Divers édifices de l’Allier susceptibles de dater du Ier millénaire (page 1/3) 

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Certains des édifices étudiés dans cette page et les deux pages suivantes n’ont pas été visités. Leurs images, en général des copies d’écrans Internet, servent à expliquer et justifier les datations. Pour d’autres, la visite n’a été que partielle. Elle n’a concerné le plus souvent que l’extérieur. Pour d’autres enfin, la visite a été plus complète, mais l’édifice en question ne rentre pas tout à fait dans le cadre de notre étude qui concerne le seul premier millénaire. Bien que la plupart de ces derniers soient d’époque romane (XIeou XIIesiècle), ils ont été introduits dans notre site car des détails architecturaux, des scènes historiées, des objets sculptés peuvent être mis en relation avec le premier millénaire.

Les trois églises étudiées dans cette page sont : l’église Saint-Martin de Bellenaves, l’église Saint-Maurice de Buxières-les-Mines, l’église Sainte-Anne de Chappes.



L’église Saint-Martin de Bellenaves

Nous n’avons pas eu l’occasion de visiter cette église qui semble présenter des traces de nombreuses transformations (image 1). C’est vrai en particulier pour la façade Ouest qui devrait se présenter comme parfaitement symétrique avec des portes latérales identiques et un portail central moins élevé (image 2). Il semble que ce portail ait été surélevé grâce à l’introduction d’arcs brisés, et ce, pour accueillir un magnifique tympan (image 3) représentant le Christ assis sur un siège symbolisant la Jérusalem Céleste et emporté au Ciel par deux anges. Le linteau du dessous contient une image de la Sainte Cène avec la cérémonie du Lavement des Pieds. Nous sommes là en présence d’une œuvre gothique. Tout permet de l’envisager : les visages délicatement sculptés, les attitudes non rigides, les thèmes évoqués empruntés à la vie de Jésus Christ. Voire même l’absence du Tétramorphe qui, à l’inverse, est toujours présent dans les scènes de Christs en Gloire pour les siècles antérieurs au
XIIIesiècle.

Les images 4 et 5 font apparaître une nef à 3 vaisseaux installée sur des piliers de type R1111. Les arcs reliant ces piliers sont doubles et brisés. Il s’agit là d’éléments caractéristiques d’une période de peu postérieure à l’an mille. À remarquer sur l'image 5 l’absence des doubleaux qui auraient dû prolonger et surmonter les colonnes adossées au mur porteur du vaisseau central. Nous n’avons pas d’explication à cette anomalie.

Le chapiteau de l'image 6 reproduit le thème bien connu de « Daniel entre les lions ». Ici, les lions ont été remplacés par des êtres hybrides. Comme nous le disons ci-dessus, le thème du « Prophète Daniel entre les lions » est « bien connu ». Mais le mot « connu » ne signifie pas « compris ». Ce thème est associé à une symbolique que nous ne comprenons pas. Du moins pas autant que d’autres thèmes comme « Adam et Ève et le Péché Originel ». Vu la fréquence de représentation de cette scène, il doit sans doute exister des textes ou des sermons expliquant cette symbolique, mais jusqu’à présent nous n’en avons pas eu connaissance.

Datation estimée pour l’église Saint-Martin de Bellenaves : an 1050 avec un écart de 75 ans.




L’église Saint-Maurice de Buxières-les-Mines

La façade Ouest de l’église Saint-Maurice est romane (image 7). Le décalage des toits permettant d’envisager une nef à trois vaisseaux est à peine visible. Les fenêtres de petite taille et non décorées des façades Ouest et Sud (images 7 et 8) font envisager une datation ancienne. Mais cela peut venir d’un choix délibéré de l’architecte qui serait à la recherche d’une sobriété. La façade Sud est ornée d’un beau portail (image 9). À la place du tympan, on peut voir un massif linteau en bâtière. Nous pensons que ce type de linteau est antérieur à l’an mille. Cependant, il a pu être utilisé en réemploi. On retrouve le même type de linteau sur le portail de la façade Ouest (image 12) mais concernant ce linteau, l’aspect neuf fait envisager qu’il s’agit là d’une restauration.

Revenons au portail de la façade Sud. Les chapiteaux qui soutiennent les archivoltes de ce portail sont décorés de scènes originales mais malheureusement très dégradées.

