L'église Saint-Pierre de Saramon  

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Sur l'histoire de Saramon, voici ce que nous apprend l'abbé Jean Cabanot, auteur du livre Gascogne Romane de la collection Zodiaque : « Au début du IXe siècle, il existait déjà un monastère à Saramon. Il fut donné en 817 par Louis le Pieux à l'abbaye de Sorrèze, qui le céda en 904 à Garcia Sanche le Courbé, comte de Gascogne, et n'en retrouva la possession qu'en 981. C'est sans doute bien plus tard au cours du siècle suivant que fut édifiée l'église dont subsistent encore des éléments assez significatifs. »

Commentaires sur cette première partie. La deuxième phrase, « Il fut donné en 817 ... et n'en retrouva la possession qu'en 981. », est très brève. On la lit en quelques secondes. Et on n’a pas en général conscience que les événements cités se sont déroulés en 164 ans. Soit, si on accepte l'idée d'un renouvellement de génération tous les 25 ans, durant plus de six générations successives. Imaginez que l'un de vos amis vous raconte une histoire en terminant par « Cette histoire, c'est mon grand-père qui me l'a racontée. Il la tenait de son grand-père qui la tenait de son propre grand-père lequel la tenait de son père qui était présent au moment des faits. ». Vous trouveriez cela un peu gros ! Il en est de même pour celle-ci. Car il s'agit bien d'une seule histoire qui se serait déroulée en (au moins) 164 ans, l'histoire de la possession du prieuré de Saramon.

L'abbé Jean Cabanot ne le dit pas mais, très probablement, les dates de 817, 904 et 981 sont issues de la lecture de chartes correctement datées. Il est possible que ces chartes correctement lues et traduites aient disparu des archives.

D'une façon générale, nous sommes très partagés vis-à-vis des chartes. D'une part, la plupart d'entre elles n'ont été consultées qu'en vue de dater un monument. Et dans la plupart des cas, cette recherche ne mène à rien (c'est le cas ici : « C'est sans doute bien plus tard au cours du siècle suivant que fut édifiée l'église. »). Mais inversement, nous pensons qu'une charte, correctement étudiée, peut devenir un document historique important. En fait, cette importance devrait se déduire de l'existence même de cette charte. Chacun d'entre nous conserve, parfois à à vie, des documents « qui peuvent servir », documents que nos héritiers s'empresseront de faire disparaître, sauf si ..., sauf si ce document peut se révéler important en prévision d'un litige.

Dans le cas de Saramon, les chartes conduisent à montrer qu'il y a eu un important litige concernant la possession du prieuré. Très probablement, ce prieuré était revendiqué par deux abbayes, dont celle de Sorrèze (on ne connaît pas le nom de l'autre). Le litige a-t-il duré 164 ans ? Probablement beaucoup moins. Il a dû y avoir, peu avant l'an mille, de part et d'autre, une recherche en légitimité en affirmant, pour les uns, que le prieuré leur a été donné par le comte de Gascogne en 904 et pour les autres, que ce don a été effectué par le roi en 817. Nous ignorons si nous avons bien interprété la situation. Cela ne doit pas nous empêcher de pousser un peu plus loin la logique. Les termes de « donner » ou de « céder » ne doivent pas nous induire en erreur. On ne donne que ce qui vous appartient. Et nous ne pensons pas qu'à un moment donné, le prieuré de Saramon ait appartenu au roi de France ou au comte de Gascogne ou même à l'abbaye de Sorrèze ou sa concurrente. Il semblerait bien en effet que ni le roi ni le comte n'aient été propriétaires du prieuré de Saramon. Ils auraient plutôt été selon nous attributaires de ce bien pour le compte de « l'état
français ». Une telle pratique n'est pas du tout inenvisageable. Elle existe de nos jours : on appelle cela la subvention aux associations. En poussant la réflexion encore un peu plus loin, on constate que cette attribution concerne un prieuré apparemment « barbare ». Lorsque les Francs ont entrepris de conquérir l'Aquitaine à la fin du VIe siècle, ils ont très probablement rencontré des peuples de cultures et de religions différentes de la leur. Ils ont essayé d'éradiquer ces pratiques. Les anciennes églises qui étaient gérées par des populations locales auraient été confiées, non aux évêques eux aussi locaux, mais à des abbayes chapeautées par des Francs. Ce que nous écrivons là ne sont que de simples conjectures émises à cette occasion. Mais nous devons les garder en mémoire et, si on les retrouve pour d'autres monuments, par accumulation des faits, la conjecture deviendra une certitude.

