Le Baptistère Saint-Jean de Poitiers 

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Rappelons que l’objet de ce site est de retrouver et de réhabiliter les monuments construits au premier millénaire de notre ère souvent attribués à tort aux débuts du deuxième millénaire. En ce qui concerne le Baptistère Saint Jean de Poitiers, pas de problème ! Personne ne semble contester qu’il appartienne au premier millénaire.

Néanmoins sa datation semble poser quelques problèmes. Nous les aborderons un peu plus loin. Pour l’instant contentons nous d’examiner les images.



L’image 2 fait apparaître deux bâtiments accolés. Celui qui nous intéresse plus particulièrement est le plus haut des deux. Il est à plan rectangulaire. Il présente en façade un fronton triangulaire. Cette façade est précédée d’une abside semi-circulaire.

L’image 3 nous montre le bâtiment de l’entrée, à plan pentagonal. D’après le plan intitulé « Etat 3 » de l’image 1 , l’ensemble du bâtiment aurait été édifié au Xe-XIe siècle (« d’après les hypothèses de François Eygun »). Bien que n’ayant pas étudié l’analyse de François Eygun nous sommes plus réservés. L’ensemble de cette partie de l’édifice semble de style baroque (XVIIe ou XVIIIe siècle). Par ailleurs on sait que le niveau du sol primitif est en-dessous du niveau actuel (d’au moins 2 mètres : sur l’image 12 on compte 12 marches d’escalier jusqu’à l’entrée). En conséquence, la porte primitive d’entrée devait se situer à deux mètres en-dessous de l’actuelle. En ce qui concerne cette porte, elle est peut-être ancienne (XIe ou XIIe siècle comme en témoigne un chapiteau non repéré au moment de la visite mais vu sur Wikipédia). Mais, même dans ce cas, elle a été fortement restaurée. Et il est même possible que le chapiteau dont il est question au-dessus ait été rajouté au moment d’une restauration au XIXe siècle. En effet, cette porte ne présente pas les caractéristiques d’une porte romane (archivolte ou arcade au-dessus de la porte formée d’une série d’arcs demi-circulaires concentriques).

Notre attention se porte donc principalement sur le bâtiment rectangulaire. Le mur gouttereau de ce bâtiment que l’on voit sur l’image 3 ne présente que peu d’intérêt car il a dû être fortement remanié lors de la construction du bâtiment pentagonal. Primitivement, il devait être analogue au mur gouttereau de l’image 7 qui lui est opposé.


Restons un instant à ce mur gouttereau et plus particulièrement au détail de l’image 8 .

On y voit de haut en bas l’ensemble des éléments constituant la corniche du toit. Puis, en-dessous, une bande formée d’une alternance de moellons ris et de briques rouges. En dessous encore une mince corniche à stries longitudinales. Cette corniche semble être supportée par des piliers qui ne débordent pas sur la façade. Des lits de pierre rejoignent ces piliers. On voit deux couples de deux piliers. Pour chacun des deux couples, un arc est placé entre chaque pilier. A l’intérieur de l’arc on peut voir un oculus obturé par une plaque translucide (albâtre). A l’origine ce n’était probablement pas un oculus mais une fenêtre. On voit en effet que l’intérieur de cette fenêtre a été comblé.


Examinons à présent les deux façades des murs pignons (image 4 et image 9). Ces deux façades sont identiques. Et aussi presque identiques à la façade du mur gouttereau vu auparavant. On objectera cependant qu’il existe une différence importante : dans les images 4 et 9 il existe un pignon triangulaire. Alors que dans
l’image 7 ce pignon n’existe pas. C’est d’ailleurs normal car il s’agit d’un mur gouttereau et il ne peut y avoir de pignon. Et bien non ! il y a bien un pignon ! mais il se trouve en avant (image 7). Ce pignon était-il décoré comme le sont les autres ? c’est difficile à savoir.

De telles observations conduisent à imaginer que, à l’origine, le plan était en forme de croix. Cette idée entre en totale opposition avec les trois plans de l’image 1. Mais François Eygun a-t-il fouillé partout ? Et, en particulier à l’intérieur du premier bâtiment sous lequel pourrait se situer la 4e branche de la croix ?



L’iconographie est intéressante. Sur les images 6 et 11 on peut voir le motif de la croix pattée, caractéristique des premiers temps du christianisme (Ve- VIe siècle). Sur l’image 10 , plusieurs rosaces. Mais le motif qui semble le plus intéressant est celui du chapiteau de l’image 6 qui s’écarte très nettement du modèle romain de chapiteau corinthien.

A l’intérieur (image 12), le mur de séparation entre les deux bâtiments est percé de trois ouvertures. Celle du milieu, plus étroite que les deux autres semble être surmontée d’un arc outrepassé.

Observons à présent les fresques ornant les murs (image 13). Certaines semblent être du XIVe siècle (les 2 personnages dans le coint supérieur de droite). D’autres, du XIXe siècle (personnage (vierge ?) aux bras étendus et sous une arcade triangulaire en haut de la photo). Mais d’autres encore s’apparentent à des modèles de Ravenne (VIe ou VIIe siècle). C’est le cas du personnage placé sous l’arc triangulaire, sur le mur de gauche. Il a les pieds dirigés vers le bas (c’est, semble-t-il caractéristique du premier millénaire). Le motif du paon est lui aussi caractéristique du premier millénaire. Remarquons de plus que les paons sont situés juste sous les oculi qui, on l’a vu précédemment, ont remplacé des fenêtres plus grandes. Mais tout cela mériterait un examen approfondi et de biens meilleures photographies que l’unique que nous avons sous les yeux et lors de notre visite dans cet ancien baptistère transformé en dépôt lapidaire, nous n’avons vu aucune information sur ces fresques .

