Le musée archéologique de Zadar (collections du premier millénaire de notre ère) 

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Nous avons trop rapidement visité ce beau musée. Les images de cette page ont été prises lors de cette visite.

Image 1 : Dès l'entrée de la partie du musée consacrée à la sculpture préromane, sont accrochées aux murs plusieurs sculptures sur lesquelles sont gravées des noms de donateurs. Celle du dessous donnerait les noms du prince Croate Branimir (879-892) et de l'abbé Teudebertus.

Image 2 : Détail de l'image ci-dessus. On a deux pièces successives d'une même clôture de chœur . On lit sur la première : + BRANIMIR o COM (?) et sur la seconde DVXCRVATORVCOGIT. Que nous essayons de traduire ainsi : Branimir, comte et duc des croates, a réalisé.

Ces deux bas-reliefs citant le nom d'un prince croate qui vivait à la fin du IXe siècle sont donc de la même époque. Voir même antérieurs au IXe siècle, car l'inscription effectuée d'une façon maladroite par rapport au reste de la sculpture s'apparente plus à un graffiti postérieur à la réalisation.

La datation de ces bas-reliefs qui est ainsi donnée est tout à fait intéressante, car elle entre en contradiction avec la datation au XIe siècle de pièces attribuée à des pièces analogues à celle-ci.

Remarquons enfin que le linteau est décoré d'une croix grecque à entrelacs encadrée par le soleil et la lune au-dessus des bras de la Croix, et deux oiseaux symétriques. Il s'agit là de l'avatar de la scène bien connue des « Oiseaux au canthare », le canthare étant ici remplacé par la croix.

Image 3 : L'étiquette décrivant le bas-relief de l'image 2 donnait l'emplacement de sa découverte : Šopot, près de Benkovac. Nous pensons que c'est de cette forteresse qu'elle était issue.

Image 5 : Les entrelacs dits « carolingiens » qui décorent cette porte semblent bien profanes mais, au sommet, la croix entourée d'un cercle témoigne bien de son caractère chrétien.

Images 6 à 10 : Les deux bas-reliefs de l'église Saint-Dominique racontent des épisodes de l'Enfance du Christ. Nous pensons que ces sculptures qui dateraient du IXe siècle sont exceptionnelles. Récemment encore, nous envisagions, à tort, que les représentations de l'Enfance du Christ étaient postérieures au XIe siècle.

Image 7 ; De gauche à droite, l'Annonciation ou la Visitation, la Nativité, l'Annonce aux bergers. La scène de la Nativité est toute différente des scènes habituelles. Une forme humaine flotte dans le ciel au-dessous de l'étoile de Noël. S'agit-il d'un ange ? Mais il n'a pas d'aile. À l'inverse de celui qui est debout sur le sol. Nous pensons que cette forme humaine flottant dans le ciel est la Vierge Marie qui désigne son Fils. Ce dernier est installé dans une sorte de cuve préfigurant sans doute des fonts baptismaux.

Image 8 : De gauche à droite, l'Annonce aux bergers et l'Adoration des Mages. La Vierge Marie assise sur son trône présente l'Enfant. Un enfant qui a déjà la taille d'un garçonnet.

Image 10 : : Deuxième panneau ; de gauche à droite, le Massacre des Saints Innocents et la Fuite en Égypte. Hérode est présenté sur son trône, levant la main pour donner l'ordre de tuer. Devant lui, un homme tenant un enfant suspendu par un pied et une mère éplorée. La représentation de la Fuite en Égypte est classique : la Vierge est assise sur un âne et porte l'Enfant Jésus. Joseph précède l'âne.

À remarquer le côté disparate de ces diverses scènes. Si les images de l'Annonciation, du Massacre des Saints Innocents, et de la Fuite en Égypte se retrouvent presque à l'identique dans des représentations plus tardives, il n'en est pas de même pour la scène de la Nativité, avec une Vierge Marie qui flotte dans les airs et l'absence de l'âne et du bœuf. Mais, ce qui nous apparaît encore plus surprenant est l'Adoration des Mages. Cette image est en fait très classique. On la retrouve à l'identique sur des chapiteaux romans postérieurs de près de trois siècles (exemple à la Cathédrale de Béziers) : la Vierge, assise sur son trône, porte sur elle l'Enfant Jésus face aux trois Mages. Image donc très classique mais il y a un détail déjà signalé auparavant : l'enfant n'est pas un bébé, mais un garçonnet vêtu d'une longue robe. Ce garçonnet est un peu plus grand que l'Enfant de la Nativité qui pourrait préfigurer le Christ du Baptême. Mais il est surtout plus grand que l'Enfant de la Fuite en Égypte. Ce dernier est enveloppé par des langes. On a donc la suite. Enfant de la Nativité : peut-être un bébé ? Enfant de l'Adoration : un petit adulte. Enfant de la Fuite : un bébé. Cette suite ne respecte pas la chronologie des faits. On retrouve là une idée que nous avons exprimée au sujet des Vierges romanes dont l'attitude est analogue à celle que l'on a ici. Certaines Vierges romanes ne portent pas un enfant mais un adulte en modèle réduit. Nous avons pensé que cet adulte n'était pas l'Enfant Jésus mais l'évêque du lieu, successeur des apôtres, eux-mêmes successeurs de la Vierge Marie. La scène de l'adoration des Mages pourrait être la présentation du pouvoir spirituel, face au pouvoir temporel.


