Les ruines de l'abbatiale de Hersfeld à Bad Hersfeld
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Nous n'avons pas visité ce site. Notre étude de cet édifice
s'est inspirée de pages d'Internet (ex : Wikipédia) et de
l'analyse de galeries d'images issues d'Internet. Nous avons
en particulier abondamment consulté le site Internet http
: //romanische-schaetze.blogspot.com/ qui a recueilli
les images de plusieurs centaines de monuments. Notre site
traitant seulement du premier millénaire, nous n'avons
conservé que les monuments susceptibles d'appartenir à cette
période, mais ce site, dont le nom se traduit en français
par « Trésors
romans », est beaucoup plus riche en monuments et
nous en conseillons la lecture. Certaines images ci-dessous
sont extraites de ce site Internet.
La page du site Internet Wikipédia consacrée à cette église
nous apprend ceci :
« Histoire
La collégiale provient d’un ermitage fondé par Sturmius en
736. Entre 769 et 775, l’évêque Lullus de Mayence
transforma l’ermitage en monastère bénédictin. Dans le
même temps, une église plus grande a été construite à la
place de l'ancienne chapelle, dédiée à Saint Simon le
Zélote et à Judas Thadée. En 780, les ossements de saint
Wigbert furent amenés de Büraburg, près de Fritzlar, à
Hersfeld. Les fondations de ces deux églises ont été
trouvées lors de fouilles (par Joseph Vondereau en 1921 et
1922) dans l'aile Sud du transept des ruines du monastère
actuel. [...] L’abbé
Bun commença la construction d’une église monastique en
831. Cette basilique carolingienne fut achevée sous l’abbé
Brunwart en 850 et consacrée la même année par
l’archevêque Raban Maurus de Mayence. Le principal saint
patron de cette église est devenu Wigbert. C’est aussi
l’origine de la fête de Lullus, qui est encore célébrée
aujourd’hui.
Après
le grand incendie de 1038, la construction du nouveau
bâtiment roman a commencé, à l’exception du long chœur et
du bâtiment ouest. Elle a suivi le plan carolingien. La
consécration du chœur et de la crypte eut lieu en 1040 en
présence de l’empereur Henri III. Vers 1040, les
principales reliques de l’ancienne collégiale
carolingienne, les reliques des apôtres Simon le Zélote et
Judas Thaddée, furent données par l’abbé à l’empereur
Henri III pour la fondation de la collégiale de Goslar.
[...]
Le
grès de tous les bâtiments de l’église provenait
principalement de la carrière de Cornberg. Il est
également probable que le monument naturel “Lange
Steine” dans
la municipalité de Haunestal était également une ancienne
carrière d’où provenait le grès pour le monastère. Les
longues pierres auraient pu être détachées de la roche
pour les colonnes de la collégiale.
Pendant
la guerre de Sept Ans (1756-1763), les troupes françaises,
commandées par le maréchal Victor-François de Broglie, ont
occupé Hersfeld et utilisé les locaux des bâtiments
désaffectés du monastère et de la collégiale comme
entrepôts et magasins d’alimentation. Lorsque les troupes
du duc Ferdinand de Brunswick, alliées à la Prusse,
avancèrent rapidement contre Hersfeld en 1761, les
Français ne purent plus tenir leur position dans la ville.
Pour éviter que les fournitures ne tombent entre les mains
de l’ennemi, elles ont été incendiées. Le 19 février 1761,
la collégiale et les bâtiments de l’abbaye environnante
brûlent. La tour au-dessus de la croisée, avec la main en
cuivre doré (il semblerait que cette statuette soit
représentée sur l'image 8
au-dessus du pignon de l’avant-chœur),
qui provenait encore de Charlemagne, et le toit de
l’église se sont effondrés, entre autres, à cause des
explosions de poussières de farine. Six mois plus tard,
les flammes sortaient encore des tas de décombres. Seule
l’aile Est du monastère roman a été conservée. C’est
maintenant la maison du musée. Les ruines ont servi de
carrière pour les habitants de Hersfeld jusqu’au XIXe
siècle. »
Commentaires sur cette
première partie de texte
Sturmius, disciple de Winfried Boniface, évêque anglo-saxon,
aurait été le fondateur de l’abbaye de Fulda.
Saint Wigbert (également connu sous le nom de Wippertus),
était un compagnon missionnaire de Boniface et le premier
abbé du monastère bénédiction de Fritzlar. Wigbert était un
moine du monastère anglo-saxon de Glastonbury et un élève de
Boniface. À la fin du VIIe siècle, sous
Willibrord, il fait du prosélytisme avec Boniface en Frise.