Et justement, en parlant de conjecture, nous en avions faite une il y a quelques temps. Nous avions conjecturé que, à chaque fois qu'un édifice était cité antérieurement à l'an mille, l'historien de l'art qui l'étudiait affirmait sans justification précise qu'il était postérieur à l'an mille. C'est le cas ici. Notre conjecture frôle à présent la certitude.


Poursuivons la lecture du texte de l'abbé Cabanot : « Construite en petits moellons avec arases de brique et angles de moyen appareil, cette bâtisse comportait une nef unique de près de 10 mètres de largeur prolongée au-delà d'un transept très débordant par une abside polygonale de mêmes proportions, puis par une pièce rectangulaire dont la fonction n'apparaît pas nettement (plan de l'image 3). Au Nord de l'abside, deux absidioles semi-circulaires sensiblement égales étaient prises dans un massif rectangulaire. Au Sud, on n'en voyait qu'une au XIX e siècle et il n'en ait jamais existé une seconde. La majeure partie de l'édifice était charpentée, seules les absidioles qui étaient aussi étroites que celles de Saint-Mont ou de Larreule étaient voûtées. Leur arc d'entrée retombait sur des impostes simplement ornées de palmettes et de pommes de pin qui ont été conservées du côté Nord  (images 8 et 9). Comme l'ensemble de l'édifice ne devait comporter d'autre décor, il offrait sans doute un aspect fort sévère qu'aucun embellissement ne vint atténuer par la suite. En effet, jusqu'au milieu du siècle dernier (il s'agit du XIXe siècle), il ne subit que de rares modifications, telles que l'ouverture d'une porte d'accès au niveau de la première absidiole septentrionale et la surélévation des murs de brique de la salle rectangulaire du chevet, préalablement renforcée par des contreforts d'angle. La tour ainsi édifiée à l'extrémité orientale portait le vocable de Saint Victor, emprunté peut-être à la pièce qui en constituait la base alors que l'église elle-même était dédiée à Saint Pierre. Les travaux effectués au siècle dernier ont changé beaucoup plus profondément le caractère de l'édifice : l'absidiole méridionale a été alors remplacée par une sacristie, le chœur surélevé et la nef flanquée sur toute sa longueur par des chapelles qui ont presque doublé sa surface. »

Commentaire sur cette deuxième partie du texte. Très certainement, l'abbé Jean Cabanot, au moment de la rédaction de son texte, n'avait pas connaissance de l'existence des colonnes et des chapiteaux de l'arc triomphal, éléments qui constituent l'intérêt principal de cette église (images 5, 6, 7, 10, 11, 12, 13, 14, 15). Il est possible qu'il se trompe lorsqu'il écrit : « Comme l'ensemble de l'édifice ne devait comporter d'autre décor, il offrait sans doute un aspect fort sévère ». Nous pensons en effet que beaucoup d'églises préromanes - ce qui pourrait être le cas de celle-ci - étaient très décorées. Cependant, il ne s'agissait pas d'un décor sculpté mais peint (ou de mosaïques). Et pour l'immense majorité des édifices, ce décor, trop fragile, a disparu.

La dernière remarque que nous pouvons faire sur ce texte est un aveu, un aveu d'incompréhension ; un aveu, qui, nous le reconnaissons, est un peu perfide. Qu'est donc ce que nous ne comprenons pas ? Résumons ce qui est écrit. L'auteur nous dit qu'initialement, la nef était unique (ce qui signifie qu'il n'y avait pas de bas-côté) et les vaisseaux charpentés. Il nous dit aussi que « jusqu'au milieu du XIX e siècle, l'édifice cité ne subit que de rares modifications », nommément citées. Puis, « les travaux effectués au XIX e siècle ont changé beaucoup plus profondément le caractère de l'édifice : ... la nef flanquée sur toute sa longueur par des chapelles qui ont presque doublé sa surface. ».

Mettons-nous à la place de l'architecte du XIXe siècle. Il se trouve en présence d'une église à nef unique et on lui demande de faire des chapelles. Une nef unique, cela signifie qu'il y a deux murs parallèles au Nord et au Sud. Que fait l'architecte ? Il réalise une percée de 4 grandes ouvertures dans ce mur, les couronne d'arcs en plein cintre. Il construit deux autres murs au Nord et au Sud et finalise les chapelles latérales. Nous trouvons que cet architecte est complètement stupide : il pouvait fabriquer ses chapelles en faisant des ouvertures de communication beaucoup moins grandes. Et différenciées (certaines plus grandes que d'autres) alors qu'elles sont toutes semblables.

