L'église Saint-Pierre de Collonges-la-Rouge
La petite cité de Collonges-la-Rouge est
pleine de charme et attire de nombreux touristes. La plupart
des habitations, souvent cantonnées de tours cylindriques,
sont attribuables aux XVe ou XVIe
siècles (image 1).
L'église Saint-Pierre, fortement remaniée au cours des
siècles, ne présente a priori que peu d'intérêt (image
2). Le portail (image
3) a été probablement très restauré, surtout dans
sa partie inférieure : linteau ajouré par deux arcs
trilobés. Il reste cependant le magnifique tympan du XIIIe
siècle, hors des limites de notre étude (image
4). Les images 5
et 6 suivantes n’apportent pas de renseignement
supplémentaire, hormis le fait que le chevet est plat (image 6). Seule la
tour-lanterne (image 7)
impose par son élégance.
En pénétrant à l'intérieur de l'église,
on constate l'existence de deux nefs parallèles. Celle de
gauche (image 8)
est gothique. Donc, hors du cadre de notre étude.
L'autre nef (image 9)
révèle des arcs en plein cintre. Donc des parties que l'on
pourrait qualifier de « romanes ». Mais la salle située en
arrière, qui n'est autre que l'abside de l'église est, quant
à elle, gothique (image 10).
La photographie de l'image
11 a été prise à partir de l'abside en direction
de l'entrée Ouest. On observe de haut en bas un arc brisé,
gothique, qui participe au support de la voûte en croisée
d'ogives, puis successivement, deux arcs en plein cintre
outrepassé. Celui du dessous est l'arc du mur Est de la
tour-lanterne. En arrière-plan, on retrouve un autre arc
outrepassé : l'arc du mur Ouest de la tour-lanterne, arc qui
est aussi représenté sur l'image
12 et en premier plan sur l'image
9. Le même type d'arc est aussi présent sur le mur
Sud de la tour-lanterne (image
13) et sur le mur Nord de la même tour (image
14). Remarquer que tous ces arcs sont posés sur des
impostes à chanfrein dans toute direction (l'arc outrepassé
et l'imposte sont des signes d'ancienneté).
L'image
15 fait apparaître une colonnette plaquée à
l'angle des deux parois. Cette colonnette est surmontée d'un
chapiteau qui, à son tour, supporte deux arcs accolés aux
parois. L'image 14 permet
de visualiser ce qui se passe en ce qui concerne le mur Nord
: les deux colonnettes portent un arc qui participe au
support de la voûte.
Sur les images 16 et 17, on s’aperçoit que,
partant du bas, chacune des colonnettes traverse la rangée
d'impostes. Il s'agit là d'une rupture brutale. Les impostes
sont coupées sans tenir compte de l'arrondi des décors. Tout
se passe comme si les colonnettes verticales n'existaient
pas lors de la construction de cette tour-lanterne. Les
impostes avaient été posées et leurs décors réalisés. Plus
tard, on avait décidé de placer des colonnettes dans les
angles. Mais pour les accoler aux angles, on a été obligé de
détruire partiellement le chanfrein des impostes.
Il y avait une raison pour placer ainsi ces colonnettes : on
avait décidé d'aménager l’intérieur de la partie supérieure
de la tour-lanterne. Peut-être en plaçant l'actuelle coupole
(images 18 et 19).
Nous disons « peut-être » car il est possible que cette
coupole ait été construite en plusieurs étapes.
En tout cas, il semblerait qu'il y ait eu au moins deux
étapes de travaux. Pour la première étape, seuls les arcs
outrepassés sur impostes auraient été construits. Pour la
seconde étape, on aurait placé les colonnettes aux angles.
Au-dessus de ces colonnettes, on aurait mis des chapiteaux.
Au-dessus des chapiteaux, des tailloirs, et, encore
au-dessus, les arcs accolés aux parois.
Il existe un petit point de détail qui
jusqu'ici n'a pas encore été relevé. Nous avons dit
qu'initialement, il y avait eu les piliers à impostes. Puis
plus tard les colonnettes avec chapiteau-tailloir. Nous
pensons depuis un certain temps que le système à impostes a
précédé le système à chapiteau-tailloir (sans pour autant en
faire un dogme). Nous verrions là une confirmation de cette
idée.
Si on adopte (avec réserves) l'idée que le système
chapiteau-tailloir est « roman », le système imposte pourrit
être considéré comme « préroman ».
Il existe une autre caractéristique « préromane » : le
linteau en bâtière. On en voit un sur l'image
24.
Mais il existe un autre élément qui est signe d'ancienneté.
Ce sont les chapiteaux et tailloirs des colonnettes (images
20, 21, 22, 23). Ils présentent des signes très
nets d'archaïsme (larges feuilles étalées, entrelacs,
pampres de vigne).
Datation
envisagée pour la base de la tour-lanterne de
l'église Saint-Pierre de Collonges-la-Rouge : an 850 avec un
écart de 150 ans.