Abbaye de Chiaravalle di Fiastra à Tolentino
Dans cette page, l'étude de l'abbaye
de Chiaravalle di Fiastra à Tolentino sera suivie d'un
paragraphe de conclusions
sur les monuments de la province des Marches.
L'abbaye
de Chiaravalle di Fiastra à Tolentino
La page Wikipedia relative à cette église, obtenue de
l'italien par un traducteur automatique, nous apprend ceci :
« Histoire : L'abbaye
a été fondée par Guarnerio II, duc de Spolète et marquis
d’Ancône, qui a fait don à Bruno, abbé de Santa Maria di
Chiaravalle di Milano, de tous les revenus associés au
monastère qu’il a fondé. En 1142, douze moines de l’abbaye
de Chiaravalle à Milan arrivèrent dans la vallée de la
Fiastra, apportant avec eux des livres liturgiques et des
instruments de travail. Pour la construction de l’abbaye,
il ont fait appel à des moines architectes français,
moines qui ont utilisé le style cistercien typique.
L’église s’avère être un modèle d’architecture de
transition entre le roman et le gothique. Comme matériau
de construction, des pierres de l’ancienne ville romaine
d’Urbs Salvia ont été utilisées. Dédiée à Sainte Marie,
l’église est imposante en taille : 72 mètres de long, 20
mètres de large, 25 mètres de haut. [...] Le
plan est une croix latine avec trois nefs, la lumière
filtre à travers 16 vitraux et deux rosaces opposées,
l’une sur la façade, l’autre sur le mur inférieur du
choeur. [...]
Les cisterciens :
[...] en
1098, Robert, abbé de l’abbaye de Cluniac de Molesmes, en
Bourgogne, quitte son monastère et se retire dans une zone
marécageuse, Citeaux. [...]
En vingt ans, les Cisterciens se sont affirmés en France
et dans le reste de l’Europe. Dans ce contexte, se situe
la naissance de notre abbaye et monastère, en 1142. [...]
»
Nous n'avons que peu modifié cette traduction automatique,
l'estimant parfaitement compréhensible malgré certaines
imperfections.
Nous n'avons pas visité cette abbaye. Les images ci-dessous
sont issues d'Internet.
Cette page devrait normalement se situer hors du cadre de
notre étude sur les monuments du premier millénaire. En
effet, notre étude ne devrait pas dépasser l'an mille et,
d'après le texte ci-dessus, l'église Sainte-Marie de
Chiaravalle di Fiastra devrait dater de l'an 1142 et
peut-être même après. Cependant l'an mille ne doit pas être
considéré comme une date butoir. Surtout pas ! Car l'an
mille ne crée pas une rupture de continuité en histoire.
Nous le savons bien, nous qui avons vécu le fameux
« passage à l'an 2000 » et avons pu constater que ce passage
supposé fatidique n'a rien changé. Nous ne voyons pas la
différence entre l'an 1999 et l'an 2001. C'est encore plus
vrai en architecture. On construit encore en 2020 des
maisons dites traditionnelles alors que les premières
habitations « modernistes » apparaissent. Notre méthode
basée sur l'analyse de l'architecture des édifices est donc
confrontée à des marges importantes d'incertitude : un
édifice considéré comme appartenant à l'architecture
d'avant-garde dans une période donnée peut être parfaitement
semblable à un autre édifice d'arrière-garde construit cent
ans plus tard. C'est la raison pour laquelle nous étudions
aussi des édifices que nous estimons antérieurs à l'an 1100.
Par ailleurs, l'étude de l'architecture d'édifices
appartenant à une période encore postérieure peut se révéler
importante pour la compréhension de l'évolution des
techniques architecturales.