À moins que... à moins que ces grandes arcades aient existé auparavant et que l'architecte les ait utilisées. Oui mais dans ce cas, ce sont les paroissiens qui ont été stupides, parce qu'ils ont vécu pendant plus de 500 ans dans une nef unique ouverte à tous les vents.

Il y a d'autres choses que nous ne comprenons pas : comment se fait-il, qu'en plein XIXe siècle, l'architecte ait construit des voûtes en croisées d'ogives du XVIe siècle.

Et puis il y a ces fautes de goût, ce mélange des genres : des arcs en plein cintre typiquement romans (nous dirions plutôt préromans) et des voûtes gothiques.

On le devine ! L'incompréhension que nous manifestons n'est qu'apparente. En fait, c'est un appel à une réflexion nouvelle. Nous devons envisager que cette nef était à l'origine, non pas unique, mais triple. Et que les piliers rectangulaires massifs de cette nef étaient ceux qui portaient le vaisseau principal. En ce qui concerne les murs extérieurs Nord et Sud qui bordaient les collatéraux, nous sommes moins certains. Ces murs devaient être alignés avec ceux des absidioles. Cependant, cet alignement n'est pas toujours réalisé. En particulier lorsqu'un transept est construit à l'intérieur d'une nef préexistante, les absidioles subissent elles aussi des transformations.


Les impostes de l'arc d'entrée d'une absidiole Nord sont représentées sur les images 8 et 9. Elles ont un aspect archaïque. Sur la première, des masques jaillissent d'un décor de billettes. Sur la seconde, une pomme de pin et une grappe de raisin sont posées sur un décor d'entrelacs. Nous pensons que ce décor est datable des environs de l'an mille, peut-être antérieur.

L'image 4 est celle du fond d'abside, avec au devant, un très beau retable du XVIIIe siècle en bois doré. On remarque à l'extrême-droite, au niveau du 2e étage du retable, une sorte de vitrine. Et juste au-dessus de cette vitrine, une fissure, arrondie en forme d'arc en direction du tableau. Et on voit la même fissure, symétriquement, de l'autre côté du tableau.

La vitrine que l'on distinguait à peine sur l'image précédente devient plus claire sur l'image 5. Elle contient un chapiteau représenté sur l'image 6. Une autre vitrine disposée symétriquement contient le chapiteau de l'image 7. Ces deux chapiteaux sont décorés de palmettes à larges feuilles entrelacées.

Mais ce n'est pas tout ! Lorsqu'on pénètre dans la tour Saint Vincent, on découvre l'autre côté du fond d'abside que l'on vient de voir (image 10). En fait, ce ne sont pas deux chapiteaux qu'il y a là mais quatre (images 12 et 14). Les deux autres chapiteaux sont eux aussi décorés de palmettes et d'entrelacs. Les chapiteaux sont tous différents. Les tailloirs sont eux aussi décorés mais, paradoxalement, seulement du côté intrados de l'arc. Nous ne sommes pas certains que celui-ci soit d'origine. On est surpris par les colonnes, leur finesse, le motif de cannelures horizontales, les traces de peinture. En ce qui concerne ces colonnes, tout est nouveau pour nous (images 11 et 13). On remarque enfin que les deux colonnes sont posées sur des bahuts parallélépipédiques (image 15).

Arrêtons-nous un moment sur ces images. La tour Saint-Vincent qui constituait une énigme pour Jean Cabanot n'a plus de mystère. Sa partie inférieure arrivant au moins au niveau du sommet de l'arc était le chœur carré d'un édifice de grande ampleur. Les 4 piliers et les 4 chapiteaux portaient l'arc d'entrée de ce chœur.

Nous avons dit que ces colonnes exceptionnelles étaient pour nous une découverte. Mais en fait, tout n'est pas nouveau pour nous. Il en est ainsi des colonnes cylindriques détachées du mur posées sur un bahut parallélépipédique. On en trouve à Nant, Saint-Jacques de Béziers, San Pere de Rodes (Catalogne), Saint-Félix de Bayssan (Béziers). Dans certains cas, les colonnes et chapiteaux sont, comme ici, géminés (Nant, San Pere). On trouve aussi des arcs triomphaux portés par des colonnes détachées des murs (San Pedro de Balemao/Portugal), San Pedro de la Nave/Castille et Leon, Saint Martin-des-Puits (Aude). Nous n'avons pas encore opéré une synthèse sur les édifices présentant ces éléments caractéristiques, mais d'ores et déjà, nous les relions aux wisigoths ou à des populations ayant adhéré à l'hérésie arienne (ou à une survivance de celle-ci à travers des rites proches du christianisme officiel).

