L'église Saint-Arsatius de Ilmmünster  

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Nous n'avons pas visité cette église. Notre étude de l'édifice s'est inspirée de pages d'Internet (ex : Wikipédia) et de l'analyse de galeries d'images issues d'Internet. Nous avons en particulier abondamment consulté le site Internet http : //romanische-schaetze.blogspot.com/ qui a recueilli les images de plusieurs centaines de monuments. Notre site traitant seulement du premier millénaire, nous n'avons conservé que les monuments susceptibles d'appartenir à cette période, mais ce site, dont le nom se traduit en français par « Trésors romans », est beaucoup plus riche en monuments et nous en conseillons la lecture. Certaines images ci-dessous sont extraites de ce site Internet.

La page du site Internet Wikipédia consacrée à cette église nous apprend ceci :

« Histoire

L’église carolingienne précédente a été construite pour le monastère bénédictin de Ilmmünster, fondé au VIIIe siècle en tant que filiale du monastère de Tegernsee, puis à nouveau au Xe siècle par le duc bavarois Arnulf comme monastère sécularisé. Vers 1060, un monastère y a été établi, qui a prospéré au XIIIe siècle. L’église romane Arsatius a été construite vers 1210/1220 pour ce monastère.

Au fil du temps, l’église a subi d’importantes transformations. Vers 1475, elle a été décorée en gothique tardif. En 1676, elle a reçu une voûte et des fenêtres de style, et en 1746, elle a été décorée richement de stuc. Dans les années 1875 à 1878, une
néo-romanisation de l’église a été effectuée.  [...]

Saint Arsace (Arsatius)

L’église est dédiée à saint Arsatius, dont les reliques avaient été transférées de Rome au monastère nouvellement fondé d'Ilmünster vers 766, comme en témoigne la copie d’une inscription funéraire du XIe siècle. Dans le calendrier de Freising à partir d’environ 980, Arsatius est répertorié comme un “confesseur”; au XIIIe siècle; il est appelé évêque.
[...]

Architecture

Les trois absides sont divisées par des bandes de pilastres et des demi-colonnes reliées par des arcs aveugles, dont certains ont des chapiteaux à bourgeons. Sous la base du toit, court une frise en dents d'engrenage
. [...]

L’église est conçue comme une basilique à trois nefs, sans transept, avec trois absides à l'Est. [...]

Équipement

Au cours des fouilles à proximité du chœur, plusieurs fragments de la clôture du chœur de l’église carolingienne précédente ont été trouvés. Les dalles de grès sont décorées de rubans tressés, et ont probablement été réutilisées dans l’église romane
(image 8). Une grande partie des panneaux de clôture du chœur est exposée dans la collection archéologique d’État de Munich. Un fragment de clôture du chœur avec la croix dite de Ilmmünster est conservé dans l’église (image 9).  »


Commentaires sur ce texte

Nous allons reprendre deux phrases de ce texte.

• « L’église carolingienne précédente a été construite... ». On apprend qu'il y a eu une église précédente à celle-ci. Qu'est-elle devenue ? La suite ne le dit pas. Elle a disparu par une sorte d'enchantement. Nous retrouvons là une explication rencontrée de nombreuses fois du style : « Il existait une église au VIIIe siècle, mais ce n'est pas l'église que l'on voit, puisque l'église que l'on voit est du XIIe siècle ». Le tout sans autre explication ou justification.

• « L’église romane Arsatius a été construite vers 1210/1220 pour ce monastère. ». Là encore, le ton est catégorique, n'admettant aucune contradiction. Et nous serions tentés d'applaudir pour la précision d'une évaluation sur un intervalle temporel de vingt ans ([1205; 1225]). Mais voilà ! L'auteur serait-il capable de faire de même avec sa propre maison, si tant soit peu elle est ancienne ? Quant à nous, nous nous sentons incapables de dater avec la même précision et d'un seul coup d’œil les habitations de notre ville dont la plupart sont postérieures à l'an 1850.


Notre évaluation de datation

La première question qui se pose est la suivante : nous savons d'une part que les chercheurs, dans leur quasi totalité, évaluent la datation à partir des seuls textes à leur disposition. D'autre part, nous devinons que l'auteur du texte de Wikipédia n'a pas eu connaissance de tels documents. Comment a-t-il fait pour avancer la datation de 1210-1220 ? Nous pensons que son analyse s'est reportée sur l'architecture de l'édifice à partir d'idées simples : les arcs de la nef permettant le passage entre le vaisseau central et les collatéraux sont brisés (images 2 et 5). Donc ils sont gothiques. Et le gothique apparaît au XIIIe siècle. Donc ils datent du XIIIe siècle. Mais de plus, ils présentent un certain archaïsme. Donc ils sont du début du gothique. C'est à dire des environs 1210-1220. CQFD !

Il s'agit là selon nous d'un raisonnement plus que simple : simpliste ? Car la réalité est nettement plus complexe. Nous-mêmes avons beaucoup de difficultés à dater l'apparition du gothique. Nous estimons, en admettant que ces arcs brisés soient gothiques, qu'ils reposent sur des piliers à base rectangulaire préromans. Nous avons aussi constaté que pour certaines églises, des arcs brisés avaient été posés en remplacement d'arcs en plein cintre. Par ailleurs, nous sommes confrontés à une difficulté supplémentaire : les murs de cette église sont recouverts d'un enduit qui empêchent de repérer les traces de réfections éventuelles.

En ce qui concerne le chevet, nous constatons que l'absidiole Sud (image 2) est décorée d'arcatures lombardes attribuables au premier art roman (an 1050 avec un écart de 50 ans). Pour l'abside centrale (images 2 et 3), c'est un peu plus complexe, car l'analyse de la façade montre qu'il y a eu au moins deux campagnes de travaux. Pour la première, les arcatures lombardes devaient être analogues à celles de l'absidiole Sud. Il devait y avoir une seule petite fenêtre axiale. Au cours de la seconde campagne, on aurait assisté à l'élargissement de cette fenêtre et au percement d'autres fenêtres. Les arcatures lombardes en auraient été modifiées. Il y aurait eu ajout des colonnes demi-cylindriques.

En ce qui concerne la nef, elle présente les principales caractéristiques d'une grande ancienneté (nef à trois vaisseaux à l'origine charpentés avec trois absides en prolongement des vaisseaux, piliers de type R0000. absence de transept, absence d'Ouvrage Ouest). Il reste l'énigme des arcs brisés mais on a vu que les arcs avaient pu être l'objet d'une réfection ultérieure.

Autre indice d'ancienneté : la clôture de chœur, appelée aussi chancel, visible sur les images 8 et 9. Ce type d'ornementation serait caractéristique de la période dite
« carolingienne ».


Datation envisagée pour l'église Saint-Arsatius de Ilmmünster : an 825 avec un écart de 175 ans.