La cathédrale Notre-Dame de l'Assomption de Pula
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Nous avons visité cette cathédrale en avril 2024. La
majorité des images de cette page a été prise lors de cette
visite. Les autres images proviennent d'Internet.
La page du site Internet La
Cathédrale de l'Assomption de la Sainte Vierge Marie -
Tourism Office Pula consacrée à cette église nous
apprend ceci :
« Au
bord de la mer, immédiatement à l’intérieur des murailles,
à coté de la rue principale qui menait de la rue des
Flaviens au Forum, se trouve la cathédrale de Pula. Érigée
au IVe siècle sur le lieu de constructions
anciennes. Il existait vraisemblablement à cet endroit une
cache où les chrétiens célébraient leur culte quand le
christianisme était encore une religion interdite dans
l’empire romain. Le bâtiment actuel remonte au Ve
siècle. Il s’agit d’une grande basilique à trois nefs
séparées par deux files de colonnes. Le sanctuaire était
fermé à l’Est par un muret en demi-cercle. Devant lui, se
trouvait le banc des prêtres et la chaire épiscopale.
L’église était à l’origine décorée de mosaïques murales et
de pavements ainsi que de fresques. De ces ornements
originels, il ne nous reste que quelques fragments de
mosaïques sur le sol et le nom de personnes qui ont
financé leur réalisation.
Les parties plus anciennes préservées du mur datent du
début du IVe siècle et ils sont observables sur
la façade postérieure de l’église. La cathédrale de Pula a
été lourdement endommagée durant l’attaque vénitienne sur
la ville en 1242, elle a alors été partiellement rasée et
incendiée. L’église a été reconstruite à plusieurs
reprises. Les hauts murs de la nef centrale ont gardé
leurs fenêtres du début de la chrétienté, tandis que les
murs latéraux ont reçu lors de la rénovation de nouvelles
fenêtres gothiques en ogive.
Le baptistère cruciforme de la cathédrale, érigé sur un
parvis au Ve siècle, a été détruit en 1885. Au
début du XVIe siècle, la cathédrale a été dotée
d’une nouvelle façade, d’un style de Renaissance tardive
et devant l’église, dans la deuxième moitié du XVIIe
siècle (1671 - 1707), le campanile a été terminé. Pour ses
fondations, on a utilisé le matériau lapidaire de
l’amphithéâtre de Pula. Dans le parc exigu au sud de la
cathédrale, se trouvait jadis une très ancienne église
dédiée à saint Thomas, saint patron de la ville. Elle
avait été élevée entre la fin du IVe et le
début du Ve siècle et elle a été détruite en
1657. Le phénomène d’églises doubles est bien connu en
Istrie (Nezakci, Poreč). L’église de Saint Thomas, après
sa destruction au Moyen-Âge, n’a jamais plus été
reconstruite. Les dernières ruines de cette construction
pouvaient encore être aperçues en 1812. »
Selon la page dédiée du site Internet Wikipédia :
« Histoire
On pense que le site de l’église actuelle abritait un
temple dédié à Jupiter Conservator
à l'époque romaine. Des fouilles archéologiques ont
également révélé des ruines de thermes romains à cet
endroit, et il est considéré comme probable que pendant la
persécution de Dioclétien, les chrétiens locaux l’ont
utilisé pour des rassemblements secrets.
Aux
IVe et Ve siècles, tout un complexe
d’anciens bâtiments chrétiens a été progressivement érigé
sur le site. Une petite église dont la largeur correspond
à la nef centrale de l’actuelle cathédrale a été
construite en premier, suivie au milieu du IVe
siècle par une église Saint-Thomas à une seule nef, à
côté. Ces deux édifices ont été incorporés dans une
église-halle agrandie au début du Ve siècle.
Dans la seconde moitié du Ve siècle, elle a été
transformée en une basilique à trois nefs qui présentait
des éléments architecturaux populaires dans le nord de
l’Adriatique de l’époque, tels que l'abside encastrée dans
la façade et la face arrière entièrement plate de
l’église. À peu près à la même époque, un baptistère en
forme de croix et une résidence épiscopale ont été
construits devant la basilique, mais ils ont tous deux été
démolis au XIXe siècle après le transfert du
siège du diocèse à Poreč en 1828. [...]
En
1242, la cathédrale a été lourdement endommagée lors d’un
raid vénitien et de l’incendie qui s’en est suivi. Les
dommages ont été entièrement réparés au XVe
siècle lorsque le bâtiment a subi une reconstruction
complète et que la sacristie actuelle a été ajoutée.
