Conclusions sur les édifices de la région Auvergne-Rhône-Alpes
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L’étude que nous venons de faire sur les monuments de la
région Auvergne Rhône Alpes a concerné 179 monuments. La
plupart de ces monuments sont des églises. Nous en avons
visité plus du tiers.
Nous n’avons certainement pas étudié tous les édifices
supposés antérieurs à l’an 1200, dont certains sont
susceptibles d’être antérieurs à l’an 1000. Il en reste au
moins autant que les 179 déjà étudiés. Pour donner un
exemple : lorsque nous avons étudié le département du Rhône,
nous avons présélectionné 31 églises parmi 41 considérées
comme romanes et nous n’en avons gardé que 8.
Nous comptons exploiter dans un avenir prochain les données
statistiques obtenues à partir de nos observations.
Cependant, il faut qu'auparavant nous ayons accumulé plus de
renseignements, et envisagé des corrélations possibles.
En attendant de réaliser cette analyse plus fine, nous
pouvons faire quelques remarques.
La première d’entre elles concerne les différences pouvant
exister entre les régions à l’intérieur de la grande région
Auvergne-Rhône-Alpes. Nous ne sommes pas partisans de créer
une différenciation régionale. Du moins pas comme celle qui
a été définie antérieurement lorsqu’on parlait « d’art roman
auvergnat » ou « d’art roman bourguignon ». Nous pensons que
la différenciation s’effectue d’abord en fonction du temps.
Une église du Vesiècle est différente d’une
église du VIIesiècle. Laquelle est différente
d’une église du IXesiècle. Laquelle encore est
différente d’une église du XIesiècle. Lorsque
les spécialistes ont voulu désigner les formes d’art dit
« roman », ils ont rangé dans la catégorie « art roman
auvergnat » toutes les églises antérieures à l’an 1200
situées en Auvergne. Or, parmi ces églises, il y avait des
églises du Vesiècle, d’autres du VIIesiècle,
et ainsi de suite. C’est à dire des églises différentes
n’ayant qu’un seul point en commun : être situées dans la
même région.
Notons que rien n’empêche de ranger des œuvres par région.
On peut parler par exemple de la « peinture italienne ».
Mais d’une part, cette classification est en général
ancienne et issue de conditions touristiques (on visite un
pays et non, comme nous le faisons pour notre site, une
période temporelle). Et d’autre part, dans cette
classification, il est tenu compte de la datation des
œuvres. Ainsi, pour la « peinture italienne », on parle
d’œuvres ou d’artistes, du « trecento », du « quattrocento
».
En ce qui concerne » l’art roman auvergnat », les historiens
de l’art ne se sont pas posés de telles questions : pour
eux, toutes les églises sont du XIIesiècle.
Cette remise en question d’une régionalisation de l’art
roman ne doit pas effacer totalement la possibilité
d’influences régionales. À titre de comparaison, considérons
l’art baroque. Les œuvres d’art baroque sont toutes
parfaitement reconnaissables et identifiées dans le temps :
XVIIe- XVIIIesiècles. Mais il
existe un baroque italien, un baroque autrichien, un baroque
sud-américain.
Il faut signaler de plus que la
régionalisation de l’architecture est aussi un fait. À
l’heure actuelle, on construit des bâtiments d’une
architecture exceptionnelle dans une des régions les plus
hostiles du monde, le Golfe Persique. On connaît l’élément
moteur de cette opération : le pétrole. Il est possible que
dans cinquante ans, le pétrole soit détrôné par une autre
source d’énergie. Dans ce cas, la soif de constructions sera
déplacée ailleurs. Il est possible que dans mille ans, on
ait oublié les richesses apportées par l’or noir. On se
demandera alors quelle idée nos contemporains ont eue
d’aller construire des gratte-ciels dans cet endroit pourri
qu’est Dubaï.
Quels sont les éléments architecturaux caractéristiques
dominants de la région Auvergne ? Quels sont les éléments
architecturaux caractéristiques dominants de la région Rhône
? Quels sont les éléments architecturaux caractéristiques
dominants de la région Alpes ?
Commençons par identifier ces régions. La région Auvergne
est constituée des départements de l’Allier, du Puy-de-Dôme,
du Cantal, de la Haute-Loire et des parties montagneuses de
l’Ardèche. Il faudrait normalement ajouter à ces
départements, pour tenir compte des montagnes du Massif
Central, l’Aveyron et la Lozère. Mais ceux-ci sont situés
dans une autre région, l’Occitanie.
La région Rhône est constituée des départements de la Loire,
de la Drôme, du Rhône, des plaines de l’Ain, de l’Ardèche,
et de l’Isère.
La région Alpes est constituée des départements de Savoie et
Haute-Savoie, ainsi que des montagnes de l’Ain et de
l’Isère.
Nous estimons que la région Auvergne
est la plus densément peuplée en églises antérieures à
l’an 1200. Sur les cartes fournies par le livre « Auvergne
Romane » de la collection Zodiaque,
nous avons dénombré près de 220 églises pour une région
restreinte aux départements du Cantal, du Puy-de-Dôme, de
l’Allier, et d’une partie de la Haute-Loire.
