Béziers : l’église Saint-Jacques - L’extension carolingienne
L’église Saint-Jacques de Béziers est un édifice à première
vue très simple mais dont l’étude se révèle complexe. On y
distingue deux parties.
Une première partie, constituée d’un chevet et d’une nef de
dimensions réduites, présente de fortes similitudes avec des
églises identifiées comme wisigothiques
(du Veau VIIIesiècle).
La seconde partie, formée de trois travées, aurait été
construite grâce aux libéralités de Charlemagne ou l’un de
ses successeurs (IXesiècle).
L’étude approfondie de ces deux parties devrait être
développée prochainement sur cette page et la page
précédente de ce site.
Cependant, il faut noter qu’une conférence concernant cette
église et qui devrait s’effectuer devant les membres de la
Société Archéologique de Béziers, est envisagée. On
comprendra aisément que ces personnes toutes bénévoles et
qui ont tant œuvré pour le patrimoine de leur ville aient la
primeur de ces informations.
Ajout
des images 7 à 18 (avec commentaires à l'appui) le 15 janvier 2020
Forts d'une réflexion de plusieurs années et de l'étude de
nombreux autres monuments, nous sommes à présent mieux en
mesure de commenter les particularités de cette deuxième
partie de l'église Saint-Jacques. Cette église représente
pour nous une grande importance. Dans un premier temps,
lorsque nous avons abordé son étude, en 2005, elle nous
semblait dépourvue d'intérêt (hormis pour le chevet). Un
examen plus attentif réalisé à partir de 2010 nous a permis
de découvrir de nombreuses anomalies de construction. Des
anomalies que nous ne pouvions expliquer dans le contexte
local. C'est alors que nous avons décidé de ne plus nous
focaliser sur l'église Saint-Jacques et de chercher «
ailleurs », espérant que dans cet « ailleurs » il pouvait y
avoir, si ce n'est des solutions aux problèmes posés par
Saint-Jacques, du moins des solutions à d'autres problèmes.
L'idée semble apparemment cohérente. Ce qui apparaît
beaucoup plus fou, ce sont les limites que nous avons
imposées à cet « ailleurs ». Nos prédécesseurs en histoire
de l'art auraient choisi la période (1000-1200) pour le
temps et le Bitterrois, voire le Bas-Languedoc, pour
l'espace. Nous avons opté pour la période (1-1200) pour le
temps et l'Europe étendue au pourtour du Bassin
Méditerranéen pour l'espace. Il y a donc eu de notre part un
comportement que d'aucuns jugeront totalement aberrant ;
mais ... ça marche ! La suite, on la connaît : la création,
il y a quatre ans de notre site Internet grâce à la
collaboration déterminante d'Alain le Stang.
Examinons attentivement les images
4 et 6 des murs respectifs Nord et Sud de cette
deuxième nef à trois travées.
On commence par la toiture et on poursuit en descendant vers
le bas. Cette toiture s'appuie sur des poutres de bois
posées sur de grands arcs brisés installés au_dessus de
chapiteaux et de colonnes adossés aux parois.
On peut voir à peu près au niveau du milieu de ces arcs, et
plaqué contre le mur, l 'arrondi d'un départ de voûte. On
constate d'une part que la courbure de ce début de voûte est
plus accentuée que celle des arcs brisés. D'autre part, les
arcs semblent traverser le départ de voûte. D'où l'idée que
les arcs ont été posés après la pose ou un essai de pose
d'une voûte en plein cintre non posée sur des arcs
doubleaux.
Poursuivons notre examen en descendant vers le bas. Nous
pouvons voir dans l'intrados de la portion de voûte en plein
cintre et à mi-hauteur de celle-ci des cavités creusées dans
cette voûte. Nous pensons que ces cavités ont servi à poser
des poutres de charpente, plus exactement les corbeaux
soutenant ces poutres (images
4, 5, 6, et 7).
On peut voir, toujours insérées dans cette portion du voûte
en plein cintre, deux ouvertures côté Sud (images
5, 6 et 7). L'une d'entre elles accueille un
oculus cerné d'un cordon de basalte (image
8). L'ensemble, bien inséré dans cette portion de
voûte, montre bien que ces deux éléments sont contemporains.
Plus en dessous encore, la portion de voûte repose sur le
mur latéral juste au dessus d'une corniche au décor de
billettes. Le mur latéral quant à lui est porté par de
grands arcs en plein cintre.
