L’église priorale Saint-Jean-de-Montierneuf à Poitiers 

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Comme l’église de Civray citée dans une page précédente, l’église priorale Saint-Jean-de-Montierneuf ne peut être datée du premier millénaire. En conséquence, sa présence dans notre site consacré exclusivement au premier millénaire semble illégitime. Elle se révèle néanmoins importante en ce qui concerne la datation.

En effet, dans son livre consacré au Haut-Poitou Roman, Raymond Oursel nous apprend que, en l’an 1076, Guillaume, duc d’Aquitaine, prend l’engagement de concéder à Cluny « le moutier qu’il fait édifier à côté de la cité de Poitiers » . D’autres actes suivent dont celui du 28 janvier 1077 consacrant l’acte définitif de cession à l’abbaye de Cluny. Le 22 janvier 1096, le pape Urbain II procède à la dédicace solennelle de l’édifice.

La convergence des informations est telle qu’on peut estimer la construction de l’église dans le dernier quart du XIesiècle.

Malheureusement, cette église a subi de nombreuses dégradations dans les siècles suivants et son étude s’avèrerait difficile.


Nous n’avons pas eu l’occasion de la visiter récemment, et seules quelques photographies permettent d’envisager quels pourraient être les éléments qui subsistent de la construction primitive (fin du XIesiècle). Ainsi, l’arc triomphal (image 3) semble être outrepassé.

Ce qui nous paraît le plus intéressant est le chevet (image 1). On voit immédiatement que le chœur est gothique, avec des murs soutenus par des arcs-boutants. Mais ce chœur gothique est installé sur un déambulatoire roman. On peut donc envisager que le premier édifice du XIesiècle était doté d’un chœur à déambulatoire flanqué de chapelles rayonnantes. On retrouve le même type de chapelle sur le mur oriental du transept. A l’intérieur (images 4 et 5) les piliers du déambulatoire portent une double rangée d’arcs : en arrière des arcs en plein cintre surhaussés, en avant des arcs brisés. Nous pensons que les arcs surhaussés appartiennent à la première église et que les arcs brisés et le mur qu’ils portent ont été ajoutés ultérieurement pour supporter le chœur gothique.


Ces informations sont pour nous importantes, car nous pensons que les chevets à déambulatoire et chapelles rayonnantes font partie des dernières innovations dans l’art roman. Nous avions envisagé dans un premier temps que ce type de chevet avait pu être édifié dans la première moitié du XIIesiècle. La datation de l’édifice entre 1070 et 1100 permet de remonter d’environ un demi-siècle la création de chevets à déambulatoire et à chapelles rayonnantes. Et par la même, on peut faire remonter la datation des chevets antécédents à ceux-ci.

Nous espérons que de prochaines visites permettront de découvrir dans cet édifice d’autres critères de datation.