Dernière remarque concernant la datation de ces sculptures. On n'a pas de chance avec ces chapiteaux. S'ils étaient exposés dans un musée, objets de l'admiration des visiteurs, ils seraient étiquetés comme étant du VIIe siècle. Mais là, ils sont bien en place dans un monument qui manifestement, n'a pas été détruit par les invasions barbares et qui, en conséquence, est postérieur à l'an mille. Ils sont donc du XIe siècle !


Nous terminons notre visite de cette église par l'examen de quelques détails intéressants.

Il y a d'abord une sculpture représentant une église à plan en croix (image 16). Cette sculpture présentée verticalement aurait été utilisée comme bénitier. Nous pensons qu' à l'origine, ce devait être un reliquaire.

Le côté Est de la tour Saint-Vincent mérite aussi notre attention (image 17). On remarque les diverses traces de surélévation. On remarque la présence d'une porte surmontée d'un arc en plein cintre (image 18). Cela signifie que, très probablement, cette tour devait être partagée en deux. Il devait y avoir un logis à étage, l'étage supérieur étant éclairé par la fenêtre.

Cette fenêtre est représentée intérieurement sur l'image 19, extérieurement sur l'image 23. On remarque immédiatement la claustra qui obture cette fenêtre.

Toujours sur l'image 19, on relève la différence des appareils de pierre, d'abord à partir du bas de la fenêtre, puis au départ de l'arc portant le cul-de-four de cette fenêtre. On en relève aussi sur l'image 22 de la façade Est de la tour Saint-Victor.

On remarque sur l'image 23 que la claustra s'encastre presque parfaitement dans l'encadrement de la fenêtre. Sauf qu'elle est nettement moins haute que celle_ci et il reste un espace libre de forme rectangulaire qui a été comblé par un assemblages assez informe de matériaux. On retrouve cela côté intérieur (images 19 et 21).

Notons enfin que la voûte en cul-de-four surmontant la fenêtre était ornée d'une belle fresque probablement romane aujourd'hui très dégradée. Quel est le personnage ? Un saint ? Il n'y a pas d'auréole. Cependant il est inscrit dans une sorte de mandorle.


Les traces d'archaïsme repérables à l'intérieur de la tour Saint-Vincent nous font envisager une datation relativement haute.

Datation envisagée pour la tour Saint-Vincent, ancien chœur de l'église Saint-Pierre de Saramon : an 800 avec un écart de 150 ans.

Nous estimons cependant que le recollement de cet ancien chœur avec le chœur actuel est maladroit, ce qui fait envisager que le chœur actuel est postérieur à l'ancien.

Par contre, les piliers quadrangulaires de la nef pourraient correspondre au chœur primitif.

Nous envisageons donc la situation suivante : aux alentours de l'année 800, une église à nef triple est construite. Il en reste le rez-de-chaussée de la tour Saint-Vincent et les piliers quadrangulaires de la nef. Puis, en l'an 950 avec un écart de 150 ans, on décide de construire un transept en lieu et place d'une travée de nef. Cette transformation entraîne la construction de nouvelles absides et un recollement maladroit avec l'ancienne nef. Mais il ne s'agit là que d'une simple proposition qui doit être soumise à une étude bien plus rigoureuse du bâti.



Ajout : L'article de Christophe Balagna sur l'église Saint-Pierre de Saramon

Nous venions juste de terminer la rédaction de cette page et allions la mettre en ligne quand nous avons pris connaissance d'une analyse de la même église effectuée récemment. Nous avons donc repoussé la parution de notre page en attendant d'avoir au préalable consulté ce document susceptible de remettre en question une partie de notre propre analyse. L'article écrit par Christophe Balagna est paru dans les Actes de la quatrième journée de l'Archéologie et de l'Histoire de l'Art de Simorre (2015), édité par la Société Archéologique, Historique, Littéraire et Scientifique du Gers où il constitue l'essentiel de la parution.

