Les églises dédiées à Notre-Dame de l'Assomption (page 1/2) 

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Au début, une expérience ratée

Nous sommes loin d'être les premiers à nous préoccuper des questions d'orientation. Ainsi, il y a longtemps que les archéologues des nécropoles enregistrent l’orientation des corps des défunts. Il en est de même pour l'orientation des bâtiments. Les spécialistes recherchent des concordances. Et ils en trouvent parfois. Par exemple, lorsque la lumière du soleil naissant vient éclairer un point très particulier, un jour lui aussi très particulier (solstice, fête anniversaire du saint local). Mais, jusqu'à présent, peu de découvertes de telles concordances ont été réalisées. Si bien qu'on peut se demander si ces concordances ne sont pas le fait du hasard..

Nous pensons que concernant les édifices religieux chrétiens, l'orientation a été intentionnelle. Mais à quel degré ? C'est la question que nous nous sommes posés. Nous savons qu'au niveau global, l'orientation Ouest-Est a été respectée. Mais avec une marge d'erreur oscillant entre +45° et –45°. Toute la question est de savoir si l'orientation a été effectuée d'une façon plus précise (une précision que les maçons de l'époque pouvaient atteindre). Une orientation qui aurait pu être faite, par exemple, en rapport avec l'apparition du soleil le matin de la fête du saint du lieu.

Nous avons donc envisagé cette dernière hypothèse. La vérification semblait donc facile. Elle se heurtait cependant à plusieurs problèmes : dans la plupart des cas, nous ne connaissions pas l'orientation des églises ; les églises ont pu changer de dédicace au cours du temps et le nom actuel du saint peut être différent du nom du saint qui avait défini l'orientation d'origine ; le phénomène dit de « précession des équinoxes » a perturbé les calendriers (la fête du Saint ne correspond plus au jour de construction de mise en place de l'orientation).

Progressivement, certains des problèmes ont été résolus. Il en est ainsi du problème de l'orientation des églises. Il suffit d'utiliser l'image par satellite de l'édifice. Le sens horizontal de ces images correspond à l'orientation Ouest-Est. Et, grâce à un rapporteur numérique, on peut mesurer au degré près l'angle entre cette horizontale et l'arête de faîte du toit.

Grâce à cette méthode, nous avons commencé par comparer les orientations des églises dédiées à Saint Michel réputées être situées dans un même alignement (pour les principales d'entre elles). Mais ce fut sans succès.

À l'occasion de notre étude sur la Corse, nous avons constaté qu'un nombre important (au moins 7) d'églises de cette île étaient consacrées à Notre-Dame de l'Assomption. Sachant que la fête de l'Assomption de la Vierge Marie a lieu le 15 août, la vérification devenait facile : toutes ces églises devaient avoir une orientation identique ! L'expérience n'a pas marché : les orientations étaient différentes.

Mais cet échec nous a révélé l'importance de la dédicace à Notre-Dame de l'Assomption.



Les églises dédicacées à Notre-Dame de l'Assomption

L'étude qui a suivi concernant les églises du Piémont a confirmé cette importance. Mais c'est surtout en analysant les églises des Pouilles que nous avons compris le caractère primordial de cette dédicace. Nous conseillons la lecture de la page intitulée « Conclusions à l'étude des monuments des Pouilles ». Les résultats de cette étude permettent d'avancer l'idée que, au moins pour cette région des Pouilles, le nombre d'évêchés était beaucoup plus important (aux environs de 10 fois plus) avant l'an mille qu'actuellement, et que la majorité (la totalité ?) des cathédrales primitives devaient être dédiées à Notre-Dame de l'Assomption. Par la suite, il y aurait eu regroupement des évêchés primitifs en de plus grands ensembles, les évêques de petits territoires acceptant la tutelle des évêques urbains (avec sans doute des contreparties : titres d'archiprêtres ou de chanoines). Puis, à leur tour, les évêques de grands diocèses auraient accepté la tutelle du pape, évêque de Rome. Des changements de dédicaces d'édifices auraient pu accompagner ces changements structurels.

C'était donc ce que nous avions observé en ce qui concerne la région des Pouilles, en Italie. En était-il de même pour les autres régions d'Europe ? C'est ce que nous avons voulu faire avec la région d'Occitanie/France. En commençant pas le département de l’Hérault.