Vers 720, il arriva dans la zone de mission de
Hesse-Thuringe.
On retrouve ici une histoire de moines issus des îles
britanniques ayant évangélisé une région d'Europe
continentale. Ces histoires sont fréquentes et donnent
l'impression que l'impact de leur évangélisation a été très
important. Pourtant, un tel impact n'apparaît pas sur le
plan culturel. Bien au contraire, on a l'impression que si
influence il y a eu, c'est en cens inverse : de l'Europe
continentale sur les îles britanniques (Angleterre, Écosse,
Irlande). Ceci dit, nous sommes loin d'avoir tout
inventorié.
On retrouve aussi certains des poncifs que nous dénonçons
presque sur chacune des pages de ce site. Le principal de
ces poncifs est le suivant : l'église est citée avant l'an
mille, mais l'église que l'on voit est du XIIe
siècle (voir ci-dessous le paragraphe consacré à la tour
Sainte-Catherine. Il y est écrit : «
l’ancien terrain du monastère du XIIe siècle. »).
Pour justifier cette datation plus tardive, on dit que la
précédente église antérieure à l'an mille a été détruite. Et
un incendie ou le passage des Normands servent à justifier
cette disparition. C'est le cas ici avec cette phrase « Après
le grand incendie de 1038, la construction du nouveau
bâtiment roman a commencé... ». Certes, un incendie
peut être très destructeur. Mais combien d'incendies
sont-ils destructeurs de la totalité d'un bâtiment ? En fait
très peu. Rares sont les incendies à ce point destructeurs
qu'il devient nécessaire de construire un nouveau bâtiment.
Et justement, la suite du texte fournit un bon exemple.
L'incendie du 19 février 1761 a été d'une telle intensité
que « Six
mois plus tard, les flammes sortaient encore des tas de
décombres. ». Malgré ce, les ruines de ce monastère
ont encore belle allure et si, après la Guerre de Sept Ans,
les moines avaient décidé de se réinstaller à Hersfeld, ils
n'auraient pas eu besoin de construire une église nouvelle ;
il suffisait de réparer celle-ci.
Poursuivons la lecture du texte de
Wikipédia :
« Architecture
L’église mesure 102,8 m de long de l’entrée principale à
l’ouest jusqu’à l’extrémité du long chœur à l’est.
L’église couvrait une superficie de plus de 3000 m2.
C’était l’une des plus grandes basiliques romanes au nord
des Alpes et est maintenant la plus grande ruine d’église
romane dans le monde.
Au-dessus de l’entrée principale du chœur Ouest (chœur des
laïcs), l'abside s'ouvre encore aujourd’hui en pleine
hauteur et largeur. De part et d'autre de l'ouvrage Ouest,
il y avait deux clochers, dont il ne reste que celui du
Sud.
La nef mesure 46,8 m de long et 29 m de large. Il y avait
une allée latérale sur les deux murs latéraux. Ceux-ci
sont détruits avec toute la structure du toit. Seule une
rangée de chapiteaux cubiques de plus d’un mètre de large
marque la rangée nord de colonnes qui séparait l’allée
principale de l’allée latérale.
Le transept, vestibule du sanctuaire (le chœur et la
crypte), s’étend librement sur toute sa longueur de 55 m,
sans divisions d’arcs et de colonnes. Sur les parois
orientales des ailes du transept, il y a deux absides
secondaires, qui sont également conservées. Au-dessus des
absides latérales, un quadrilobe (oculus en forme
de croix) s’ouvre
de chaque côté. Toujours dans le transept, le toit et le
clocher (probablement une construction en bois) qui
s'élevaient au-dessus de la croisée ne sont plus là. Sur
cette tour, on dit qu'il y avait une main dorée ayant
appartenu à Charlemagne. [...] L’arc
Est du transept, haut de 22,5 m au sommet, s’ouvre sur le
chœur de 27 m de long et la crypte à trois nefs en
contrebas. C’est la partie la plus ancienne de l’église,
qui peut également être vue dans les colonnes et les
chapeaux subsistants. Ici, la destruction est très forte.
Le toit du haut-chœur et de l’abside, le socle de l’autel
et la voûte de la crypte ne sont plus présents.
[...] »
Commentaires sur cette
seconde partie de texte
« De
part et d'autre de l'ouvrage Ouest, il y avait deux
clochers, dont il ne reste que celui du Sud. ».
