La cathédrale Saint-Domnius de Split
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Nous avons visité cette cathédrale. La plupart des images de
cette page ont été prises lors de cette visite. Les autres
sont extraites de galeries d'images d'Internet.
Il existe deux pages du site Internet Wikipédia relatives à
cette église. L'une d'entre elles, intitulée La
Cathédrale Saint Domnius de Split, donne des
informations très intéressantes. Mais nous pensons que celle
intitulée Le
palais de Dioclétien, qui contient le chapitre Le
mausolée (de Dioclétien), est plus instructive
encore et nous en conseillons la lecture.
Le péristyle (images 1, 2, 3, 4)
Avant d'aborder l'étude de la cathédrale, il convient de
parler du cadre dans lequel elle se trouve.
La vue par satellite de l'image
1 fait apparaître tout en bas et légèrement à
gauche un bâtiment carré contenant un vide circulaire, le
vestibule. Puis, dans le prolongement de ce bâtiment et en
direction du Nord, une longue cour, le péristyle. En partant
du centre de l'image et en prenant la direction
perpendiculaire à l'axe de la cour nous avons tout en haut
dans le coin gauche, sous un toit gris, le Temple de
Jupiter. Et en prenant le sens opposé, à droite, nous avons
le clocher. En passant sous ce clocher, on accède à un
bâtiment à plan octogonal, la cathédrale Saint Domnius ou
mausolée de Dioclétien. Toujours dans le prolongement, on a
un corps de bâtiment à plan rectangulaire, la chapelle Est.
À l'origine, une colonnade entourait totalement le bâtiment
octogonal. Elle permettait de porter la charpente d'un toit
appuyé contre les murs du bâtiment afin de protéger une
galerie circulaire. Cette colonnade a été interrompue lors
de la construction de la chapelle Est (images
5 et 6) et du clocher (image
7). On peut la repérer sur l'image
1, plus visible côté Sud que côté Nord.
Nous n'avons passé qu'une journée à visiter Split, et,
malgré les explications très avisées de notre guide locale,
Anne-Marie Sessa, et un parcours très dense, nous avons, à
présent, l'impression d'avoir négligé certains monuments. Il
en est ainsi du péristyle (bien documenté par la page de
Wikipédia) et du vestibule (édifice à plan centré : ces
monuments occupent une place privilégiée dans notre site).
Images
11 et 12 : Ces deux images sont superposées sur un
seul bas-relief (la mitre de l'évêque Domnius de l'image
12 est visible en bas de l'image
11).
L'image 11 représente,
à gauche, la scène de la Nativité, reconnaissable par l'âne
et le bœuf. Joseph est représenté endormi alors que la
Vierge, alitée, présente l'Enfant.
À droite, la scène du bain de l'Enfant.
Nous avons oublié ce que nous a dit Mme Sessa sur la légende
de Saint Domnius (image 12).
Grâce aux inscriptions situées à côté des personnages, on
repère au centre Saint Domnius, à droite Saint Pierre, et à
gauche, Saint Anastase avec une meule accrochée au cou.
L’œuvre est signée (… OTTOH OCOPUS FECIT . S'agit-il
vraiment d'une signature ?). Concernant ce panneau sculpté,
il provoque plus de questions que de réponses : comment se
fait-il que les saints ne soient pas auréolés ? Quel est le
lien entre les deux scènes historiées du panneau ? Où
était-il situé à l'origine ? De quel ensemble (sarcophage ou
clôture de chœur ou cuve baptismale ou ...) faisait-il
partie ? De quand date-t-il ?
Les images 13, 14 et 15
montrent un intérieur très chargé de colonnes, de chapiteaux
et de corniches sculptées. Et il est difficile de faire
abstraction de ce décor pour découvrir la structure de
l'ensemble.
Une première approche peut se faire au niveau de la voûte
qui était peut-être à l'origine couverte de stucs peints ou
de mosaïques (image 16).
Une vue détaillée (image
17) permet de découvrir un parement de briques en
forme d'écailles de poisson. Il s'agit là d'une structure
architecturale que nous rencontrons pour la première fois.
