L'église Saint-Amand de Théziers 

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Cette église a fait l'objet d'une notice très succincte dans la page : Notes sur certaines églises du Gard (partie 2). Lors d'une courte traversée du département du Gard, nous nous sommes détournés pour y accéder. Par chance, elle était ouverte à cause de travaux de restauration (images 1 et 2). Nous n'avons pas modifié la notice écrite précédemment.

Les restes de l'absidiole Nord (image 3) et le plan de l'image 4 permettent d'envisager que la nef primitive était à trois vaisseaux prolongés par trois absides (une centrale et deux absidioles) en prolongement de ces trois vaisseaux. Il s'agit d'un cas devenu désormais classique mais qui, souvent, est accompagné du problème concernant le transept : a-t-il été construit en même temps que la nef ? ou a-t-il été construit plus tard, à l'intérieur d'une nef déjà construite ?

L'image 5 du transept vu à partir de la nef révèle la présence de « passages berrichons », petites ouvertures situées de part et d'autre de l'ouverture centrale. Nous avons déjà un peu « tordu le cou » à cette appellation de « passages berrichons ». Ne serait-ce que du fait que cette église, et d'autres encore, sont situées à plus de 400 kilomètres du Berry. Nous estimons que ces passages sont les restes d'une modification architecturale importante : la transformation d'une nef à trois vaisseaux en une nef à un seul vaisseau par suppression des piliers centraux et des murs qu'ils soutiennent. Il reste de cette transformation les ouvertures de passage entre le transept et les collatéraux. Par souci de commodité, les auteurs de cette transformation ont préféré les conserver plutôt que les murer. Nous verrons plus loin des éléments de preuve de la thèse avancée. Pour le moment, observons les images 6 et 7. On peut voir au milieu de chacune d'entre elles, et en enfilade, ce que pouvaient être les anciens collatéraux respectivement Sud et Nord, avec au fond les absidioles et leurs fenêtres axiales. L'image 8 nous révèle l'existence d'une ouverture murée située au-dessus du « passage berrichon » Nord. Cette ouverture n'est pas présente côté Sud. Mais cela ne signifie pas qu'elle n'existait pas à l'origine. En tout cas, cette ouverture est révélatrice de l'existence probable d'une galerie au-dessus du collatéral Nord.

Remarque : d'après notre principe de perfection, selon lequel tout architecte constructeur d'une église nouvelle veut produire un édifice parfait, et sachant que, concernant le Moyen-Âge, la perfection se situe dans la symétrie par rapport à l'axe principal, on devait avoir à l'origine symétrie de construction. Donc il devait, soit y avoir une galerie de chaque côté, soit aucune galerie. Nous envisageons plutôt la seconde hypothèse. La galerie Nord, couverte d'un arc brisé, aurait été construite plus tard pour des raisons de commodité.

Venons-en maintenant à la justification de l'existence d'une nef à trois vaisseaux. Les images 8, 9, 10, 11 et 12 nous révèlent l'existence de pilastres appelés A et B, adossés aux piliers du transept. Ces pilastres ne servent, a priori, à rien. Certes, on pourrait envisager qu'ils servent de contreforts. Mais l'usage de contreforts est consécutif à un problème de maintien d'une structure. Il est peu compatible avec une recherche esthétique. Et les impostes de ces pilastres, qui elles aussi ne servent à rien, sont ornées d'un décor sculpté (images 10 et 12) . On est donc conduit à se demander si ces pilastres ne feraient pas partie d'unn ensemble détruit. Et la réponse est rapide : ces pilastres étaient des éléments des piliers de la nef primitive à trois vaisseaux.


Les images 13 et 14 font apparaître les murs Nord et Sud de la nef. Ces murs devaient faire parie de l'église d'origine. Nous pensons cependant que les arcs qui les couvrent sont nettement plus récents. L'insertion des arcs dans les murs, visible sur l'image 15, et non sur des piliers adossés aux murs, est, selon nous, une innovation de la fin du XIIIesiècle ou du XIVesiècle.

Nous avons voulu représenter aussi les impostes qui soutiennent l'arc triomphal : imposte C du côté Nord, imposte D du côté Sud (images de 16 à 21). On y voit, côté Sud, un homme apparemment nu, surmontant une tête humaine (image 18). Côté Nord, c'est un quadrupède dont la queue est terminée en grappe de raisin (image
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) : la représentation de lions à queue feuillue est assez fréquente. Celle-ci semble êre beaucoup plus rare. Le fait que les corniches ou chanfreins d'impostes s'arrêtent brusquement est signe de transformations. Lesquelles ? Il nous faudrait consacrer plus de temps à l'analyse de ces anomalies.

Nous avons constaté que, à la différence des chapiteaux, les impostes historiées sont relativement rares. C'est la raison pour laquelle nous avons voulu leur accorder plus de place parmi nos images.


La suite des images est révélatrice de l'ancienneté, si ce n'est de l'édifice, mais du site qu'il occupe : deux autels gallo-romains (images 22 et 23), une fenêtre à linteau monolithe taillée en forme d'arc (image 24), des sarcophages du Haut Moyen-Âge (images 26 et 27).

Nous avons aussi profité des travaux de restauration pour montrer que des pierres défectueuses peuvent être remplacées par d'autres plus récentes dont la taille, très régulière, permet la différenciation (image 25).


Un essai de datation précise nécessiterait un examen plus approfondi. En l'état actuel de nos connaissances, nous envisageons une nef primitive à trois vaisseaux charpentés. Les murs latéraux du vaisseau central devaient être portés par des piliers rectangulaires de type R1010. Ces piliers à impostes devaient soutenir des arcs doubles. Nous ignorons si le transept était contemporain de l'église primitive. Son étroitesse nous fait envisager qu'il occupe une travée de cette église primitive. De plus, les impostes de la nef (pilastres A et B) et du transept (pilastres C et D) semblent contemporaines.

La datation envisagée pour cette église primitive qui correspondrait à la nef à trois vaisseaux disparue, le transept (sauf les voûtes) et le chevet, est l'an 850 avec un écart de plus de 100 ans.