Église Saint-Pierre-ès-Liens de Sagnat (Creuse)
Extérieurement, l’église de Sagnat ne
procure pas de forte impression.
Sur l’image 1, le
bâtiment de droite qui semble constituer le bras sud d’un
transept apparaît plus haut que les toits du chevet ou de la
nef. Cependant, deux fenêtres rectangulaires percées dans le
mur à une certaine hauteur font envisager (ce qui sera
confirmé pas la visite de l’intérieur) que ce croisillon a
été surélevé à une date inconnue (postérieure aux Guerres de
Religion ?) et qu’une pièce a été ménagée au niveau des
fenêtres et au dessus de la voûte de ce bras sud.
L’image 3 montre un
mur sud tout aussi décevant. Certes l’encadrement des
fenêtres est régulier mais, tout autour de celles-ci,
l’appareil très irrégulier montre que ces fenêtres ont été
percées à une date relativement récente (postérieure aux
Guerres de Religion ?) et on est surpris de trouver un
appareil régulier au-dessus de la fenêtre de gauche. Des
corbeaux insérés en ligne font apparaître l’ancienne limite
du toit du collatéral sud.
On retrouve ces restes de bordure de
toit au niveau du mur nord (images
7 et 8).
L'image 4 est
celle de la façade ouest. A la différence des murs latéraux,
cette façade ne ne semble avoir été fortement remaniée.
L’appareil est en effet très régulier jusqu’à un peu plus
d’un mètre en dessous du toit actuel. On devine d’ailleurs
d’après cet appareil de maçonnerie quel devait être l’ancien
toit en pignon. Cette façade est relativement nue. Mais la
nudité de cette façade renforce le sentiment d’ancienneté.
En effet, la décoration des façades ouest semble avoir été
une pratique relativement tardive dans l’art roman (XIe-
XIIe siècle). Primitivement les façades étaient
percées au rez-de-chaussée et au milieu d’une porte
relativement étroite surmontée d’une simple arcade posée sur
un linteau. A un niveau supérieur et de part et d’autre
étaient percées deux fenêtres de dimension modeste.
Au-dessus encore et à la verticale de la porte était percée
une autre fenêtre. La façade que l’on voit ici reproduit
bien ce schéma primitif. On y voit bien les 3 fenêtres dont
il est question ci-dessus. Il reste la question de la porte.
Mais cette porte et l’archivolte qui l’encadre ont pu être
ajoutées après. Et c’est ce que l’on vérifie en constatant
que l’insertion de la porte dans la façade a endommagé la
corniche qui passe juste sous les fenêtres murées (image
5).
L’image
9 nous montre l’intérieur de l’édifice. La nef
est à 3 vaisseaux ; ceux-ci sont voutés. On sait que les
premières églises étaient charpentées mais que plus tard (à
partir de l’an 900 ? l’an 1000 ?) un grand nombre d’entre
elles ont été voûtées. Les piliers sont rectangulaires de
type R0001. Nous
devons aborder prochainement l’étude de la page « Evolution
des Piliers » (menu « Datation/évolution »). En
attendant que le renvoi à cette page puisse être effectué,
disons que les nefs à trois vaisseaux dont les murs centraux
sont portés par des piliers de type R0000
ou R0001 sont en
toute probabilité des nefs primitivement charpentées qui
auraient été par la suite voûtées. Ces églises feraient
partie des plus anciennes églises, à l’image de l’église
Saint-Aphrodise de Béziers.
Par ailleurs, en ce qui concerne ce type d’église, les
piliers seraient dotés d’impostes saillantes dans toutes les
directions (voir Datation/Glossaire/ Analyse des impostes).
En ce qui concerne cette église de Sagnat, l’image
9 montre que ce n’est pas le cas des piliers les
plus proches pour les quels les impostes font saillie
seulement du côté de l’intrados (voir aussi l’image
12). La même
image 9 montre que les impostes des piliers
suivants sont saillantes dans toutes les directions (voir
aussi les images 13
et 14).