S'agit-il d'un simple décor ? Ou bien y a-t-il eu dans cette
construction architecturale la mise en œuvre de conceptions
architectoniques pour réaliser la voûte ? Rappelons ce que
nous avons dit auparavant au sujet des voûtes du Panthéon de
Rome : il est possible que les romains aient connu les
voûtes à clef de voûte ou voûtes romanes, mais ils ne les
ont pas utilisées. Ils ont fabriqué des voûtes en béton
utilisant la propriété du « porte à faux ». Ces voûtes sont
souvent trouées en leur centre, ce qui n'est pas le cas ici.
Elles sont plus épaisses à la base qu'au sommet afin
d'équilibrer les masses. Il est donc possible que cette
construction en écailles de poisson ait, soit facilité la
mise en œuvre du projet, soit assuré une meilleure
résistance des matériaux.
Ami lecteur, observez à présent l'image
18. TOUT EST
FAUX : le chapiteau situé en dessous est faux, le
tailloir est faux, la corniche est fausse et au-dessus la
colonne en marbre noir est fausse. Une seule chose de vraie
: le mur nu situé au-dessus de la corniche. Pour s'en
convaincre il suffit de revenir à l'image
15. À la
base, de fortes colonnes en marbre noir portent des massifs
chapiteaux et tailloirs et des corniches toutes aussi
massives … qui ne portent rien !… hormis de minces
colonnettes en marbre noir portant des chapiteaux, tailloirs
et corniches de belle grandeur … qui ne portent rien ! C'est
en cela que tout est faux. Car, que ce soit en architecture
romaine ou romane, toute construction a son utilité.
Manifestement, ces installations sont le résultat de
restaurations baroques au XVIIIe siècle. Sur l'image 19,
on peut voir au bas de la corniche supérieure une
mince bande historiée. Et cette bande historiée semble à
première vue dater de la période romaine. Sur l'image
15, nous
avons confirmation de sa plus grande ancienneté par rapport
au reste de la décoration : elle a été interrompue par
l'ouverture d'une fenêtre alors que le reste de la
décoration est préservé.
La
frise sculptée (images
de 19 à 33)
Il s'agit là selon nous de QUELQUE
CHOSE D'EXCEPTIONNEL. Pourtant, à première vue, on
n'y porte pas attention : un simple décor qui était
peut-être joli mais qui semble un peu dégradé par les
dommages dus au temps. Ce sont des scènes de chasse ou de
courses de chevaux ou encore des portraits de personnages (images de 20 à 24). À
ce sujet, la page de Wikipédia nous apprend ceci : « Le
seul autre décor originel ayant survécu est une frise
sculptée derrière les chapiteaux de l'ordre supérieur : il
s'agit de scènes de chasse, avec des Érotes, des
guirlandes et des masques. Les Érotes portent des
couronnes dans lesquelles sont sculptés trois visages qui
rappellent la décoration de certains sarcophages romains.
Au-dessus de la niche faisant face à l'entrée, se trouvent
deux imagines clipeatae,
l'une d'homme, l'autre de femme, respectivement
identifiées à Dioclétien et à son épouse Prisca (exécutée
en 313 à Thessalonique sur l'ordre de Maximin Daïa). Cette
dernière identification a été remise en doute parce que
Prisca ne reçut jamais la dignité d’Augusta ni ne fut
officiellement reconnue comme impératrice. D'autre part,
le portrait féminin est doté d'une couronne en forme de
tour crénelée qui n'appartient pas au type du portrait
féminin impérial, mais à celui de Tyché, utilisé comme
pour des personnifications (de ville, de province ou de
vertu) dans l'Antiquité tardive : cette Tyché particulière
serait alors celle d'Aspalathos et son association au
portrait de Dioclétien donnerait à ce dernier une valeur
de fondateur de ville. »
Nous avouons notre ignorance concernant les Érotes, les
imagines clipeatae et Tyché, ignorance en partie
réparée grâce à l'usage d'Internet. Cependant, nous sommes
aussi soupçonneux (le doute scientifique) quand aux diverses
attributions données par les historiens : quand une tête de
vieillard est, sans preuve tangible, attribuée à Jules César
ou une villa non encore fouillée, à Auguste, on peut douter
qu'une des têtes représentées ici soit celle de Dioclétien
et une autre celle de Prisca.
