Diverses églises de Haute-Savoie susceptibles de dater du premier millénaire
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Le département de Haute-Savoie semble encore plus dépourvu
d’églises antérieures à l’an 1200 que celui de Savoie étudié
précédemment.
Nous avons cependant pu sélectionner les quatre églises
suivantes, toutes décrites dans cette page : l’église
Saint-Laurent d’Annecy-le-Vieux, l’église
Saint-Jean-Baptiste de Viuz à Faverges-Seythenex, l’église de la
Visitation de Quintal, les
fouilles archéologiques de Seyssel-Albigny.
Nous n’avons pas visité ces églises. Les images sont issues
d’Internet. Elles ne peuvent remplacer une visite in situ.
L’église
Saint-Laurent d’Annecy-le-Vieux
Les images 1 et 2 signalent
la présence de deux édifices séparés. Ainsi, en avant-plan
de l'image 2, on
peut voir une tour-clocher romane aux baies géminées,
attribuable aux XIeou XIIesiècles.
L’église Saint-Laurent est située en arrière-plan. Sa façade
(image 1) est
baroque. L’intérieur de l’église (image
3) est lui-même décoré dans le style baroque. Il
arrive souvent que des églises très anciennes aient été
décorées à l’époque classique ou baroque. Les opérations de
rénovation consistant à en enlever les enduits intérieurs
qui ont eu lieu après le Concile Vatican II ont été parfois
désastreuses pour les fresques anciennes. Mais ces
restaurations ont aussi fait apparaitre l’ancienneté de ces
édifices. Est-ce le cas ici ? La vue de l’intérieur de
l’édifice (image 3)
ne permet pas de répondre à la question.
La page du site Internet Wikipedia consacrée à
Annecy-le-Vieux et à cette église nous apprend ceci : « Il semble que le cœur de la
paroisse d'Annecy-le-Vieux ait possédé deux églises :
l'une ancienne, datant du XIIe siècle (mais
peut être antérieure), dédiée à Notre-Dame, dont il
resterait le clocher roman et la seconde qui porte le nom
du saint patron originel de la paroisse, Saint Laurent.
Les deux édifices auraient partagé le même clocher.
L'église (Saint-Laurent) est reconstruite vers 1840 dans
un style néoclassique, dit « sarde » selon les plans de
l’architecte Ignace Monnet ».
Ces dernières informations semblent remettre en question nos
premières remarques exposées ci-dessus. Selon ces
informations, un bâtiment de style néo-classique construit
en 1840 aurait remplacé un bâtiment plus ancien. Nous
pensons qu’il faudrait étudier de plus près la question en
essayant de chercher à connaître le plan et la forme de
l’église ayant précédé Saint-Laurent et de le comparer au
plan actuel de l’édifice. Sans être foncièrement attaché à
notre idée de restauration moderne d’un bâtiment ancien -
nous connaissons en effet des exemples de remplacement
intégral d’un édifice par un autre plus moderne - nous
pensons que l’hypothèse d’une restauration est envisageable,
au moins pour certaines parties du bâtiment ancien estimées
dignes d’intérêt. Il est aussi possible que le bâtiment
jouxtant le clocher ait conservé certaines parties de
l’église Notre-Dame.
La datation que
nous proposons ne se base que sur les parties visibles, à
savoir le clocher : an 1100 avec un écart de 100 ans. Une
réévaluation de la datation de ces bâtiments nécessite un
examen beaucoup plus poussé.
L’église
Saint-Jean-Baptiste de Viuz à Faverges-Seythenex
Les images de 4 à 7
que nous avons de cette église sont fort peu évocatrices,
hormis une abside romane. Le clocher, quant à lui, n’est pas
roman.
Le site Internet qui lui est consacré nous apprend qu’elle a
fait l’objet de fouilles archéologiques : « Des
fouilles archéologiques ont permis de découvrir une église
dédiée à Saint Jean Baptiste et une basilique funéraire,
datant du VIesiècle. Dans cette ancienne
nécropole, ont été trouvés trente-huit corps, auxquels on
peut ajouter une cinquantaine de corps également enterrés
à proximité. Le bâtiment est modifié vers la fin du IXesiècle.
L'église primitive semble donc remonter à cette période du
VIesiècle. L'édifice est installé sur un
ancien bâtiment romain.
L'église primitive semble avoir été entièrement
reconstruite au VIIIeou début IXesiècle,
en maintenant le même plan et quasiment le même
emplacement ...
Le chœur date du XIIe siècle avec chapiteaux
en molasse verte. »
Nous n’avons pas eu d’information sur les pièces
d’orfèvrerie des images 8
et 9. Elles proviennent très certainement des
fouilles de la nécropole et doivent dater de la même
période, le VIesiècle, selon les fouilleurs.