En 1707, le clocher indépendant de style baroque a été
ajouté, à côté du baptistère du Ve siècle
devant la basilique. .La façade classique de la cathédrale
actuelle a été construite en 1712, à l’époque de l’évêque
Bottari, lorsque d’importants travaux de reconstruction de
la basilique et du clocher ont été lancés et ont
finalement été achevés en 1924. Le baptistère du Ve
siècle a ensuite été démoli en 1885. Pietro Kandler, un
historien autrichien du XIXe siècle, avait fait
plusieurs dessins du baptistère qui ont subsisté jusqu’à
nos jours et qui montrent qu’il avait des fonts baptismaux
hexagonaux, similaires à ceux de la basilique euphrasienne
de Poreč. »
Commentaires de ces
textes. Les deux textes ne disent pas tout à fait
la même chose. Il convient donc de les comparer. Retenons
cette information : il y avait primitivement deux églises
voisines, l'une dédiée à Notre-Dame de l'Assomption, l'autre
à Saint Thomas, patron de la cité. Il y avait aussi un
baptistère. On retrouve dans cette proximité de trois
édifices cultuels la structure d'un « groupe cathédral »
évoquée à de nombreuses reprises sur ce site. Un groupe
cathédral est l'association de plusieurs églises. L'une
d'entre elles, en général dédiée à Notre-Dame de
l'Assomption, est l'endroit où siège l'évêque, la
cathédrale, une autre en général à plan centré et dédié à
saint Jean-Baptiste est le baptistère, éventuellement un
troisième édifice accueille le saint du lieu. Et, en
fonction de l'importance du diocèse, il peut y avoir
d'autres églises encore dans cet enclos épiscopal. Mais ce
n'est pas tout ! Il faut savoir que les premiers évêques de
l'église chrétienne, les episcopi,
étaient responsables de petites communautés, souvent cooptés
au sein de ces communautés, rarement désignés par des
autorités supérieures. Ce pouvaient être de riches
propriétaires terriens mettant leurs locaux privés à
disposition de la communauté. Ceci signifie qu'il pouvait y
avoir plusieurs évêques dans une même grande ville, chaque
communauté ayant son évêque. De même que, de nos jours, il
peut y avoir plusieurs associations sportives dans une même
ville. Dans le cas de Pula, cela expliquerait pour quelles
raisons on y trouve au moins trois églises anciennes dédiées
à la Vierge Marie.
Remarque :
La phrase suivante, « Le
phénomène d’églises doubles est bien connu en Istrie
(Nezakci, Poreč) », nous a permis de découvrir le
site archéologique de Nesactium
(Nezakcij) décrit dans cette
précédente page.
Hormis quelques pièces archéologiques encastrées dans les
murs (images de 4 à 9),
les vues extérieures de l'édifice (images
1, 2, 3) sont peu révélatrices de tout l'intérêt
qu'il apporte.
Le linteau en bâtière (images
de 10 à 13)
Nous avons repéré ce linteau dès notre premier passage à
Pula en septembre 2011. Et pu lire la date indiquée sur ce
linteau : DCCCLVII (857) ainsi que la précision AN
.INCARNAT.DNI. Permettant de dater presque sûrement ce
bas-relief de l'an 857.
Mais il y avait encore quelques doutes sur le reste du texte
épigraphique. Grâce à notre guide locale, nous avons pu
retrouver la transcription
AN(no) INCARNAT(ionis) D(omi) NI DCCCVII
IND(ictione)V.REG(nant)E .LVDOWICO IMP(erator)AVG(usto)
EN.ITALIA..HANDEGISHVIVSA. ECC(lesi)AE.
ELECT(us). D(ie) PENTE(cotis) CONS (tructivit)EPIS(copus)
SED(dens) AN(no) V.
Traduction proposée par Lucijan FERENČIC : « L'an
857 après la venue du Seigneur, la cinquième année où le
roi exalté Ljudevit régna en Italie, il (Handegish)
fut choisi dans cette église comme évêque et consacré le
jour de la Toussaint (en fait la Pentecôte).
La cinquième année de son épiscopat il a construit
(la porte). »
Ce texte est confirmé par l'information suivante : Louis II,
dit Louis « le Jeune » (1er novembre 825 – 12
août 875), est le fils aîné de Lothaire 1er
(795-855) et d'Ermengarde de Tours(804, 851). Il fut roi
d'Italie de 844 à 875 et empereur d'Occident de 850 à 875.
