L’église Saint-Pierre de Sévignacq  

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La page du site Internet Wikipedia consacrée au village de Sévignacq nous apprend ceci : « En l'an 1072, l'église Saint-Pierre fut édifiée et donnée à la cathédrale de Lescar par le seigneur de Sévignacq, Garcias Arnaud de Desast. En effet, ce dernier fut coupable d'un double crime, commis sous les yeux de l'évêque de Lescar, Grégoire, qui exigea en réparation, la construction de l'église de Sévignacq. Elle fut bâtie sur les fondations de l'ancienne église, elle-même édifiée, sur un site d'occupation gallo-romaine. Quelques années plus tard, l'église fut rendue à Sévignacq. »


Le texte précédent est un peu paradoxal dans la mesure où, apparemment, rien dans les images montrant cette église ne fait penser qu’elle puisse dater du XIesiècle. Certes, le portail (image 4) pourrait dater du XIesiècle, mais nous l’estimons plutôt à la première moitié du XIIesiècle (an 1025 avec un écart de 50 ans). Quant aux autres parties de l’édifice, elles ont été tellement bouleversées par les restaurations qu’il est difficile d’en faire une analyse détaillée. Le seul élément qui pourrait dater du XIesiècle est la fenêtre « à ressaut » (image 6) que nous daterions plutôt des environs de l’an 1000 (an 950 avec un écart supérieur à 100 ans). Nous pensons que la datation du XIesiècle a été effectuée, non à partir de styles architecturaux, mais sur la base d’un texte daté de 1072. Mais ce texte a-t-il été correctement traduit et interprété ? Cette traduction ou interprétation, « En l’an 1072, l’église Saint Pierre fut édifiée et donnée .... » est, en tout cas, peut-être un peu trop précise. Ne serait-ce que par le fait qu’une église ne peut être construite et donnée en une seule année, l’année 1072.


Mais il y a plus, beaucoup plus.

Pour comprendre notre raisonnement, il faut admettre que l’architecture d’un premier monument veut construire quelque chose de parfait. Et c’est encore vrai lorsqu’il s’agit d’une église. À l’heure actuelle, les architectes ne privilégient pas particulièrement les symétries. Ce n’était pas le cas au Moyen-Âge, époque durant laquelle prévalait la symétrie par rapport au plan vertical orienté vers l’Est (remarque : il peut cependant y avoir plusieurs orientations vers l’Est. Ainsi, il arrive que les plans de symétrie de la nef et du chœur orment un angle de faible grandeur).

L’église Saint-Pïerre de Sévignacq ne « ressemble à rien du tout ». Elle est constituée de deux vaisseaux alors que d’habitude on en voit un ou trois. Le vaisseau Sud est voûté (image 12), alors que le vaisseau Nord est charpenté (image 11). Le mur séparant les deux vaisseaux est percé de 4 baies protégées par des arcs (images 7, 12, 13 et 14). Autant qu’on en juge sur les images, ces 4 arcs sont différents. Il y a au moins trois modèles différents : arcs simples ou doubles, en plein cintre ou brisés. Cela signifie qu’il y a eu plusieurs étapes successives de constructions ou de restaurations.


Notre idée est de reconstituer l’église primitive à partir de ce qu’il en reste. Cette opération s’avère très délicate à cause des nombreuses modifications qu’elle a subies. Cependant, nous disposons de certains avantages : d’une part le nombre de modèles d’églises est réduit. D’autre part, on sait que la première église devait être parfaite.

Or, il n’y a pas a priori de perfection dans cette église. Sauf que, en regardant bien les images 8, 9 et 10, on s’aperçoit que les fenêtres supérieures sont identiques et semblent régulièrement espacées.

Nous pensons que la nef de l’église primitive était à trois vaisseaux, le vaisseau principal étant l’actuel vaisseau Nord, les fenêtres décrites précédemment étant les fenêtres supérieures du mur Nord du vaisseau principal. Nous pensons que le collatéral Nord de cette église a disparu. Nous sommes persuadés que, à l’intérieur du mur Nord de cette église, recouvert par un crépi, on devrait retrouver les restes des piliers de l’église primitive. Des piliers analogues à ceux que l’on peut voir en face soutenant le mur de séparation des deux vaisseaux.

Cependant, même si les grandes lignes du raisonnement sont posées, l’histoire de l’évolution de ce bâtiment s’avère complexe.


Datation envisagée : an 900 avec un écart de 150 ans.