L'église en ruines Saint-Jean-l'Évangéliste de Biograd na Moru
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Nous n'avons pas visité cette église. Les images de cette
page ont été recueillies sur Internet.
Rappelons ce que nous avions écrit dans la page précédente :
« Peu
après le milieu du XIe siècle, furent fondés de
nombreux monastères dont certains conservent leur
abbatiale : Saint-Pierre à Supetarska Draga, Saint-Thomas
et Saint-Jean-l’Évangéliste à Biograd, Sainte-Marie à
Zadar, Sainte-Euphémie à Split, etc. [...] » (Texte
extrait de l'article intitulé «
Le premier art roman en Istrie et en Dalmatie »;
par Miljenko Jurković et Iva Marić).
L'église Saint-Jean-l’Évangéliste dont il est ici question
est très probablement l'église en état de ruine représentée
sur les images ci-dessous. Son plan (image
1) est lui aussi extrait de l'ouvrage «
Le premier art roman en Istrie et en Dalmatie ».
Les événements peuvent survenir sans qu'on cherche à les
provoquer. Nous étions en train de construire cette page
lorsque nous avons pris connaissance d'un ouvrage intitulé «
Les
chevets à trois absides des églises chypriotes et leur
rapport avec le chevet du martyrium
de Saint-Syméon (IVe-VIIe siècles)
», par Marie-Christine Comte. Le texte complet est
accessible sur Internet par le lien https
: //journals.openedition.org/syria/10090.
Marie-Christine Comte a identifié à Chypre et en Palestine
plusieurs églises ayant un plan particulier que nous-mêmes
définissons ainsi : « Les églises à nef à trois vaisseaux et
trois absides semi-circulaires en prolongement de ces
vaisseaux ». Madame Comte date ce type de basilique du IVe
ou Ve siècle. Voici un extrait de ce qu'elle
écrit : « Le
chevet à trois absides n’est pas une rareté en Chypre. Au
contraire, cette forme paraît voir ses prémices se mettre
en place dès la fin du IVe s., lorsque l’île
est prise d’une fièvre de constructions, une fois remise
des tremblements de terre du milieu du siècle. Parmi les
nombreux plans proposés, c’est l’église Saint-Épiphane qui
fut la plus copiée et suivie et donna les plans à trois
nefs et trois absides qui se répandirent dans l’île dès le
début du Ve s. ». Le plan concerné est
identique à celui de l'image
1, plan d'un édifice estimé du XIe
siècle. Soit six siècles de différence !
Une telle différence exige des explications. Parce qu'en
archéologie, le plan est une donnée essentielle car il
permet de découvrir, au delà de la forme du monument, sa
fonction, et sa datation approximative. Très probablement,
on arrivera un jour à dater les monuments grâce à l'analyse
des mortiers. Mais on n'en est pas encore là. Et jusqu'à
présent, le plan reste un outil qui peut se révéler
efficace. Mais, dans le cas présent, l'un parle du Ve
siècle, l'autre du XIe siècle. Qui a raison ? Qui
a tort ? Notre site Internet décrit plusieurs centaines
d'édifices ayant un plan analogue à celui-ci. Devons-nous,
pour chacun d'entre eux, ajouter la mention suivante : «
église du Ve siècle ou bien du XIe
siècle » ? Et que penseriez-vous de nous dans ce cas-là ?
Il faut comprendre que jusqu'à présent, tout cela ne posait
pas problème. On ne cherchait pas à comparer les édifices et
on faisait confiance à ceux qui nous apportaient des
certitudes. Mais la création d'Internet a permis de disposer
de connaissances immédiates. Et donc la situation évolue
très rapidement. Nous ne sommes pas certains que ceux qui
ont rédigé ces articles il y a plus de 15 ans rédigeraient
les mêmes actuellement. Et il en est de même pour nous.
Mais concrètement, dans le cas présent, quelle date
proposerions nous pour cette église ? Nous ne sommes pas
d'accord pour le XIe siècle. À cette date, les
églises étaient au moins en partie (collatéraux) voûtées. Il
y avait un transept et, éventuellement, un ouvrage Ouest.
Nous n'avons pas encore étudié l'ouvrage de Marie-Christine
Comte. Cependant, nous pensons que ce type d'église est un
peu plus tardif que le Ve siècle. Nous pensons
que les chevets à trois absides ont pu remplacer des chevets
préexistants (la nef étant du Ve siècle et le
chevet du VIIIe siècle). Mais au delà de cela et
compte tenu du grand nombre d'édifices associés à ce plan,
nous sommes forcés d'en déduire que ce plan a été utilisé
pendant plusieurs siècles. Et donc, au risque de décevoir le
lecteur qui voudrait associer ce monument à un siècle
précis, nous sommes obligés d'envisager une datation plus
floue.
Datation envisagée
pour l'église Saint-Jean-l'Évangéliste de Biograd na Moru :
an 850 avec un écart de 150 ans.