Nous y avons découvert :

Un texte très intéressant. Avec tout d'abord un enthousiasme communicatif. C'est là un aspect que nous n'arrivons pas à transmettre dans nos comptes-rendus. À trop vouloir faire de notre site un ouvrage rigoriste, nous négligeons le caractère émotionnel que nous avons eu en découvrant pour la première fois des vestiges anciens comme l'arc triomphal de l'église de Saramon. Le titre qu'il donne à son texte est évocateur : Un monument majeur de la seconde moitié du XI e siècle : L'église de Saramon (Gers). Il témoigne de cet enthousiasme dans la description qu'il fait de la découverte de cet arc triomphal. Une découverte à laquelle il a grandement contribué et qui s'est faite progressivement, étape par étape, avec à chaque fois la sensation de l'extraordinaire.

De nouveaux renseignements concernant les restaurations du XIXe siècle. Lisons cette partie du texte : « L'ancienne église abbatiale, aujourd'hui paroissiale, présente désormais un visage qui est le fruit des restaurations du XIXe siècle. Ces dernières consistent principalement en l'ajout d'un clocher-porche occidental et de chapelles latérales construites au Nord et au Sud de la nef primitive. En effet, jusqu'au milieu du XIXe siècle environ, l'église de Saramon se composait d'une nef à vaisseau unique, sans doute charpentée, d'un transept saillant aux bras charpentés, peut-être inégaux dès l'origine - celui du Nord donnant sur deux absidioles orientées, celui du Sud, d'une seule chapelle - et d'une large et profonde abside polygonale, également charpentée, terminée par une construction rectangulaire appelée “tour Saint-Victor”. Au cours des époques médiévales et modernes, l'église a fait l'objet de quelques transformations : à la fin du XV esiècle, l'absidiole intérieure Nord a vu son mur oriental disparaître au profit d'un beau portail du style gothique final; plus tard, la façade occidentale de l'église est précédée d'une construction vaguement carrée disposée côté Sud. C'est ainsi que l'entrée principale à l'église se trouve déplacée au Sud et protégée par un porche. Tous ces éléments apparaissent sur un plan de 1847 qui donne l'état ancien de l'église avant transformation *(plan de l'image 24). [...]  ** Dès l'année 1854, on lance toute une série de travaux de restauration et d'agrandissement : construction de quatre chapelles latérales, réfection de lambris formant voûtes, construction d'une façade néoromane, restauration de l'ancienne tour située au chevet de l'église, reconstruction de la sacristie ***. [...] D'autres travaux ont lieu dans les années 1875-1878. [...] »
Ces observations sont accompagnées des notes suivantes : «
* Archives Départementales du Gers, Série O, commune de Saramon. Au moment de cette étude je n'ai pu consulter ce dossier, en cours de classement. Le plan de 1847 est à droite sur la planche (image 24).
**A.D.G., série V 361. En 1847, l'architecte diocésain réalise un devis dans lequel il présente un édifice « en délabrement complet, sans aucun élément valable ».
*** Idem, le procès-verbal de réception des travaux est signé en 1858. Signalons que la sacristie bénéficia d'aménagements en 1888. »

Des observations que nous avions ratées lors de notre visite. Il faut comprendre que notre visite a duré moins d'une heure, alors que M. Balagna a eu, durant la découverte de l'arc triomphal, tout le temps nécessaire pour analyser cet édifice de fond en comble. Avec des détails parfois difficiles à découvrir. Ainsi, les impostes et l'arc triomphal de l'absidiole Sud sont cachés derrière une porte de placard. Quant aux chapiteaux et à l'arc triomphal de l'absidiole externe Nord, pour les découvrir, il faut pénétrer dans cette absidiole et se retourner.