Par contre, en ce qui concerne ces bambins ailés ici appelés
Érotes, le doute n'est pas permis : nous sommes en présence
de quelque chose ayant rapport avec le divin. Ce divin, nous
l'avons rencontré en analysant les sarcophages comme celui,
aux sphinx, de la nécropole de Manastirine de Solin,
récemment étudiée. Nous avons dit à cette occasion qu'il y
avait là quelque chose de plus qu'un simple décor,
l'expression d'une foi, l'espérance d'une vie nouvelle.
Au delà de ces portraits entourés de guirlandes et dont
certains sont peut-être ceux de Dioclétien ou de Prisca, il
nous faut prendre la mesure de ce que signifie la présence
de ces enfants ailés : des messagers du divin. Et nous
voyons ces enfants combattre des bêtes féroces (image
25), participer à des chasses (image
26), traquer un cerf (image
27), faire des courses de chevaux ou d'attelages (image 28), tuer une
bête, être attaqué par un lion (image
32), traquer un sanglier (image
33).
Ces images, nous les avons déjà vues dans des combats de
gladiateurs ou dans des scènes de chasse (loup contre cerf,
homme contre bête sauvage, …). Mais, dans la plupart des
cas, il n'y avait pas d'enfant ailé. Ces scènes semblaient
profanes. Au fur et à mesure de la découverte d'images
nouvelles, nous avons réalisé que ces scènes apparemment
profanes ne l'étaient peut-être pas. Il semblerait que ces
images confirment cette idée.
Mausolée de Dioclétien ? Ou Parlement de Dioclétien ?
Il nous faut d'abord dire que, avant même d'avoir visité ce
mausolée de Dioclétien, nous avions une idée préconçue sur
ce type de bâtiment à plan centré. Certains d'entre eux sont
des églises, d'autres des mausolées, d'autres des
baptistères. Eh bien ! nous estimons que la plupart d'entre
eux étaient à l'origine, ni des églises, ni des mausolées,
ni des baptistères, mais des parlements. C'est-à-dire des
endroits où l'on se parle, où des émissaires venus de toutes
les régions du territoire viennent discuter, négocier et
rencontrer les puissants. Cette idée, nous l'avons eue
lorsque nous avons constaté que dans tout endroit où
s'exerce un pouvoir, il existe un édifice à plan centré.
Mais, si, initialement, l'édifice à plan centré était un
parlement, il a pu devenir par la suite église, mausolée ou
baptistère. En ce qui concerne les mausolées, nous avons en
France deux exemples célèbres avec le Dôme des Invalides qui
abrite le tombeau de Napoléon et le Panthéon, cimetière
d'hommes célèbres. À l'origine, ces deux monuments n'étaient
pas des mausolées, et ils n'avaient pas été créés pour le
devenir.
En conséquence, nous estimons que cette édifice, appelé
mausolée de Dioclétien, pourrait ne pas avoir été construit
par Dioclétien pour en faire son mausolée mais pour un autre
usage. Il serait devenu par la suite son mausolée.
Qu'est-ce qui nous permet de dire cela ? D'une part, il faut
savoir que la plupart des grands hommes ne songent pas à se
faire construire des mausolées (cas de Napoléon). Ils se
croient éternels.
Le deuxième argument est un peu plus sérieux. Nous avons dit
que ce type de bâtiment pouvait être un parlement. Si
c'était le cas, vers quels hommes ce parlement était-il
destiné ? Les chrétiens ? Certainement pas ! Pour quels
hommes Dioclétien a-t-il construit le système de la
tétrarchie avec deux augustes et deux césars ? Les
militaires ! Et si Dioclétien voulait s'adresser aux
militaires, il devait leur parler dans leur langue, montrer
qu'il pratiquait la même religion qu'eux. Mais quelle était
cette religion des militaires ? Car il faut savoir que les
militaires qui, à tout moment risquent leurs vies, sont en
général plus religieux que les autres humains. Comment
s'exprime cette religion ? Un militaire sait qu'il peut tuer
ou être tué, chasser ou bien être chasseur. Assez
paradoxalement, on voit très peu de représentations
symboliques de combats entre humains. Les scènes de combats
entre animaux ou entre animaux et humains sont plus
fréquentes. Elles causent probablement moins de cas de
conscience.
