La nécropole de Manastirine à Solin 

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Nous n'avons pas visité cette nécropole, c'est la raison pour laquelle les images de cette page proviennent d'Internet.

Le guide vert Michelin décrivant la Croatie nous apprend ceci sur cette nécropole :

« Manastirine

Il s'agit d'une vaste nécropole  où furent exhumés nombre de sarcophages aujourd'hui exposés au Musée archéologique de Split. Selon la tradition, c'est ici que furent enterrés saint Domnius, et, par la suite, les nombreuses victimes des persécutions lancées par Dioclétien. Cette partie de l'agglomération était située hors des remparts.

Musée du Tusculum

La jolie demeure qui abrite le musée 
(image 7) fut construite par Fran Bulić, un archéologue passionné qui consacra sa vie à fouiller le site. Notez les nombreux éléments romains, utilisés en remploi, sous les fenêtres et les terrasses, où l'on peut même s'asseoir sur des fragments de colonnes. [...] »


L'image 1 est une vue par satellite du complexe funéraire. Comme toute vue par satellite, elle est orientée, le Nord étant en haut. Nous faisons les constatations suivantes : quatre absides semi-circulaires sont orientées vers le Nord, trois autres absides sont orientées vers l'Ouest et deux vers l'Est. Le plan de l'image 6, un peu plus clair, se révèle plus précis. En fait, ce sont six absides qui sont tournées vers le Nord, quatre vers l'Ouest et deux vers l'Est.

Les légendes de ce plan de l'image 6 seraient les suivantes :

• noir : IIe siècle av. J.-C.

• vert : Ier siècle av. J.-C.

• jaune : IVe siècle apr J.-C.

• bleu : Ve siècle apr J.-C.

• rouge : VIe siècle apr J.-C.

On constate que les fouilles ont révélé 5 phases différentes de construction dont 2 plus importantes que les autres. Ainsi, les constructions révélées par les trais jaunes (IVe siècle) contiennent onze des douze absides demi-circulaires. Ces absides semblent avoir été construites autour d'un grand espace rectangulaire. Le trait bleu permet d'identifier ce qui pourrait être une basilique à nef triple.

Mais revenons à l'ensemble révélé par les traits jaunes. Il faut comprendre que cet ensemble étant funéraire, l'orientation doit avoir de l'importance. C'est en tout cas ce que révèlent de nombreuses fouilles de nécropoles. On y voit de nombreuses tombes orientées dans le même sens. Parfois, dans une partie de la nécropole, il y a une direction, et, dans une autre partie, une direction différente. Nous pensons que ces directions sont liées à des croyances : on dispose le corps du mort de façon à ce qu'il puisse ressusciter dans la direction convenable. Mais alors, comment expliquer que les constructions en traits jaunes aient adopté des directions différentes ? Le mystère reste entier.


Les tombes les plus intéressantes de cette nécropole ont été déposées au Musée archéologique de Split que nous n 'avons pas pu visiter par manque de temps. Certaines de ces pièces sont néanmoins restées sur place. Voici la description de quelques unes :

Image 7 : Le musée du Tusculum : comme il est écrit ci-dessus, la façade est décorée de diverses sculptures utilisées en réemploi.

Image 8 : Fontaine décorée de diverses sculptures en réemploi. Nous ne sommes pas certains que ce soit le cas de toutes. En particulier, celle de l'homme crachant l'eau. Par contre, l'atlante situé au-dessous semble ancien.

Image 9 : Très belle représentation, malheureusement dégradée, d'un couple allongé comme pour un banquet. Il s'agit semble-t-il d'un banquet funéraire. Au pied des époux, un « putti », symbole de vie. Sur le matelas qui portent des époux, sont représentés de part et d'autre des chevaux ailés (Pégase ? Les chevaux de Castor et Pollux ?) et entre les deux, des animaux bondissants. En dessous encore, une frise contient divers quadrupèdes et des dauphins.

Image 10 : Couvercle de sarcophage en forme de toit avec des tuiles et des acrotères. Sur la face avant de ces acrotères, sont sculptés deux personnages ailés dans une attitude de penseur (Castor et Pollux ?).

Images 11, 12 et 13 : Il semblerait que ce sarcophage soit identique à celui des sphinx vu précédemment (deux sphinx s'abreuvant à un canthare). Sur le petit côté de ce sarcophage, on distingue un amour ailé soutenant un autre amour en train de renverser un liquide. Et ce, en présence d'un troisième amour. Nous avouons notre incompréhension par rapport à cette scène.

Il existe une troisième scène développée sur la face arrière (images 12 et 13). On y voit un ensemble de huit amours ailés. L'un porte un panier de fruits, un autre une sorte de tambourin. Deux s'enlacent. Il semblerait que la scène exprime quelque chose d'idyllique, une sorte de paradis céleste ? Il faut savoir que les puttis, petits enfants nus, représentaient pour les romains la vie. Pour eux, la naissance ne correspondait pas à la sortie du ventre de la mère mais deux ou trois ans plus tard, quand l'enfant était capable de marcher ou de jouer. L'intérêt de ce sarcophage est de montrer le lien pouvant exister entre deux représentations symboliques fortement différentes : les sphinx et les amours.