Les églises dédicacées à Notre-Dame de l'Assomption du diocèse de l'Hérault.

Le territoire du diocèse de Montpellier correspond à celui du département de l'Hérault. Il y a actuellement deux évêques sur ce diocèse : un archevêque responsable du Bas-Languedoc et un évêque auxiliaire.

En utilisant la page du site Wikipédia intitulée « Liste des églises de l'Hérault », nous avons pu recenser 515 églises. Parmi ces églises, 92 sont dédiés à la Vierge Marie. Et, parmi celles-ci, 33 sont dédiées à Notre-Dame de l'Assomption. Sans faire de gros efforts, nous en avons trouvé 2 de plus (soit, en tout, 35) consacrées à Notre-Dame de l'Assomption. Comparé aux 515 dédicaces, ce nombre de 35 peut paraître négligeable.

Il faut cependant analyser plus finement les diverses dédicaces. D'abord celles concernant la Vierge Marie. Nous avons dit plus haut qu'il y en a 35 consacrées à Notre Dame de l'Assomption. Il y en a autant (35) consacrées à une « Sainte Marie » ou « une Notre Dame » sans autre précision que le nom du lieu : telles Notre-Dame de l'Espinouse, Notre-Dame du Grau. Nous en comptons 11 associées à des qualités de la Vierge Marie ou à des lieux de ses apparitions : telles  Notre-Dame-des-Grâces, Notre-Dame-de-Pitié, Notre-Dame-de-Lorette. Mais la surprise est venue de la dédicace à la Nativité de la Vierge Marie, que nous avons retrouvée à 10 reprises ! Il s'agissait vraiment d'une surprise. Nous avons un instant imaginé qu'il y avait erreur de transcription avec confusion entre les expressions « Vierge de la Nativité » et
« Nativité de la Vierge » mais la découverte d'une « Église de la Nativité-de-Saint-Jean-Baptiste », à Fraïsse-sur-Agout, nous a permis de découvrir qu'il n'y avait pas d'erreur et que la « Nativité de la Vierge » faisait partie d'une des 20 fêtes du calendrier concernant la Sainte Vierge.

Nous pensons que des appellations telles que « Notre-Dame-des-Grâces, Notre-Dame-de-Pitié, Notre-Dame-de-Lorette, Immaculée Conception, Nativité de la Vierge Marie » ont été inspirées par des dévotions relativement récentes des XVIIIe et XIXe siècles. Ces appellations auraient servi de dédicaces, soit à des édifices entièrement nouveaux, soit à des édifices anciens réhabilités. En résumé, nous aurions 35 églises dédiées à Notre Dame de l'Assomption et le reste, soit 57, dédiées à une
« Notre-Dame » sans appellation distinctive ou avec une appellation récente. D'où l'idée qui nous vient à l'esprit : à l'origine, toutes les églises dédiées à Notre Dame n'étaient dédiées qu'à une Notre-Dame : Notre-Dame de l'Assomption. Ultérieurement (du XVIIe au XXe siècle), il y a eu, soit oubli du complément « de l'Assomption », soit remplacement par un autre complément pour les églises nouvelles. En fait, la situation peut être plus complexe, car on peut avoir sur une même commune deux églises dédiées à Notre-Dame de l'Assomption, une ancienne et une nouvelle, ou, sur une autre commune, plusieurs églises dédiées à Notre Dame, mais seule la plus récente est dédiée à Notre-Dame de l'Assomption (La-Tour-sur-Orb).

Si, au groupe des 92 églises dédiées à Notre-Dame, on enlève celles d'appellation récente (un peu plus de 20), il en reste environ 70. qui, selon notre hypothèse, auraient toutes été dédiées à Notre-Dame de l'Assomption. Même réévalué, ce nombre reste bien inférieur au nombre total de dédicaces (515, soit 13%).