En conséquence, les deux travées les plus proches du
transept seraient les plus anciennes et pourraient dater du
VIIe siècle (an 650 avec un écart estimé de 150
ans).
L’image 10
représente le collatéral sud. Le plafond de ce collatéral
devait être beaucoup plus bas comme en témoignent les murs
extérieurs. Remarquer que ce collatéral est très étroit.
Cette particularité est aussi signe d’ancienneté. Les
églises des premiers siècles semblent avoir été à 3 nefs.
Et, dans le cas de petites églises les collatéraux étaient
très étroits. On comprend mal cette particularité si on ne
remet pas en question notre mode de pensée. A quoi pouvaient
donc servir ces collatéraux tellement étroits qu’ils ne
permettaient pas à un fidèle d’assister à la messe ? Une nef
à un seul vaisseau serait bien plus pratique ! Et son coût
de construction serait bien moins élevé !
Deux réponses sont possibles. La première est que ces
collatéraux pouvaient servir à accueillir des catéchistes,
c’est-à-dire des croyants non encore baptisés, qui n’avaient
pas le droit d’assister à la messe. La deuxième est que ces
collatéraux servaient aux processions. Maintenant encore
lorsqu’il y a une procession durant des vêpres, l’officiant
utilise une allée latérale pour aller jusqu’au fond de
l’église. Et il revient par l’allée centrale.
Sur l’image 11,
la fenêtre n’est pas placée au centre de l’arc mais
nettement à gauche. Cela signifie que cette fenêtre a été
percée bien après que les piliers ont été installés.
L’
image 16 montre l’abside décorée d’une fresque
(époque ?).
En ce qui concerne l’image
17, cela peut être soit un bénitier (mais il semble
trop profond), soit une cuve baptismale.
Les images
suivantes, de 19 à 22, font apparaître une anomalie au niveau du transept.
On commence par l’image 18
du pilier du Sud-Ouest
L’image 19 montre
une partie de ce pilier.
L’image 20 est une
copie de l’image 19
sur laquelle ont été tracés des traits permettant
d’identifier les étapes de construction.
Pour les images 21 et 22, on refait la même opération mais cette fois-ci avec le
pilier sud-est.
La conclusion est stupéfiante. Il semblerait en effet que
concernant le transept, la croisée aurait été bâtie en
premier sur des piliers plus étroits (partie A des
images 20 et 22). Les maçons auraient construit une
sorte de baldaquin sur quatre piliers. Plus tard, ils
auraient bâti les entrées des croisillons du transept ainsi
que l’arc triomphal de l’abside en dessous des arcades
précédentes (partie B).
J Maury, auteur de la notice sur Sagnat, extraite de
l’ouvrage « Limousin
roman » fait la même observation que nous mais son
interprétation est toute différente : « à la croisée,
coupole octogonale sur trompes dont les arcs ont été
renforcés d’un second au dessous ce qui étrangle l’entrée du
chœur. »
En fait les deux explications loin d’être différentes sont
probablement complémentaires : dans un premier temps un
édifice à plan carré (dais ? baldaquin ?) et de faible poids
est construit sur 4 piliers étroits. Puis on décide de
construire par dessus un clocher qui va alourdir l’édifice.
En conséquence on renforce les piliers en construisant des
arcades par dessous.
Les images 22 et 23
montrent un édifice en forme de baldaquin à Byblos au Liban.
Ces images n’ont été mises là que pour montrer qu’une telle
construction était possible durant le Moyen-Âge. (Remarque :
le monument en forme de baldaquin de Byblos est « ouvert à
tout vent »). Il n’est pas obligatoire qu’il en ait été de
même à Sagnat : des murs ou d’autres bâtiments pouvaient
être adossés aux piliers.
En résumé, et si on doit faire une évaluation de datation,
on peut estimer que les travées les plus anciennes de Sagnat
pourraient dater de l’an 650 avec un écart estimé de 150
ans. La croisée du transept pourrait aussi être datée du
premier millénaire (du moins dans sa partie la plus
ancienne).
Il faut espérer que l’on puisse trouver d’autres églises
analogues à Sagnat afin de définir des éléments de
comparaison.