L'abbatiale Saint-Pierre de Vigeois
La page du site Internet Wikipédia
relative à l'abbaye de Vigeois nous apprend ceci (extraits
concernant la période antérieure à l'an 1200) :
«
Historique : Elle
existait dès le VIe siècle et aurait été
réédifiée par Arédius ou saint Yrieix, qui la cite dans
son testament en 572.
Comme beaucoup d'abbayes et d'églises, elle fut dévastée
au cours des incursions des Vikings au IXe
siècle puis relevée. [...] C'est
ensuite une abbaye bénédictine. Elle est soumise à
l'abbaye de Solignac au début du XIe siècle,
vers 1030, puis à Saint Martial de Limoges de 1082 à 1230.
[...]
L’abbaye
est détruite par un incendie vers 1070. [...]
L'église abbatiale :
L'église abbatiale fut construite aux XIe et
XIIe siècles. Le chœur avec chapelles
rayonnantes (image
3) et
le transept étaient terminés en 1124. La nef est moderne.
Les sculptures des chapiteaux et des modillons sont
remarquables. [...] L'accès
aux combles se fait par deux tourelles situées de part et
d'autre de l'abside qui contiennent les escaliers (image 3, voir aussi le
plan de l'image 6).
Le
clocher qui se situe au-dessus du bras nord du transept
est desservi par une porte d'entrée polylobée et ornée des
deux statues de saint Pierre et saint Paul (images
1 et 2). »
Commentaires
sur ce texte
L'existence d'une église au VIe siècle est
probable, une nécropole datant de cette période y a été
découverte (image 13).
À l'inverse, en ce qui concerne les incursions de vikings au
IXe siècle, nous sommes beaucoup moins enclins à
confirmer l'authenticité si on définit le viking comme étant
un homme issu de contrées au Nord de l'Europe, comme le
Danemark ou la Norvège. Le peuple viking est un peuple
navigateur. On voit mal comment une bande de pirates marins
seraient venus faire échouer leurs navires aux fins fonds de
la France à une altitude minimum de 227 mètres, sans
disposer (à notre connaissance) de base arrière entre
Vigeois et l'embouchure de la Dordogne. Par contre, si le
mot « vikings » permet de désigner des bandes
organisées de pillards sans distinction de nationalités,
comme l'ont été les « apaches » dans le Paris de 1900, les «
bougres » (mot dérivé de « bulgares ») ou les « vandales »
dans le langage courant, l'incursion d'une telle bande de
pillards est tout à fait plausible.
Le texte ne parle pas de la dédicace à Saint Pierre.
Celle-ci nous semble importante. Il faut tout d'abord savoir
que les églises pouvaient changer de dédicace. Cette
dédicace est souvent en lien avec l'autel principal de
l'église, lui-même consacré par des reliques. Si on fait
venir des reliques d'un autre saint, la dédicace peut être
changée. Mais une des dédicaces que l'on retrouve le plus
fréquemment est celle à Notre Dame de l'Assomption (ou à
l'Assomption de la Vierge Marie), qui elle, n'est pas
associée à des reliques, mais au statut de l'officiant,
l'évêque du lieu. Nous envisageons la situation suivante :
les premières paroisses étaient présidées par des évêques
qui se déclaraient investis de leur mission à la suite de
l'Assomption de la Vierge Marie. Petit à petit, les évêques
des grandes communautés ont pris le dessus sur les autres,
souvent en les intégrant dans des groupes épiscopaux. Cette
concentration des pouvoirs s'est poursuivie avec l'évêque de
Rome qui, par l'intermédiaire de communautés monastiques
comme celle de Cluny, est intervenu localement tant sur le
plan religieux que civil. Cet évêque devenu pape se
déclarait successeur de Saint Pierre, premier évêque de
Rome. L'hypothèse que nous avançons est la suivante :
primitivement, Vigeois devait être un petit évêché et
l'église-cathédrale de cet évêché, peut-être dédiée à
Notre-Dame de l'Assomption. En passant sous la dépendance
d'abbayes comme Solignac ou Saint Martial de Limoges, elle
devient inféodée à Rome et la dédicace passe à Saint Pierre.