Les églises de l'Hérault dédiées à d'autres saints

Il faut tout d'abord constater la grande variété des désignations. Il y a, bien sur, les classiques : Saint-Pierre, Saint-Paul, Saint-Étienne. Mais il s'en ajoute beaucoup d'autres. Parfois les saints sont associés : Saint Gervais et Saint Protais, Saint Nazaire et Saint Celse. Parfois on rappelle des miracles : Saint-Pierre-ès-Liens, Invention des reliques de Saint-Étienne. Il y aurait très certainement une étude à faire sur ces dédicaces de saints. Comment ont-elles été attribuées ? On le devine pour certaines. Ainsi, par exemple, un texte daté du IXe siècle écrit par un moine de l'abbaye de Villemagne l'Argentière (Hérault) nous apprend que les gens du lieu issus (immigrés ? déportés ?) d'une autre région que l'Occitanie vénéraient un saint de cette région, Saint Majan. Deux moines avaient été dépêchés pour recueillir des reliques de ce saint et les ramener à Villemagne. En conséquence, l'abbatiale de Villemagne a été dédiée à Saint Majan. De même, certains textes nous apprennent que Charlemagne aurait fait repeupler le Bas-Languedoc par des chrétiens chassés d'Espagne par les Arabes. Cela expliquerait les diverses dédicaces à Saint Félix de Gérone, Saint Vincent de Saragosse ou Saint Fructueux de Braga. Une église a pu aussi changer de nom grâce à un transfert de reliques. Quoiqu'il en soit, il semblerait que la dédicace d'une église à un saint dépendrait de conditions locales. Mais même s'il nous est difficile d'expliquer ou de justifier ces dédicaces, nous pensons qu'elles s’inscrivent dans une certaine normalité.



Le caractère « anormal » des dédicaces à Notre-Dame de l'Assomption

Nous pensons qu'il y a quelque chose d'anormal dans le fait de dédicacer une église à Notre-Dame de l'Assomption.

La dévotion à Notre-Dame de l'Assomption ne s'inscrit pas dans un dogme.
Ce dogme nous le découvrons au travers du « Credo de Nycée : « Je crois en un seul Dieu, le Père tout puissant, créateur du ciel et de la terre, de l’univers visible et invisible. Je crois en un seul Seigneur, Jésus Christ, le Fils unique de Dieu, né du Père avant tous les siècles : Il est Dieu, né de Dieu, lumière, née de la lumière, vrai Dieu, né du vrai Dieu. Engendré non pas créé, consubstantiel au Père et par lui tout a été fait. Pour nous les hommes, et pour notre salut, il descendit du ciel. Par l’Esprit Saint, il a pris chair de la Vierge Marie, et s’est fait homme. Crucifié pour nous sous Ponce Pilate, Il souffrit sa passion et fut mis au tombeau. Il ressuscita le troisième jour, conformément aux Écritures, et il monta au ciel ; il est assis à la droite du Père. Il reviendra dans la gloire, pour juger les vivants et les morts et son règne n’aura pas de fin. Je crois en l'Esprit Saint, qui est Seigneur et qui donne la vie ; il procède du Père et du Fils. Avec le Père et le Fils, il reçoit même adoration, et même gloire. Il a parlé par les prophètes. Je crois en l’Église, une, sainte, catholique et apostolique. Je reconnais un seul baptême pour le pardon des péchés. J’attends la résurrection des morts, et la vie du monde à venir. Amen. »  La Nativité de Jésus, fils de Marie, son Ascension dans le Ciel sont inscrits dans le dogme de Nicée (325). Mais pas l'Ascension au Ciel de Marie. Par ailleurs, y a-t-il un dogme clairement établi de l'Assomption de Marie ? On parle « d'Assomption » sans utiliser le mot « Ascension » ou celui de « Dormition » qui est parfois utilisé et pourrait signifier autre chose que l'Ascension au Ciel.

L'Assomption ne constitue qu'un épisode de la Vie de la Vierge.
De nombreuses images de ce site Internet nous racontent la Vie de la Vierge Marie. Il y a d'abord celles relatives à la Naissance et l'Enfance de Jésus, en commençant par la Conception (Annonciation, Visitation), la Nativité (Nativité proprement dite, Adoration des bergers, Adoration des mages, Fuite en Égypte), l'Enfance de Jésus (Présentation au Temple, Éducation de Jésus). Puis celles de la Passion du Christ (Crucifixion). Et enfin, celles d'après Résurrection (Pentecôte et Assomption). Mais il peut y avoir d'autres images plus anecdotiques comme l'Éducation de Marie ou l'Allaitement de Jésus. Et enfin, il peut y avoir l'interprétation de Marie comme la Femme qui maîtrise la Bête de l'Apocalypse. Voilà donc beaucoup d'épisodes de la Vie de la Vierge. L'Assomption n'est que l'un d'entre eux. Et, sur l'iconographie des XIIe et XIIIe siècles, l'Assomption est beaucoup moins présente que l’Annonciation, la Nativité, l'Adoration des Mages ou la Crucifixion.