Cette phrase est en rapport avec une petite découverte en
étudiant les monuments du Nord de l'Europe. En fait, elle
s'est faite graduellement en passant de la Belgique, puis
les Pays-Bas et enfin les premiers länder d'Allemagne :
Bade-
Wurtemberg, Basse-Saxe et surtout Bavière. Il faut
comprendre qu'au début de notre étude, nous avons délaissé
certaines parties d'édifices difficiles à évaluer ou
estimées postérieures à l'an mille, telles que les clochers,
les cryptes ou les cloîtres. Nous attendions, pour le faire,
d'avoir plus de renseignements. Concernant les clochers, il
y avait une telle diversité de styles ou d'emplacements (à
la croisée du transept, au chevet, au croisillon du transept
à l'Ouvrage Ouest, isolés, …) qu'une étude coordonnée nous
apparaissait impossible. Les dernières recherches nous
amènent à envisager, qu'à l'origine, il devait y avoir
symétrie des clochers. C'est à dire qu'en ce qui concerne
les clochers de chevet, de croisillons du transept,
d'ouvrage Ouest, il n'y avait pas un seul clocher, soit au
Sud, soit au Nord, mais deux, symétriques et identiques.. Le
texte ci-dessus nous confirme dans cette idée.
« Il
y avait une allée latérale sur les deux murs latéraux.
Ceux-ci sont détruits avec toute la structure du toit.
Seule une rangée de chapiteaux cubiques de plus d’un mètre
de large marque la rangée nord de colonnes qui séparait
l’allée principale de l’allée latérale. ». Cette
phrase a besoin d'une explication : la nef était à trois
vaisseaux charpentés. D'après le texte, les murs latéraux
Nord et Sud du vaisseau central devaient être portés par des
colonnes cylindriques à chapiteaux cubiques. Le même texte
précise qu'il doit subsister des restes de cela, mais
malheureusement nous n'en avons pas d'image.
Revenons à la première partie du texte :
« [...] Après
le grand incendie de 1038, la construction du nouveau
bâtiment roman a commencé, à l’exception du long chœur et
du bâtiment ouest. Elle a suivi le plan carolingien. La
consécration du chœur et de la crypte eut lieu en 1040 en
présence de l’empereur Henri III. Vers 1040, les
principales reliques de l’ancienne collégiale
carolingienne, les reliques des apôtres Simon le Zélote et
Judas Thaddée, furent données par l’abbé à l’empereur
Henri III pour la fondation de la collégiale de Goslar.
[...]».
Et posons nous la question : d'où vient la précision : « à
l’exception du long chœur et du bâtiment ouest » ?
Certainement pas de l'acte de consécration de 1040. De tels
actes sont en général très imprécis sur les constructions.
La seule explication possible est la suivante : les
historiens qui ont étudié cet édifice ont constaté une
différence d'appareil de construction entre, d'une part, le
transept et le chevet, et d'autre part, la nef et l'ouvrage
Ouest. Ils en ont probablement déduit que ces deux ensembles
d'ouvrages ont été construits à des périodes différentes.
Mais ils ne précisent pas laquelle des deux périodes a
précédé l'autre. Et le plan de l'image
5 ne fait pas apparaître ces deux phases de
construction.
Nous pensons que ce silence traduit les hésitations des
spécialistes. En toute logique, dans une construction
d'église, le sanctuaire est construit en premier. Puis vient
la nef, souvent agrandie pour accueillir un nombre plus
important de fidèles. Malheureusement, dans le cas présent,
aucun document ne vient confirmer la construction
postérieure de la nef. D'où le silence.
Nous avons une autre explication : la partie la plus
ancienne est la nef ! Notre idée est qu'à l'origine, la nef
et le chœur ont été construits presque simultanément. Mais,
au fil des siècles, des modifications ont pu se produire. Et
nous pensons que les principales modifications ont été
consacrées au chœur.
Il ne s'agit pas là d'un pur produit de notre imagination.
Nous avons en effet constaté que ce type de nef correspond
très souvent à un plan d'église très caractéristique : nef à
trois vaisseaux avec trois absides en prolongement des
vaisseaux et dépourvu de transept. Le transept aurait été
édifié après. Il y aurait eu d'abord un transept bas
(croisillon du transept sur les collatéraux d'une ou deux
travées), puis le transept haut (corps de bâtiment aussi
haut que la nef et transverse à celle-ci).
Nous pensons donc que la construction de cette abbatiale a
pu se faire en deux temps. Dans un premier temps,
construction d'une église à nef à trois vaisseaux avec trois
absides en prolongement des vaisseaux. Dans un deuxième
temps, destruction des trois absides et leur remplacement
par le transept et le chevet actuels. Mais bien sûr, tout
cela doit être vérifié sur place.