La présence de cuves baptismales (images
14 et 15) confirme en partie cette idée, car
c'étaient les évêques qui procédaient à la cérémonie du
baptême. Il y a certes beaucoup d'incertitudes dans cette
hypothèse mais nous estimons que c'est par une cascade
d’hypothèses diverses interférant entre elles qu'on chemine
vers la vérité.
Sur l'image
3, on repère la tourelle d'escalier située entre
l'absidiole greffée sur le transept côté Nord et l'abside
principale. On retrouve sur le plan de l'image
6 les traits des deux escaliers, côtés Nord et
Sud. Ces deux tourelles d'escalier sont aussi présentes à
Beaulieu-sur-Dordogne. Dans ce dernier cas, les portes
d'entrée sont protégées par des linteaux en bâtière selon
nous préromans. On ne retrouve pas ces portes à Vigeois.
Elles ont été probablement occultées par un renforcement des
piliers de croisée du transept.
On constate que le plan de Vigeois est presque semblable à
celui de Beaulieu-sur-Dordogne. La grande différence tient
dans le fait qu'à Beau lieu-sur-Dordogne, l'abside
principale est à déambulatoire alors qu'à Vigeois, elle ne
l'est pas. L'abside de Vigeois est comparable à celle de
Solignac. Les dimensions du cul-de-four sont plus
importantes qu'à Beaulieu-sur-Dordogne.
Une étude plus fine permettrait sans doute de prouver que
les absides de Vigeois et de Solignac sont plus récentes que
celle de Beau lieu-sur-Dordogne.
Analysons à présent quelques chapiteaux :
Image 8. Chapiteau
du chevet : il s'agit probablement d'une représentation de
l'Annonciation avec, à droite, la Vierge, à gauche, l'ange
tenant un phylactère entourant une fleur de lys. On comprend
moins bien l'image d'un oiseau au-dessus de la fleur de lys
(la colombe du Saint Esprit ?) et le personnage couronné
(Dieu le Père ?).
Image 9.
Chapiteau du chevet : la pesée des âmes, avec, à droite,
Saint Michel, à gauche, le diable qui pèse de tout son poids
sur le fléau de la balance située entre les deux. Malgré ses
efforts, le diable n'arrive pas à faire pencher la balance
de son côté et l'âme du défunt s'élève vers le Ciel.
Image 10. Chapiteau
du chevet : il s'agit probablement de la parabole « du
mauvais riche et du pauvre Lazare ». Au moment de la mort du
mauvais riche, le diable saisit son âme.
Image 12 : deux
bas-reliefs ont été incrustés dans le mur. Le plus ancien
situé au dessous représente un quadrupède portant une longue
corne (une licorne ?). Sur celui du dessus, on voit un
personnage décapité (le Christ ?) assis sur un trône.
Datation de l’abbatiale
Concernant cette datation, nous ne tiendrons pas compte de
la présence d'une nécropole ainsi que des documents évoquant
l'existence d'une église du VIe ou VIIe
siècle. L'existence des deux tourelles d'escalier
symétriques permet d'envisager que l'on pouvait accéder à un
étage supérieur, et comme c'est le cas pour d'autres
églises, d'accéder à une galerie (ou triforium)
faisant le tour des bras du transept et de l'abside
principale. Mais il faudrait reprendre la visite pour
vérifier cela sur place. Nous ne pouvons donc nous baser que
sur les indices qui nous restent : une grande abside et des
thèmes iconographiques, témoins d'un art roman tardif.
Datation envisagée
pour l'abbatiale Saint-Pierre de Vigeois : an 1150 avec un
écart de 50 ans.