Il n'y a pas d'image antérieure à l'an mille représentant l'Assomption de Marie.
Notre idée est la suivante : selon nos recherches effectuées sur la Corse, le Piémont, les Pouilles, la Sardaigne, et, à présent l'Occitanie, il semblerait que la dédicace des églises à Notre-Dame de l'Assomption ait revêtu une importance considérable. De cette importance, l'iconographie devrait être le témoin. Or ce n'est pas, semble-t-il, le cas. Nous n'avons pas de représentation de la Vierge Marie montant au Ciel. En fait, nous en connaissons une : l’œuvre du Maître de Cabestany à Rieux-Minervois, dans l'Aude (image 1). Mais nous avons vu que cette sculpture était romane du XIe ou XIIe siècle. De plus, il est possible que cette sculpture ait été faite pour insister sur la dédicace de cette église de Rieux à Notre-Dame de l'Assomption.

La dédicace à Notre-Dame de l'Assomption ne correspond pas à une dévotion.
C'est la conclusion que nous voudrions donner à cette série de réflexions. Le caractère « normal » de la dédicace à des saints correspondrait à un culte ou une dévotion plus particulière à ces saints (existence de reliques, culte d'un saint local, attachement à un paradis perdu,...). Le caractère « anormal » de la dédicace à Notre-Dame de l'Assomption proviendrait d'une absence de dévotion. Nous voudrions effectuer une comparaison avec nos villages actuels. Lorsque nous parcourons ces villages, nous y voyons des noms de rues. Certains peuvent être des noms de fleurs (rue des roses, des œillets, ..), d'arbres, de cépages, de vignobles, d'animaux, etc. D'autres des noms de personnages célèbres (rue Charles de Gaulle) ou dont la célébrité n'est que locale (impasse du Père Coreau). D'autres enfin font référence à des monuments emblématiques de la cité (rue de la mairie, rue de l'école, rue de l'église). Pour les premiers, l'attribution d'un nom peut n'être que provisoire en attendant de s'entendre sur l'affectation à un personnage célèbre. Nous pensons que l'attribution des noms de deuxième catégorie correspond à une sorte de dévotion : on veut montrer l'attachement que l'on éprouve à l'action d'un individu (de Gaulle, le Père Coreau,...) ou à une idée (la République, l'Europe,...). Pour la dernière attribution, il n'y a pas de dévotion. Elle est là pour indiquer que l'on se trouve près d'un lieu administratif : la mairie, l'école, l'église. Selon nous, l'appellation à Notre-Dame de l'Assomption serait donc à inscrire dans ce dernier cas, une façon de dire aux habitants : « Le centre administratif de votre région est l'église Notre-Dame de l'Assomption. ». Cette hypothèse permettrait d'expliquer deux constatations que nous aurons l'occasion de reprendre dans la page suivante consacrée aux dédicaces sur l'ensemble de l'Occitanie. La première de ces constatations est que, pour chaque département, le nombre de dédicaces à Notre-Dame de l'Assomption est nettement moins important que le nombre total des dédicaces (tout comme, actuellement, dans un département, le nombre de mairies est bien moins important que le nombre total d'habitations) . L'autre constatation : la localisation des églises dédicacées à Notre-Dame de l'Assomption n'est pas homogène ; certaines régions sont plus densément occupées par ces églises que d'autres. Cette disparité peut s'expliquer par des différences de stratégies en matière d'organisation du territoire, différences de stratégies pouvant être elles-mêmes liées à des différences culturelles.

