La collégiale Saint-Pierre de Chauvigny  

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Sur l’histoire de cette église, nous ne connaissons que peu de chose. Voici le texte de la page Internet de Wikipedia qui lui est consacrée : « Son origine est mal connue. L'existence d'un chapitre de 10 chanoines y est attestée dans le premier quart du XIe siècle. Il existait donc, à cette époque, un premier édifice, dont quelques pierres sculptées sont réemployées dans le chevet de l'église actuelle.

L'église Saint-Pierre a été construite au XIIe siècle, en commençant par le chœur. Le clocher a été élevé au début du XIIIe siècle.
»


La visite commence par l’extérieur (images 2, 3 et 4). La façade Sud (image 3) est percée de hautes fenêtres. Ces fenêtres sont non décorées, à simple ressaut, surmontées d’un cordon protecteur, un « sourcil ». Nous estimons que ce type de fenêtre est antérieur à celui représenté par les fenêtres du chevet (image 4). Le décor de celui-ci est nettement plus évolué : arcature à la base, fenêtre axiale surmontée d’un « sourcil » finement travaillé.

Deux bas-reliefs décorent ce chevet. L’un des deux représente Saint-Pierre tenant les clés du Paradis (image 30). L’autre, visible au-dessus de la fenêtre axiale sur l'image 4, met en scène un cerf et une biche courant en direction d’un loup qui dévore un personnage aux bras levés en attitude d’orant. Il s’agit sans doute là d’une légende issue de la mythologie celte. Ces deux bas-relief sont incurvés, épousant la forme de l’abside. Il s’agit là d’œuvres utilisées en remploi. Ce sont probablement les restes d’une bande sculptée qui recouvrait les murs d’une précédente abside analogue à celle que l’on voit à Saint Paul-lès-Dax (Landes).

Les chapiteaux qui soutiennent la corniche du toit (images 5, 6 et 7) ont un profil très particulier en forme de « L » (image 6). Nous espérons pouvoir un jour étudier ce type de chapiteau qui pourrait constituer un marqueur de datation.


Nous avons été surpris et quelque peu déçus en découvrant l’intérieur de cette église. Les murs sont entièrement recouverts d’un badigeon aux couleurs vives imitant une maçonnerie de pierre (images 10, 11 et 12). Les pierres sont représentées peintes dans un blanc uniforme. Les joints sont rouges. Il est manifeste que ce badigeon est relativement récent (XIXeou XXesiècle), mais il a pu recouvrir un badigeon plus ancien qui, lui aussi, imitait une maçonnerie de pierre : il existe des décors analogues datés du XVesiècle.

Les images 10 et 11 ainsi que le plan de l'image 1 montrent que la nef est, en de nombreux points, comparable à la deuxième partie (à trois travées) de la nef de Saint- Savin-sur-Gartempe étudiée dans la page précédente : mêmes piliers cruciformes de type R1111, presque même voûte du vaisseau central (ici en berceau brisé), mêmes voûtes d’arêtes sur les bas-côtés, même configuration de la toiture (toit à deux pentes couvrant l’ensemble). Il est possible que cette nef ait été charpentée avant d’être voûtée, mais nous n’en sommes pas certains et rien sur ces images ne permet de l’affirmer.

Remarquons que les arcs reliant les piliers sont simples. Pourtant le décor peint les fait apparaître comme étant des arcs doubles (image 11).


Le chevet (images 12 et 13) est l’élément le plus représentatif de l’édifice. Tant par son ampleur que par l’originalité des sculptures. Cette originalité se décèle dans certains détails : la queue prolongée par une main d’un animal fantastique à corps de lion (image 22), la représentation du péché sous les traits d’une femme, Babylone
(image 23), ou du diable pesant sur la balance ce Saint Michel (image 25), monstres dévorant des humains (images 24, 26 et 29). Malgré leur facture malhabile, les scènes bibliques comme l’Annonciation (image 27) ou la Présentation de Jésus au Temple (image 28) caractériseraient des œuvres du XIIesiècle.



Datation

À l’inverse de ce que nous apprend le texte du début de cette page, nous pensons que la partie la plus ancienne est la nef. Le chevet serait donc plus récent. Il aurait remplacé un chevet plus ancien (celui qui portait les deux bas-reliefs mentionnés au début).

Nous avons daté la partie à trois travées de la nef de Saint-Savin de l’an 1050 avec un écart de 75 ans. Nous pensons que la nef de Chauvigny est légèrement postérieure à celle de Saint-Savin. Donc la datation envisagée pour Chauvigny est l’an 1075 avec un écart de 75 ans.

Le chevet de Chauvigny daterait quant à lui de l’an 1125 avec un écart de 75 ans.