Image 14 : Décor de chrisme sur un sarcophage.

Image 15 : Décor de croix pattée sur un couvercle de sarcophage à acrotères.


Datation envisagée pour la nécropole de Manastirine à Solin : an 400 avec un écart de 100 ans.


Information supplémentaire

Peu après que l'actuelle page Internet ait été mise en ligne, nous avons appris, grâce à Alain Le Stang, qu'il y avait des informations sur ces vestiges sur le site officiel de l'Office de Tourisme de Solin. Nous reproduisons ci-dessous le texte intégral :

« Manastirine

Comme nous l'avons déjà mentionné, les coutumes et les lois romaines imposaient que les morts soient enterrés à l'extérieur de la ville, la coutume que les chrétiens ont fini par suivre. Les premiers cimetières chrétiens de Salona, parus quand les chrétiens n'avaient pas encore le droit de confession, se forment sur les terrains privés, à l'extérieur de la ville, tels que Kapljuč, Manastirine et Marusinac. Là, sur les tombes des membres éminents de la communauté chrétienne ou même des martyrs locaux, peu à peu on développe le culte de vénérer les dépouilles terrestres. Cette volonté des chrétiens d'être enterrés aussi près que possible de leurs idéaux, cause le développement des grands cimetières. On y construit de grandes basiliques au dessus des chapelles ou des monuments commémoratifs qui contenaient les restes des religieux respectés. Manastirine doit son nom à la tradition locale qui voit souvent dans les ruines des anciens bâtiments les demeures et les traces des monastères
(manastir).

Ce site, dans la tradition religieuse et la vie des locaux, est lié à la légende du transfert des reliques de Domnius, martyre de Salona, (Saint Dujam, saint patron de Split) et Anastasius d'Aquilée (Sv. Staš) depuis Salona à la cathédrale de Split. Cette légende a été également mentionnée par l'empereur Constantin Porphyrogénète et le chroniqueur de Split, l'archidiacre Toma. Les martyrs Venancio, Domnius et Septime sont enterrés dans le cimetière de Manastirine.

Les ruines trouvées sur le site ont attiré les chercheurs de Salona. Le premier directeur du Musée archéologique de Split, K. Lanza, a creusé, il y a 180 ans, à côté de l'église de Saint Domnius (Sv. Duje), qui est située à l'entrée du parc archéologique. Son fils Franjo, qui lui a suivi, a publié la première description de ce site archéologique. Ensuite F. Carrara a mené les recherches à Manastirine, suivi par M. Glavinić, qui a publié les premiers schémas (plans). Ce site important a été également étudié en détail par F. Bulić, qui, après l'avoir évalué, a organisé, en 1894, à Manastirine, le premier congrès international d'archéologie paléochrétienne. Plus tard, l'Autrichien R. Egger a étudié les ruines pendant ses travaux sur ce site, mais à ce jour le surface n'a pas été complètement étudiée, même après quelques révisions majeures ou de nouvelles découvertes de l'équipe croato-française dirigée par le directeur actuel du Musée de Split E. Marin et monsieur N. Duval.

Ce site archéologique est particulièrement important pour l'histoire de l'église, parce qu'on y a enterré Domnius (Dujam), l'évêque et martyr de Solin, plus tard devenu Saint Patron de Split, qui a été tué au cours de la persécution des chrétiens en 304, à l'époque de l'empereur Dioclétien. Les vestiges de nombreuses chapelles funéraires avec sarcophages qui ont été érigées autour de sa tombe et les églises qui y ont été construites à divers stades de construction, représentent aujourd'hui un tableau archéologique très difficile à déchiffrer. »


Commentaires sur ce texte

Nous retenons de ce long texte ces phrases du paragraphe final : «  Les vestiges de nombreuses chapelles funéraires avec sarcophages qui ont été érigées autour de sa tombe et les églises qui y ont été construites à divers stades de construction, représentent aujourd'hui un tableau archéologique très difficile à déchiffrer. ». Ceci confirme ce que nous avons écrit ci-dessus sur le caractère énigmatique des constructions du IVe siècle : des absides orientées dans trois directions principales différentes : l'Est, le Nord et l'Ouest. À ce sujet, nous envisageons que ces directions pourraient être liées aux croyances de certains peuples. Ainsi les peuples méditerranéens et du Moyen-Orient privilégieraient l'Est, direction du soleil naissant. Pour les peuples nordiques, ce serait le Nord d'où viennent les troupeaux dans leur grande migration au printemps. Mais pourquoi l'Ouest ? Peut-être les Wisigoths ou Goths de l'Ouest ?