Il n'y a pas d'image antérieure à l'an mille représentant l'Assomption de Marie … sauf que ...
... sauf qu'il y a le mystère des Vierges romanes.
C'est l'image de ces Vierges romanes qui devrait apparaître comme mystérieuse : une femme assise sur un trône portant sur ses genoux un enfant. Le port de couronnes de l'un et l'autre des deux personnages est fréquent mais pas automatique. Il en est de même pour les signes de sainteté comme les auréoles. Pareillement à ce que nous avons vu auparavant en ce qui concerne l'Assomption de la Vierge, cette image n'est pas conforme au dogme du Credo de Nicée qui nous apprend que Jésus est né de la Vierge Marie : l'image n'est pas celle d'une naissance (encore que, dans la tradition romaine, le nourrisson n'était, semble-t-il, pas considéré comme un être vivant). Cette image n'est pas non plus symbolique d'une maternité. Ce n'est que plus tard, à partir du XIIIe ou du XIVe siècle, que l'on verra des représentations de Vierges témoignant de gestes d'affection vis à vis de l'Enfant, l'allaitant ou le portant dans les bras (image 6).

Le titre donné de « Vierges romanes » nous semble aussi important. Bien que, très certainement, il y a eu des « Vierges préromanes », c'est-à-dire des modèles antérieurs à l'an mille (et peut être y en a-t-il parmi celles qui subsistent encore), nous ne connaissons pas de « Vierge romaine ».

Nous sommes persuadés que nous ignorons encore beaucoup de choses sur l'iconographie haut-médiévale. En particulier sur les fresques qui devaient autrefois couvrir de grandes surfaces des murs et qui ont probablement presque toutes disparu. Cependant il subsiste encore des mosaïques à Ravenne ou à Rome. Il y a aussi les sarcophages sculptés d'Arles. Et sans doute beaucoup d'autres témoignages de scènes historiées chrétiennes antiques. Jusqu'à présent, nous n'avons pas vu de représentations de Vierge à l'Enfant. Il existe certes une telle représentation à Saint-Apollinaire-le-Neuf à Ravenne mais elle est relativement récente, ayant remplacé une mosaïque plus ancienne. Il en serait de même pour une mosaïque de Sainte Praxède à Rome. La seule scène en mosaïque qui nous semble préromane (mais probablement restaurée au XVIe siècle) est celle de Sainte-Marie-Trastévère à Rome. La Vierge nous y apparaît couronnée, assise sur un trône à côté du Christ. Mais rien d'autre, à notre connaissance.

En résumé, ces représentations de Vierges assises sur un trône portant l'Enfant Jésus n'ont aucun rapport avec le dogme chrétien, aucun rapport avec les symboles liés à la maternité (don de vie, allaitement, affection), et pas d'antériorité. Mais alors d'où proviennent ces images ?

Et si ces « Vierges romanes » n'étaient autres que des « Vierges de l'Assomption » ?
La question apparaît dépourvue de sens. Il n'y a rien dans ces représentations de Vierges romanes qui s'apparente à une Ascension dans le Ciel comme celle que l'on voit à Rieux-Minervois (image 1).

Mais revenons à l'analyse que nous avions faite dans la page « Conclusions à l'étude des monuments des Pouilles ». Nous avons alors émis l'idée que la dédicace à Notre-Dame de l'Assomption pouvait être en relation avec l'extension progressive des territoires épiscopaux. Nous estimions que les diocèses primitifs étaient de taille restreinte et pouvaient être réservés à des peuples particuliers (romains, gaulois, goths, etc.). Au cours du temps, ces petits diocèses auraient été intégrés dans (ou associés à) des diocèses plus importants. Plus tard encore, ces grands diocèses auraient été affiliés au diocèse de Rome. Cette affiliation au diocèse de Rome ne se serait pas faite sans mal, puisqu 'elle aurait en partie provoqué le Grand Schisme de 1054. L'argument évoqué de la mainmise du pape était qu'il était successeur de Pierre, fondateur de l'Église de Rome. L'argument évoqué par les partisans d'une autonomie avec Rome était qu'ils étaient successeurs des apôtres envoyés évangéliser le monde au moment de l'Assomption de Marie. Notre idée était donc que la paroisse d'une église dédicacée à Notre-Dame de l'Assomption manifestait son indépendance vis-à-vis du grand diocèse voisin ou du diocèse de Rome.

