se leva
pendant la nuit avec ses plus fidèles ministres, et,
sortant de la ville de Rodez, il se retira en Auvergne, où
l’évêque saint Euphrasius, qui avait succédé à Apruncule
de Dijon, le reçut avec bonté..., ». Ce texte est
intéressant pour plusieurs raisons. Nous apprenons tout
d'abord que les Goths contrôlaient la ville de Rodez vers la
fin du sixième siècle. On croyait qu'ils avaient été chassés
du Sud de la France (hors Septimanie) plus d'un siècle
auparavant. Nous apprenons aussi l'existence de trois partis
: les Francs, les Goths et les citoyens de Rodez. Il y en
avait sans doute même quatre car les citoyens de Rodez
étaient eux-mêmes divisés : faut-il faire confiance aux
Goths ? faut-il faire confiance aux Francs ? Cet épisode
permet de comprendre quels étaient les habitants de la Gaule
: c'étaient des citoyens.
La Gaule ne devait pas être soumise à un gouvernement.
C'était un ensemble de cités-états qui pouvaient se défendre
elles-mêmes dans des petits conflits mais qui faisaient
confiance à des groupes armés pour les protéger lors de
grands conflits. Dans les premiers siècles de notre ère,
c'étaient les armées romaines. Plus tard, d'autres groupes
ont assuré ce rôle : les Goths, les Francs.
On peut donc en conclure que les habitants de la Gaule
n'étaient pas des Gaulois mais tout un peuple de citoyens
d'une centaine de villes : Narbonne Lyon, Poitiers, Limoges,
etc. Auxquels il faut ajouter les peuples immigrés : colons
romains, wisigoths, francs, et tant d'autres peuples connus
par les textes. Dans un premier temps, ces peuples sont
considérés comme des envahisseurs extérieurs à la Gaule.
Mais ils finissent par s'intégrer, tout en gardant, parfois
sur une longue durée, des traits qui les caractérisent.