Un fait qui nous semble important : sur ce tympan, Louis II
est désigné comme étant Roi d'Italie, Empereur et Auguste.
Il est possible que ces trois désignations, roi, empereur et
auguste doivent être interprétées comme étant des titres
honorifiques. Nous pensons que ce pourraient être diverses
fonctions. Tout comme, à l'heure actuelle, il y a en France,
un président de la république, un chef de gouvernement, un
ministre des armées, un chef des armées, qui ont diverses
fonctions dont certaines peuvent être cumulatives, il est
possible que les charges, les pouvoirs et les
responsabilités aient été différentes entre un roi, un
empereur et un auguste. Si nous envisageons cela, c'est
parce que nous avons constaté qu'aux débuts du premier
millénaire, le titre de roi était réservé à des individus
appartenant à des lignées princières de tribus barbares : il
y avait un roi des Francs, un roi des Burgondes, un roi de
Navarre. Les rois, représentants de peuple, avaient un
pouvoir politico-magique : un enfant pouvait être roi par
son hérédité. Toujours au cours des premiers siècles de
notre ère, il y avait les césars qui étaient des chefs de
guerre. Le titre de césar pouvait être acquis par la valeur
au combat. Il y avait enfin les augustes qui contribuaient
au financement des armées. Le titre de césar a été par la
suite effacé par celui d'empereur. Il est donc possible que
Louis II ait cumulé trois fonctions : par sa naissance, il
était roi des peuples d'Italie (en fait des Francs
d'Italie), chef de guerre, il occupait la fonction
d'empereur chef des armées, et c'était lui qui, comme
Auguste, devait participer au financement de ces armées.
Image 12.
Concernant le monogramme, nous avouons notre
incompétence en la matière. Nous identifions les lettres
E,D, A, C et plus loin E, P, S mais le résultat est bien
mince (Edace Episcopus ?)
Images 10 et 13.
L'épitaphe est encadrée par deux paons. On retrouve ici le
thème des oiseaux au canthare, le canthare étant remplacé
par l'épitaphe.
Ce linteau est, selon nous, d'un très grand intérêt pour
plusieurs raisons :
Il permet de dater des environs de l'an 850 (an 850 avec un
écart de 50 ans) un grand nombre de linteaux en bâtière
décrits sur ce site. Il faut comprendre que jusqu'à présent,
nous étions incapables de les dater avec une certaine
précision, soupçonnant seulement qu'ils pouvaient être
antérieurs à l'an mille. La datation de ces linteaux en
bâtière permet aussi de dater les structures de bâtiments
qui les contiennent (exemple : Beaulieu-sur-Dordogne).
Il permet de dater des environs de l'an 850 (an 850 avec un
écart de 50 ans) les bas-reliefs représentant des paons
analogues à ceux que l'on voit ici. Nous pensions que ces
bas-reliefs pouvaient être d'une grande ancienneté (IVe
ou Ve siècle) et issus de sarcophages romains.
Nous devons réviser nos positions.
Les images
14, 15 et 16 sont caractéristiques d'une église à
plan basilical héritée des premières basiliques romaines :
nef à trois vaisseaux charpentés avec un vaisseau central
porté par des colonnes cylindriques monolithes et des arcs
en plein cintre. Le chevet est rectangulaire et il n'y a pas
de transept. Tout confirme l'origine ancienne du plan. Mais
c'est le plan qui est ancien et non les constructions
nettement plus récentes. C'est ce que disent les textes,
mais nous l'avions réalisé bien avant. En effet, lorsque
nous voyons une église aussi parfaitement agencée, nous ne
pouvons pas imaginer qu'elle ait pu rester intacte pendant
plus d'un millénaire. Car en dehors des dommages imputables
aux hommes (pillages, incendies, aménagements divers), il y
a les dommages imputables à des phénomènes naturels
(intempéries, tempêtes, tremblements de terre,
vieillissement des structures). C'est vrai pour cette
église, ça l'était aussi pour la basilique euphrasienne de
Poreč, bien que dans ce dernier cas, il a pu y avoir des
restaurations à l'identique. Ce qui est moins vrai pour
celle-ci comme nous le verrons.
Il y a cependant dans cette église des parties réellement
anciennes. Il en est ainsi du chœur séparé de la nef par un
arc triomphal. Celui-ci (images
17, 20, 21, 22) a ceci de particulier qu'il est
porté par des colonnes cylindriques détachées du mur de la
nef. C'est là un élément caractéristique d'un édifice
préroman. En effet, dans les édifices romans, l'arc
triomphal est porté soit par des pilastres, soit par des
colonnes demi-cylindriques adossées aux piliers ou aux murs
latéraux (mais jamais détachés de ces murs). À cela s'ajoute
le fait que l'arc triomphal repose sur la colonne
cylindrique et son chapiteau par l'intermédiaire d'un
tailloir d'une très grande longueur pénétrant profondément
dans le mur latéral (images
20, 21, 22). Là encore, le fait est exceptionnel.