Concernant cette abbaye, et, plus généralement l'ensemble
des abbayes cisterciennes, nous sommes confrontés à un
problème de cohérence des informations. Reprenons le texte
ci-dessus. En 1098, Robert de Molesmes fonde l'abbaye de
Citeaux dans une plaine marécageuse. En vingt ans, l'ordre
de Cîteaux se répand en France et dans l'Europe entière. Le
texte nous dit aussi que l'abbaye de Chiaravalle de Fiastra
a été fondée par 12 moines venus de l'abbaye de Chiaravalle
de Milan. Or, en consultant le site de cette abbaye, nous
avons appris qu'elle avait été fondée par Saint Bernard en
1135 et terminée en 1139. L'extension de l'ordre de Citeaux
a dû être certes rapide. Par ailleurs, nous avons assisté à
l'heure actuelle à la naissance et au développement très
rapide de diverses institutions, comme les sectes
religieuses ou les groupes charismatiques. Cependant, si la
constitution des groupes est relativement rapide, la
construction de solides bâtiments et en particulier de très
grands lieux de culte est beaucoup plus laborieuse. Or, dans
le cas des abbayes cisterciennes, tout semble tenir du
miracle. L'abbaye de Chiaravalle de Milan aurait été fondée
par Saint Bernard en 1135. Donc en 1135, Saint Bernard
serait venu de Cîteaux(à minimum 20 jours de cheval) pour
fonder cette abbaye. Il aurait pu rapidement rassembler
suffisamment de fidèles, les encadrer par un groupe de
moines venus aussi de Cîteaux et faire construire pour cette
nouvelle communauté une très grande abbatiale pouvant
contenir des centaines de fidèles. Et le tout en 4 ans. Et
on recommence trois ans plus avec l'abbaye de Chiaravalle de
Fiastra. Même à l'époque actuelle, avec les moyens dont nous
disposons dans tous le domaines, nous ne sommes pas capables
d'un tel dynamisme. Nous sommes donc obligés de nous poser
des questions : que s'est-il passé dans la réalité? Nous
pensons tout d'abord que l'extension de l'ordre de Cîteaux
n'a pas été improvisée. Il arrive souvent que des pouvoirs
politiques favorisent telle ou telle association
indépendante de ces pouvoirs, mais dont les objectifs lui
sont communs. En l'occurence, l'ordre de Cîteaux a pu être
aidé dans son développement par des pouvoirs publics (ducs
de Bourgogne? rois de France?) soucieux de s'implanter dans
d'autres régions. Mais il a pu aussi y avoir l'expression
d'un
« chauvinisme
cistercien ». Les moines cisterciens désireux de relater
l'histoire de leur ordre l'ont enjolivée, oubliant ce que
d'autres ordres avaient pu réaliser avant eux, oubliant
l'aide qu'ils avaient eue et les possibles compromissions
que cette aide avait entraînées.
Selon l'auteur du texte, l'abbatiale de Chiaravalle di
Fiastra serait une œuvre de transition entre le roman et le
gothique, réalisée par des moines architectes venus de
France. Les quelques photos que nous avons pu voir ne sont
pas suffisamment claires. Et de plus, nous connaissons mal
ce style d'architecture. Nous doutons cependant que des
architectes venus de France aient pu introduire dans cette
région d'Italie une construction utilisant les briques. Bien
entendu, lorsque nous parlons de France, il s'agit de la
région située au Nord de la France, autour de Cîteaux. Car
au Sud de la France, autour de Toulouse, on utilise les
briques. Et pareillement au Sud de l'Italie. De plus, nous
ne voyons pas très bien l'apport gothique dans cette église.
Sauf peut-être la présence de grandes rosaces.
Datation envisagée pour
l'abbaye de Chiaravalle di Fiastra à Tolentino : an 1175
avec un écart de 50 ans.
Conclusions
sur les monuments de la province des Marches.
1) La petite énigme des
Marches ou du Marquisat
Lors de nos premières lectures des textes historiques du
premier millénaire, nous avons été un peu surpris de
retrouver des titres nobiliaires que nous imaginions plutôt
caractéristiques du deuxième millénaire. Ainsi des titres
tels que « comte » ou « duc » apparaissent relativement tôt,
au IVe ou au Ve siècle. Mais il y
avait plus que cela. Czr les titres de comte, de vicomte, et
de roi, étaient utilisés chez les Francs, le titre de duc
chez les burgondes, et le titre de patrice, en Provence. Si
bien que nous avons pensé que ces divers titres
correspondaient à des fonctions, à des délégations de
pouvoir.
