Divers édifices de l’Allier susceptibles de dater du Ier millénaire (page 3/3)
Les trois édifices étudiés dans cette page sont : l’église
Notre-Dame de Huriel, l’église
Sainte-Marthe de Toulon-sur-Allier, l’église
Sainte-Croix de Veauce.
L’église
Notre-Dame de Huriel
Nous n’avons pas eu l’occasion de visiter cette église que
nous ne connaissons que par ces quelques
images (1, 2 et 3)
extraites d’Internet. Les frontons des toits de
l’avant-chœur et des croisillons du transept sont nettement
plus élevés que les toits eux-mêmes. Ce qui laisse envisager
que ces toits, voire les voûtes situées sous les toits, ont
été refaits. La nef est entièrement charpentée (image
3). Au fond de la nef, on note la présence d’une
tribune qui pourrait être un ouvrage Ouest (nous sommes en
train de redéfinir la notion et de réfléchir aux fonctions
de « l’ouvrage Ouest »). Le mot « ouvrage Ouest »,
traduction de l’allemand « westwerk » regrouperait un
ensemble d’appellations telles que « atrium », « galilée »,
« narthex ». Selon nous, l’ouvrage Ouest serait un bâtiment
placé à l’Ouest de la nef et attenant à celle-ci mais qui
lui est différent. Une simple tribune construite à
l’intérieur de la nef pour, par exemple, supporter un buffet
d’orgues, ne serait pas considérée comme un « ouvrage Ouest
».
Dans le cas présent, on note la présence de deux escaliers
symétriques. Si l’accès à l’étage supérieur avait été créé
dans un seul but utilitaire (monter au buffet d’orgue ou
rejoindre le groupe de choristes), un seul escalier aurait
suffi. On songe à une autre fonction, plus cérémonielle,
plus ostentatoire.
Dans ce cas, on serait en présence d’un véritable ouvrage
Ouest qui pourrait dater du premier millénaire. Cependant,
en attendant d’en savoir plus, nous nous fions à l’examen du
chevet qui n’étant pas à déambulatoire serait antérieur à
l’an 1100.
Datation envisagée pour
l’église Sainte-Marie de Huriel : an 1075 avec un écart de
100 ans.
L’église
Sainte-Marthe de Toulon-sur-Allier
Lors de notre visite, en février 2015, l’église de
Toulon-sur-Allier était fermée et nous n ‘avons pu
l’analyser comme nous l’aurions souhaité.
La façade Ouest (image 7) n’est pas très significative. Le beau tympan en
marbre blanc est récent (fin XIXesiècle ou
début XXesiècle).
Les autres images 4, 5,
et 6 sont, aussi, peu significatives. Une remarque
toutefois : le décalage de deux toits côté Sud (image
5) laisse espérer qu’il existe (ou a existé) un
collatéral côté Sud. On ne retrouve pas le même décalage
côté Nord (image 4).
Nous avons trouvé sur Internet des images de l’intérieur de
la nef (images 8 et 9).
De grands piliers accolés à la paroi permettent de porter
des arcs en plein cintre qui à leur tour supportent la voûte
centrale en anse de panier (image
8). On remarque sur la même image que les arcs du
vaisseau central (arc triomphal, arc absidal,
cul-de-four de l’abside) sont aussi en anse de panier. Ces
formes d’arcs sont caractéristiques de restaurations au XVIIeou
XVIIIesiècle.
Les piliers, rectangulaires de type R0000,
sont surmontés d impostes. Deux possibilités s’offrent à
nous. Soit la nef primitive était à trois vaisseaux. Les
piliers que l’on voit actuellement étaient les piliers
porteurs du vaisseau central. Ultérieurement? cette nef
aurait été transformée en nef unique par suppression
(partielle) des collatéraux. Soit l’église primitive était à
nef unique. Les piliers auraient été installés là pour
permettre le voûtement du vaisseau central. Sauf que si le
vaisseau central avait été voûté au cours du Moyen-Âge, il
ne l’aurait sûrement pas été au XVIIesiècle.
Dans le premier cas, l’église daterait du premier
millénaire. Dans le second cas, du deuxième. Nous
choisissons la première option.