Un texte très intéressant… Mais...
Mais dont l'auteur n'a pas vu l'absurdité de la situation
qu'il décrit, à savoir : avant le milieu du XIXe siècle, une nef à vaisseau unique puis construction de chapelles latérales. Absurdité, que nous exposons dans les paragraphes ci-dessus commençant par « Mettons-nous à la place d'un architecte du XIXe siècle... » et finissant par « dans ce cas, ce sont les paroissiens qui ont été stupides, parce qu'ils ont vécu pendant plus de 500 ans dans une nef unique ouverte à tous les vents. ». Si on suit l'idée des différents auteurs qui ont étudié cette église, l'abbé Cabanot et Christophe Balagna, les architectes du XIXe siècle auraient percé de grandes arcades dans un mur plein du XIe siècle afin de faire communiquer la nef unique avec les chapelles latérales. Qui plus est, Christophe Balagna nous apprend que la partie supérieure de ces murs du XIe siècle a été refaite. C'est complètement absurde ! Tout maître d’œuvre un tant soit peu expérimenté vous apprendra que dans un tel cas, il est beaucoup moins coûteux et l'ouvrage obtenu est plus résistant, si on commence par détruire les murs du XIe siècle, puis on refait des fondations pour asseoir les piliers et on monte sur ces fondations plus solides piliers et arcades. Nous avions d'ailleurs envisagé cette hypothèse (destruction totale des murs latéraux de la nef unique et reconstruction de murs portés par des piliers et des arcs) mais nous l'avons rejetée assez vite pour des questions de cohérence de styles. Selon nous, la seule possibilité est l'existence d'une nef triple avant 1847. Mais alors ? Comment se fait-il qu'apparemment, les documents semblent accréditer l'idée d'une nef unique ? Nous pensons qu'il faudrait relire ces documents et étudier de plus près les devis. Il est possible en effet qu'il y ait eu sur-interprétation des renseignements. Que la « construction de quatre chapelles latérales » soit en fait l'aménagement de quatre chapelles latérales à l'intérieur de collatéraux plus anciens.

Mais une datation soumise à l'épreuve du doute. Nous aurons l'occasion de reprendre cette question de datation d'une façon plus générale dans la page « Conclusions provisoires sur les monuments du Gers ». Pour le moment, étudions le cas particulier de Saramon. Voici quelques phrases extraites du document de M. Balagna, « Un monument majeur de la seconde moitié du XI e siècle : l'église de Saramon » : « Il faut, à mon avis, privilégier l'appartenance au XI e siècle », « Au plan architectural, il semble bien que la reconstruction de l'abbatiale dans la deuxième moitié du XI esiècle... »., « C'est bien difficile à dire, sachant qu'il semble bien délicat de remonter avant le milieu du XI e siècle ». Ce n' est là qu'une partie des phrases parlant d'une datation de la seconde moitié du XIe siècle.

Résumons cela : 
Les piliers de la nef (images 1 et 2) : seconde moitié du XIe siècle.
Les chapiteaux et colonnes de l'arc triomphal de l'abside principale (images 4, 6, 7 et de 10 à 15) : seconde moitié du XIe siècle.
Les impostes de l'arc triomphal de l'absidiole interne Nord (images 8 et 9) : seconde moitié du XIe siècle.
Les chapiteaux de l'arc triomphal de l'absidiole externe Nord (non représentés ici) : seconde moitié du XIe siècle.
Les impostes de l'arc triomphal de l'absidiole Sud (non représentés ici) : seconde moitié du XIe siècle.
Une fenêtre décorée d'une fresque romane (images 19 et 20) : seconde moitié du XIe siècle.

Nous constatons que :
Les piliers de la nef sont dépourvus d'impostes soutenant les arcs.
Les chapiteaux de l'arc triomphal de l'abside principale sont de forme trapézoïdale, portés par des colonnes et à décor « barbare ».
Les impostes de l'arc triomphal de l'absidiole interne Nord sont de forme et d'épaisseur comparable à des tailloirs.
Les chapiteaux de l'arc triomphal de l'absidiole externe Nord sont de forme trapézoïdale, non pourvus de tailloirs, non portés par des colonnes, à décor classique a priori non « barbare » (fruits et motifs floraux).
Les impostes de l'arc triomphal de l'absidiole Sud : assez mutilées, elle s'apparentent à celles de l'absidiole symétrique. Le décor de l'une (une baguette torsadée sur des rangées de billettes) fait penser à celui de l'image 8. Elle semble cependant d'épaisseur moindre.

Voilà donc 5 formes de chapiteaux dont 4 au moins de styles nettement différents. C'est un peu comme si, sur la façade d'une maison, il y avait une fenêtre à baies en plein cintre géminées, une autre surmontée d'arcs brisés lancéolés, une autre à meneaux, une dernière large et rectangulaire. En présence d'une telle maison, on se dit
qu'elle n'a pas été construite en 50 ans. Selon nous, il en est de même pour cette église : la nef, les absidioles Sud et interne Nord, l'absidiole externe Nord et l'arc triomphal de l'abside principale, n'ont pu être construits dans un intervalle de 50 ans.

En résumé, ce texte de M. Balagna ne change en rien nos conclusions en matière de datation.