La chiesa di Santa Maria del Regno d'Ardara
Après un paragraphe intitulé « Introduction
à l'étude des monuments de Sardaigne », nous
poursuivrons par l'étude de la
chiesa di Santa Maria del Regno d'Ardara.
Introduction
à l'étude des monuments de Sardaigne
Nous n'avons pas effectué de voyage en Sardaigne et en
conséquence, nous n'avons pas visité les monuments que nous
décrivons dans ce chapitre. Croyez, ami lecteur, que nous le
regrettons autant que vous. Même si les sites que nous avons
consultés pour rédiger et agrémenter d'images les pages
suivantes se sont révélés d'une excellente qualité, ils ne
peuvent remplacer des visites sur place. Celles-ci peuvent
révéler des détails architecturaux ou des indices qui
n'avaient pas auparavant été détectés.
Le site Internet intitulé « Chiese
Romaniche della Sardegna » décrit 67 églises
qualifiées de « romanes ». Nous en décrivons à peu près la
moitié.
Nous rappelons que nos principaux objectifs vont dans deux
directions. La première de ces directions est d'effectuer
une recherche sur l'histoire et les monuments du premier
millénaire. La seconde est de faire diffuser nos résultats.
Si nous devions nous conformer au dogme quasi institutionnel
selon lequel l'art roman date des XIe et XIIe
siècles, nous ne devrions pas parler de ces églises censées
toutes dater, puisque romanes, du deuxième millénaire. Mais
nous avons vu en de nombreuses occasions que des décors dits
« romans » (parfois néoromans) pouvaient cacher des
structures plus anciennes, donc préromanes. De plus, la
distinction entre roman et préroman est parfois difficile à
faire. Et ce, avec des approximations égales ou supérieures
au siècle. En conséquence et aussi paradoxal que cela
paraisse, nous arrêtons le premier millénaire à l'an 1100 et
non à l'an 1000. Enfin, une bonne étude de quelques
monuments du XIIe siècle peut permettre de mieux
mesurer les acquis par rapport aux périodes précédentes.
C'est ce que nous avons essayé de faire pour quelques uns
des monuments de cette région.
Un examen superficiel nous a permis d'effectuer quelques
comparaisons avec les régions voisines : la Corse, la
Sicile, la Campanie, la Basilicate et les Pouilles. Nous
voyons des points de ressemblance avec l'Italie continentale
(nefs à trois vaisseaux à colonnes cylindriques) ou avec la
Corse et la Toscane (décor polychrome « pisan »). Nous nous
attendions à trouver des ressemblances avec des églises de
Sicile (influence arabe), ou avec des monuments des Pouilles
(influence byzantine). Mais nous ne sommes pas certains que
des rapprochements puissent être effectués. Par contre, dans
certains cas particuliers, la forme inclinée de certains
murs fait penser aux fameux nuraghes. Y aurait-il eu des
influences locales ? Nous aurons sans doute l'occasion d'en
reparler dans le paragraphe des conclusions.
La chiesa
di Santa Maria del Regno d'Ardara
La page
du site Internet intitulé «
Nel delirio non ero mai sola » relative à cette
église nous apprend ceci :
«
Santa Maria del Regno
est une église romane en Sardaigne, c’était la chapelle
palatine des juges de Torres. Actuellement, elle est
l’église paroissiale de la petite ville d’Ardara, dans la
province de Sassari.
La chapelle palatine de Santa Maria del Regno a été
érigée, avec le château d’Ardara (à l’époque, capitale du
Giudicato de Torres) au XIe siècle, par la
volonté de Giorgia, sœur de Gonnario Comita, juge de
Torres et Arborea. L’église, où plusieurs juges turritans
ont prêté serment et ont été enterrés, a été consacrée en
1107. Santa Maria del Regno, dans son rôle de chapelle
palatine, est mentionnée dans le Libellus Judicum
Turritanorum,
un document en langue vernaculaire logudoraise écrit au
XIIIe siècle.
L’église
a été construite en trachyte ferreuse par des ouvriers
pisans.
L'intérieur,
de plan rectangulaire, est divisé en trois nefs par deux
séries de colonnes, qui supportent des arcs en plein
cintre sur des chapiteaux sculptés de motifs floraux. La
nef centrale est couverte de charpentes en bois, tandis
que les bas-côtés, divisés en travées, ont des toits
croisés.