Sur ces 220 églises, celles dotées de nefs à trois
vaisseaux constituent une petite minorité (65). Malgré ce,
il semblerait que la densité de nefs à trois vaisseaux
soit plus forte dans cette région que dans les deux
autres. Nous pensons que cela est dû à une présence plus
importante des abbayes.
Les églises de la région Rhône (départements de l’Ain,
l’Ardèche, la Drôme, l’Isère, la Loire, le Rhône) seraient
donc moins nombreuses et plutôt à nef unique.
En fait, dans cette région Rhône, il faut faire la
distinction entre deux parties : la bordure du Rhône et le
reste. Le Rhône, prolongé par la Saône, a été une voix
navigable avant même l’époque romaine. Il y a donc eu le
long de ce fleuve toute une chaîne de villes romaines : en
remontant le Rhône à partir de la Méditerranée, Fos,
Arles, Avignon, Orange, Valence, Vienne, Lyon, et, un peu
à l’écart du Rhône, Cavaillon, Vaison-la-Romaine, Alba,
Romans, ou même Grenoble.. Il est donc normal que ces
villes romaines aient conservé des monuments remontant à
l’Antiquité ou à l’Antiquité Tardive. Les églises de cette
période, lorsqu’elles ont été conservées, s’apparentent à
celles d’autres villes anciennement romaines (Ex : les
églises de la Madeleine et Saint-Aphrodise de Béziers).
Par contre, nous n’avons pas vu ce type d’église en
Auvergne. En ce qui concerne le reste de la région Rhône,
c’est-à-dire les parties de cette région situées hors des
voies principales, navigables et terrestres, les édifices
semblent être à nef unique et de tailles modestes. Cela
étant, il nous faut avouer une méconnaissance de la
région.
Concernant la région Alpes (départements de l’Ain,
l’Isère, la Savoie, la Haute- Savoie), le nombre
d’édifices est encore plus réduit (une vingtaine sur les
179 décrits dans notre site). La plupart des églises de
cette région seraient à nef unique. Il existerait
toutefois quelques églises très anciennes remontant à
l’Antiquité Taardive (Saint- Laurent de Grenoble,
Saint-Martin d’Aime, Sain- Jean-Baptiste de Saint
Jean-de-Maurienne). L’explication est analogue à celle
développée pour la région du Rhône : ces églises sont
situées sur des voies alpines qui existaient dès l’époque
romaine (images 1,2, 3
).
Revenons à la région Auvergne.
Nous n’y avons pas vu de basilique à piliers de type R0000 à impostes à
chanfrein omnidirectionnel analogues à la Madeleine de
Béziers. Par contre, nous avons noté la présence de
basiliques à piliers de type R0000
à impostes à chanfrein orienté vers l’intrados.
Pour plusieurs raisons, ce type de basilique serait
postérieur au précédent. Les exemples de basiliques de ce
type ne manquent pas en Auvergne : dans l’Allier les
églises d’Escurolles, d’Ébreuil, de Toulon-sur-Allier, de
Châtel-de-Neuvre,
d'Yzeure; dans le Puy de Dôme, les églises
d'Artonne, de Beaumont, de Biollet, de Miremont, et de
Ris. Mais on en trouve aussi en Ardèche, à
Bourg-Saint-Andéol, Cruas, Ruoms et Sauveplantade, et dans
la Drôme, à la Garde-Adhémar, Sainte-Jalle et au prieuré
d’Alleyrac. Il est possible que la construction de
basiliques ayant ces caractéristiques corresponde à une
colonisation franque (images 4,5, 6).
Il y a sans doute eu une évolution dans la construction de
ce type de basilique. On constate en effet que, à Bagnols
sur Cèze (image 6),
les arcs reliant les piliers sont doubles..
Ces églises à piliers à impostes à chanfrein vers
l’intrados ne sont pas les seules concernées. En fait, la
plupart des basiliques à nefs triples ne sont pas dotées
d’impostes mais de chapiteaux. En général, ces églises ont
des piliers de type
R1111 (image
8). Mais l’église de Saint-Nectaire est dotée
de piliers cylindriques (image
7).
Nous pensons que les nefs à piliers cylindriques C0000
pourraient être antérieures aux nefs à piliers de type R11111. Une autre
forme de différenciation pourrait se faire parmi les nefs
à piliers de type R1111.
Cette différenciation serait issue des thèmes des
chapiteaux. Nous essayons d’identifier les thèmes des
chapiteaux. Pour certaines églises, les chapiteaux
constituent un simple élément de décor (feuillages, décor
géométrique). Pour d’autres, les thèmes sont bibliques.
Ils auraient été créés au cours d’une période tardive, le
XIIesiècle. Pour d’autres églises, les
thèmes sont symboliques. Il semblerait qu’on retrouve à
chaque fois le même ensemble de thèmes : le singe cordé,
les oiseaux au canthare, le péché originel, Daniel et les
lions. L'image 9 d’un
chapiteau de l’église de Biollet nous révèle un autre type
de thème que nous n’arrivons pas à identifier.