L'église de l'Assomption de Notre-Dame à Noailles  

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La page du site Internet brive-tourisme nous apprend ceci : «  C’est un édifice de style roman limousin dont l’abside à cinq pans et le chœur conservent, aux fenêtres près, leur caractère primitif. Datant des XIe et XIIe siècles, elle fut remaniée aux XVe et XVIe siècles. Elle comprenait une longue nef à voûte à berceau et se terminait par un petit sanctuaire hexagonal. Cet édifice fut en partie détruit et brûlé pendant la guerre de Cent Ans. Aux XVe siècle et XVIe siècles, la nef ogivale, la chapelle sud et le clocher-mur seront construits. »

Et celle du site Wikipédia est plus absconse : « Le chœur est inscrit aux monuments historiques depuis 1929. »

L'extérieur (images 1, 2 et 3) est peut révélateur d'ancienneté.

Pour découvrir des traces d'ancienneté, il faut pénétrer dans l'église. La vue panoramique de l'image 4 permet de découvrir, au premier plan, une nef unique. Deux grands arcs sont visibles sur cette image : l'arc triomphal, entre la nef et l’avant-chœur ; et l'arc absidal entre l’avant-chœur et le chœur. Le premier est en plein cintre ; le second est légèrement brisé (image 5). Il est possible que la nef, actuellement unique, soit issue d'une nef triple par suppression des collatéraux. Mais les images ne permettent pas de vérifier cette hypothèse.


L'examen des chapiteaux se révèle intéressant car on retrouve des thèmes iconographiques vus ailleurs.

Il y a deux types de chapiteaux :

• les chapiteaux qui soutiennent les grands arcs. Ils sont placés sur les colonnes demi-cylindriques adossées aux piliers (image 6). Leur section supérieure est rectangulaire (images 8, 9, 10, 11, 12).

• les chapiteaux de fond d'abside. Ils sont placés sur des colonnettes jumelles demi-cylindriques adossées aux piliers (image 7). Leur section supérieure est celle d'un polygone convexe (images 13, 14, 15).

Nous envisageons, cependant sans certitude avérée, que les premiers pourraient être plus anciens que les seconds. Nous constatons en effet que l'abside est à plan pentagonal (non semi-circulaire). De cette forme pentagonale, on déduit la forme du toit : à cinq pentes. Or la voûte de l'abside est en cul-de-four. Sa forme est voisine de celle d'un quart de sphère.

Supposons que cette voûte en cul-de-four ait été prévue dès l'origine. Très logiquement, les constructeurs auraient conçu une forme vraiment quart-sphérique. Et donc un plan au sol d'abside semi-circulaire. Ils ne l'ont pas fait ! Donc l'abside d'origine était charpentée. Plus tard, à une époque de transition entre le roman et le gothique, il a été décidé de la voûter. Mais les murs extérieurs n'étaient pas suffisamment épais pour supporter une voûte. On a donc décidé de doubler ses murs. On ne pouvait pas le faire avec des murs pleins qui auraient caché les fenêtres. On a eu l'idée de plaquer côté intérieur, une colonnade portant des arcs, eux-mêmes portant la voûte.

Image 8 : Chapiteau à feuilles d'acanthe.

Image 9. Chapiteau : homme surgissant de feuillages.

Image 10. Chapiteau : homme surgissant de feuillages entrelacés.

Image 11. Chapiteau : homme entre deux lions... ou deux chiens. C'est un thème récurrent. Il a été associé à l'épisode biblique « Daniel et les lions » : le prophète Daniel est enfermé avec des lions qui ne le dévorent pas ; Daniel est nourri par un ange du Ciel. Nous pensons que, dans certains cas, l'explication est vérifiée. Mais dans de nombreux autres représentations (et c'est vrai pour celle-ci), l'explication doit être trouvée ailleurs... Peut-être symbolique de la maîtrise du spirituel sur le temporel ?

Image 12. Chapiteau : « Je te tiens, tu me tiens par la barbichette… ». Le thème, au symbolisme énigmatique, a été vu ailleurs. Il est présent sur notre site.


Image 13. Chapiteau double : deux hommes surgissant de feuillages.

Image 14. Chapiteau double : un homme se coupant la barbe. Le thème est vu ici pour la première fois. Il est possible qu'il symbolise l'accès à la vie monastique. Durant la première moitié du premier millénaire, la tonsure était utilisée pour se débarrasser d'un rival. Il n'était pas tué mais tondu et envoyé dans un monastère. S'il se laissait pousser les cheveux et reprenait les armes, il était exécuté.

Image 15. Chapiteau double : deux hommes surgissant, non de feuillages, mais d'appuis.

Image 16 : Détail d'une corniche de l’avant-chœur.

Le trésor de l'église possède deux châsses reliquaires. Bien qu'elles soient datées du XIIIe siècle et donc hors des limites de notre étude, nous les présentons à titre d’œuvres d'art.

Image 17 : « Châsse des anges. Limoges, XIIIe siècle. Cuivre doré, gravé, ajouré et émail champlevé sur âme de bois. Classée au titre des monuments historiques le 25.06.1891 » (Texte trouvé sur place).

Image 18 : « Châsse de Sainte Catherine. Limoges, deuxième moitié du XIIIe siècle. Cuivre doré, gravé, ajouré et émail champlevé sur âme de bois. Classée au titre des monuments historiques le 25.06.1891 » (Texte trouvé sur place).


Éléments de réflexion

À première vue, cette église ressemble à beaucoup d'autres, et il y a quelques années, nous n'aurions pas envisagé de l'intégrer dans notre site, l'estimant trop récente. Cependant, outre la possibilité qu'il y ait eu deux étapes de construction de l'abside, et éventuellement d'autres parties de l'église, nous avons remarqué l'importance qui a été donnée au thème de « l'homme surgissant des feuillages » (images 9, 10, 13 et 15). Ce thème a été identifié pour la première fois à la crypte Sainte-Bénigne de Dijon. Mais nous pensons qu'il a donné naissance à des variantes, comme la sirène à deux queues ou l'acrobate aux jambes relevées. Ce thème pourrait représenter le fondateur : ancêtre, évêque ou prince. Par ailleurs, on remarque que cette église dédiée à Notre-Dame de l'Assomption pourrait avoir été le siège d'un ancien évêché.

Datation envisagée pour l'église de l'Assomption de Notre-Dame à Noailles : an 1050 avec un écart de 100 ans.