La frise observée ci-dessus pourrait donc expliquer que ce
bâtiment construit par Dioclétien a été fait afin de devenir
un lieu de rencontre entre légionnaires de haut rang. Elle
pourrait aussi expliquer un très grand nombre de
représentations dont nous ne comprenions pas tout à fait la
raison (combats d'animaux, sphinx, centaures).
Il existe enfin un troisième argument. Il faut savoir que la
plupart des grands édifices à plan centré que nous avons
étudiés étaient des édifices à deux étages. L'étage
supérieur était, selon nous, occupés par les puissants qui
pouvaient dialoguer entre eux de part et d'autre d'un vide
central. L'étage inférieur était occupé par les gens du
peuple qui pouvaient assister aux palabres grâce au vide
central.
En visitant cette église, nous n'avons pas vu ces deux
étages et nous avons hésité à la qualifier de « parlement ».
Mais en rédigeant ce texte, nous avons vu sur l'image
10 qu'il existait une crypte (image
34). La page de Wikipédia nous apprend ceci : « Cette
crypte, qui était éclairée et aérée par trois fentes
situées près du sommet du podium, n'avait probablement pas
de fonction formelle, et ne pouvait être le lieu de repos
du sarcophage de Dioclétien. L'intérieur n'en était pas
décoré et en partie obstrué par huit contreforts projetés
en avant des parois vers le centre. L'existence d'un
puits, dont la date n'est pas certaine, laisse penser que
cet espace restait accessible, bien que sa fonction ne
soit pas définie. ». Nous pensons qu'initialement,
le niveau du sol devait être plus à hauteur de celui de la
crypte. Celle-ci n'était pas voûtée et il y avait donc un
vide central tout à fait semblable à celui que l'on a
identifié pour les édifices centrés à deux étages. Celui-ci
devait donc être aussi un édifice centré à deux étages.
Images
35, 36 et 37. Sarcophage dit « du Bon Pasteur ».
L'image du Bon Pasteur a parfois été confondue avec celle de
Hermès criophore (qui porte le bélier). Ici le personnage
est entouré de strigiles (symbole de l'eau, source de Vie
éternelle).
Images 38 et 39.
Restes de pavement.
Images 40, 41 et 42.
Encadrement d'une porte. On distingue sur le linteau, et de
gauche à droite, un lion, un griffon, un centaure, un aigle
impérial, un autre centaure, un autre aigle, un autre lion.
Nous pensons que cette porte est postérieure à la
construction initiale : an 800 avec un écart de 100 ans.
Images 43, 44 et 45.
Divers sarcophages. Le décor de celui de l'image
43 est identique à celui de l'image
37. Le décor d'arcades (image
43) doit selon nous représenter un symbolisme fort.
Images
46 , 47, 48. Concernant
ces vantaux sculptés, voici ce que nous apprend le texte de
Wikipédia : « Les
vantaux de la porte d'entrée sont ornés de 28 sculptures
sur bois (1214), représentant des scènes de la vie du
Christ de l'Annonciation à l'Ascension. Elles furent
sculptées par Andrija Buvina. Un document d'archives, Historia
Salontina, Codex Papali,
mentionnant l'installation des vantaux le 23 avril 1214
est conservé à Budapest, au Menzeti Muzeum .». Ce
texte est, pour nous, considéré comme important car il
permet de dater des représentations de la Vie de Jésus.
Images 49, 50, 51.
Diverses pièces de mobilier liturgique qui permettent de
voir que la visite de cette cathédrale ne doit pas se
limiter aux objets datables du premier millénaire.
Images 52, 53, 54.
Chapelle Est (qui a dû constituer à une certaine époque
l'abside de l'église). On y voit de très belles stalles en
bois (datation envisagée : XIVe siècle).
Datation envisagée pour la cathédrale
Saint-Domnius de Split : an 300 avec un écart de 25 ans.