La
vue sur l’abside semi-circulaire est empêchée par
l’imposant Retablo Maggiore, le plus grand polyptyque du
XVIe siècle en Sardaigne, qui se dresse
derrière l’autel. L’œuvre (images
6, 7 et 9),
d’une dizaine de mètres de haut et six mètres de large, se
compose de trente et un tableaux peints, séparés par des
sculptures en bois doré. Les planches montrent des
représentations de différents prophètes et saints, ainsi
que les événements de la vie de Marie. Au centre du
retable, dans une niche précieuse, est placée la statue en
bois de Notre-Dame du Royaume, dans laquelle la Vierge,
tenant l’enfant Jésus dans ses bras, apparaît vêtue de
l’insigne royal (couronne et sceptre). Le polyptyque est
accompagné d’une inscription, sur la prédelle, dans
laquelle l’auteur, Giovanni Muru, est nommé, ainsi que
l’année d’exécution, 1515. Une autre inscription montre le
nom du client, Joan Cataholo, chanoine de San Pietro di
Sorres en 1489 et archiprêtre de la cathédrale de
Sant’Antioco di Bisarcio en 1503. »
Selon le site Wikipédia, la langue logudoraise est la langue
vernaculaire du Logudoro, région située au Nord-Ouest de la
Sardaigne. Quant au Giudicato di Torres : « Les
Judicats (en italien Giudicati, du latin médiéval Judex
Provincae) étaient les quatre royaumes de la Sardaigne
médiévale et disposaient d'une grande autonomie entre les
VIIIe et XIIIe siècles. Leur date de
création est incertaine. Ils étaient des États souverains
avec totalité de pouvoir. Les quatre Judicats sardes
étaient Cagliari, Torres ou Logudoro, Arborée ou Oristano
et Gallura. L'absence quasi totale de sources historiques
ne permettent pas d'avoir une certitude sur le passage de
l'autorité centrale byzantine à la naissance des quatre
États. Toutefois, dès 864, une lettre du pape Nicolas Ierdemande
aux Iudices d'éviter la consanguinité ; il est le premier
témoin de l'existence d'une multiplicité de seigneurs
locaux. »
Venons-en à l'étude architecturale de cet édifice.
La première impression donnée par son aspect extérieur
semble confirmer la datation avancée ci-dessus : les images de 1 à 4 nous
montrent un bel édifice décoré d'arcatures lombardes
(appelées en Italie « arcs suspendus », avec cependant
quelques doutes. Ces arcatures lombardes semblent être de
deuxième génération : plus récentes d'au moins un siècle par
rapport à la datation proposée (XIe siècle). Et
puis ces murs nous semblent trop neufs en comparaison avec
d'autres murs du XIe siècle. Nous pensons que
cette église a subi de grosses restaurations et il est
difficile de savoir quel pouvait être l'aspect original.
Notons aussi la présence de bols en céramique logés dans
l’intrados des arcs (image
5). Là encore, ce type de décoration nous semble de
beaucoup postérieur au XIe siècle.
Pénétrons ensuite dans l 'église (images
6, 7, 8).
Les principaux éléments qui la caractérisent sont les
suivants :
1. Sa nef est formée de trois vaisseaux. Le vaisseau central
est charpenté. Les vaisseaux secondaires sont voûtés
d'arêtes soutenues par des doubleaux. Cependant l'ancrage
des doubleaux sur les chapiteaux des colonnes semble
artificiel (le résultat d'un bricolage postérieur). Ce qui
signifierait qu'initialement, les collatéraux étaient
charpentés (tout cela doit être vérifié sur place).
2. Le vaisseau central est porté par des piliers
cylindriques de type C0000.
3. Les arcs reliant les piliers sont à un seul rouleau.
4. Il n'y a pas de galerie au-dessus des collatéraux.
5. Il n'y a pas de transept.
Nous avons eu l'occasion d'étudier ces éléments
caractéristiques dans l'onglet « Datation » du menu
principal. Nous les estimons préromans. En conséquence, les
éléments romans identifiés à l'extérieur (arcatures
lombardes) sont probablement le résultat de travaux
postérieurs à la construction initiale. Nous rappelons que
la consécration d'un édifice ne correspond pas forcément à
une inauguration de fin de travaux.
Datation
envisagée pour la chiesa di Santa Maria del Regno
d'Ardara : an 750 avec un écart de 200 ans.