Essayons à présent de traduire cette idée par une image symbolique en élaborant une sorte de « jeu de rôle » : « Je suis l'évêque d'un tout petit diocèse. L'évêque d'un grand diocèse voisin conteste ma nomination. Or, moi, je ne suis pas d'accord ! Je suis successeur des apôtres, lesquels sont devenus successeurs de Marie au moment de sa Glorieuse Assomption. En conséquence, je suis successeur de la Vierge Marie de l'Assomption. C'est Elle qui assure la réalité de cette succession. Elle se présente assise sur son trône céleste. Et elle me présente, face à vous, moi, tout petit par rapport à elle et devant elle. Elle m'intronise devant vous. »

Voilà donc une description très proche de celle des Vierges romanes. Une description qui a l'avantage de rectifier fortement ce que nous avions écrit auparavant. Nous avions en effet dit qu'il n'y avait que peu d'images de la Vierge de l'Assomption. Mais ceci n'est vrai que si on ne considère que celles montrant la Vierge dans son Ascension vers le Ciel. Si, par contre, on s'efforce de chercher des images de la Vierge intronisant les apôtres, puis les évêques comme ses successeurs sur la terre, on ne peut que retrouver les Vierges romanes à partir de cette description.

Un problème cependant. Nous avons écrit ci-dessus que la Vierge Marie mettait en avant un évêque (donc un adulte) comme son successeur. Or ce n'est pas un évêque qui est présenté mais un enfant. Et qui plus est, dans de nombreux cas, l'Enfant Jésus. Ce problème n'en est peut-être pas un, car il a pu y avoir une évolution des représentations : tout d'abord la Vierge assise portant un individu adulte nettement plus petit qu'elle, puis la Vierge portant un enfant, puis la Vierge assise portant l'Enfant Jésus. Et enfin la Vierge gothique, debout, portant l'Enfant Jésus (image 6).

Les images 2, 3, 4 et 5 reflètent bien ces ambiguïtés. Si le petit personnage de l'image 2 a les traits poupins d'un enfant de 5 ans, celui de l'image 3 semble plus âgé. Il est revêtu d'une robe de prêtre. Les traits de celui de l'image 5 sont ceux d'un adolescent. Et, pour l'image 6, on est en présence d'un adulte d'une trentaine d'années, portant une robe de prêtre et faisant le signe caractéristique que nous avons appelé « la Main de Dieu ».


La répartition des églises de l'Hérault consacrées à Notre-Dame de l'Assomption

Cette répartition territoriale est visible sur la carte interactive ci-dessous. Rappelons que ces églises ne sont pas forcément très anciennes (certaines peuvent dater du XIX1 siècle), mais que selon toute probabilité, elles sont sur l'emplacement ou dans le proche voisinage d'une église plus ancienne consacrée à Notre-Dame de l’Assomption.

Avant de construire cette carte, nous avions envisagé l'hypothèse suivante :

Mais d'abord parlons du territoire : Le territoire de l'Hérault peut être divisé en trois parties : la plaine, les avants-monts (altitude moyenne 400 mètres), les monts (Montagne Noire, Espinouse, Larzac :  altitude moyenne 800 mètres). Ce territoire faisait autrefois partie de la Narbonnaise Première (villes principales : Toulouse, Carcassonne, Narbonne, Béziers, Lodève, Montpellier (pas encore), Nîmes, Uzès.

Voilà donc l'hypothèse que nous avions envisagée : les riches plaines ont été exploitées en premier et très probablement ces terres devaient appartenir à des habitants des villes sièges d'importants évêchés. Les montagnes, zones frontalières avec d'autres peuples, devaient être occupées par de petites communautés formant autant de paroisses. Et donc la répartition nous semblait simple. Une absence quasi générale d'églises consacrées à Notre-Dame de l'Assomption en zone de plaine, les seuls édifices restant dans ces zones étant les cathédrales, une répartition moyenne dans les avants_monts, une répartition un peu plus forte dans les monts.

Le résultat ne correspond pas tout à fait à ce que nous avions envisagé. Certes, la répartition est un peu moins forte autour de Béziers, Agde, Lodève et même Saint-Pons. Mais on trouve en plaine beaucoup d 'églises consacrées à Notre-Dame de l'Assomption et bien peu dans les zones montagneuses.

Nous espérons que les futures analyses que nous ferons sur l'ensemble de la région Occitanie permettront d'y voir plus clair.


Carte interactive des cathédrales et églises de l'Assomption de l'Hérault :


Cathédrale     Église de l’Assomption