La cathédrale Saint-Lazare d’Autun 

• France    • Bourgogne - Franche-Comté    • Article précédent    • Article suivant   


Un panneau situé devant la cathédrale nous apprend ceci : « Dès l’Antiquité, l’angle Sud-Ouest de l’enceinte gallo-romaine paraît isolé du reste de la ville par un dispositif de terrasse sur lequel s’appuiera au Moyen-Âge un rempart plusieurs fois reconstruit. Ainsi se trouve délimité un espace urbain communément appelé « ville haute » ou « castrum » et « château » dans les textes médiévaux.

C’est là que se fixe, à la fin du Vesiècle, la résidence de l’évêque. Il y édifie la cathédrale Saint Nazaire (1), le baptistère (2) et la maison de l’Église (3). À cet ensemble s’ajoutent, au milieu du IXesiècle, les bâtiments (4) affectés au chanoines du chapitre ... tandis que la maison de l’Église est réservée à l’évêque.

Parallèlement à la construction de la cathédrale, peut-être à l’emplacement d’une ancienne basilique, on implante, probablement au Xesiècle, l’église paroissiale Notre-Dame (5). À une date voisine, est également construite l’église Saint-Quentin.

Le I er septembre 972, l’évêque Gérard installe dans la cathédrale les reliques présumées de saint Lazare, le « Ressuscité », ramenées de Marseille. C’est pour elles que son successeur, Étienne de Bagé, entreprend en 1120 la construction d’une église de pèlerinage, actuelle cathédrale Saint-Lazare (7), achevée en 1146, date de leur transfert dans ce nouvel édifice.
»


Le texte du panonceau continue ainsi :

« Les modifications de la cathédrale Saint Lazare :

1120 : début des travaux.

1130 : consécration de l‘église de pèlerinage.

1146 : transfert des reliques.

1178 : construction du porche.

1195 : érection en cathédrale
... »

Les nombres entre parenthèses du texte ci-dessus indiquent les positions des bâtiments sur le plan de l'image 7.

Ce texte est malheureusement très imprécis. On aimerait savoir sur quelles sources s’appuie son auteur pour affirmer : « C’est là que se fixe, à la fin du Vesiècle, la résidence de l’évêque. », puis, « Il y édifie la cathédrale Saint Nazaire (1), le baptistère (2) et la maison de l’Église (3). », laissant ainsi entendre que ces trois bâtiments ont été construits par un seul évêque, à la fin du Vesiècle. Cela étant, c’est possible que de telles sources existent, ainsi Grégoire de Tours a décrit les actions de ses prédécesseurs à l’évêché de Tours.


On aimerait surtout connaître la source permettant d’affirmer que la construction de la cathédrale a débuté en 1120.

Cette date est pour nous très importante. En effet, il existe en histoire de l’art des idées simplificatrices : il y a l’art roman et l’art gothique. L’art roman précède l’art gothique. L’art roman daterait des onzième et douzième siècles, l’art gothique, à partir du XIIIesiècle. L’art roman est caractérisé par des arcs en plein cintre. L’art gothique, par des arcs brisés.

En conséquence, l’idée simplificatrice amène la conclusion suivante : la construction en arcs brisés à commencé à partir de l’an 1200. Or les images 12 et 13 montrent la présence d’arcs brisés reliant les piliers de la nef.

La position de ces arcs dans la partie inférieure de la nef, le fait que l’on ne voit aucune trace de modifications sur cette partie, nous amène à penser que ces arcs font partie du plan primitif. En conséquence, et si l’information est bonne, l’invention de l’arc brisé daterait de l’an 1120. Et même bien avant cette date. En effet, il faut tenir compte du fait que ces arcs sont installés dans un bâtiment imposant. Qui plus est, ils soutiennent des murs élevés, donc exerçant une forte poussée. Vu l’importance de l’infrastructure, on est obligé d’envisager qu’il y a eu antérieurement des constructions plus modestes utilisant l’arc brisé.

En conséquence, on peut placer l’invention de l’arc brisé aux alentours de l’an 1100. Peut-être même avant, mais pour des constructions d’importance encore moindre. Nous pensons aussi que la Bourgogne a pu être un lieu d’éclosion de cet arc brisé.


Le magnifique tympan du porche Ouest a fait l’objet d’un grand nombre d’études. Il est décrit par le menu dans les pages Internet. Il est donc inutile de s’appesantir là-dessus (images 10 et 11). D’autant que, avec ce tympan, nous sortons carrément du cadre que nous nous sommes fixés : le premier millénaire. La datation fixée en 1178 peut surprendre. Comment se fait-il que les arcs de ce portail soit en plein cintre alors que l’arc brisé était connu plus de 50 ans auparavant ? En fait, ce qui nous surprend davantage, c’est que l’arc brisé ait été utilisé plus tard, pour les portails des églises gothiques. Car l’arc en plein cintre a une fonction symbolique : il est l’image du ciel qui, à l’époque, est censé être « rond », sous la forme d’un demi-cercle non brisé. L’arc brisé a été utilisé pour les constructions architecturales à cause de ses propriétés architectoniques. Par contre, lorsqu’il fallait représenter le ciel, on utilisait l’arc en plein cintre. En conséquence, la datation de 1178 ne nous paraît pas du tout arbitraire. D’autant que le thème évoqué du Jugement Dernier est plus caractéristique du gothique que du roman.

De même, les thèmes des chapiteaux des images 19, 20 et 21, à thèmes bibliques, sont plus proches de chapiteaux gothiques que de chapiteaux romans. Pourtant, ils dateraient des alentours de 1130. Cela implique que la frontière entre art roman et art gothique doit se situer aux alentours de l’an 1150.


Revenons au plan de l'image 7. Les parties en rose concernent des églises disparues. On constate que la cathédrale est placée transversalement par rapport aux deux autres églises. Ces deux églises ont une orientation plus proche de Est-Ouest que de Nord-Sud. C’est l’inverse pour la cathédrale (ce qui fait que, lorsque ci-dessus on a évoqué le porche de la façade Ouest, ou encore le portail Ouest, on aurait dû plutôt parler de façade Nord ou de portail Nord).

L’orientation normale est l’orientation Est-Ouest, c’est-à-dire celle des églises disparues.

Il devait y avoir une église à l’emplacement de Saint-Lazare (peut-être à l’emplacement de son transept) et elle devait être dans la même direction que les précédentes. Lorsque l’évêque Étienne de Bagé a décidé de construire une nouvelle église plus grande que l’ancienne, il ne devait pas disposer du terrain susceptible de la placer dans la direction Est-Ouest.

Les trois églises parallèles ménagées dans ce secteur font envisager qu’on est en présence d’un groupe cathédral analogue à ceux rencontrés à Oviedo, Terrassa, Béziers, etc. Ces groupes d'églises situées dans un enclos cathédral ont disparu avant l’an mille au profit d’une seule grande cathédrale.


Datation envisagée
pour la cathédrale Saint-Lazare d’Autun : an 1120 avec un écart de 20 ans.