Sur l'image 10, de gauche à droite : personnages nus se tenant la main, scène des « oiseaux au canthare » (?), orant et lion (le prophète Daniel ?).

Sur l'image 11, scènes plus difficilement identifiables avec, à gauche un serpent et une tête humaine (le Péché Originel ?) .


Les images 13, 14 et 15 de l’intérieur sont celles d’une nef à trois vaisseaux voûtée en berceau brisé sur doubleaux brisés. Les piliers sont de type R1111. Les arcs joignant ces piliers sont simples mais fortement brisés (image 14). Les chapiteaux à feuillages sont encore romans (image 16). Mais l’ensemble préfigure le gothique.

Des sculptures en bas-relief ont été déposées dans le transept de l’église. Il s’agit d’un autel ou d’une stèle que nous pensons d’origine gauloise : dans la religion gauloise, le Dieu Esus serait représenté tantôt par un loup, tantôt par un cerf (ici un cerf). Un autel roman a été placé au-dessus de cette stèle (image 17).

L'image 18 est celle d’une stèle funéraire antique. Nous ne connaissons pas le mythe ici représenté (femmes nues brandissant des cerceaux).

Datation estimée pour l’église Saint-Maurice de Buxières-les-Mines : an 1125 avec un écart de 50 ans.





L’église Sainte-Anne de Chappes

L’église Sainte-Anne était fermée au moment de notre visite. Nous avons pu néanmoins réaliser quelques photographies. Parfois à travers la grille d’entrée (images 26 et 28).

La communauté villageoise s’est investie pour la mise en valeur de cet édifice avec plusieurs panneaux explicatifs. On peut voir en particulier son plan (image 20). Ce plan permet de repérer divers stades dans la construction de cette église.

Nous remarquons tout d’abord que le chevet est formé des trois absides accolées placées dans le prolongement des collatéraux. Cette partie est datée du XIesiècle.

Nous estimons qu’elle est plus ancienne. Nous avons constaté en effet que les églises de plan analogue (à trois vaisseaux prolongés par trois absides situées dans l’alignement des vaisseaux) sont en général très anciennes, parfois de beaucoup antérieures à l’an 1000.

Il faut bien comprendre que ce type de plan est en lien avec un style, une mode. Et que, au XIesiècle, la mode avait changé, le style était différent. Tout comme dans la mode vestimentaire, la mode architecturale dépend de plusieurs facteurs. Et en particulier des mœurs ou des comportements humains. Avant la fin du premier millénaire, les premiers transepts sont apparus. Ce n’est sans doute pas un hasard si cette mode des transepts s’est répandue. Sans doute les officiants voulaient ils marquer leurs différences par rapport aux simples croyants en occupant un bâtiment transverse à la nef.

Il faut aussi comprendre qu'au XIesiècle, les églises nouvelles, si elles étaient suffisamment importantes, devaient comporter un transept. L’église Sainte-Anne est suffisamment importante pour avoir un transept. Or elle n’en possède pas. Il existe bien une tour placée sur le vaisseau central. Mais ce n’est pas une tour de croisée de transept.

Par ailleurs les fenêtres du chevet (image 25), à simple ressaut, sont caractéristiques d’une période ancienne.


Les images 21 et 23 montrent les portails Ouest et Sud. Les tympans de ces portails sont formés de linteaux en bâtière qui proviennent très probablement d’un édifice précédant antérieur à l’an mille.

La nef, quant à elle, est à trois vaisseaux (images 26, 27, 28). Les piliers sont de type R1111. Ce qui signifie que la nef était prévue pour être voûtée. Et elle l’est ! : en berceau plein cintre sur doubleaux plein cintre.

Les images 29 et 30 sont celles de chapiteaux d’aspect primitif dont on ne comprend pas la symbolique. Celui de l'image 30 représente un orant ou une orante aux bras levés. Il ou elle porte une sorte de grande jupe évasée. Nous datons ce chapiteau des alentours de l’an mille.


Datation


Nous pensons qu’il existait un premier édifice construit avant l’an mille dont il ne reste que les absides du chevet (2 sur les 3). La nef aurait été remplacée aux alentours de l’an 1000 par l’actuelle nef.

Datation estimée pour le chevet de l’église Sainte-Anne de Chappes : an 900 avec un écart de 200 ans.

Datation estimée pour la nouvelle nef : an 1050 avec un écart de 100 ans.