Image 11 : La face avant de ce sarcophage contient cinq panneaux sculptés. Aux extrêmes, deux scènes identiques « d'oiseaux au canthare ». Ici les oiseaux encadrent une croix latine. Entre ces deux panneaux, deux autres contenant des entrelacs à plan centré non identiques. Le panneau central contient trois oiseaux. Il est possible que cette représentation soit en lien avec la légende des « Deux autruches » révélée par un bas- relief de la cathédrale de Vence (Alpes-Maritimes/Provence/France). Le rapprochement est d'autant plus important que les deux périodes correspondent.

Images 12, 13, 14 : Portail de l'église Saint-Laurent de Zadar. Cette église a été étudiée précédemment. La présence de ce portail qui devait être présent dès l'origine permet d'estimer une datation de l'église à l'an 850 avec un écart de 100 ans. Ce portail est, selon nous, incomplet. Il devait y avoir un arc de décharge permettant de protéger le linteau. Celui-ci est en bâtière. Deux anges portent la mandorle entourant le Christ assis sur son trône céleste. De part et d'autre de ces anges, on distingue deux arbres (arbre de Vie et arbre de la Connaissance du Bien et du Mal ?), puis deux sphinx.

Images de 15 à 20. Nous n'avons pas eu le temps de relever la provenance de ce ciborium. Avant de créer ce site Internet, nous ne connaissions pas l'existence des ciboriums. Nous les avions certainement rencontrés lors de visites d'églises mais nous avions négligé leur étude, les attribuant sans doute au XIXe siècle. Nous avons découvert certains d'entre eux lors de nos études sur l'Italie. Mais tous ou presque étaient à ce point restaurés que nous les avons estimés postérieurs au XIIe siècle, et donc hors de notre cadre d'étude. Il y avait cependant dans les décors ou les scènes historiées des points de détail qui nous questionnaient. Y avait-il eu survivance de traditions anciennes ? L'ensemble des sculptures présentées ici nous a fait comprendre notre erreur. Les entrelacs sont « carolingiens ». Donc des alentours du IXe siècle !

Images 15, 16 et 17 : Remarquer que pour cette face et les suivantes, il manque toute la partie supérieure. Les scènes sculptées étaient-elles dérangeantes au point qu'on les a détruites ? Cette face est décorée de deux lions à queue feuillue et tête humaine. La représentation du lion à queue feuillue a la particularité suivante : la queue passe entre les pattes arrières du lion pour remonter devant le corps et s'étaler au-dessus du corps. Ici le lion de gauche domine un petit quadrupède.

Image 18 : Les paons situés de part et d'autre devaient encadrer une scène (Canthare ? Croix ? Arbre de Vie ?). C'est en tout cas sur ce ciborium la seule représentation en rapport avec le culte chrétien.

Image 19 : À gauche, deux lions opposés se touchent par la langue. En dessous, un chien tire la langue sur l'arrière-train d'un des deux lions. La scène est énigmatique mais nous avons déjà rencontré des scènes semblables en Istrie, à L'église Sainte-Marie-Madeleine de Mutvoran.

Image 20 : À gauche, un sphinx domine un quadrupède au corps allongé (Crocodile ?). À droite, deux oiseaux (des paons) au canthare.


Image 21 : Sur cette plaque de chancel, au-dessus d'entrelacs, deux oiseaux encadrent une fleur.

Image 22 : La caractéristique principale de cette plaque de chancel se trouve dans les trois panneaux contenant chacun une croix latine pattée. À remarquer cependant que les intérieurs et bordures de ces panneaux sont tous différents.

Image 24 : Plaque sculptée d'un autre ciborium. Aucun détail témoin d'une religiosité.

Image 25 : Ce linteau d'une clôture de chœur semble totalement recomposé. Autre représentation de deux paons entourant un canthare.


Datation envisagée pour l'ensemble de ces sculptures

Cette réflexion sur la datation de ce type de sculptures concerne non seulement celles de ce musée de Zadar, mais aussi toutes les autres analogues que nous avons pu voir en Croatie, et particulièrement en Istrie, ainsi que toutes celles rencontrées ailleurs dans le monde méditerranéen. Le type en question est bien caractérisé. Ce sont des pièces de mobilier d'église (chancels, ciboriums, ambons) au décor souvent fait d'entrelacs imitant le cannage – il est même possible qu'à l'origine, ces clôtures de chœur aient été réalisées en un cannage d'osier –.

Cette datation est relativement difficile. D'une part, les ressemblances entre les décors font envisager que ces sculptures ont été réalisées dans un temps très court. L'appellation « entrelacs carolingiens » fait penser à la période des « Charles » (Charles Martel, Charlemagne, Charles de Chauve, …). Et donc le IXe siècle. Soit une période de courte durée (seulement un siècle). Mais, ce faisant, on ne laisse pas la place à d'autres siècles, le VIIe, le VIIIe, le Xe et le XIe siècles. Or il a bien dû y avoir des réalisations durant ces siècles là. Où seraient elles si elles ne sont pas dans ce musée ? Il nous faut donc admettre que la réalisation de ces sculptures a dû se dérouler durant une période supérieure à un siècle. On doit pouvoir réaliser une chronologie de ces productions. Mais nous ne sommes pas en mesure de le faire.

Datation envisagée pour l'ensemble des sculptures de ce musée : an 850 avec un écart de 100 ans, sachant que les bornes inférieure (an 750) ou supérieure (an 950) peuvent être franchies avec une probabilité d'environ 15%.


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