Les monuments romains d’Autun 

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Les remparts romains (images 1 à 3)

Voici le texte d’un panonceau décrivant ces remparts :

« L’enceinte antique d’Autun, l’une des mieux conservées et l’une des plus longues de l’Occident romain, mesurait plus de 6km et délimitait une superficie d’environ 200 hectares. Édifiée à partir de la fin du I er siècle avant Jésus-Christ, elle présentait le tracé d‘un losange irrégulier.

On y distinguait quatre fronts percés chacun d’une porte monumentale. Trois d’entre elles sont aujourd’hui partiellement conservées : la porte d’Arroux, la porte Saint-André , la porte Saint-Andoche. Les murs étaient flanqués d’une cinquantaine de tours circulaires.

Ce rempart représentait un privilège impérial (toutes les villes n’étaient pas pourvues d’enceintes). Implanté à mi-pente de la colline servant d’assise à la ville, il assurait le rôle de mur de soutènement et retenait une partie des terres aménagées en terrasses.

On évalue sa hauteur primitive à 13 mètres sur une épaisseur constante de 2,5 mètres. Sa maçonnerie était constituée d’assises régulières de blocs de granite reliés au mortier, recouvertes d’un parement de petits moellons de grès (construction dite en « petit appareil »), dont ne subsistent aujourd’hui que quelques lambeaux.. La muraille en effet a été constamment remaniée au Moyen-Âge, puis abaissée aux Temps Modernes.
»

Sur les images 1 et 2, on distingue sous la rangée de blocs massifs, la construction en petit appareil.

Le linteau de porte de l'image 3 a une fonction similaire à un linteau en bâtière (présumé antérieur à l’an 1000) mais sa forme, rencontrée ici pour la première fois, est différente de celle du linteau en bâtière.


Le « temple de Janus »  (images 4 à 9)

Nous reviendrons un peu plus loin sur le texte précédent. Pour le moment, arrêtons-nous sur cet édifice isolé dans la campagne, mais à proximité immédiate de la ville d’Autun. Il s’agit là d’une construction énigmatique. Le plan d’origine devait être celui d’un quadrilatère. Il ne reste que deux faces au lieu des quatre primitives et des trois visibles encore au XIXesiècle (image 9). Il devait y avoir deux étages.

Était-ce une sorte de temple ? La présence de niches, probablement destinées à abriter des statues (images 5 et 6), permet de l’imaginer. Un temple dédié à Janus ? L’histoire ne nous dit pas l’origine de cette attribution.

Toujours est-il que ce temple ne ressemble à aucun des temples romains que nous connaissons.

Mais ce qui nous semble le plus intéressant à savoir, c’est que ce temple, apparemment isolé, ne l’était pas durant la période antique. Des photographies aériennes ont révélé un théâtre de grandes dimensions ainsi que des traces d’une muraille fortifiée.

Nous émettons les hypothèses suivantes :

D’une part, la phrase vue précédemment concernant l’enceinte romaine, « édifiée à partir de la fin du I er siècle avant Jésus-Christ », invite à penser que la fondation d’Autun comme ville romaine s’est faite rapidement après la Guerre des Gaules par Jules César. Et que, à la fin du premier siècle de notre ère, tout devait être bouclé. Cette idée d’une colonisation rapide par les romains et d’une décolonisation tout aussi rapide, n’est d’ailleurs pas spécifique à Autun. Les autres villes anciennement romaines de France sont aussi concernées par cette contraction du temps. Nous pensons que pendant une longue durée, il a dû y avoir coexistence entre des populations autochtones, des populations romaines ou romanisées, et des populations immigrées (les barbares).

On constate de plus en plus que les villes romaines n’étaient pas homogènes mais partagées en divers quartiers (de véritables villes dans la ville) certainement occupés par des ethnies différente. On le sait pour Toulouse qui, d’après Ausone, avait réussi l’exploit de rassembler 5 villes en une seule. Mais aussi Périgueux (2 villes). Et très probablement aussi d’autres villes comme Poitiers, Béziers ou Narbonne.

Nous pensons donc qu’il devait y avoir autour de ce «Temple de janus » une ville occupée par une population non romaine : des Éduens ? des Burgondes ? Peut-être les deux, les seconds ayant succédé aux premiers ?


Les deux portes : la porte d’Arroux (images 10 à 13) et la porte Saint-André (images 14 à 18)

Nous avons eu l’occasion d’écrire une page consacrée aux portiques et aux portes urbaines. Nous vous conseillons de la consulter : Datation/Les évolutions dans l’architecture des monuments du Premier Millénaire/C : Autres édifices/6 : Le portique.

Dans cette page, nous avons constaté que les portes antiques de Trèves et d’Autun n’étaient pas fortifiées. D’où l’idée qu’elles avaient une signification symbolique. Un peu comme les portes de Brandebourg à Berlin, durant la Guerre Froide. Elles devaient délimiter une frontière. Une frontière infranchissable pour les armées et garantie par des accords.

On aimerait en savoir davantage sur les sources ayant inspiré la phrase citée au-dessus : « Ce rempart représentait un privilège impérial (toutes les villes n’étaient pas pourvues d’enceintes) ». On aimerait aussi comprendre comment des portes non fortifiées pouvaient être associées à ce rempart puissamment fortifié.


Nous avons là trois types de monuments romains : un temple, des remparts, et des portes. Si on applique à ces monuments le discours des historiens maintes fois répété, qui revient comme un leitmotiv, le temple date du premier siècle, les fortifications (murs et portes) datent du IVesiècle. Nous ne sommes pas en mesure d’effectuer une évaluation correcte, mais nous contestons le caractère systématique de cette estimation. Tout ce que nous pouvons affirmer, c’est que les trois types de constructions sont différentes et que un ou plusieurs siècles doivent séparer deux quelconques d’entre elles.

Existe-t-il une méthode permettant de dater les mortiers ? Cela nous serait utile.


Datation

Dans l’immédiat, nous proposons : pour le temple de Janus, l’an 50 avec un écart de 150 ans, pour les remparts, l’an 300 avec un écart de 100 ans, pour les portes, l’an 500 avec un écart de 100 ans.