Il reste un élément important : « La
consécration du chœur et de la crypte eut lieu en 1040 en
présence de l’empereur Henri III. ». Nous avons
écrit à de nombreuses reprises qu'une consécration ne doit
pas être assimilée à une inauguration. La consécration est
la déclaration officielle qu'un objet (église, crypte,
autel, reliquaire), contenant des reliques sacrées, est
aussi sacré. En conséquence, la consécration est une
célébration ne correspondant pas forcément à la fin de
construction d'un bâtiment. Cependant, il faut être
conscient que la fin de construction d'une église avec des
déplacements d'autels et des transferts de reliques
nécessitent une consécration. Il faudrait relire le texte de
1040 pour voir s'il y a bien eu consécration « du
chœur et de la crypte ». Ce qui signifierait qu'il
y aurait en consécration de l'ensemble de la partie
nouvelle, transept et chevet. Si c'est le cas, nous aurions
un bel exemple de datation d'un type de construction très
spécifique : le transept haut et débordant avec les
absidioles greffées sur le transept.
Dernière constatation et non des moindres. Sur le plan de l'image 5,
la partie centrale de l'ouvrage Ouest est
rectangulaire. De part et d'autre, on peut voir les bases
carrées des deux clochers. L'intérieur de la partie
rectangulaire correspond au porche d'entrée de l'église, au
niveau inférieur de l'ouvrage Ouest (image
15). On distingue à gauche et à droite une rangée
d'arcs soutenus par des piliers rectangulaires (4 arcs
successifs d'après le plan). Ce type de construction ce
correspond pas à ce que l'on voit habituellement dans les
porches d'entrée qui sont, en règle générale, plus larges
que profonds. Cependant, ce hall d'entrée nous fait penser à
celui de La Torhalle de l'île de Frauenchiemsee (Bavière) ou
à l'Hospice des Pèlerins de Pons (Charente/France). Mais ce
que nous remarquons surtout, à partir de l'image
12, c'est que l'abside semi-circulaire Ouest est
posée au-dessus de cette structure rectangulaire,
structurellement indépendante de celle-ci. Cela signifie
qu'elle lui est postérieure. Et postérieure d'au moins un
demi-siècle. Car en architecture, les évolutions sont
lentes. Une telle constatation permet de remettre en
question l'idée selon laquelle les contre-absides ou absides
Ouest pourraient être très anciennes, contemporaines de
Charlemagne. Elle seraient donc un peu plus récentes,
peut-être d'un siècle.
Image 13 : Les
différences d'appareil de pierres permettent de réaliser
qu'à l'origine, le hall d'entrée était beaucoup plus ouvert
qu'actuellement.
Poursuivons la lecture du texte de
Wikipédia :
« La tour Sainte-Catherine
(images de 21 à 23)
La
tour Sainte-Catherine est un clocher isolé sur le côté Est
de l’ancien terrain du monastère du XIIe
siècle. Dans cette tour, est suspendue la cloche Lullus,
la plus ancienne cloche datée d’Allemagne. L’abbé Meginher
la fit fondre en 1038. L’inscription sur la cloche
l'identifie comme l’abbé régnant et cite Gwenon comme le
fondeur. Selon l’inscription, la cloche était dédiée à
Marie. [...] ».
Le différences d'appareils de pierre montrent que ces tours
ont subi des réfections. Nous pensons qu'à l'origine, le
matériau utilisé était le moellon grossièrement équarri, de
couleur rouge, avec peut-être des blocs plus gros et mieux
taillés aux coins de la tour. On remarque sur l'image
23 les restes d'encadrements de fenêtres qui ont
été murées.
Des restes de constructions romanes sont visibles sur les images 24 et 25.
Les chapiteaux des images
26 et 27 sont déposés dans le musée. Ces
chapiteaux pourraient provenir du chœur Est de l'édifice. On
constate en effet au bas de l'image
19 la présence de chapiteaux analogues à ceux-ci.
Datation
envisagée
Pour la nef et le rez-de-chaussée de l'ouvrage Ouest de
l'abbatiale de Hersfeld : an 750 avec un écart de 200 ans.
Pour la nef et le premier étage de l'ouvrage Ouest de
l'abbatiale de Hersfeld : an 850 avec un écart de 150 ans.
Pour le transept et le chevet de l'abbatiale de Hersfeld :
an 1050 avec un écart de 75 ans.