Église Sainte-Madeleine de Béziers : anomalies de construction
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Cette église présente diverses « anomalies » qui sont
révélatrices de plusieurs étapes de construction.
En commençant par les images
1 et 2 , on découvre les restes d’un arc. Il
devait y avoir une absidiole dans le prolongement du
collatéral Sud. Il existe des traces analogues côté Nord.
Les images 3, puis
4, révèlent
l’existence d’une pilier accolé au pilier du transept. On
aura l’occasion de revenir sur l’étude de ce cas particulier
dans la page
suivante. Selon nous, la pose de ce pilier adossé
serait antérieure à l’an 1000.
L'image
5 est une vue en contre-plongée de la croisée du
transept. On distingue nettement les ogives de cette
croisée. Celle de direction Sud-Est s’appuie sur un
chapiteau reposant sur une colonne qui s’insére dans
l’encoignure des murs. Nous datons ce type de construction
de la fin du XIIIesiècle, voire du début du XIVesiècle.
Les images 6 et 7 devraient
permettre d’analyser les structures portantes de l’arc
(triomphal ?) séparant le transept de la nef. L’examen se
révèle néanmoins délicat. On constate sur l'image
7 que le pilastre porteur de cet arc s’appuie sur
un pilier quadrangulaire de la nef primitive. Il porte l’arc
par l’intermédiaire d’une imposte. On sait, pour l’avoir vu
ailleurs, que l’imposte précède le couple
chapiteau-tailloir. En conséquence, le pilastre devrait être
antérieur à l’an mille. Il y a cependant un hic ! L’arc qui
surmonte le tout est brisé ! Il est donc postérieur à l’an
1000 ! On le voit, le problème est complexe. La solution
envisagée est la suivante : une première nef est construite
vers le Vesiècle. Elle est dépourvue de
transept. Plus tard VIIe? VIIIesiècle
?), on décide de transformer en transept la première travée
(la plus proche du chœur). On construit à cette occasion un
arc triomphal. Mais on conserve le toit charpenté du
vaisseau principal ; ce qui fait que l’arc triomphal ne
soutient pas le toit comme on le voit dans l’église de
Saint-Généroux (Deux-Sèvres) bientôt sur ce site). Plus
tard, au XIIIesiècle, on décide de remplacer la
toiture charpentée de la croisée du transept par une voûte
sur croisée d’ogives. Mais cette fois-ci l’arc triomphal est
trop léger pour supporter une plus forte charge. On le
remplace par un arc brisé.
Sur l'image
8, on peut voir ce qu’il reste d’un chapiteau de
l’arc séparant le transept de l’abside. Il a
malheureusement été bûché. Ce chapiteau serait issu de la
transformation de l’abside que nous situons dans la
première moitié du XIesiècle.
Les images suivantes 9 et 10, puis 10 et 11, font
apparaître les transformations opérées. Comme ces
transformations sont difficilement visibles sur chacune
des photos 9,
puis 11, on les
fait apparaître sur l’image qui suit ces photographies.
Une simple utilisation de la touche « flèche » obtenue par
agrandissement des vignettes permet de visualiser les
transformations.
Les antéfixes à entrelacs (images
13 et 14) posées sur la toiture de l’abside ne
sont pas toutes d’origine. Certaines ont pu être refaites
récemment. De toute façon, elles ont sûrement été posées
bien après la pose de la corniche qu’elles surmontent : le
style est totalement différent. Les entrelacs de ces
antéfixes sont symétriques de type dit « carolingien » (IXe- Xesiècle).
Ces pierres sont sans doute antérieures à la construction
de l’abside. D’où viennent elles ? On a un temps envisagé
qu’elles pourraient provenir d’un bornage de la paroisse.
Mais la découverte de stèles funéraires en Haute-Garonne
(voir sur ce site la
page concernant Saint-Aventin) fait pencher la
balance vers cette dernière utilisation.
L’examen des
images de 15 à 20 fait apparaître des anomalies.
Si, pour l'image 15 ,
la corniche présente une décoration uniforme : on a le
même décor formé d’oves et de fleurs, de part et d’autre
de l’arête centrale, ce n’est pas la même chose pour les
images suivantes où l’on assiste à des changements dans la
décoration. Pour nous, ces changements sont les témoins
des transformations successives de l’architecture globale.
Image
21 : Elle révèle le mur séparant la croisée du
transept du croisillon Nord. On voit des traces de voûte.
La fenêtre en-dessous est la fenêtre supérieure située sur
l'image 16 de la
page
précédente. On envisage que ce mur soit le reste
d’une tour qui devait surplomber le croisillon Nord du
transept.
Images
22, 23, 24 : Avant la construction de la chapelle
gothique située à sa droite, le porche d’entrée devait
être proéminent par rapport au collatéral Sud de la nef.
Nous pensons qu’il est contemporain de l’édification des
croisillons du transept (avant l’an 1000). En effet, il y
a une parfaite similitude des voûtes en forme de
demi-tonneau renversé.
Images
25 à 29 : En rapport avec ce que l’on a vu
précédemment concernant les différences de styles de
corniches, on a pensé rendre apparentes ces corniches par
des couleurs appropriées. On peut, grâce à ces différences
de couleur, détecter les évolutions successives (le rouge
est plus ancien que le bleu
; lequel précède le vert
; le jaune,
quant à lui ; est indépendant des trois autres. Il
pourrait être contemporain du vert).
Image
30 : L’examen du clocher révèle l’existence
d’une baie qui devait être nettement plus grande que
l’actuelle fenêtre rectangulaire.