Nous l'avons rencontré à plusieurs reprises pour des églises
estimées préromanes, de peu antérieures à l'an mille.
Par ailleurs, nous constatons la grande ressemblance entre
les chapiteaux de ce chœur (images
18, 19, 21 et 22), ressemblance avec le chapiteau
déposé à l'extérieur (image
5) : chapiteaux issus du corinthien, mais la
feuille d'eau a remplacé la feuille d'acanthes. Il y en a
deux rangs au lieu de trois, les caulicoles formant le
troisième rang.
Nous pensons que l'utilisation d'un seul style de chapiteau
est, là encore, signe d'ancienneté. Dans l'art roman, tous
les chapiteaux sont différents.
Les chapiteaux de la nef (images
de 23 à 27) sont quant à eux très différents de
ceux vus précédemment. Rappelons le texte ci-dessus : « En
1242, la cathédrale a été lourdement endommagée lors d’un
raid vénitien et de l’incendie qui s’en est suivi. Les
dommages ont été entièrement réparés au XVe
siècle lorsque le bâtiment a subi une reconstruction
complète et que la sacristie actuelle a été ajoutée.».
Il nous semble que l'écart d'environ 200 ans séparant la
date de 1242 et le XVe siècle est trop grand. Les
habitants n'ont pas dû attendre 200 ans pour que leur église
soit entièrement rebâtie si elle avait été entièrement
détruite en 1242. Très probablement, il y a eu durant cet
intervalle de temps de nombreux travaux d'entretien jusqu'à
une réfection complète au XVe siècle, mais sur
des structures anciennes (les fondations des piliers) et en
imitation des modèles anciens. Par contre, pour le décor des
chapiteaux, on a obéi aux goûts de l'époque (gothique
tardif, débuts de la Renaissance).
Image
28. Bas-relief
déposé dans la nef ayant probablement fait partie d'une
clôture de chœur. Au centre? une croix à 6 branches est
encadrée par deux fines croix latines.
Image 29.
Bas-relief déposé dans la nef ayant probablement fait
partie d'une clôture de chœur. Deux agneaux affrontés. Nous
ne pensons pas que c'est le thème de l'Agnus Dei, mais des
agneaux représentés comme le Peuple de Dieu.
Image 30.
Bas-relief déposé dans la nef ayant probablement fait
partie d'une clôture de chœur. Au centre, un canthare d'où
jaillissent des pampres de vigne.
Image 31.
Bas-relief déposé dans la nef ayant probablement
fait partie d'une clôture de chœur. Au centre, une croix à 6
branches est encadrée par deux paons.
Image 32.
Bas-relief déposé dans la nef ayant probablement fait partie
d'une clôture de chœur. Au centre, une croix à 6 branches
est encadrée par deux paons. Il existe cependant une
différence avec l'image précédente : les branches non
verticales sont décalées vers le haut. De plus, il y aurait
un arrondi en haut de la branche verticale. Ce qui
permettrait de reconstituer le khi-rho d'un chrisme.
On remarque que les paons des deux dernières images sont
très ressemblants aux paons des images
10 et 13 . On en déduit la datation des
bas-reliefs des images 31
et 32, mais aussi probablement des images
28, 29 et 30 : an 850 avec un écart de 50 ans.
Images
33, 34 et 35. Restes d'un ciborium
qui se trouvait dans le baptistère. Admirer le magnifique
travail de sculpture. Un examen attentif montre d'abord que
les trois pièces ont des décors d'entrelacs différents. De
plus, pour chacune d'elles, il n'y a pas une symétrie
parfaite mais des détails différents, originaux et
volontaires ; un peu comme dans le jeu bien connu des deux
dessins apparemment identiques mais dans lesquels ont été
glissées 7 petites erreurs.
Datation
La nef ayant été refaite, il nous est difficile de dater la
nef ancienne. Nous pouvons seulement essayer de dater le
chœur par ses chapiteaux et les colonnes porteuses de l'arc
triomphal.
Datation envisagée
pour le chœur de la cathédrale Notre-Dame de l'Assomption de
Pula : an 550 avec un écart de 150 ans.