Église Saint-Pierre d’Uzerche 

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Nous n’avons pu effectuer qu’une courte visite de la ville d’Uzerche. Et ce, en août 2010. C’est à dire avant d’envisager la grande recherche actuelle sur les édifices préromans. Nous n’avions pas alors commencé à élaborer certaines des clés de compréhension de l’architecture du Moyen-Âge. Tout au plus, cette visite de l’abbatiale d’Uzerche ainsi que celles d’autres églises nous donnaient-elles alors des clés d’incompréhension.


Il faut tout d‘abord noter le caractère très déroutant de cette église. Son plan (image 6 : capture d’image Internet) fait apparaître des renforcements de murs au niveau du chevet et du transept. L’aspect même des murs extérieurs, en appareil très grossier (images 1, 2 et 3), contraste énormément avec l’aspect intérieur (images 7 et 8). Bien que nous n’ayons aucune information sur son passé, il est probable qu’elle ait été fortement endommagée lors des guerres de religion. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, l’appareil grossier fait de moellons irréguliers d’apparence très archaïque n’est pas synonyme d’ancienneté. Cela est en tout cas apparent sur l'image 1 : les parties hautes, en appareil grossier, ne peuvent être que plus récentes que les parties basses soigneusement appareillées.

Un panonceau indique que la crypte (images 4 et 5) date du XIesiècle. Nous aimerions savoir comment a été déterminée cette datation. Il est possible qu’un document du XIesiècle mentionne l’existence de l’église. On en aura déduit que la crypte d’apparence plus archaïque que l’église supérieure date de cette période. Pourtant, on a vu en d’autres occasions qu’une crypte pouvait être aménagée dans une église construite longtemps auparavant. Donc, en attendant d’en savoir davantage, et, en particulier, de déterminer à partir de plans comment la crypte est insérée dans l’édifice, nous nous abstenons de fixer une datation.


Les images de 7 à 12 révèlent une grande complexité de construction de cette église. Prenons par exemple l'image 7 de la nef vue en direction du sanctuaire (à l’Est). Le Christ accroché sur un pilier Sud servira d’élément de référence pour l'image 1. On observe, à droite de ce Christ, un arc brisé double (ou à double rouleau). Puis encore à droite, le pilier qui supporte en partie l’arc précédemment cité. Ce pilier supporte l’arc suivant qui est aussi brisé mais simple. En face de ces arcs, on observe le même schéma, un arc double suivi d’un arc simple.

Passons maintenant à l'image 12. Elle est vue en direction du Sud-Ouest. Le Christ est situé entre deux arcs. À gauche, un arc brisé à simple rouleau, à droite, un arc double. C’est l’arc vu sur l'image 7. Nous avons donc une représentation de 3 travées successives : la travée du milieu, à arcs doubles, étant encadrée par deux travées à arcs simples. Nous estimons que les arcs doubles sont plus performants que les arcs simples. Qui plus est, nous avons provisoirement estimé que l’invention s’était effectuée aux alentours de l’an 800. La présence d’arcs brisés complique la donne, car nous avions auparavant estimé cette innovation aux alentours de l’an 1050.

Autre élément qui complique la donne : les impostes des piliers (piliers de droite des images 7 et 8 ). Ces impostes ne correspondent pas tout à fait au schéma usuel. Dans le schéma usuel, les impostes sont biseautées en plan. Ici le biseautage est incurvé. De plus, leur aspect semble neuf. Serait-ce le résultat d’une restauration ?

En tout cas, on remarque sur les images 7 , 8, 9, et 12 que les pilastres à plan rectangulaire adossés aux piliers centraux porteurs des arcs doubleaux à double rouleaux, eux-mêmes porteurs du vaisseau central, créent une interruption des impostes. Nous avons estimé que c’était le signe d’un voûtement de la nef postérieur à la construction initiale. Cette impression est renforcée par un point de détail de l'image 12. Observons le pilier sur lequel est accroché le pilastre. Sur le plan de mur porté par les arcs, est accolé un pilastre vertical à trois étages successifs (ou trois pilastres superposés, de largeurs dégressives). Tout en haut à la naissance des voûtes, une imposte contourne deux des trois étages. Ces deux étages supportent l’imposte à double rouleau. Au rang intérieur, il n’y a pas d’imposte mais le pilastre continue vers le haut en traversant la voûte. L’idée est que ce pilastre a dû servir à porter un chapiteau ou une imposte qui a soutenu une poutre de charpente. Plus tard, on a décidé de voûter le vaisseau central de l’édifice. Mais pour cela, il fallait réduire la portée de la voûte en posant les arcs doubleaux sur deux rangées de pilastre ajoutées à la précédente.

Le chevet à déambulatoire (images 11 et 12) est tout aussi complexe. La forme très irrégulière des arcs est probablement dûe à des restaurations maladroites.


Les chapiteaux de ce déambulatoire sont pour nous assez énigmatiques. Ceux des images 13 et 15 pourraient être romans, voire préromans. Celui de l'image 14 semble dater du XIVeou XVesiècle (présence d’une fleur de lys sur la tête humaine).

Il ne faut pas quitter cette église sans admirer les belles sculptures qui ornent le clocher (images 16, 17, 18). Et ce, bien que cet ensemble soit à situer hors du cadre de notre étude, ces sculptures datant du XIIIeou du XIVesiècle.


Datation

La datation estimée pour cette abbatiale est selon nous : l’an 950 avec un écart de 100 ans (il s’agit bien sûr de la construction initiale qui devait être charpentée).