L'église Santa Maria in Solario et l'église Saint-Sauveur de Brescia 

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Lorsque nous avons programmé cette page, nous ne pensions pas consulter la page Internet du musée Santa Giulia où se trouve l'église Santa Maria in Solario. Nous ignorions l'existence à l'intérieur de l'enceinte de ce musée d'une autre église tout aussi intéressante : l'église Saint-Sauveur.

Les images ci-dessous sont extraites d'Internet.



L'église Santa Maria in Solario

Cette église a fait l'objet d'une description détaillée écrite par Sandro Chierici dans l'ouvrage « Lombardie Romane » de la collection Zodiaque.

Voici ce que nous apprend le site Internet Turismo Brescia : « Le clou de la section suivante est l’édifice de Santa Maria in Solario, sacellum du XIIe siècle que l’on utilisait comme “oratoire” du monastère. Au sommet de cet édifice à plan carré, se dresse une lanterne dont la loge est aveugle (image 1). L’intérieur se divise en deux étages reliés entre eux par un escalier de pierre creusé dans la paroi. L’étage inférieur est doté au centre d’un autel roman consacré au dieu soleil et sur lequel repose le pilastre central de la voûte. L’étage supérieur (image 3), surmonté d’un toit en coupole, est recouvert de fresques, œuvres pour la plupart de Floriano Ferramola (XVIe siècle). C’est ici qu’est exposé le Trésor de Santa Giulia, lequel comprend le Reliquaire (coffret d’ivoire décoré d’épisodes de l’Ancien et du Nouveau Testament) et la grande Croix en bois du roi Didier (une œuvre d’orfèvrerie du IXe siècle, ornée de pierres précieuses, de camées rares et de verres peints, parmi lesquels le célèbre triple portrait du IVe siècle (image 4). »

C'est devenu une habitude pour nous de rencontrer des églises antérieures à l'an 1200 indifféremment datées du XIIe siècle (lire les deux pages précédentes pour connaître notre opinion là-dessus). Cela commence d'ailleurs à nous amuser beaucoup. Dans le cas présent, encore plus : un « sacellum » est un temple de l'ancienne Rome donc des alentours du IIesiècle de notre ère. Il y a mille ans de différence entre un sacellum et le XIIesiècle !

Cela étant, l'existence de ce bâtiment à plan centré carré (image 2) pose problème. Nous avons étudié un assez grand nombre de monuments à plan centré, mais celui-ci ne semble entrer dans aucune des catégories que nous avons recensées. Il existe bien sûr les nombreux édifices à plan centré que sont les tours et clochers. Mais la base de celui-ci semble trop large et sa hauteur trop réduite pour avoir été une tour ou un clocher. Nous avons aussi étudié des édifices à plan circulaire ou polygonal. Mais le plan carré est exceptionnel. De plus, les édifices à plan centré qui pourraient éventuellement servir de modèle sont soit dépourvus d'étages, soit, lorsqu'il y a un étage, celui-ci est installé sur un déambulatoire autour d'un noyau central (exemple : la Chapelle Palatine d'Aix-la-Chapelle). Il est possible qu'il y ait eu primitivement un noyau central, enlevé depuis. Si ce n'est pas le cas, nous ne voyons vraiment pas quelle pouvait être l'utilisation de ce bâtiment auquel devait être attachée une forte valeur symbolique. Hypothèse bien mince : serait-ce la croisée de transept d'une ancienne église ? Mais dans ce cas, pourquoi aurait-on supprimé la partie la plus importante : le sanctuaire ?

La présence d'arcatures lombardes de première génération sur la seule face visible (image 1) fait envisager une datation aux alentours de l'an mille.

Datation envisagée pour l'église Santa Maria in Solario de Brescia : an 1025 avec un écart de 100 ans.

Remarque : la Croix de Didier (image 4) est apparentée aux croix d'Oviedo, elles aussi datées du IXesiècle.



La basilique Saint-Sauveur

Voici ce que nous apprend le site Internet Turismo Brescia : « La visite continue par l’église de San Salvatore [...] Sur les fondements de la première église, on en bâtit une seconde, au VIIIe siècle, longue de 40 mètres et composée de trois nefs divisées par des colonnes aux chapiteaux particulièrement précieux. Dans la seconde moitié du XVe siècle, la façade de la basilique fut détruite par la construction d’un nouveau chœur pour les religieuses, l’actuel presbytère de l’église Santa Giulia. Les vestiges visibles dans les nefs du centre et du nord sont en stuc du VIIIe siècle. [...] »

Pour le coup, nous sommes très surpris par ce discours. Que nous apprend-il ? Que cette église (images 5 et 6) date du VIIIesiècle ! Où est la surprise ? Tout simplement, elle est issue du fait que pour la quasi totalité des églises analogues à celle-ci (nef à trois vaisseaux charpentés, vaisseau central porté par des colonnes cylindriques, arcs simples, absence de transept), la datation avancée sur le ton de la certitude par les historiens de l'art est nettement plus tardive : du XIIesiècle, voire du XIesiècle. Nous avons vu à de nombreuses reprises qu'un objet (par exemple : un chapiteau) exposé dans un musée pouvait être daté du VIe, VIIe ou VIIIesiècle. Le même objet, placé sur un monument bâti indépendant du musée, était quant à lui daté du XIIesiècle.

Nous sommes surpris ... mais heureux. Car cette datation du VIIIesiècle conforte nos points de vue.

Datation envisagée pour la basilique Saint-Sauveur de Brescia : an 700 avec un écart de 150 ans.