De même nous n’avons vu aucun commentaire sur les couvercles de sarcophages déposés contre le mur (image 14) . Ces sarcophages proviennent probablement du cimetière paléochrétien de « l’hypogée des Dunes » , proche de cet endroit. Ces couvercles présentent un très grand intérêt par leur décor très original que nous n’avons pas vu ailleurs. Il faut dire que nous sommes loin de tout connaître et la présent site est justement fait pour connaître ce que nous ignorons par un message du style : « Cher Monsieur, je vous informe que vous ne savez pas grand chose ; chez moi, dans mon petit village, il y a dix sarcophages comme celui-là, photos à l’appui ».

Pourquoi serait-il intéressant d’en savoir davantage sur ces sarcophages ? Une idée se fait jour : les fameux « barbares » n’auraient pas été des envahisseurs mais plutôt des mercenaires ou des auxillaires alliés des romains ou de leurs descendants qui continuaient à habiter les anciennes villes romaines. Il y aurait eu cohabitation des barbares et des romains. Les barbares n’avaient sans doute pas le droit de construire des villes ou des châteaux. Ils installaient leurs camps dans certaines zones et construisaient leurs nécropoles à proximité de ces camps. L’identification des décors des pierres tombales devrait permettre d’identifier les tribus qui ont orné ces pierres. On sait que plusieurs tribus se sont installées dans le Poitou : les wisigoths, les bretons, les taïffages (d’où viendrait le nom de Tiffauges), les francs. Sans compter les anciens habitants, pictons, romains ou gaulois. Si on retrouve en Angleterre ou en Armorique des formes de sarcophages ou de décors analogues à certains de ceux de Poitiers, on pourra en déduire que, très probablement des bretons se sont installés à Poitiers.



Quelle datation peut-on attribuer à ce monument (on fait allusion ici au grand bâtiment à plan rectangulaire). Ceux qui se sont penchés sur la question parlent d’un « baptistère du IVe siècle ». Sur quoi se basent-ils pour affirmer cela ?; L’appareil formé d’une alternance de pierres grises et de briques rouges fait penser aux fortifications romaines dites « du IVe siècle ». Malheureusement cette dénomination est probablement fausse car les romains ou d’autres peuples ont aussi construit des fortifications durant d’autres siècles que le IVe siècle. Et dire qu’une forteresse est du IVe siècle signifie qu’on est capable de faire la différence avec une forteresse du Ve ou du VIe siècle. Ce qui n’est probablement pas le cas de nos spécialistes. La méthode de construction consistant à faire alterner des lits de pierre et de briques a donc pu subsister jusqu’au VIe ou VIIe siècle.

Revenons aux divers plans de l’image 1. Selon François Eygun qui a effectué des fouilles, l’édifice actuel pourrait avoir pour origine l’édifice à plan rectangulaire situé dans la partie supérieure du plan de l’état 1 et contenant le baptistère. Il aurait été édifié selon François Eygun, au IVe siècle. L’état 2 montrerait les transformations effectuées au VIe siècle : adjonction sur trois faces de trois pièces ou absides à plan carré. Et enfin, au Xe ou au XIe siècle, il y aurait eu remplacement de deux de ces absides par deux absides à plan demi-circulaire.

L’hypothèse est séduisante et cela semble convenir en plan horizontal. Mais beaucoup moins bien en élévation. En effet, si on observe bien la différence entre l’état 1 et l’état 2 on s’aperçoit que, entre ces deux étapes, il a fallu faire des ouvertures dans trois murs. Et pas n’importe lesquelles! Le mur de droite de l’image 15 montre une grande arcade permettant de soutenir le mur supérieur afin de créer une ouverture entre les deux pièces. Donc, si on interprète bien l’hypothèse de François Eygun, les maçons responsables de la transformation ont percé un grand trou dans le mur puis ils ont posé l’arcade. Et la portion de mur située au-dessus du trou aurait patiemment attendu qu’on ait posé l’arcade pour éviter de s’écrouler. Entendons nous bien : l’opération est actuellement possible par des systèmes d’étayage. Mais elle se fait sur de petites ouvertures. Et pour de grosses ouvertures il est beaucoup plus facile de tout enlever et de rebâtir à neuf.

En résumé, il est possible que le plan indiqué à l’état 1 corresponde à des restes d’un bâtiment retrouvé grâce aux fouilles. Mais ce bâtiment n’est probablement pas celui que l’on voit actuellement.

Notre idée est que la construction de l’ensemble a commencé directement à l’état 2. (probablement sur les fondations du bâtiment repéré à l’état 1). En conséquence, le bâtiment actuel daterait du VIe siècle selon l’estimation de François Eygun. Notre propre estimation est plus nuancée.

Mais tous ces raisonnements ne sont que des spéculations qui doivent être vérifiées sur le terrain par un long travail de recherches.