Cathédrale Saint-Pierre de Brême 

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C’est un peu par hasard que nous avons visité cette église qui ne nous semblait pas, a priori, digne d’intérêt pour notre étude sur le premier millénaire. Ainsi en témoigne le Guide Vert Michelin : « La cathédrale Saint-Pierre présente quasiment les mêmes structures que l’édifice élevé au XIesiècle mais les travaux effectués au
XVIe et au XIXesiècle ont amplement modifié son aspect
».


Les images 1, 2 et 3 semblent confirmer ce point de vue. L’édifice apparaît comme étant gothique avec un premier étage roman fortement restauré (image 2). On note cependant, sur la même image, l’existence, sous les mosaïques du XIXesiècle, de grandes ouvertures qui ne sont pas situées sur le même plan horizontal que les portes d’entrée. On verra que ces ouvertures correspondent à la crypte Ouest.

Le premier étage de la tour Nord de la façade Ouest est décoré d’arcatures lombardes. Selon nous le décor d’arcatures lombardes, qui serait plus une technique de construction qu’un décor, aurait été développé sur plusieurs siècles, principalement le Xeet le XIesiècle. En conséquence, une datation du XIesiècle est crédible. Du moins en ce qui concerne l’aspect extérieur.


Mais la réelle surprise vient de l’intérieur de la nef (images 4, 5 et 6). En effet, on s’attendrait à voir une nef gothique analogue à celles de Chartres ou de Paris, avec des piliers fasciculés graciles descendant sans interruption de la voûte jusqu’au sol. Or ces images nous présentent de massifs piliers rectangulaires supportant de grands arcs en plein cintre. Manifestement, il y a ici un mélange de caractères romans et gothiques. La petite arcature qui surmonte les arcs en plein cintre semble délimiter les deux styles. Et si, par la pensée, on élimine toute la partie qui surmonte cette arcature ainsi que les colonnes grises adossées qui soutiennent les voûtes, on découvre un édifice analogue à Saint-Aphrodise ou à la Madeleine de Béziers.

Observons aussi sur l'image 6, le premier pilier à droite : les colonnettes adossées à ce pilier, peintes en bleu et en rouge, reposent sur un socle. Ce qui ne semble pas être le cas du pilier contre lequel elles s’adossent. D’où l’hypothèse suivante : initialement la cathédrale Saint-Pierre était une basilique identique à Sainte-Madeleine de Béziers (voir sur ce site : France/Occitanie/Hérault/Béziers/église Sainte-Madeleine/). C’est à dire comportant une nef à trois vaisseaux charpentés, les murs étant portés par des piliers rectangulaires à impostes. Comme à Saint-Aphrodise ou la Madeleine, la nef a été progressivement enterrée pour diverses raisons (dépôt funéraire, sécurité des bâtiments). Lorsqu’il a été décidé d’installer des voûtes gothiques, les colonnes de soutien des ogives ont été posées sur des bases situées au niveau de l’époque ; c’est-à-dire, au-dessus du niveau primitif.


Poursuivons la lecture du Guide Vert précédemment cité : « Sous cette tribune (la tribune d’orgue) se trouve la crypte Ouest : chapiteaux romans du XIesiècle et magnifique cuve baptismale en bronze (vers 1220) … La crypte Est réalisée aux débuts de la période franque présente des chapiteaux aux ornements en damier ».

Remarque : il ne nous a pas été possible de savoir à quelle période temporelle les auteurs de cette phrase situaient les débuts de la « période franque » : Clovis (VIesiècle) ? Charlemagne (fin VIIIesiècle) ? traité de Verdun (843) ? Cependant, Il semblerait bien que cette « période franque » débuterait durant le premier millénaire, avant l’an 900.


Examinons à présent ces deux cryptes. Elles sont, semble-t-il, construites toutes les deux sur le même plan rectangulaire. Cependant elles présentent des différences en ce qui concerne les chapiteaux.

Ceux de l’Est sont de type cubique rhénan. Les décors de ces chapiteaux faits de rosaces et d’entrelacs dits « carolingiens » font penser à des œuvres du IXeou
Xesiècles. Il en est de même des tailloirs à décors de billettes. De plus, les proportions entre chapiteaux et tailloirs, différentes de celles d’œuvres romanes, font penser à des œuvres plus anciennes que celles-ci.

Les chapiteaux de la crypte de l’Ouest ressemblent un peu plus à ceux que nous avons l’habitude de rencontrer. Néanmoins, on retrouve des décors d’entrelacs. Cette crypte serait plus récente que celle de l’Est mais se situerait toujours dans le premier millénaire.


Notre évaluation :

Nous pensons que la première cathédrale de Brême était semblable à Sainte-Madeleine de Béziers, édifice que nous estimons du Veou VIesiècle de notre ère (an 500 avec un écart estimé de 75 ans).

La cathédrale de Brême pourrait être un peu plus récente (an 550 avec un écart estimé de 75 ans). Cet édifice sera progressivement enterré.

Vers le IXesiècle (an 850 aves un écart estimé de 50 ans), on décide de construire côté Est et au niveau primitif, dans le vaisseau central entre les piliers quadrangulaires, une crypte. Il ne s’agit sans doute pas à proprement parler d’une crypte qui serait enterrée, mais d’une sorte de mezzanine, un plancher supérieur, permettant de célébrer la messe au-dessus tandis que l’étage inférieur (actuelle crypte) est réservé au culte des morts ou à la vénération des reliques des saints.

Plus tard (an 900 avec un écart estimé de 50 ans) la même opération est effectuée côté Est.

Plus tard encore (an 1250 aves un écart estimé de 50 ans), les parties autour des cryptes ayant été enterrées, on construit les piliers soutenant les voûtes sur le niveau actuel.

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