Datation envisagée
pour l’église Sainte-Marthe de Toulon-sur-Allier : an 750
avec un écart de 250 ans (écart important compte tenu du
flou dans lequel nous sommes confrontés)
L’église
Sainte-Croix de Veauce
Le plan de l’église Sainte-Croix de Veauce (images
12 et 15) fait apparaître un édifice presque
parfaitement symétrique par rapport à l’axe Est-Ouest
(adjonction d’une sacristie visible sur le plan de l'image
15). Il s’agit là d’une particularité assez rare
pour être soulignée; dans de nombreux autres cas, le plan
symétrique a été totalement bouleversé par l’adjonction de
chapelles. Par contre, certaines parties ont disparu. C’est
le cas d’une travée de la nef qui aurait été détruite vers
1779. Mais compte tenu des dimensions de l’église, il est
possible que d’autres travées aient été détruites
auparavant.
Sur la page de Wikipedia qui lui est consacrée sur Internet,
cet édifice est daté du XIIesiècle. Le plan de
l'image 12 donne
la date du XIesiècle pour l’ensemble du
bâtiment. Et celui de l'image
15 (écrit en allemand) fournit la date du XIesiècle
mais distingue deux étapes de travaux au cours de ce XIesiècle.
Selon ce dernier plan, le transept et le chevet
appartiendraient à une première période. Par contre, la
première partie de la nef, actuellement réduite à une
travée, aurait été construite lors d’une deuxième campagne
de travaux.
N’ayant pas visité cette église et ne disposant que d’une
seule image de l’intérieur de la nef (image
17), il nous est difficile d’émettre une opinion.
Cependant, nous estimons que les chevets à déambulatoire ont
été créés aux alentours de l’an 1100. Il y aurait plusieurs
types de chevets à déambulatoire. Ceux qui, comme dans le
cas présent (image 16),
sont dépourvus de chapelles rayonnantes seraient antérieurs
aux déambulatoires avec chapelles rayonnantes.
Nous avons, dans de nombreux cas, constaté que la
construction de la nef précédait (et non, suivait) la
construction d’un chevet à déambulatoire. Cette anomalie
viendrait du fait que le chevet à déambulatoire avait
remplacé un chevet plus ancien et moins performant. Bien que
nous n’en ayons pas la certitude, il est possible que ce
soit le cas ici.
Autre chose : l'image 11 nous
montre le croisillon Sud du transept et le chevet. Sur le
mur pignon du croisillon Sud, on distingue dans la partie
inférieure une arcature aveugle formée par deux arcs portés
par une colonne intermédiaire. Fait étonnant, on ne repère
pas le même type d’arcature à la base des murs.
Par contre, on retrouve le même type d’arcature sur les murs
de la nef (image 13).
Et aussi sur le mur Ouest du croisillon Sud du transept (image 14). On
constate sur la même image
14 que les deux arcatures se chevauchent. Notre
hypothèse : l’arcature du croisillon Sud du transept est
venue s’appuyer sur le mur Sud de la nef (alors dépourvu
d’arcature). Plus tard, on a décidé d’apposer une arcature
contre les murs de la nef. Sans doute afin de voûter la nef.
L’arc de la nef a été posé par-dessus celui du croisillon du
transept.
Le chapiteau de l'image 18
ne fournit pas de renseignement particulier. Sa
composition est en elle-même surprenante : très détaillée
dans la partie supérieure, elle est très stylisée dans la
partie inférieure. Il est possible que cette anomalie soit
le résultat d’une restauration du chapiteau.
Tous ces détails permettent d’imaginer que le nombre de
campagnes de travaux est supérieur à celui du plan de l'image 15. Ils ne nous
permettent cependant pas de reconstituer l’évolution des
travaux et d’effectuer une datation raisonnée. En fin de
compte, la seule datation à peu près correcte et
envisageable est celle du chevet que nous estimons à l’an
1100 avec un écart de plus de 50 ans. Mais bien sûr, cette
datation est susceptible d’être modifiée après un examen de
l’édifice beaucoup plus détaillé que celui-ci.