La page du site Internet Wikipedia donne la référence de
plusieurs ouvrages concernant les fouilles de cette église,
ouvrages principalement écrits par Renée Collardèle. Il
serait sans doute très intéressant de les consulter et de
comparer ces fouilles à celles effectuées à Seyssel-Albigny
(voir ci-dessous) ou beaucoup plus loin, en Ariège, où nous
avons pu voir des plaques-boucles de ceinturons analogues à
celle de l'image 9.
En nous fiant à la datation
avancée par le site Internet, nous proposons l’an 550 avec
un écart de 150 ans pour l’église primitive. En ce qui
concerne l’église actuelle, ne nous pouvons proposer de
datation.
L’église
de la Visitation de Quintal
Nous n’avons que peu d’informations sur cette église. Voici
ce qu’en dit le site Internet qui lui est consacré : «
L'église est située dans
le département français de la Haute-Savoie, sur la commune
de Quintal. Elle est considérée à ce jour comme le plus
vieil édifice du département ... La présence sur l'abside
extérieure d'une empreinte lombarde permettrait de
supposer une datation de la fin du Xesiècle
ou du début du XIesiècle .... Elle et
composée d'un clocher-porche carré, d'une nef, d'un
transept à croisillon, d'une abside semi-circulaire avec
deux absidioles. »
Effectivement, la présence de bandes lombardes sur le chevet
est visible sur les images
10 et 11. Ce qui est pour nous plus caractéristique
d’une ancienneté est la présence des deux absidioles. Et ce
qui est encore plus caractéristique d’une ancienneté est la
remarque qui nous est faite : « d’un
transept à croisillon ». Car, si on regarde les
vues extérieures (images
10 et 11), on ne voit pas de « transept
à croisillon » mais une nef couverte d’un seul
toit. Ce transept à croisillon existe cependant ... mais à
l’intérieur de l’église. On peut le deviner en examinant la
vue intérieure (image 12). On y voit, au-devant de chaque abside, le départ
de voûtes. Ces voûtes sont posées sur des arcs placés dans
le sens de la nef (Ouest-Est). On ne voit pas la retombée de
ces arcs côté observateur, mais on devine que cette retombée
doit se faire sur les piliers situés derrière l’appareil de
prise de vue. Cela suppose que la travée du transept (en
fait un faux transept) est tripartite. Mais, comme les murs
extérieur, de la nef et du faux transept sont dans le même
prolongement, on peut envisager que la nef est, elle aussi,
tripatite (nef à trois vaisseaux). Nous n’avons
malheureusement pas de vue de cette nef. Et nous ne sommes
pas en mesure d’estimer sa
datation. Une
datation qui serait plus ancienne que la datation pour le
chevet à arcatures lombardes : an 950 avec un écart
d’environ 100 ans.
Les
fouilles archéologiques de Seyssel-Albigny
La revue « Archéologie
du Midi Médiéval » a publié un excellent article
sur « Un édifice funéraire du Haut
Moyen-Âge » par Bruno Bizot et Joël Seralongue. Cet
article est consultable sur Internet et nous y renvoyons le
lecteur pour plus ample consultation. Cet article est un
rapport très détaillé des fouilles qui ont eu lieu sur cet
édifice funéraire et sur son environnement (nécropole).
Le plan de l'image 13 permet
de le localiser (au centre de l’image, l’édifice est en
partie hachuré) en bordure du Rhône. On voit au Sud-Ouest
d’autres traces de murs ayant aussi fait l’objet de fouilles
archéologiques.
Le plan de l'image 14 permet
de visualiser l’emplacement des tombes. Presque toutes les
tombes sont orientées Ouest-Est. Et celles qui ne sont pas
orientées Est-Ouest sont installées le long des murs. Sans
doute pour des raisons de commodité de circulation.
Le plan de l'image 15 est
une reconstitution de l‘édifice primitif. Ce plan pose
question. On connaît des nécropoles du Haut Moyen-Âge.
Parfois des chapelles sont situées sur ces nécropoles. Mais
ces chapelles sont de « vraies » chapelles. C’est-à dire
qu’elles ont toutes les caractéristiques d’une église, avec
une nef rectangulaire prolongée d’un chœur parfois
rectangulaire, parfois semi-circulaire. Avec une entrée sur
la nef côté Ouest et pas d ‘entrée côté Est.
En examinant le plan de l'image
15, on a
de quoi être surpris : où est la nef ? où est le chœur ? où
est l’entrée ? Cet édifice est-il un mausolée ? Mais dans ce
cas, où est le tombeau du prince à qui il était destiné ?
Nous n’avons pas de réponse à ces questions. Peut être
d’autres découvertes permettront un jour d’éclairer la
situation.
Les fouilleurs ont évalué la datation
des sépultures à la première moitié du VIIesiècle.
C‘est cette datation que nous proposons pour l’ensemble du
site : an 750 avec un écart de plus de 150 ans.