Parmi les titres nobiliaires, on a celui de « marquis ». Le
marquis, c'est semble-t-il un peu comme un comte ou un duc
qui contrôle une région d'un royaume. Mais cette région a un
statut particulier : c'est une « marche ». Des « marches »,
on en connaît plusieurs : la marche du limousin, la marche
de Catalogne, la marche de Septimanie, et celle-ci, la
marche d'Ancône. Il semblerait que ces marches aient été
créées durant la période dite « carolingienne ». C'étaient
des régions limitrophes des grands royaumes francs ou
lombards. Elles avaient été conquises mais non totalement
annexées. C'étaient probablement des sortes de protectorats.
Le marquis devait être le représentant du roi. L'énigme pour
nous ainsi que, probablement, pour bon nombre d'historiens,
est de savoir quel pouvait être le statut exact de ces «
marches ».
2) Les principales
caractéristiques des églises des Marches
Il nous faut tout d'abord avouer que, hormis les 4 églises
que nous étudierons ci-dessous, nous n'avons pas très bien
vu en quoi la région des Marches pouvait se distinguer des
autres régions italiennes vues jusqu'à présent. Compte tenu
du petit nombre d'églises étudiées, il est difficile de
faire des statistiques. Cependant, il nous semble qu'il y a
un peu plus d'arcatures lombardes que dans des régions comme
le Latium. Au passage, nous pensons que le terme « arcatures
franques » conviendrait mieux que « arcatures lombardes »
car il semblerait que l'introduction de ce système
d'arcatures est plus tardif (IXe- Xesiècle)
que la présence des lombards en Italie.
3) Les quatre églises à
plan en croix grecque
Nous avons eu l'occasion de parler brièvement du possible
lien entre ces quatre églises. Une des questions posées au
sujet de ces églises était l'origine de leur plan Ce plan
était-il d'inspiration orientale (Grèce, Balkans) ou
nordique (Allemagne, Lombardie) ? En ce qui nous concerne,
la question était la suivante : le plan était-il centré ou
non ? Ne disposant pas d'un plan, nous ne pouvions conclure.
Cependant grâce aux vues par satellite, nous pouvons nous
passer de plan.
Nous en sommes moins certains pour l'église Santa Maria
delle Moie qu, au vu de l'alignement des toits semble plutôt
dotée d'un plan orienté (plan basilicall d'une nef à trois
vaisseaux). Enfin nous avons vu qu'il était peu probable que
l'église Santa Croce de Sassoferrato ait été dotée d'un plan
centré. Quelle est l'origine du plan centré (nous parlons du
plan des deux premières églises. Nous ne connaissons pas
suffisamment la Grèce et les Balkans pour savoir s'il existe
des églises de ce type. Nous notons une vague ressemblance
avec des églises de Géorgie. Mais il existe d'autres
ressemblances aced des églises d'Occident. Dans l'immédiat
nous ne pouvons pas nous prononcer sur ce point
- À coup presque sûr, et en faisant
abstraction des tours situées à l'Ouest et des deux
absidioles de l'Est, l'église San Claudio al Chienti de
Corridonia a un plan centré (image
4) : plan en croix grecque, les branches de la
croix étant terminées par des absides.
De même, l'église San Vittore alle Chiuse de Genga a un plan centré (image 5) analogue à celui de San Claudio al Chienti.
- Nous en sommes moins certains pour
l'église Santa Maria delle Moie (image
6) qui, au vu de l'alignement des toits, semble
plutôt dotée d'un plan orienté (plan basilical d'une nef à
trois vaisseaux).
Enfin nous avons vu qu'il était peu probable que l'église Santa Croce de Sassoferrato (image 7) ait été dotée d'un plan centré.
Nous ne connaissons pas suffisamment la Grèce et les Balkans pour savoir s'il existe des églises de ce type. Nous notons une vague ressemblance avec des églises de Géorgie. Mais il existe d'autres ressemblances avec des églises d'Occident. Dans l'immédiat, nous ne pouvons pas nous prononcer sur ce point.