Revenons à la corniche de billettes qui, au premier coup
d’œil, apparaît très dégradée. Mais on réalise que cette
dégradation n'est peut-être pas l'effet du seul hasard en
remarquant que les parties disparues de cette corniche le
sont au niveau des chapiteaux. Observons les images
10 et 11 : la corniche se poursuit le long du
mur, à peu près intacte. À la rencontre avec le tailloir du
chapiteau, elle franchit l'angle et continue sur le tailloir
à la perpendiculaire sur quelques centimètres et s'arrête
brusquement.
Et tout le reste du tailloir, y compris la face avant,
ne porte pas de décor à billettes. Tout se passe comme s'il
y avait eu à l'origine une corniche à décor de billettes qui
courait le long des murs. Au passage sur les piliers, la
corniche rencontrait non pas les piliers actuels mais, à la
même place, des pilastres à section rectangulaire. Beaucoup
plus tard, probablement lorsque les grands arcs brisés ont
été installés, il a paru nécessaire de les installer sur des
assises plus larges. Et donc d'accoler aux pilastres des
colonnes demi-cylindriques (peut-être même quasi
cylindriques) et de poser dessus de grands chapiteaux. Ce
qui a provoqué la destruction du cordon de billettes au
niveau du pilastre.
Les images
de 12 à 18 sont celles de l'extérieur de l'édifice.
On peut voir le même décor de billettes sur les contreforts
de la nef (images 13,
14, 18). Celui des images
14 et 18 s'infléchit vers le haut. On en déduit
qu'il devait y avoir en cet endroit (à l'Ouest de la partie
2) un mur à pignon triangulaire : une façade Ouest. Et donc
que la deuxième nef s'arrêtait à cet endroit.
L'image 15 nous
montre le mur de cette nef côté Sud. On y voit pour 2
travées sur 3 deux baies du même style. Ces deux baies
identiques (images 16 et
17) correspondent aux baies intérieures (dont
l'oculus) qui, elles, sont différentes.
Conclusions
Les diverses anomalies rencontrées permettent d'envisager
une évolution en trois étapes. Au cours d'une première étape
de travaux, on construit un édifice charpenté dont la façade
Ouest possédait un pignon triangulaire. Les deux grandes
baies du mur Sud existaient à l'origine. Il devait y avoir
un plancher au dessus de la corniche à billettes. Plus
tard, il a été décidé de construire la voûte romane en plein
cintre. À cettre occasion, les grandes baies côté Sud ont
été partiellement obturées par une fenêtre verticale et
l'oculus. Nous datons cette construction au XIesiècle
grâce au décor en marquèterie de basalte. Il est possible
que la voûte en plein cintre ait été mal conçue et n'ait pas
été terminée (ou bien elle s'est effondrée). Les trous dans
la partie de voûte subsistante qui auraient servi de
corbeaux témoigneraient d'une réparation provisoire. La
réparation définitive aurait été opérée vers la fin du XIIIesiècle
avec l'installation des arcs brisés.
Cette deuxième nef nous a posé problème. Elle ne ressemble
en effet à aucune autre nef. Nous pensons que le bâtiment
initial n'était pas une église mais un portique. C'est à
dire un bâtiment situé à l'entrée du monastère servant à la
fois de lieu d'accueil (certains monastères bénéficiaient
d'un privilège d'exterritorialité comme nos actuelles
ambassades) mais aussi d'hébergement pour les princes (au
premier étage). Voir sur ce site la
page consacrée aux portiques. Par ailleurs, le Guide
des Pélerins de Saint-Jacques nous apprend que Charlemagne a
doté l'église Saint-Jacques de Béziers. Bien que la
référence à Charlemagne soit sujette à caution - on lui a
attribué beaucoup d'actions qui pourraient avoir été
réalisées par certains de ses prédécesseurs ou successeurs -
elle doit être prise en compte dans sa globalité. Compte
tenu de ces observations, on peut donc envisager que cette
deuxième nef est un portique conçu grâce à des dons de
souverains carolingiens, dans le but de leur servir de
résidence lors de leurs passages à Béziers. On sait par
ailleurs que les souverains francs n'avaient pas de
résidence permanente.
Datation envisagée
; an 850 avec un écart de plus de 50 ans.